Néo-confucianisme ou les enseignements de Chu Hsi au XXe siècle

2.2. Le Néo-Confucianisme au XXe siècle

Comme l’écrit Juliette Morillot : « La doctrine confucéenne ne présente pas une éthique détachée du monde humain mais au contraire s’implique directement dans la société et ses mécanismes par de solides liens d’interdépendance avec les milieux politique, économique et culturel. » (1998, p. 242) Pour parler du néo-confucianisme au XXe siècle en Corée, nous allons nous intéresser plus particulièrement à ses aspects sociaux et politiques, ainsi qu’aux critiques qui ont été émises par des Coréens, aussi bien des nationalistes en quête de changement que par des penseurs influencés par les philosophies et religions occidentales.

Dans son acceptation politique, le confucianisme envisage l’Etat comme un royaume harmonieux articulé autour d’une bureaucratie civile gouvernant la société. Ainsi, le peuple doit respect et loyauté au souverain (qui lui même se doit d’être un « père » bienveillant et juste), mais aussi s’intégrer dans une hiérarchie sociale stricte. Et en ce qui concerne ses valeurs sociales, elles sont intimement liées à la recherche de l’harmonie par un gouvernement juste. Leur base est constituée par les Cinq relations humaines primaires (père-fils, souverain-ministre, époux-épouse, frère aîné-frère cadet, ami-ami) dont trois sont directement liées à la famille. Notons que, comme nous le verrons plus en détail par la suite, la famille tient une place centrale dans le confucianisme (coréen) et dans la société coréenne en général. Elle est Continue reading

Adoption et expansion du néo-confucianisme en Corée

2. Néo-confucianisme ou les enseignements de Chu Hsi en Corée

2.1. Adoption et expansion du néo-confucianisme en Corée

Il est difficile d’établir la date exacte de l’entrée du confucianisme en Corée. Certains auteurs, dans les articles que j’ai lus, n’évoquent pas cette date et préfèrent axer leur étude sur l’expansion du confucianisme en Corée, ainsi que de son interprétation et adaptation locale.

Cependant, certains tels Kim Young-Soo considèrent qu’elle a eu lieu très tôt, coïncidant avec l’introduction de livres classiques chinois, et donc du système d’écriture chinois, lors des quatre commanderies ou de l’établissement des Trois Etats Han (Les Trois Royaumes) entre 200 avant J.C. et 200 après J.C.. Lorsque qu’il parle de classiques chinois, Kim entend cinq livres sur le confucianisme (le Livre des Odes, le Livre des Documents, le Livre des Mutations, les Chroniques de la province de Lu, le Traité des Rites), des livres sur l’histoire chinoise ainsi que les chroniques de royaumes de Chine. A la suite de cette introduction vraisemblable du mode de pensée confucéen, dans le royaume de Koguryò, sous le règne du roi Sosurim, en 372 après J.C., la première Académie nationale confucéenne est créée.

La création de cette Académie nationale confucéenne, « chargée d’enseigner les valeurs traditionnelles du confucianisme et ainsi, par l’étude du respect de l’importante relation entre le souverain et son peuple, de renforcer l’idée d’unité dans le royaume encore Continue reading

Le confucianisme originel en Chine et la piété filiale

La société coréenne, une société profondement marquée par le confucianisme – Deuxième partie :

Avant de pouvoir bien appréhender les rites du mariage en Corée, nous devons nous intéresser à ce qui a façonné la société de ce pays bien particulier. La Corée est un pays qui a su préserver son identité et son indépendance malgré sa position géographique au carrefour de trois société puissantes qui ont toutes trois tenté de l’annexer. Au nord elle partage une mince frontière avec la Russie, au nord-nord-est une frontière avec la Chine, et, bien qu’il y ait la mer entre les deux pays, le Japon à l’Ouest est tout proche.

Etant donnée sa position géographique, la péninsule coréenne a servi de « tampon » entre la Chine et le Japon, lorsque l’un voulait envahir l’autre, il posait d’abord le pied sur le territoire coréen. Ainsi, la Corée a connu occupations chinoise et japonaise qui ont toutes deux laissé des traces.

