Les différentes formes de soutien du théâtre en Europe

Les différentes formes de soutien du théâtre en Europe

2- Les différentes formes de soutien du théâtre en Europe

A. L’intervention de l’Etat en matière culturelle en Europe

Les politiques de soutien aux arts du spectacle sont en général définies par le gouvernement national. Néanmoins, on recense en Europe trois types d’intervention de l’Etat en matière culturelle :

Les Etats de type fédéral ou très décentralisés : l’essentiel des compétences appartient aux collectivités locales. Tel est le cas pour la Belgique, l’Autriche, l’Espagne et l’Allemagne (avec les länder).

Les Etats où les compétences culturelles sont déléguées à des conseils quasi- autonomes : il s’agit de l’Irlande, du Danemark, de la Suède, des Pays-Bas, et surtout du Royaume-Uni (avec les arts council).

La Finlande possède un Conseil des arts, mais qui, purement consultatif, sert une politique d’état. Ce sont des organismes semi-publics.

Enfin, le domaine désormais aussi dominant qu’hétérogène en Europe est celui de l’Etat culturel centralisé, avec la prédominance du ministère de la Culture, comme on peut l’observer en France, au Portugal, en Grèce, au Luxembourg, en Italie (avec quelques réserves), mais aussi et surtout dans la plupart des pays adhérant à l’Union européenne le 1er mai 2004, dont les structures d’administration de la culture, si elles évoluent généralement vers un modèle décentralisé de la culture, n’en conservent pas moins des modes de fonctionnement hérités du « centralisme démocratique ».

B. L’implication de l’Europe dans les projets européens1

L’Union européenne contribue à l’épanouissement des cultures des Etats membres dans le respect de leur diversité nationale et régionale, tout en mettant en évidence l’héritage culturel commun.

Les programmes européens spécifiquement dédiés à la culture et à l’audiovisuel (Culture 2000 et Media) représentent un peu moins de 130 millions d’euros par an dans l’Union à 25, soit 0,12% du budget communautaire, soit 28 centimes d’euros par an par habitant.

Culture 2000 :

Concernant le spectacle vivant, il n’existe à l’heure actuelle qu’un programme communautaire qui est le programme Culture 2000.

Le programme- cadre Culture 2000 (2000-2006) soutient des projets de coopération dans tous les domaines du patrimoine et de la création (arts visuels, spectacle vivant, livre et lecture, patrimoine). Doté de 240 M d’euros pour les années 2000-2006, Culture

2000 a permis de financer, en 2004, 234 projets dont la moitié concernait le patrimoine. Dans ce cadre, l’Union européenne accorde 200 000 à 1 M€ aux villes européennes de la culture, représentant 60% du financement total.

1Pour plus d’information, voir l’ouvrage d’Anne-Marie Autissier, L’Europe culturelle en pratique, Association Française d’Action Artistique, Paris, 1999

Concernant le spectacle vivant à proprement parler, Culture 2000 a soutenu dès 1999 Hôtel Europa, un projet de coproduction impliquant une dizaine de jeunes metteurs en scène européens.

Le programme a financé également les réseaux tels Theorem, l’Union des Théâtres de l’Europe et la Convention théâtrale européenne, organismes qui s’attachent à renforcer la coopération artistique entre les théâtres, développant les résidences d’artistes et approfondissant les activités de prospection et de diffusion des spectacles en Europe1.

La création d’un fonds de soutien po

Parmi les autres sources permettant de soutenir les projets culturels, on peut citer les fonds structurels (400 millions d’euros) et notamment le Fonds européen pour le développement régional (FEDER) qui vise à réduire les disparités régionales et, à ce titre, cofinance des projets comme la rénovation des salles de théâtre.

Néanmoins, les subventions accordées par l’Europe à la culture sont relativement faibles et comme l’exprime R. Lacombe : « Tout se passe comme si l’Europe politique persistait à ignorer l’Europe de l’art2 ».

En effet, la définition de la place de l’Union européenne dans une politique culturelle commune fait nécessairement apparaître des clivages entre les Etats, selon que leur tradition politique est plus ou moins familière de ces normes.

Ainsi, le renforcement de l’action culturelle communautaire est-il davantage porté par la position centraliste française que par la position libérale britannique ou par celle des länder allemands, qui estiment que l’Union ne doit se préoccuper que modérément des questions culturelles.

