L’évolution du mécénat en France (1960-2010)

C. L’évolution du mécénat (1960-2010)

L’évolution du mécénat et de ses relations avec l’Etat peut être schématisée en 3 grands types de relations qui suivent l’évolution temporelle mais qui coexistent aussi partiellement.

L’incorporation correspond à une période où les pouvoirs publics se servaient des mécènes pour qu’ils soient des aides secondaires appuyant et venant renforcer leurs politiques. Ce régime a été dominant entre 1960 et 1970 puis a resurgit en 2000 et existe aux côtés du régime de délégation. Ce régime est représentatif de la volonté de démocratisation et de développement culturel de l’Etat. Ainsi, l’Etat exerce une forte pression sur les mécènes en considérant l’action des mécènes comme un devoir, paradoxalement considéré comme honorifique.

L’externalisation correspond à un financement partiel d’activités confié par les pouvoirs publics, ne pouvant ou ne souhaitant pas les prendre en charge. Il s’agit ici d’être un organe complémentaire de l’action culturelle de l’Etat. Ce régime a dominé entre les années 1980 et 1990 alors que les politiques culturelles se tournaient vers la démocratie culturelle et l’exception culturelle. Ainsi, les mécènes étaient moins dépendants de l’Etat. Cependant, ce régime considérait l’action des mécènes comme un droit qui leur était donné, régit par les autorisations, les agréments et les labels étatiques. En contrepartie, les mécènes bénéficiaient d’avantages fiscaux.

La délégation est le Continue reading


L’histoire du mécénat : la création et les deux approches

Le financement privé – La réaction des structures culturelles – Partie 2 :

Le financement public est aujourd’hui problématique. L’Etat réduit les subventions qu’il allouait à la culture. Certains considèrent que cela est un bon chemin à prendre et qu’il faut tendre vers de nouvelles sources de revenu telles que le mécénat privé. Ce concept apparait comme la solution pour les structures culturelles qui peinent à le mettre en place tandis que les entreprises apprennent à le connaitre. Le Ministère de la culture a mis en place des moyens pour le promouvoir et on constate des effets positifs. Aujourd’hui, la plupart des structures culturelles ouvrent des postes propres à la recherche de mécènes. Mais seules, les finances privées sont-elles suffisantes pour pallier le manque de l’Etat ? Est-ce que le secteur privé pourrait à termes substituer l’Etat sur ces compétences culturelles ? Nous allons essayer de répondre à ces questions. Tout d’abord, nous étudierons l’histoire du mécénat et son évolution selon les cultures. Nous verrons que le système anglo-saxon est très différent du système européen. Puis, nous nous intéresserons au mécénat dans sa forme actuelle avant de peindre un tableau de l’état actuel de cette méthode de financement. Enfin, nous verrons si le mécénat est une solution absolue pour le monde de la culture et nous comprendrons ce qui attire les entreprises dans ce concept.

I. L’histoire du mécénat

A. La création historique du Continue reading

Le spectacle vivant dépendant de l’engagement public en France

C. Le spectacle vivant dépendant de l’engagement public

a. La théorie

Si l’on calcule le coût de production d’un spectacle, on en vient au constat que plus il y a des représentations, plus le coût par siège diminue puisque le coût fixe de la préparation du spectacle s’amortie sur un plus grand nombre de sièges. Cependant, ce coût par siège occupé, s’accroit lorsque l’on arrive aux dernières représentations puisque l’on mobilise les mêmes ressources en travail, en matériaux, etc. En effet, la fréquentation diminue au fur et à mesure des représentations et certains sièges ne seront pas occupés. Ainsi, il arrive que les coûts soient plus importants que les recettes.

Le modèle de J. Baumol et William G. Bowen (1966) établit un diagnostic dans lequel ils distinguent deux secteurs. L’un « archaïque » correspondant au secteur du spectacle vivant, dans lequel il n’est pas possible de générer des gains de productivité, où le travail (artistique) est le produit fini qui ne peut pas être modifié sans le dénaturer. L’autre « progressif » où les gains de productivité sont facilités par l’innovation et les économies d’échelle. La croissance est inégale dans chacun des secteurs. En effet, le secteur « archaïque » est un modèle où les salaires s’alignent sur ceux du secteur « progressif » sachant que le secteur « archaïque » a un coût du travail qui augmente au cours du temps, tandis que pour le secteur « progressif » le coût reste constant. De plus, la hausse des prix du Continue reading


Baisse des subventions allouées par l’État française à la culture

III. Problématiques

A. Le rôle de l’Etat

Selon Françoise Benhamou, dans Les dérèglements de l’exception culturelle, la politique culturelle française a de nombreuses limites. Elle dénonce le nombre de subventions émises par le ministère qui ont permis à de nombreux « créateurs » d’exister. Cela a créé une situation où ces mêmes personnes ne peuvent aujourd’hui vivre de leur métier et parallèlement, le déficit du système de l’intermittence se creuse. De plus, elle considère que les subventions, émises selon des critères fixés par le Ministère de la culture, ont eu pour effet la standardisation des arts notamment pour les arts de la scène.

