Lola Nederlants
École Supérieure des Arts Saint-Luc de Liège - Mémoire de 2e master en Communication Visuelle et Graphique

Upcycling et Martin Margiela: analyse de créations

  1. Vêtement de mariage, dégagement des codes graphiques
  2. Lola Nederlants
  3. L’Upcycling et le mouvement hybride de la mode
  4. Le mouvement No Gender et le Streetwear
  5. Le mariage traditionnel européen: définition et historique
  6. Les codes du mariage les codes de la scénographie
  7. Upcycling et Martin Margiela: analyse de créations
  8. La marque Andrea Crews: historique et analyse
  9. Le styliste Marine Serre: historique et analyse de créations
  10. Les récupérables : un marque des vêtements d’upcycling
  11. Les collections de Stella McCartney: sportswear et tailoring
  12. La marque BassCoutur : redesign, rethink et recycle
  13. Super Marché : une marque de vêtements upcyclés
  14. Frankie Collective et Tryna B Studios: le style streetwear
  15. La marque Off-White des vêtements streetwear
  16. Heron Preston et sa marque de vêtements streetwear
  17. Rad Hourani et Hood by Air: collections no gender
  18. Jean P. Gaultier, H&M, Vandevorst: vêtements de mariage
  19. Les vêtements de mariage et la mode contemporaine

Upcycling et MARTIN MARGIELA: Analyse de créations

II. Influences et analyses

L’upcycling, le streetwear et le no gender sont les trois concepts sur lesquels nous allons majoritairement nous pencher.

J’ai donc divisé mon chapitre deux en quatre parties comprenant les stylistes/marques référentiel(le)s dans le domaine de l’upcycling, le style streetwear, la mode no gender et mes « autres influences ».

Certains stylistes et/ou marques pourraient se retrouver dans plusieurs d’entres elles.

Par exemple, diverses marques de vêtements de style streetwear basent leur mode de création sur le principe de l’upcycling et m’inspirent autant pour l’un que pour l’autre.

2.1 Stylistes référentiels

2.1.1 Upcycling

Les ressources de notre planète sont limitées. Comme le souligne Sarah Ben Romdane, rédactrice pour le magazine Mille World, « L’industrie de la mode génère plus d’émissions de gaz à effet de serre que tous les vols internationaux et le transport maritime combinés, la pression exercée pour réduire les coûts et le temps de fabrication a entraîné une augmentation critique des problèmes environnementaux et humanitaires »41.

41 BEN ROMDANE, S., Basscoutur est le label qui défie la fast fashion sur Mille, https://www.milleworld.com/fr/basscoutur-franco-tunisien-label/

À l’heure où la majorité des marques de mode et/ou stylistes veulent produire encore et toujours plus, d’autres ont choisi de réagir face à cette situation.

De plus en plus de marques, parfois à plus petite échelle que d’autres, se conscientisent et emploient des moyens de production meilleurs pour l’environnement. Elles évoluent aux antipodes de la fast-fashion.

Ces stylistes/marques, parfois très connues, ont donc un impact important sur les consommateurs.

Nous allons donc nous intéresser à plusieurs stylistes et/ou marques traitant le principe de l’upcycling dans leurs collections. Ces marques allient esthétisme et intérêts environnementaux.

MARTIN MARGIELA

2.1.1.1.1 Historique

Martin Margiela, grand créateur de mode avant-gardiste et anticonformiste belge, est né en 1957 à Louvain. Il a fait ses études à l’Académie Royale des Beaux-Arts d’Anvers.

Dès son plus jeune âge, Margiela était un grand passionné de la mode, il faisait les friperies, marchés aux puces afin de dénicher des vêtements pour confectionner des looks soignés avec un petit budget. Il vivait mode.

De 1985 à 1987, il accompagna Jean Paul Gaultier en tant qu’assistant de conception et fonda, en 1988 à Paris, sa maison de mode, la Maison Martin Margiela avec sa partenaire Jenny Meirens.

Un an plus tard, il remporta le Prix de l’ANDAM (Association Nationale pour le Développement des Arts de la Mode) qui lui permis de lancer sa collection artisanale basée sur l’utilisation de matériaux recyclés.

De 1997 à 2003, il travailla également pour la maison Hermès en tant que directeur artistique des collections femmes et y soumettra des pièces fortes qui immortaliseront son passage chez Hermès.

Il quitta sa Maison, pourtant au sommet de son succès, en octobre 2009 pour laisser, quelques années plus tard, la place au couturier britannique, John Galliano.

C’est ainsi que « Maison Martin Margiela » laissa place à « Maison Margiela ».

Il publia une confession sur son retrait inattendu : « Je sentais que je ne pouvais plus faire face à la pression mondiale croissante et aux exigences croissantes du commerce.
J’ai également regretté la surdose d’informations véhiculées par les médias sociaux, détruisant le « frisson de l’attente » et annulant tout effet de surprise, si fondamental pour moi. »42

42 DAVIDSON, E., Martin Margiela outlines pressures of fashion’s fast pace in new letter sur Dazed, https://www.dazeddigital.com/fashion/article/41804/1/maison-martin-margiela- belgian-fashion-awards-acceptance-letter

Martin Margiela, pourtant référence dans le domaine de la mode, restera sans doute le styliste le plus énigmatique, mystérieux.

Personne ne sait réellement qui il est, mis à part son cercle de personnes proches qui ont préservé son anonymat autant que lui. Le créateur n’accordait d’ailleurs aucune interview, tout se faisait la plupart du temps par fax. Il souhaitait que les gens n’aient que des yeux pour son travail, ses créations et non pas pour lui.

Margiela demeurera l’un des créateurs de mode les plus influents de sa génération et également des nouvelles générations.

