La réception et l’analyse de la réception des traductions

La réception et l’analyse de la réception des traductions

2.2.5. Réception de traduction

Étudier la réception d’une œuvre littéraire revient à étudier la façon dont l’œuvre littéraire est perçue par le public.

Ainsi, dans un monde de plus en plus multilingue, l’on ne saurait aborder la notion de réception effective sans toutefois évoquer le rôle de la traduction. En effet, sans la traduction, la réception se limiterait à une seule communauté linguistique.

2.2.5.1. Notion de réception

Depuis son introduction dans les études littéraires dans les années 1960, de nombreux chercheurs ont abordé la notion de réception sous différent prisme.

C’est le lieu pour nous de les évoquer.

2.2.5.1.1. Réception selon Jauss

L’allemand Hans-Robert Jauss est l’un des chercheurs les plus influents des études sur la réception des œuvres littéraires. Il fonde avec Wolfgang Iser dans les années 1969, un courant littéraire baptisé « École de Constance » qui place le lecteur au centre du processus de la communication littéraire.

Pour Jauss (1978 : 15), la réception est un processus dynamique qui transforme, d’âge en âge, les concrétisations d’une œuvre et en modifie les valeurs et le sens.

Par conséquent, recevoir une œuvre, c’est prendre une part active dans l’œuvre en tant que lecteur. Il s’agit pour le lecteur de s’approprier de l’œuvre et c’est cet acte d’appropriation de l’œuvre par le lecteur qui modifie la valeur et le sens de l’œuvre au cours des générations.

2.2.5.1.2. Réception selon Iser

Wolfgang Iser est une autre figure de proue de l’« École de Constance». Pour lui, le texte ne fournit souvent que très peu d’informations aux lecteurs laissant une panoplie des non-dits. Il revient dès lors au lecteur, à travers ses lectures de saisir le sens de ses informations cachées pour décoder le message de manière objective.

Pour Iser (1985), « la réception » est l’étude du texte en s’appuyant sur les réactions du public lecteur sans pour autant oublier que le texte donne lui- même son mode de réception et provoque « un effet » sur le lecteur.

Ainsi, selon Iser, « l’effet et la réception constituent les points d’ancrage essentiels de l’esthétique de la réception ». L’« effet» renvoie aux méthodes théoriques textuelles, la « réception » renvoie aux méthodes historiques sociologiques.

En somme, les études sur la réception s’intéressent au rôle structurant, dans l’œuvre, du destinataire. Qu’il soit lecteur ou spectateur, celui-ci permet d’actualiser ce qui, sans lui, ne pourrait exister qu’à l’état latent. Seule la réception permet à l’œuvre de s’inscrire dans l’histoire.

2.2.5.3. Approches relatives à l’analyse de la réception des traductions

Dans leur article Reception and Translation publié dans The Handbook of Translation Studies, Brems et Pinto (2013) proposent deux approches à l’analyse de la réception de la traduction notamment l’analyse de la réception au niveau social et l’analyse de la réception au niveau individuel.

2.2.5.3.1. Analyse de la réception au niveau social

L’analyse au niveau social étudie la réception du texte au sein d’un groupe d’individus tout en s’intéressant à la fonction de la traduction dans la culture cible.

Elle utilise une méthode de collecte des données à la fois quantitative et qualitative pour l’analyse de la réception. Ainsi, tandis que la méthode quantitative est basée sur la collecte des données bibliographiques, la méthode qualitative quant à elle étudie la réception d’une œuvre dans la culture cible.

Les méthodes quantitatives de collecte des données les plus fréquemment utilisées sont les questionnaires et les interviews pour évaluer la réputation ou l’interprétation d’une œuvre ou d’un auteur au sein d’une communauté.

2.2.5.3.2. Analyse de la réception au niveau individuel

Cette approche étudie le lecteur réel et comment certaines stratégies de traduction peuvent affecter la réaction du lecteur. Elle met l’accent sur les lecteurs, leurs compétences, leurs besoins et attentes.

Les méthodes de collecte des données utilisées, sont les questionnaires, les interviews et les observations. Les interviews et les questionnaires servent à collecter les informations nécessaires à l’évaluation du lecteur et à mesurer l’effort de compréhension.

L’observation permet de collecter les données les plus discrètes. Cette méthode semble complexe en ce sens que le jugement subjectif du chercheur peut influencer les résultats, ce qui complique la tâche qui consiste à mesurer et à comparer les réactions des lecteurs.

La réception et l’analyse de la réception des traductions

2.3. Revue des travaux antérieurs

Nous ne saurions prétendre être le premier à mener nos investigations sur ce sujet recherche. En effet, de nombreux auteurs ont écrit des articles et ouvrages de référence sur la traduction du genre à l’ASTI et à travers le monde.

À l’ASTI, trois travaux majeurs ont retenu notre attention. Ngo Nyem Nathalie Adeline (2015) dans son mémoire de master intitulé Identités de genre et stratégies de traduction : le cas des étudiants de l’ASTI, a étudié la relation entre le genre et la compétence stratégique en traduction.

Cette étude visait à démontrer que le nombre et le choix du genre sont fonction du genre. Sa méthodologie de receherche est basée sur un questionnaire d’enquête et sur l’analyse comparative des traductions entre étudiants et étudiantes sous le prisme des stratégies de Chestermann (1944).

Les résultats de l’analyse montrent que la quantité et la préférence stratégiques sont bel et bien fonction du genre.