Elle ajoute aussi que la démocratisation est un échec puisque les subventions culturelles ne serviraient plus qu’au bénéfice des cadres et des professions intellectuelles. L’ancien premier ministre de la culture grecque, Evangelos Venizelos, rejoint Françoise Benhamou, par sa critique de l’exception culturelle qui selon lui n’aide pas la démocratisation. Ils dénoncent particulièrement les mesures défensives et protectionnistes de cette politique culturelle qui n’ont pas empêché la domination des produits culturels américains en Europe. D’autres auteurs comme l’écrivain Mario Vargas Llosas appuient cet avis : « La chose la plus importante que j’ai apprise est que les cultures n’ont pas besoin d’être protégées par les bureaucrates et les forces de police, ou placées derrière des barreaux, ou isolées du reste du monde par des Continue reading

Collectivités territoriales françaises : fonctionnement et décentralisation

II. Les collectivités territoriales : Commune, Département et région

Les collectivités territoriales pèsent 70% de la dépense pour la culture en France. Nous allons donc voir comment ce système conçu autour des collectivités territoriales s’articule afin de financer l’activité culturelle en France. Nous nous intéresserons ainsi à la décentralisation qui opère avec un certain nombre de réformes dont certaines très récentes.

A. Rôle et fonctionnement

Les entités considérées comme collectivités territoriales, répondent à trois critères : tout d’abord, ce sont des personnalités morales de droit public, ensuite, leurs compétences confiées par la loi sont propres à la structure et enfin, il y a un conseil d’élus. Ce sont des structures administratives distinctes de l’administration de l’Etat. Elles doivent prendre en charge les intérêts de la population d’un territoire précis, mais en dehors, elles ne sont plus compétentes.

L’une d’entre elle, la plus petite, est la Commune. Elle est créée par la loi du 14 juillet 1789 mais c’est en 1884 qu’elle est née au sens d’aujourd’hui. Les Communes avec pour représentant de l’Etat, le maire, ont pour compétences traditionnelles d’organiser les élections. Elles gèrent aussi l’action sociale comme les garderies, les crèches et les personnes âgées mais aussi l’enseignement avec les écoles primaires. De plus, elles sont compétentes en matière de voirie, d’aménagement du territoire avec les logements sociaux, les zones Continue reading

L’exception culturelle française : Rôles de l’Etat et du secteur musical

B. L’exception culturelle française

a. Le rôle de l’Etat

La politique culturelle d’André Malraux s’inscrit dans la logique de l’Etat-providence. En effet, l’Etat se donne le rôle d’assurer à tous le même accès à la culture. Le but est donc de permettre à tous les citoyens d’accéder aux œuvres et étendre aux artistes les bienfaits de la protection sociale. C’est la République gaullienne qui, dans sa politique de modernisation, juge l’importance du rôle moteur de direction, d’impulsion et de régulation de l’Etat.

La logique libérale tend à renforcer un certain désengagement financier de l’Etat, notamment à la fin du septennat giscardien où l’Etat culturel est faible et accorde la priorité au patrimoine. En effet, la politique culturelle n’est alors pas une priorité. L’arrivée de la gauche au pouvoir dans les années 1980 engage un doublement du budget. Jack Lang qui est alors le Ministre de la culture sous le gouvernement de François Mitterrand, fait de la synergie entre la culture et l’économie une priorité. C’est dans cette optique qu’ils engagent les « grands travaux présidentiels ». Parallèlement, ils ont pour objectif de favoriser l’accès à la culture.

L’action de l’Etat a ainsi permis de maintenir la vie artistique assez autonome face aux lois du marché et de faire fonctionner un réseau plus riche d’institutions culturelles sur l’ensemble du territoire. L’intervention publique dans les domaines culturels permet la viabilité de plusieurs Continue reading