Il convient tout de même de noter que des Rencontre européennes de la Culture ont lieu chaque année dans différentes villes européennes pour réfléchir sur une politique culturelle européenne et également défendre la « diversité culturelle » en Europe.

Les derniers mois précédent les rencontres européennes de la culture à Paris (mai 2005), des ateliers se sont réunis pour essayer d’apporter des solutions concrètes visant à améliorer la prise en compte de la culture européenne. Ainsi, l’atelier théâtre, musique et danse a fait les propositions suivantes:

  • La création d’un fonds de soutien pour le surtitrage des œuvres musicales et théâtrales,
  • mieux organiser les circuits de diffusion de la création contemporaine,
  • l’art vivant doit être mieux inscrit dans les médias TV,
  • harmoniser les fiscalités relatives aux artistes, les taux de TVA,
  • le problème de la grande disparité des salaires a été soulevé3.

1 Voir Partie III, pp. 86-99.
2Robert LACOMBE, Le Spectacle vivant en Europe (modèles d’organisation et politiques de soutien), La documentation française, 2004, p. 9.
3La Lettre d’information, Ministère de la culture et de la communication, n°126, mai 2005, p. 13.

C. Tour d’horizon des contextes politiques et des soutiens institutionnels en Europe1

Nous avons choisi de proposer l’exemple de pays qui semblent chacun caractéristiques d’un paradigme des politiques culturelles2 : l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Italie, l’Espagne, le Portugal, la Hongrie, les Pays-Bas et la Suède.

  • Allemagne :

Contexte politique : C’est, avec la France, le pays d’Europe qui s’est le plus préoccupé du développement hors du secteur marchand. Mais, dans un contexte très décentralisé, le fédéralisme, qui s’appuie sur 16 länder, fonde de vraies spécificités locales. Chaque land dispose de ses priorités, modes de financements et institutions.

Les communes peuvent aussi déterminer leur politique. Un secrétariat d’Etat à la culture a été créé en 1998. Il commence à prendre en compte l’importance nationale d’un certain nombre d’institutions culturelles.

Soutien institutionnel : En 2003, les communes représentaient 55% du financement du spectacle, contre 38% pour les länder et 7% pour l’Etat fédéral (le Bund). Deux milliards d’euros sont consacrés au théâtre et à l’opéra en 2001. Opéra, théâtre et danse sont répartis en 3 départements, majoritairement financés par les communes.

Une fondation nationale (Bundeskulturstifung), bras armé du secrétariat d’Etat à la culture est née en 2002, pour encourager les projets innovants à caractère international, les échanges culturels avec l’étranger et l’intégration des minorités. Organisme au budget modeste (32 M€), il a soutenu 90 projets en 2003.

Etat actuel de la scène : La culture est un tissu dynamique à forte tradition de répertoire et de lieux qui repose sur des acteurs culturels de renommée internationale.

Mais la crise économique née de la réunification de l’Allemagne a entraîné des réductions budgétaires drastiques, fragilisant considérablement les structures culturelles. La tendance est donc au regroupement des infrastructures.

  • Royaume-Uni :

Contexte politique : Le Department for culture, medias and sports (ministère) gère les arts via les arts councils.

Il gère aussi une part de la loterie nationale dont il est une des 6 « good causes » finançables et redistribue les fonds à l’art council England (ACE) et aux gouvernements nationaux (Pays de Galles, Ecosse, Irlande du Nord et Angleterre) qui l’attribuent à leurs propres arts countries.

Leurs missions : l’accès de tous à la culture et l’excellence artistique. Le NESTA (New Endowment for Sciences, technologies and Arts), financé par la Loterie qui fournit des bourses

individuelles, et le British Council pour la diffusion internationale, sont aussi des acteurs de financement. Au Royaume-Uni, le spectacle vivant représente 8,3% du budget culturel.

1Informations entièrement tirées de l’article « Spectacle vivant en Europe, 25 pays, 25 voies », magazine La Scène, n°36, printemps 2005, Nantes, pp. 114-117.
2Nous ne mentionnerons pas la France puisqu’il est aisé de se renseigner sur son système politique.

Soutien institutionnel :

Aides à la production et à la création : Les arts councils proposent des programmes globaux (arts visuels, théâtre et musique). Leur aide reste subordonnée à l’ouverture au public.