Énormément de designers comme Demna Gvasalia, Alexander Mcqueen, Kanye West, Raf Simons ont été inspirés par ses créations et n’hésitent pas à lui rendre hommage dans certaines de leurs collections.

2.1.1.1.2 Analyse de créations

Martin Margiela était l’un de ces créateurs allant à l’encontre de ce qu’on a l’habitude de voir, en décalage avec son époque. Il n’a jamais suivi ce que la mode imposait, pour lui la diversité des personnes, qui ne rentrait pas nécessairement dans les cases de la beauté, était plus intéressante.

Mais également les lieux qu’il choisissait pour ses défilés étaient plus originaux les uns que les autres.

Il a réalisé des défilés dans des lieux peu conventionnels tels qu’un entrepôt presque à l’abandon, une aire de jeux pour les enfants, une station de métro abandonnée, un terrain vague, un parking, etc. Ce qui lui donna une certaine réputation.

Pour la présentation de sa première collection de prêt-à-porter féminin, Margiela avait choisi comme lieu, le Café de la Gare, un vieux théâtre laissé à l’abandon à Paris.

Le terme happening qualifiait le mieux son événement car c’était quelque chose de différent et ça ne lui déplaisait pas, au contraire. Il n’y avait pas de podium, un drap blanc traçait le chemin à parcourir aux mannequins et ceux-ci marchaient autour des spectateurs qui se trouvaient assis dans la salle.

Il ne s’est pas arrêté là, il les a fait aussi marcher dans de la peinture rouge afin que les mannequins dessinent des marques sur le drap avec leurs pieds. Ce drap blanc vêtu de rouge a été réutilisé pour la création d’une autre pièce.

Un autre élément présent comme nous l’avons vu précédemment était que le créateur faisait tout pour rester le plus anonyme possible, il se mettait en retrait au profit de ses créations.

Pour la même raison, ses mannequins défilaient souvent le visage masqué. Cette première collection comportait déjà des pièces réalisées à partir de vêtements recyclés.

Upcycling et Martin Margiela - Pièce de Martin Margiela, réalisée à partir d’un drap récupéré de son premier défilé, 1989
Pièce de Martin Margiela, réalisée à partir d’un drap récupéré de son premier défilé, 1989

Comme l’a raconté le journal The Independent :

« La première collection du designer belge, pour le Printemps/Été 1989, comprenait un tablier de boucher en cuir retravaillé en une séduisante robe de soirée, et une vieille robe en tulle récupérée, qu’il avait remodelée en plusieurs vestes très ajustées »43. Ce premier défilé a fait beaucoup parlé de lui.

Défilé de la collection Printemps/Été de Martin Margiela, 1989
Figure 4. Défilé de la collection Printemps/Été de Martin Margiela, 1989

43 WALKER, H., Out of sight, not out of mind: Celebrating two decades of Martin Margiela magic sur The Independent, https://www.independent.co.uk/life-style/fashion/features/out-of-sight-not-out-of-mind-celebrating-two-decades-of-martin- margiela-magic-1832810.html

Martin Margiela, connu pour être un des précurseurs de l’upcyling dans le domaine de la mode, récupérait et transformait des vêtements afin de créer de nouvelles pièces. C’était l’un des premiers designers de mode à adopter cette démarche.

Il ne récupérait pas seulement des tissus pour créer ses vêtements mais également des objets, matériaux les plus loufoques les uns que les autres comme des perruques, des guirlandes, des sachets en plastique, des ceintures de sécurité de voiture, des capuchons de stylo, des couvertures et beaucoup d’autres.

Il détournait la fonction première de ces matériaux pour les introduire dans ses collections et leur donner une nouvelle vie.

Gilet en gants cousus de Martin Margiela, 2001
Figure 5. Gilet en gants cousus de Martin Margiela, 2001

Upcycling et Martin Margiela - Manteau couette de la collection Replica de Martin Margiela, 1994
Figure 6. Manteau couette de la collection Replica de Martin Margiela, 1994

Upcycling et Martin Margiela - Veste en perruque de cheveux synthétiques de Martin Margiela, © Stéphane Piera, 2009
Figure 7. Veste en perruque de cheveux synthétiques de Martin Margiela, © Stéphane Piera, 2009

Depuis 1997, la Maison a mis en place différentes lignes pour ses collections, allant de 0 à 23, qui présentent chacune une époque et un style différent.

On peut retrouver dans ces lignes autant de vêtements pour hommes que pour femmes mais également de la déco, des bijoux, des chaussures, des parfums ou d’autres objets.

Sa ligne 0 est entièrement faite de pièces artisanales cousues à la main et basée sur le principe de l’upcycling.

Figure 8. étiquette d’une pièce de Martin Margiela
Figure 8. étiquette d’une pièce de Martin Margiela

Upcycling et Martin Margiela - Figure 9. Détails des différentes lignes de la Maison Martin Margiela
Figure 9. Détails des différentes lignes de la Maison Martin Margiela

Avant l’arrivée de ces lignes, le designer belge utilisait simplement comme marque de reconnaissance une étiquette blanche d’une part pour montrer qu’il n’est pas le seul à avoir confectionné ces pièces. Et depuis 1997, chaque étiquette porte la liste des numéros avec un cercle qui entoure le chiffre de la ligne dont le vêtement fait partie.

Print Friendly, PDF & Email

Cliquez sur suivant article pour lire la suivante partie de ce mémoire:
h
Lola Nederlants

Abonnez-vous!
Inscrivez-vous gratuitement à la Newsletter et accédez à des milliers des mémoires de fin d’études !
Publier son mémoire!
WikiMemoires - Publier son mémoire de fin d’études !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *