Martin Margiela et upcycling: histoire et analyse de créations

Martin Margiela et Upcycling : analyse de créations upcycling

II. Influences et analyses

L’upcycling, le streetwear et le no gender sont les trois concepts sur lesquels nous allons majoritairement nous pencher.

J’ai donc divisé mon chapitre deux en quatre parties comprenant les stylistes/marques référentiel(le)s dans le domaine de l’upcycling, le style streetwear, la mode no gender et mes « autres influences ».

Certains stylistes et/ou marques pourraient se retrouver dans plusieurs d’entres elles.

Par exemple, diverses marques de vêtements de style streetwear basent leur mode de création sur le principe de l’upcycling et m’inspirent autant pour l’un que pour l’autre.

2.1 Stylistes référentiels

2.1.1 Upcycling

Les ressources de notre planète sont limitées. Comme le souligne Sarah Ben Romdane, rédactrice pour le magazine Mille World, « L’industrie de la mode génère plus d’émissions de gaz à effet de serre que tous les vols internationaux et le transport maritime combinés, la pression exercée pour réduire les coûts et le temps de fabrication a entraîné une augmentation critique des problèmes environnementaux et humanitaires »41.

41 BEN ROMDANE, S., Basscoutur est le label qui défie la fast fashion sur Mille, https://www.milleworld.com/fr/basscoutur-franco-tunisien-label/

À l’heure où la majorité des marques de mode et/ou stylistes veulent produire encore et toujours plus, d’autres ont choisi de réagir face à cette situation.

De plus en plus de marques, parfois à plus petite échelle que d’autres, se conscientisent et emploient des moyens de production meilleurs pour l’environnement. Elles évoluent aux antipodes de la fast-fashion.

Ces stylistes/marques, parfois très connues, ont donc un impact important sur les consommateurs.

Nous allons donc nous intéresser à plusieurs stylistes et/ou marques traitant le principe de l’upcycling dans leurs collections. Ces marques allient esthétisme et intérêts environnementaux.

MARTIN MARGIELA

2.1.1.1.1 L’histoire de Martin Margiela

Martin Margiela, grand créateur de mode avant-gardiste et anticonformiste belge, est né en 1957 à Louvain. Il a fait ses études à l’Académie Royale des Beaux-Arts d’Anvers.

Dès son plus jeune âge, Margiela était un grand passionné de la mode, il faisait les friperies, marchés aux puces afin de dénicher des vêtements pour confectionner des looks soignés avec un petit budget. Il vivait mode.

De 1985 à 1987, il accompagna Jean Paul Gaultier en tant qu’assistant de conception et fonda, en 1988 à Paris, sa maison de mode, la Maison Martin Margiela avec sa partenaire Jenny Meirens.

Un an plus tard, il remporta le Prix de l’ANDAM (Association Nationale pour le Développement des Arts de la Mode) qui lui permis de lancer sa collection artisanale basée sur l’utilisation de matériaux recyclés.

De 1997 à 2003, il travailla également pour la maison Hermès en tant que directeur artistique des collections femmes et y soumettra des pièces fortes qui immortaliseront son passage chez Hermès.

Il quitta sa Maison, pourtant au sommet de son succès, en octobre 2009 pour laisser, quelques années plus tard, la place au couturier britannique, John Galliano.

C’est ainsi que « Maison Martin Margiela » laissa place à « Maison Margiela ». www.maisonmargiela.com

Il publia une confession sur son retrait inattendu : « Je sentais que je ne pouvais plus faire face à la pression mondiale croissante et aux exigences croissantes du commerce.

J’ai également regretté la surdose d’informations véhiculées par les médias sociaux, détruisant le « frisson de l’attente » et annulant tout effet de surprise, si fondamental pour moi. »42

42 DAVIDSON, E., Martin Margiela outlines pressures of fashion’s fast pace in new letter sur Dazed, https://www.dazeddigital.com/fashion/article/41804/1/maison-martin-margiela- belgian-fashion-awards-acceptance-letter

Martin Margiela, pourtant référence dans le domaine de la mode, restera sans doute le styliste le plus énigmatique, mystérieux.

Personne ne sait réellement qui il est, mis à part son cercle de personnes proches qui ont préservé son anonymat autant que lui. Le créateur n’accordait d’ailleurs aucune interview, tout se faisait la plupart du temps par fax. Il souhaitait que les gens n’aient que des yeux pour son travail, ses créations et non pas pour lui.

Margiela demeurera l’un des créateurs de mode les plus influents de sa génération et également des nouvelles générations.

Énormément de designers comme Demna Gvasalia, Alexander Mcqueen, Kanye West, Raf Simons ont été inspirés par ses créations et n’hésitent pas à lui rendre hommage dans certaines de leurs collections.

Martin Margiela Upcycling

2.1.1.1.2 Analyse de créations

Martin Margiela était l’un de ces créateurs allant à l’encontre de ce qu’on a l’habitude de voir, en décalage avec son époque. Il n’a jamais suivi ce que la mode imposait, pour lui la diversité des personnes, qui ne rentrait pas nécessairement dans les cases de la beauté, était plus intéressante.