Les arts councils reçoivent des subventions du Ministère de la Culture et des autres ministères et les redistribuent aux organisations sous 3 formes : aides aux artistes, aides aux tournées, aides aux organisations.

Investissement privé : 180 000 organisations philanthropiques sont fédérées par Arts & Business, financé par les arts councils. Des partenariats public-privé (private financial initiative) permettent aux collectivités d’établir des accords avec des entreprises pour 25 ans, notamment pour la construction d’établissements culturels.

C’est surtout le mécénat des fondations qui fait du mécénat britannique un des tous premiers d’Europe (600 M£), soit un budget supérieur aux arts councils.

Aide à la diffusion : Chaque arts council consacre des programmes spécifiques pour la promotion. Les tournées internationales relèvent du British council (que l’on pourrait comparer à l’AFAA en France). Les festivals, acteurs majeurs, sont majoritairement subventionnés par les autorités locales et les sponsors.

Etat actuel de la scène : Le budget du ministère a doublé entre 1994 et 2002, passant de 900 millions à 1 881 millions de livres (hors apports de la Loterie).

Mais les finances sont fragiles et les financeurs multiples, privés ou publics, ont du mal à permettre une politique de soutien spécifique. L’Etat culturel reste une idée qui se heurte à une tradition ou intervention de l’Etat rime avec interventionnisme.

  • Italie :

Contexte politique : Ce n’est que depuis 1985 que les pouvoirs publics interviennent en faveur du spectacle. En 1998 est institué un ministère des biens et activités culturels, composé de dix directions générales en charge d’un secteur spécifique, déconcentrées en surintendances régionales autonomes, sur le modèle français.

La direction générale du spectacle gère les subventions du FUS (Fonds Unique pour le Spectacle). Les régions disposent de capacités législatives et des compétences culturelles étendues.

Les communes jouent un rôle primordial dans la gestion (souvent directe) des institutions et la promotion des activités. La modification de la constitution, en 2001, prévoit que le spectacle soit transféré aux régions.

Mais les modalités de transfert des compétences ne sont pas encore définies et les textes pas encore mis en application car la répartition des ressources pose problème. L’état assure encore la moitié des dépenses culturelles.

Soutien institutionnel : Le FUS est l’instrument privilégié de l’intervention publique. Il s’engage sur une base triennale.

La moitié des 500 M d’euros dont il dispose vont aux fondations lyriques, 17% au théâtre et 1,5% à la danse et au cirque. Au niveau central, le soutien au spectacle est géré par ETI (organisme théâtral italien), chargé de la promotion et de la diffusion du spectacle, un équivalent de l’ONDA.

Il coordonne au plan national la circulation des compagnies et s’occupe de la promotion et des échanges avec l’étranger. Il a ses propres théâtres et des théâtres affiliés. Il reçoit une contribution triennale du FUS (9,5 M€).

Aides directes : le principe est triennal afin d’assurer la stabilité des projets, ce qui pénalise les jeunes compagnies dont les projets doivent forcément s’inscrire sur trois ans et sclérose la novation dans une programmation prévue trois ans en amont.

Les subventions répondent à des critères bureaucratiques contraignants : une partie des fonds octroyée est versée sur la base d’un critère historique, le dernier tiers repose sur un critère de qualité artistique dont l’évaluation dépend des commissions ad hoc.

Les subventions ne sont versées qu’après attestation de l’existence réelle de l’activité (souvent un an après le début !) et sont conditionnées à l’obligation de jouer dans un certain nombre de régions.

Aides indirectes : 15 circuits théâtraux dans les régions assurent la circulation et la distribution des compagnies dans un territoire donné. Ils ont pour mission la promotion des spectacles et la formation du public.

Ils soutiennent majoritairement le théâtre. De nature publique ou privée, ces circuits sont subventionnés s’ils proposent au moins 130 jours de représentations réalisées par des compagnies subventionnées.

Ils peuvent introduire jusqu’à 25% de compagnies non subventionnées ainsi que des compagnies de danse aidées. Il existe des agences privées qui aident le théâtre pour leurs tournées nationales (Utim à Milan, Essevuteatro à Florence et Teatro 88 à Rome).

Etat actuel de la scène : Le spectacle vivant occupe une place mineure (10% des dépenses culturelles) dans les politiques culturelles plus préoccupées de préservation et de valorisation d’un patrimoine qui couvre, selon l’UNESCO, 40% du patrimoine mondial.

