5 techniques pour maîtriser l’art de la diplomatie moderne

Paragraphe 2 :

La pratique classique de l’activité diplomatique

En dépit des changements considérables, l’essence de la diplomatie reste la même. On peut résumer la pratique en quatre fonctions distinctes : observer, informer, représenter, négocier. Ces fonctions sont aussi vieilles que la diplomatie et sont toujours d’actualité même si la Convention de Vienne de 1961 a été plus explicite. Il sera donc question de mettre en exergue

d’une part l’observation et l’information (A) et d’autre part la représentation et la négociation (B)

A- L’observation et l’information

François BUJON DE L’ESTANG55 fait remarquer que « l’époque où un ambassadeur était complètement plénipotentiaire dans le pays où il était accrédité et ne rendait compte que de temps en temps, par une dépêche qui prenait le bateau et qui arrivait trois mois plus tard, il pouvait décider de la paix et de la guerre, prendre des initiatives, mener une diplomatie personnelle, cette époque est évidemment révolue. En même temps la diplomatie n’a pas changé », parce que l’essence de la diplomatie reste la même ». Observer, c’est aussi vieux que la diplomatie elle-même.

Comme l’a défini Condillac, « le diplomate est un espion autorisé par le droit des gens »56 pour sa part, François BUJON DE L’ESTANG estime cela est « amusant, en effet provocateur, évidemment excessif. Mais ce qui est vrai c’est que le diplomate est un observateur accrédité »57.de manière plus explicite il dit ceci : « On envoie quelqu’un dans un pays étranger, avec une mission très simple : « Comprenez ce pays, comprenez ce qui s’y passe, comprenez comment le pouvoir s’y exerce et ce qu’il y fait, et expliquez-le-nous pour que nous puissions agir en conséquence. » Voilà la mission du diplomate. C’était sa mission sous François 1er, ou Louis XIV, ou Napoléon, c’est toujours sa fonction première aujourd’hui »58

Pour ce qui est de l’information, le diplomate doit non seulement s’informer mais a le devoir d’informer progressivement, au jour le jour, son chef d’Etat et le gouvernement de la République de l’évolution de la conjoncture internationale et de la situation des États étrangers. En collaboration avec les autres diplomates et expatriés59 exerçant dans son pays d’affectation,

En collaboration avec les autres diplomates et expatriés[1] exerçant dans son pays d’affectation, il organise ses activités sur la base des missions bien définies. Ainsi, à partir des informations qu’il recueille dans son environnement de travail, il en fait des synthèses et les transmet aux responsables basés au ministère des affaires étrangères de son pays [1] qui se charge de l’élaboration et de la définition des politiques étrangères à conduire. A ces deux missions classiques de la diplomatie en général, s’ajoutent la représentation et la négociation.

[1] Chantal BRUTEL, « Populations française, étrangère et immigrée en France depuis 2006 », Insee Focus n° 38, octobre 2015. Voir OCDE, Perspectives des migrations internationales en 2014 [archive], décembre 2014. Un expatrié est un individu résidant dans un autre pays que le sien (sa patrie). Le mot vient des mots grecs exo (« en dehors de ») et patrida (« le pays »). Dans le langage courant, il sert généralement à désigner des professionnels hautement qualifiés s’établissant à l’étranger pour des raisons professionnelles. Le nombre précis de Français expatriés n’est pas connu, mais il était en 2013 estimé à plus de 2 millions de Français dans le monde. Par extension du mot « patrie », non limité au cadre national, l’expatriation peut concerner une migration interne. En considérant la patrie comme « là où l’on se sent bien », c’est même un sentiment d’appartenance subjectif qui peut prendre d’autres formes que spatiale, par exemple, la langue maternelle : « Oui, j’ai une patrie, la langue française » (Albert Camus). L’expatrié est une catégorie particulière d’émigré. Il peut s’expatrier pour des raisons personnelles, familiales ou professionnelles, que ce soit pour des études, des perspectives de carrières, des envies de découverte ou en raison

[1]Serge MOATI (réalisateur), Quai d’Orsay : Les coulisses de la diplomatie (documentaire diffusé pour la première fois sur France 3 le 16 avril 2015, durée 67 min)