Mais également les lieux qu’il choisissait pour ses défilés étaient plus originaux les uns que les autres.

Il a réalisé des défilés dans des lieux peu conventionnels tels qu’un entrepôt presque à l’abandon, une aire de jeux pour les enfants, une station de métro abandonnée, un terrain vague, un parking, etc. Ce qui lui donna une certaine réputation.

Pour la présentation de sa première collection de prêt-à-porter féminin, Margiela avait choisi comme lieu, le Café de la Gare, un vieux théâtre laissé à l’abandon à Paris.

Le terme happening qualifiait le mieux son événement car c’était quelque chose de différent et ça ne lui déplaisait pas, au contraire. Il n’y avait pas de podium, un drap blanc traçait le chemin à parcourir aux mannequins et ceux-ci marchaient autour des spectateurs qui se trouvaient assis dans la salle.

Il ne s’est pas arrêté là, il les a fait aussi marcher dans de la peinture rouge afin que les mannequins dessinent des marques sur le drap avec leurs pieds. Ce drap blanc vêtu de rouge a été réutilisé pour la création d’une autre pièce.

Un autre élément présent comme nous l’avons vu précédemment était que le créateur faisait tout pour rester le plus anonyme possible, il se mettait en retrait au profit de ses créations.

Pour la même raison, ses mannequins défilaient souvent le visage masqué. Cette première collection comportait déjà des pièces réalisées à partir de vêtements recyclés.

Pièce de Martin Margiela, réalisée à partir d’un drap récupéré de son premier défilé, 1989

Pièce de Martin Margiela, réalisée à partir d’un drap récupéré de son premier défilé, 1989

Comme l’a raconté le journal The Independent :

« La première collection du designer belge, pour le Printemps/Été 1989, comprenait un tablier de boucher en cuir retravaillé en une séduisante robe de soirée, et une vieille robe en tulle récupérée, qu’il avait remodelée en plusieurs vestes très ajustées »43.

Ce premier défilé a fait beaucoup parlé de lui.

Défilé de la collection Printemps/Été de Martin Margiela, 1989

Figure 4. Défilé de la collection Printemps/Été de Martin Margiela, 1989

43 WALKER, H., Out of sight, not out of mind: Celebrating two decades of Martin Margiela magic sur The Independent, https://www.independent.co.uk/life-style/fashion/features/out-of-sight-not-out-of-mind-celebrating-two-decades-of-martin- margiela-magic-1832810.html

Martin Margiela, connu pour être un des précurseurs de l’upcyling dans le domaine de la mode, récupérait et transformait des vêtements afin de créer de nouvelles pièces. C’était l’un des premiers designers de mode à adopter cette démarche.

Il ne récupérait pas seulement des tissus pour créer ses vêtements mais également des objets, matériaux les plus loufoques les uns que les autres comme des perruques, des guirlandes, des sachets en plastique, des ceintures de sécurité de voiture, des capuchons de stylo, des couvertures et beaucoup d’autres.

Il détournait la fonction première de ces matériaux pour les introduire dans ses collections et leur donner une nouvelle vie.

Gilet en gants cousus de Martin Margiela, 2001

Figure 5. Gilet en gants cousus de Martin Margiela, 2001

Martin Margiela et Upcycling - Manteau couette de la collection Replica de Martin Margiela, 1994

Figure 6. Manteau couette de la collection Replica de Martin Margiela, 1994

Veste en perruque de cheveux synthétiques de Martin Margiela, © Stéphane Piera, 2009

Figure 7. Veste en perruque de cheveux synthétiques de Martin Margiela, © Stéphane Piera, 2009

Depuis 1997, la Maison a mis en place différentes lignes pour ses collections, allant de 0 à 23, qui présentent chacune une époque et un style différent.

On peut retrouver dans ces lignes autant de vêtements pour hommes que pour femmes mais également de la déco, des bijoux, des chaussures, des parfums ou d’autres objets.

Sa ligne 0 est entièrement faite de pièces artisanales cousues à la main et basée sur le principe de l’upcycling.

étiquette d’une pièce de Martin Margiela

Figure 8. étiquette d’une pièce de Martin Margiela

Détails des différentes lignes de la Maison Martin Margiela

Figure 9. Détails des différentes lignes de la Maison Martin Margiela

Avant l’arrivée de ces lignes, le designer belge utilisait simplement comme marque de reconnaissance une étiquette blanche d’une part pour montrer qu’il n’est pas le seul à avoir confectionné ces pièces. Et depuis 1997, chaque étiquette porte la liste des numéros avec un cercle qui entoure le chiffre de la ligne dont le vêtement fait partie.

Pour citer ce mémoire (mémoire de master, thèse, PFE,...) :
Auteur·trice·s :
Lola Nederlants
Lola Nederlants
Université :
L'École Supérieure des Arts Saint-Luc de Liège
Année de soutenance :
2019 – 2020 Mémoire de 2e master en Communication Visuelle et Graphique
Lola Nederlants : Graphiste designer / Saint-Luc Liège - École supérieure des arts
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