Près de la moitié des dépenses culturelles est consacrée chaque année à ce secteur. Les aides de l’Etat au spectacle ne parviennent pas à endiguer une crise que la succession effrénée de gouvernements et un relatif désintérêt pour le spectacle (à l’exception de l’art lyrique) ont suscité.

L’absence d’investissements privés (concentrés sur le patrimoine) et des mentalités administratives hostiles au changement ont conduit un réseau parallèle à se constituer très fortement en dehors du réseau officiel.

  • Espagne :

Contexte politique : Il existe trois niveau d’administrations autonomes : une administration centrale (un Ministère de la Culture depuis 1977, dissous puis restauré en 2004), 17 communautés autonomes et des corporations locales divisées en municipalités et provinces.

Le ministère gère des organismes autonomes dont l’institut national des arts de la scène (INAEM), qui assure la protection et la diffusion de la création.

La culture représente 0,33% du budget national avec 15% pour le spectacle vivant, soit 701 M€ en 2000. Les communautés autonomes octroient 9 fois plus de moyens à la culture que l’Etat.

Chaque communauté est dotée d’une consejería (conseil) pour la culture, dispose de ses propres modes de financement, de ses priorités et institutions. Outil identitaire par excellence, la culture est un axe stratégique des communautés : la normalisation linguistique est au cœur de leur priorités.

Enfin, les municipalités organisent l’offre de programmation, développent la majeure partie des activités culturelles, ont multiplié les infrastructures et jouent un grand rôle dans l’organisation des festivals.

Soutien institutionnel : Aides à la production et à la création : L’aide publique est attribuée de manière nominative aux centres de production publics dont elle couvre l’ensemble du budget. Priorité est donnée aux structures qui présentent leurs propres spectacles et aux tournées.

Les différentes formes de soutien du théâtre en Europe

Pour les compagnies indépendantes, l’attribution des subventions, essentiellement de fonctionnement, s’obtient sur projet, par le biais d’appels à projets.

Aides à la diffusion : L’administration centrale a comme unique instrument de diffusion, les théâtres d’Espagne, directement gérés par l’INAEM.

Il existe au niveau local des circuits de diffusion pour aider les théâtres municipaux à passer des contrats avec des productions intéressantes, tout en dynamisant le secteur privé en facilitant la circulation des spectacles.

Les festivals sont un outil très prisé de diffusion. Ils font partie des stratégies pour les petites villes qui ne sont pas à même de proposer une programmation à l’année. Les collectivités interviennent en général ensemble pour les financer.

Au niveau international, un département au sein de l’INAEM promeut les spectacles internationaux depuis 2000 en facilitant le déplacement des compagnies de théâtre qui en font la demande (les autres genres sont directement gérés par leur directions).

Etat actuel de la scène : Depuis la transition démocratique, l’offre culturelle s’est considérablement développée et a consolidé un réseau d’entreprises privées qui oeuvrent dans le domaine de la création et de la diffusion. Mais les régions investissent très inégalement dans la culture et les crédits publics s’érodent.

La demande de spectacles est inférieure à la moyenne européenne : 80% des espagnols déclarent ne jamais aller au théâtre.

  • Portugal :

Contexte politique : Dès le milieu des années 90, l’Etat assume complètement sa position de partenaire avec le secteur théâtral, par une augmentation significative de la dotation financière pour la dotation du théâtre indépendant. Le gouvernement issu des dernières élections a cependant considérablement réduit l’ampleur de ces aides.

Soutien institutionnel : Aides à la diffusion : Pour accroître l’offre culturelle sur l’ensemble du territoire, l’Institut portugais des arts de la scène (IPAE), instrument de l’Etat central, a été créé en 1988. Cette structure repose essentiellement sur des organismes privés, avec un pourcentage très significatif de financements publics.

Ce dernier vient en majeure partie du Ministère de la Culture (créé en 1995), à travers l’IPAE, et les individus, aussi bien que les personnes morales, peuvent le solliciter, à travers deux voies principales : des programmes (fondés sur des contrats de deux à quatre ans) et des projets.

  • Hongrie :

Contexte politique : La Hongrie a privilégié un système intermédiaire entre le modèle français, centralisé, et le modèle britannique ou nordique de l’arm’s length.