La Chine a ainsi influencé la pensée et le système politique coréen que ce soit lors d’occupation ou de contacts privilégiés entre les élites des deux pays. Le système d’écriture, pour les lettrés, était basé sur les sinogrammes qui, malgré l’invention d’un alphabet ordonné par le roi Sejong lors la première moitié du XVe siècle, sont encore utilisés de nos jours par les plus érudits. Le bouddhisme et le confucianisme, ces deux philosophies très importantes pour la Corée, ont aussi été adoptés suite à l’influence chinoise. Malgré la persistance de traditions bien coréennes, Continue reading

Efficacité des rites hier et aujourd’hui, les rites d’institution

3. Efficacité des rites hier et aujourd’hui

3.1. Pierre Bourdieu et les « rites d’institution »

Bourdieu apporte un regard neuf sur les rites de passage en incluant dans sa réflexion deux questions importantes que nous allons voir lors de cette analyse de son texte. En outre, grâce à son travail, on remarque de façon plus officielle que les rites ne concernent pas seulement le domaine religieux ou sacré comme pouvaient le laisser penser les travaux de Van Gennep, Mauss ou encore Durkheim. Ce dernier a d’ailleurs écrit en 1912 dans Les formes élémentaires de la vie religieuse que « les rites sont des règles de conduite qui prescrivent comment l’homme doit se comporter avec les choses sacrées ». A ce propos, Jean Joncheray écrit dans son article « si on perçoit d’emblée la dimension religieuse des rites de passage, tels que les décrit Van Gennep, quelqu’un comme Pierre Bourdieu, en les qualifiant plutôt de « rites d’institutions », les situe plus largement dans l’espace social dont ils marquent les frontières et les stratifications ».

Dans son article, Bourdieu explique que pour lui, Van Gennep a nommé voire décrit un phénomène social de grande importance (les rites de passage) mais ne s’est pas posé les questions de la fonction sociale des rites ni de la signification sociale de la limite établie (i.e. la limite que le rite fait franchir). En effet, selon Bourdieu, les rites de passage licitent le passage d’une limite, ou sa transgression. Un des effets essentiels du rite est Continue reading

Les rapports entre les rites de passage et le temps

2. Rapport entre rites de passage et temps

2.1. Les discontinuités

Hertz et Van Gennep pensent que les rites de passage ont pour but de nous permettre de passer d’une étape de notre vie à une autre de façon harmonieuse. En effet, la vie humaine peut connaître aussi bien un écoulement régulier et continu que des changements brusques, des discontinuités pour lesquelles nous faisons souvent appel à des rites de passage. A ce propos, Nicole Belmont écrit que « les sociétés sont caractérisées par leur discontinuité et le rite de passage cherche à recomposer l’ordre social qui est mis en jeu lors de chaque nouvelle étape du cycle biologique de l’homme. » Chiva, pour sa part, dans sa conclusion du colloque de Neuchâtel, souligne un point qui selon lui n’a pas été suffisamment traité durant les discussions : « partout dans le monde, et des âges les plus reculés jusqu’au temps présent, les sociétés humaines sont caractérisées par la discontinuité du tissu social comme des trajectoires biographiques. » Plus loin dans son article, il écrit aussi qu’il trouve que les deux auteurs (Hertz et Van Gennep) se complètent bien sur ce plan des discontinuités internes aux sociétés, il rappelle d’ailleurs que Nicole Belmont en a justement parlé dans son intervention.

D’autre part, Nicole Belmont rappelle que, selon Gezà RÓheim, les rites de passage sont dus à « l’angoisse de la séparation », ils permettent aux hommes de faire face à des changements qui Continue reading

Théories des rites de passage : Arnold Van Gennep et Robert Hertz

1. Arnold Van Gennep et Robert Hertz

1.1. Arnold VAN GENNEP face à ses contemporains

Au début du XXe siècle, lorsque Van Gennep a publié son livre Les rites de passage , Marcel Mauss, au nom de l’Ecole sociologique française, a beaucoup décrié la théorie qui y est énoncée et l’a même qualifiée de truisme. Cependant, Nicole Belmont signale dans « La notion du rite de passage », son intervention introductive (du compte rendu de colloque cité auparavant), que Van Gennep énonce bien des évidences mais que les évidences ne sont pas toujours visibles ni forcément des truismes. Elle fait d’ailleurs référence à Bourdieu expliquant que cette théorie a subi un « usage distrait », c’est-à-dire que certains utilisateurs s’en servaient en quelque sorte à leur insu, comme si elle avait toujours existé, qu’elle allait de soit et qu’ils l’avaient « toujours sue ».

Ensuite, vers la moitié du XXe siècle, la théorie des rites de passage est adoptée par tous les anthropologues qui succèdent aux réticences de l’Ecole sociologique française car ils ont vérifié sa pertinence sur le terrain. Parmi eux, Gezà Róheim, ayant « une double formation et une double pratique d’ethnologue et de psychanalyste », affirme dans un article publié en 1942 qu’ils ont une grande importance pour tout le genre humain sur le plan psychologique. En fait, selon lui, « il existe dans la séquence cérémonielle des rites de passage des éléments communs qui ne dépendent pas des traits spécifiques Continue reading