Tamgho Ariane (2014) pour sa part, dans son mémoire intitulé Analyse de la traduction féministe comme processus de réécriture au féministe, a étudié les stratégies de traduction employées par les traductrices.

À cet effet, elle s’est basée sur une étude descriptive en s’inspirant de l’approche féministe de Delisle, de la stratégie du skopos de Nord et Vermeer, et de la stratégie du polysystème d’Even Zohar.

Comme résultat, son analyse montre que les différences constatées dans la traduction reflètent non seulement les normes du contexte de traduction mais aussi sont en rapport avec la commission qui est de réécrire le texte au féminin.

L’analyse montre également que le concept d’écriture ou de réécriture au féminin propre aux féministes, autorise quelques abus de langue. Raison pour laquelle, elle en déduit qu’il faut une traduction sans aucune connotation féministe.

Ntogue Rose Carine (2013) enfin, dans son mémoire intitulé Genre et idéologie dans la traduction de la Bible en Bassa, a présenté le lien qui existe entre la manière dont le genre a été traduit dans la Bible en langue Bassa et l’idéologie de ce peuple.

Après analyse du corpus, elle estimait que la manière de traduire le genre dans la Bible a abouti à l’exclusion, au camouflage, à la péjoration, à la restriction, et à la déformation de l’image de la femme à travers l’écriture.

Par conséquent, elle en tire quatre interprétations possibles: l’idéologie influence la manière de traduire en général et de traduire le genre en particulier; le traducteur joue un rôle important dans la promotion ou la décadence d’une idéologie; l’utilisation d’un langage exclusif dans la traduction du genre freine l’apprentissage et le développement d’une langue et la dernière, la traduction du genre est considérée comme un moyen permettant de renforcer l’idée que l’on se fait de la femme dans la société.

Ainsi, notre étude se démarque de celles de nos consœurs du fait que, les siennes sont toutes des études féministes de la traduction du genre. Ce qui est contraire à la nôtre qui relève de l’étude du genre grammatical et plus particulièrement du genre de Dieu.

Dans un autre contexte africain, un pan de l’étude relative à la traduction du genre nous est révélé ici par Mojola (2018) dans son article Bible translation and gender : challenges and opportunities – with specific reference to sub-Saharan Africa.

Cet article est focalisé sur les questions de genre dans la traduction de la Bible et a examiné si comment le cadre patriarcal dominant qui sous-tend les cultures bibliques influence l’interprétation biblique résultant des traductions bibliques dans de nombreuses langues et plus particulièrement dans certaines langues de l’Afrique subsaharienne.

L’objectif de cette étude est de remettre en cause le rôle du patriarcat dans l’interprétation et la traduction biblique, de s’interroger sur les manières dont la Bible est utilisée pour défendre le patriarcat et de proposer une approche raisonnée du genre, basée sur les principes de justice, d’équité et d’égalité entre les hommes et les femmes tels qu’ils ont été créés à l’image de Dieu.

À cet effet, Mojola estime que la traduction du genre et des titres de Dieu est le véritable défi de la traduction du genre dans la Bible.

En termes d’opportunités, il estime que, bien que le traducteur soit tenu à rester profondément attaché au texte, mais il doit faire de choix en utilisant son statut privilégié pour remettre en question des notions déformées relatives à l’égalité ou aux inégalités de genre.

Bien que notre étude, comme celle de Mojola analyse les problèmes de traduction du genre de Dieu dans les langues africaines, la nôtre est plus explicitée et exemplifiée avec une focalisation sur le cas de la langue lamé. De même notre étude est un mémoire de master tandis que la sienne est un article.

Raaijmakers Joséphine (3683907) enfin, dans son mémoire de master intitulé Les problèmes de traduction du genre et des realia qui se posent dans le roman de Bernard Quiriny Les assoiffées soutenu à l’Université d’Utrecht, évoque des difficultés liées à la traduction du genre et des realia dans le livre de Bernard Quiriny Les assoiffées (2010).

L’objectif principal de son travail est d’étudier la traduisibilité de ce livre en néerlandais, où le phénomène du genre n’est pas aussi évident qu’en français.

Pour atteindre son objectif, Raaijmakers a appliqué les stratégies proposées par Flotow (2009). Ainsi, notre travail se démarque du sien dans la mesure où nous avons effectué l’analyse d’une traduction alors qu’elle a effectué l’étude de la traduisibilité d’un texte.

2.3.Conclusion

Au terme de ce chapitre, nous avons fait une présentation générale du Lamé notamment ses dénominations, son histoire, sa situation géographique, sa classification linguistique, sa situation socioéconomique, sa culture et son système d’écriture.

Ensuite nous avons opérationnalisé les concepts clés de notre étude à savoir le genre, la traduction biblique et la réception de la traduction. En dernier ressort, nous avons revisité quelques travaux effectués dans le cadre de la traduction du genre à travers le monde et à l’ASTI.

Nous avons montré la contribution de Ngo Nyem, Tamgho, Ntogue et Mojola. Le prochain chapitre se propose à son tour de présenter les cadres théorique et méthodologique qui s’appliquent au présent travail.

Pour citer ce mémoire (mémoire de master, thèse, PFE,...) :
La première page du mémoire (avec le fichier pdf) - Thème :
Genre et concept de dieu dans la traduction du nouveau testament et des psaumes en lamé
Auteur·trice·s :
Mountchi Gilbert
Mountchi Gilbert
Université :
University of BUEA - Advanced school of division I
Année de soutenance :
A Thesis Submitted to Division I of the Advanced School of Translators and Interpreters (ASTI) - October 2020
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