55François BUJON DE L’ESTANG« les quatre fonctions de la diplomatie », dans la Parole diplomatique, Revue des deux Mondes, p. 80

56 Voir CONDILLAC, dans le Dictionnaire des synonymes, à la rubrique « diplomate », indique simplement : « voir espion ». Vous vous reportez à l’entrée « espion », laquelle définit l’espion, et comporte à la fin le petit paragraphe suivant : « Diplomate »

57FrançoisBUJONDEL’ESTANG,Ibidem

58François BUJON DE L’ESTANG, Op. Cit., p. 81

59 Chantal BRUTEL, « Populations française, étrangère et immigrée en France depuis 2006 », Insee Focus n° 38, octobre 2015. Voir OCDE, B-La représentation et la négociation.

[1] Chantal BRUTEL, « Populations française, étrangère et immigrée en France depuis 2006 », Insee Focus n° 38, octobre 2015. Voir OCDE, Perspectives des migrations internationales en 2014 [archive], décembre 2014. Un expatrié est un individu résidant dans un autre pays que le sien (sa patrie). Le mot vient des mots grecs exo (« en dehors de ») et patrida (« le pays »). Dans le langage courant, il sert généralement à désigner des professionnels hautement qualifiés s’établissant à l’étranger pour des raisons professionnelles. Le nombre précis de Français expatriés n’est pas connu, mais il était en 2013 estimé à plus de 2 millions de Français dans le monde. Par extension du mot « patrie », non limité au cadre national, l’expatriation peut concerner une migration interne. En considérant la patrie comme « là où l’on se sent bien », c’est même un sentiment d’appartenance subjectif qui peut prendre d’autres formes que spatiale, par exemple, la langue maternelle : « Oui, j’ai une patrie, la langue française » (Albert Camus). L’expatrié est une catégorie particulière d’émigré. Il peut s’expatrier pour des raisons personnelles, familiales ou professionnelles, que ce soit pour des études, des perspectives de carrières, des envies de découverte ou en raison d’une punition civique (on parle alors d’ (réalisateur), Quai d’Orsay : Les coulisses de la diplomatie (documentaire diffusé pour la première fois sur France 3 (https://fr.wikipedia.org/wiki/France_3)le 16 avril 2015, durée 67 min)

B- La représentation et la négociation

Représenter peut signifier beaucoup de chose. Mais l’essentiel à retenir c’est que représenter, c’est bien sûr participer à un très grand nombre de cérémonies ou choses publiques, mais c’est également porter le drapeau de son pays à l’étranger, et expliquer la politique de son Eta.

C’est, avant tout, communiquer. Représenter aujourd’hui signifie apparaître sur les nouveaux medias, expliquer les positions de son pays, les défendre, articuler ses propositions ou ses thèses, c’est un travail de communication publique 61 et diplomatique 62 qui est extrêmement important.

Le besoin en communication dans la conduite d’une politique étrangère a toujours été indispensable, sur les plans politique, économique, écologique, environnemental ou encore sécuritaire.

Il s’agit d’un impératif pour l’équilibre d’un Etat. Des lors, des multiples alternatives s’offrent à ce dernier pour circonvenir à l’extérieur de ses frontières. A ces procès figure en bonne place la diplomatie. Celle-ci, par son dynamisme et sa compétence, est d’un apport considérable à l’efficacité de l’action de l’Etat, en temps de stabilité comme d’instabilité politique63 et sociale64.

61 Dominique Bessières, « La définition de la communication publique : des enjeux disciplinaires aux changements de paradigmes organisationnels », Communication & organisation,N°35, Presse universitaire de Bordeaux, 2009 62 Milton Samuel Loola Nsimba. La communication diplomatique dans l’espace public international : analyse des discours, représentations et médiations de la Francophonie 2012. Memoire en Sciences de l’information et de la communication, Université de Sorbonne, 2018. dumas-02512391. Organiser un sommet international dans son pays est le symbole de la fierté nationale et d’estime vis à vis de ses compatriotes et ses compères. Des rites sont alors à respecter selon des normes internationales. Relever un tel défi dans l’organisation avec, à la clé, le succès d’une rencontre internationale réunissant différents acteurs de différents horizons (des représentants des gouvernements, des représentants de forces vives, d’institutions internationales, des acteurs indépendants…), différents médias internationaux et nationaux, est d’une part un sentiment personnel de joie et de dignité pour un président de la république tout au long de sa magistrature. D’autre part, relevé un tel défi est un médiateur d’un enjeu majeur.