Le ministère du Patrimoine culturel national (NKÖM), créé en 1998 et le Fonds national (NKA) définissent, gèrent et mettent en œuvre les politiques publiques de soutien au spectacle vivant. Le NKA s’inspire de l’arts council britannique.

Après le tournant politique de 1989-1990, l’élaboration de la politique culturelle s’est faite à partir de deux sources : les traditions nationales en vigueur avant le régime communiste et les modèles occidentaux modernes.

La législature Orbàn (1998- 2002) a été celle du retour de la prééminence de l’Etat dans les politiques culturelles.

Le gouvernement Medgyessy (2002-…) semble, lui, s’orienter vers une politique culturelle moins marquée par l’idéologie et le centralisme, et plus proche du modèle britannique de l’arm’s length. Le budget total du ministère, pour l’année 2003, est de 350 millions d’euros, soit 1,7 % du budget de l’Etat en 2003.

Soutien institutionnel : Le ministère n’apporte qu’un soutien limité aux projets indépendants dans le domaine du spectacle vivant.

Les trois axes de son action sont le financement des institutions nationales, le financement de projets exceptionnels, tels que des tournées à l’étranger de compagnies hongroises, et enfin la nouvelle procédure dite de « soutien normatif aux théâtres », qui consiste à doubler la subvention accordée par les collectivités locales à leurs théâtres.

Malgré la transition démocratique, la présence de compagnies ou d’orchestres permanents, la pérennité du répertoire, le déséquilibre entre la capitale et la province continuent à caractériser le système de soutien hongrois au spectacle vivant.

Alors que la musique n’a cessé jusqu’à aujourd’hui d’être une priorité majeure de la politique culturelle hongroise, on n’observe qu’une timide politique d’aide à la création contemporaine et aux nouvelles formes scéniques. L’aide à la création dans les institutions connaît une baisse drastique depuis quelques années.

De même, peu d’efforts ont été faits depuis 1989 pour former des étudiants à l’administration de la culture, secteur qui, compte tenu des conditions de rémunération, relève autant du sacerdoce que de la vocation.

Aide à la diffusion internationale : Nouvelle venue dans le paysage culturel hongrois, l’agence Hungarofest, créée en 2000 est en quelque sorte l’équivalent de l’AFAA, et a pour principal objectif l’exportation de la culture hongroise à l’étranger. Elle est dotée d’un budget modeste (600 000 € en 2003).

Etat actuel de la scène : Le spectacle vivant en Hongrie, après avoir traversé une crise de transition au début des années 1990, connaît, depuis 1998, une certaine renaissance.

Il affirme une ouverture internationale de plus en plus marquée, tant concernant l’exportation de la culture hongroise à l’étranger que l’accueil des cultures étrangères en Hongrie.

De plus, le théâtre national, construit en 1998, s’impose comme le garant de l’identité culturelle et linguistique du peuple hongrois. On retrouve le même degré de surinvestissement de la vie théâtrale à Budapest qu’à Vienne (où chaque première au Burgtheater constitue un événement presque politique).

  • Pays-Bas :

Contexte politique : Concernant la culture, il s’agit d’un système « mixte », à l’intérieur duquel cohabitent un Ministère de la Culture fort, et des conseils des arts consultatifs, des agences, dont le nombre n’a cessé d’augmenter après 1965. Néanmoins, la culture reste un domaine privilégié de l’intervention publique.

Les politiques culturelles néerlandaises furent, à partir des années 1960 développées en raison de leur utilité sociale, mais ce n’est qu’en 1997 qu’a été créé un secrétariat d’Etat pour les affaires culturelles.

Soutien institutionnel : Le soutien public aux arts est assis autant sur des critères esthétiques que sur l’intérêt social, c’est pourquoi le ministre s’entoure d’experts et que naît en 1997 le Conseil de la culture. Pour le théâtre, il existe la Commission nationale du théâtre.

Les soutiens financiers du ministère aux différents organismes mais aussi aux compagnies et aux artistes individuels, attribués pour quatre ans (afin d’assurer une sécurité financière), recueillent nécessairement l’avis de Conseil de la culture, lui-même chargé de l’évaluation des projets autant que de l’utilisation des financements.

Le transfert de compétences de l’Etat vers les collectivités locales a commencé dans les années 1970. Le gouvernement a la charge des établissements nationaux et les provinces l’aide à la diffusion.