Par ailleurs, il faut souligner que la fonction de représentation est celle qui est le plus souvent associée au travail du diplomate. Elle consiste, selon les termes du Traité de Vienne65, à représenter l’Etat accréditant auprès de l’Etat accréditaire. Un ambassadeur représente donc le chef de l’Etat ainsi que le gouvernement. Il est, dès lors, investi d’un pouvoir particulier, qui dérive de celui reconnu aux souverains et aux chefs d’Etat.

Pour Raoul DELCORDE, « Cela est important, non pas pour le décorum, mais parce que cela donne une dimension particulière aux actes posés dans l’exercice de ses fonctions : étant le représentant accrédité d’un Etat, il est l’intermédiaire attitré et permanent entre les autorités officielles de deux pays ou entre la délégation d’un pays et une organisation internationale. Un certain nombre d’attributs est lié aux fonctions de représentation : cela va du fanion sur le véhicule de l’ambassadeur aux démarches que l’ambassadeur va effectuer au nom de ses autorités auprès des autorités de l’Etat d’accueil » 66 .

Comme l’écrivait fort justement Alain PLANTEY, « dans la vie diplomatique, on est souvent ce que l’on représente »67

Les diplomates continuent à négocier. Même s’il y a des sommets, même si les chefs d’État se rencontrent et même si les accords sont souvent conclus à ce niveau-là, il faut les rédiger, les mettre en œuvre, en définir les modalités : c’est le rôle des diplomates. Qu’il s’agisse de la diplomatie classique et traditionnelle, ce sont les diplomates qui négocient 68. En effet, La négociation diplomatique a souvent été considérée comme l’art de la ruse et de la dissimulation69.

63 Colette BRAECKMAN, Terreur Africaine : Burundi, Rwanda, Zaire. Les racines de la violence, Bruxelles, Fayard, 1996, pp.142-145.

64 Pierre François GONIDEC, Relations internationales africaines Paris, L.G.D.J, 1996, p.17. Voir aussi Pierre François GONIDEC, Les systèmes politiques africains, 2ème édition, Paris, LGDJ, p.153.

65 Les États parties à la présente Convention, Rappelant que, depuis une époque reculée, les peuples de tous les pays reconnaissent le statut des agents diplomatiques, Conscients des buts et des principes de la Charte des Nations Unies concernant l’égalité souveraine des États, le maintien de la paix et de la sécurité internationales et le développement de relations amicales entre les nations, Persuadés qu’une convention internationale sur les relations, privilèges et immunités diplomatiques contribuerait à favoriser les relations d’amitié entre les pays, quelle que soit la diversité de leurs régimes constitutionnels et sociaux, Convaincus que le but desdits privilèges et immunités est non pas d’avantager des individus mais d’assurer l’accomplissement efficace des fonctions des missions diplomatiques en tant que représentants des États, Affirmant que les règles du droit international coutumier doivent continuer à régir les questions qui n’ont pas été expressément réglées dans les dispositions de la présente Convention.

66Raoul DELCORDE, « l’évolution du métier de diplomate », Annuaire Français de Relations Internationales Volume X, 2009, p. 2

67Alain PLANTEY, De la Politique entre les Etats, principes de diplomatie, Pedone, Paris, 1987, p. 247

68 Ils négocient des accords de cessez-le-feu quand il y a eu un conflit. Ils négocient les traités de paix quand il faut mettre fin à une guerre. Ils négocient aussi les paragraphes des communiqués ou des documents publics. En effet, quand il a fallu mettre fin aux guerres balkaniques, on a négocié les accords de Dayton, et ce sont des diplomates, comme par exemple l’Américain M. Richard Holbrooke, qui ont joué un rôle décisif et très traditionnel pour tenter d’emporter l’adhésion ou de tordre le bras des différentes

A présent si l’essence de la diplomatie n’a pas changé, l’avènement du numérique va considérablement influencer la politique étrangère des Etats.

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La diplomatie togolaise a l’ère du numérique : enjeux et défis
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SANBENA Kanikatoma D.

SANBENA Kanikatoma D.
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