L’action du gouvernement en matière culturelle a chuté de 40 à 32% en 1995 et 2002. La part des municipalités (principaux bailleurs de fonds de la culture) est passée de 4 à 58% alors que les régions se maintiennent à un investissement constant de 10%.

  • Suède :

Contexte politique : La Suède constitue le paradigme du modèle social-démocrate de l’Etat providence (Folkhemmet). En matière culturelle, les premières subventions attribuées aux associations populaires datent du début du XXe siècle.

La Suède est, avec la Finlande, le Pays de l’Union qui compte le plus faible effectif de fonctionnaires ministériels en charge de la culture.

Comme aux Pays-Bas, le gouvernement central (via le ministère de la Culture) est responsable de la politique culturelle du pays.

Soutien institutionnel : Le Parlement (Riksdagen) attribue les budgets de la plupart des institutions nationales.

Les autres perçoivent un financement émanant du Conseil national des affaires culturelles (Statens Kulturråd) que redistribuent les collectivités. Comme en Allemagne, les municipalités (229) assurent la charge des principaux équipements culturels publics.

Les 18 départements (Landsting) ont la responsabilité des théâtres et orchestres régionaux. Ces collectivités sont doublées par un niveau d’administration étatique (Ländsstyrelser), l’équivalent de nos préfectures.

C’est le principe de l’arm’s length qui s’applique y compris pour les institutions culturelles nationales : l’Etat ne peut contrôler le choix de programmation.

Mentionnons enfin une nouvelle source de financement spécifique, directement issue de la fondation « Culture pour le futur», qui a été instituée par le gouvernement suédois en 1994 et qui s’est vue dotée d’une enveloppe de 57 millions d’euros.

Sa vocation est de financer sur un long terme des projets culturels particulièrement innovants. Son action, sans précédent, lui vaut un statut unique dans le paysage artistique et culturel.

Etat actuel de la scène : Le Centre national suédois du théâtre itinérant (Svenska Riksteatern), fondé en 1934 s’appuie sur 225 associations locales de théâtre. Elles achètent les représentations à 20% du coût total.

L’association compte 4000 membres et plusieurs troupes permanentes. Elle joue un rôle essentiel dans la diffusion : elle peut organiser des tournées pour des compagnies suédoises telle que le Théâtre royal dramatique.

La Suède a joué un rôle pionnier en Europe puisque, nonobstant la qualité artistique des productions, cette politique de soutien à la demande artistique a produit ses effets : en 2002, la Suède, avec ses 9 millions d’habitants, comptait quatre millions de billets vendus pour le spectacle vivant.

D.Les traits caractéristiques

Les subventions publiques obéissent à des critères disparates : La qualité et l’innovation sont des objectifs évidents mais d’autres priorités interviennent, le soutien aux jeunes publics comme au Danemark, la promotion des échanges internationaux, la rénovation des salles de spectacle, etc.

Malgré toutes les différences énoncées, Robert Lacombe constate dans la politique culturelle des pays européens les traits caractéristiques suivants :

  • Création d’organes centraux (ministères de la culture)
  •  Diversification des financements de la culture
  •  Montée en puissance de la décentralisation et coopération décentralisée
  •  Développement de « régions européennes régions » qui opèrent un « » qui opèrent un «  régionalisme
    national » (Bavière, Catalogne, …)

La tendance générale est à la dénationalisation de la politique culturelle ; la mise en oeuvre de l’action culturelle relève de plus en plus des collectivités locales.

En Europe centrale et orientale, notamment en Bulgarie, République tchèque, Slovaquie, le transfert partiel des compétences aux autorités régionales fut décidé après 1989, dans une volonté de libération politique et artistique.

Par ailleurs, L’Europe centrale et orientale, jadis sous le contrôle de l’Etat, connaît des expériences de partenariat privé. L’Etat finance en général 50% des dépenses publiques. En Slovénie, Autriche, Communauté flamande de Belgique et Islande, il est la principale source de financement.

ETAT DES LIEUX DU THEATRE DANS L’EUROPE ELARGIEETAT DES LIEUX DU THEATRE DANS L’EUROPE ELARGIE

Pour citer ce mémoire (mémoire de master, thèse, PFE,...) :

Auteur·trice·s :
Sabrina PASQUIER
Sabrina PASQUIER
Université :
Université de Bretagne Occidentale  - UFR Lettres et sciences humaines
Année de soutenance :
Master 2 Management du spectacle vivant - Septembre 2006
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