La langue lamé : système d’écriture, classification linguistique

La langue lamé : système d’écriture, classification linguistique

2.1.5. Classification linguistique

Les langues africaines sont regroupées en quatre grandes familles linguistiques appelées phylums : le phylum nilo-saharien, le phylum khoisan, le phylum niger-kordofan et le phylum afro-asiatique encore appelé chamito-sémitique.

Le phylum afro-asiatique a deux familles : la famille sémitique et la famille tchadique. Cette dernière totalise plus d’une cinquantaine de langues.

D’après la dernière classification de Newmann (1977), reprise dans l’inventaire des études linguistiques sur les pays d’Afrique noire d’expression française et du Madagascar (Barreteau, 1987 :163), les langues tchadiques se répartissent en quatre branches : la branche ouest, la branche est, la branche centre (Biu-Mandara), la branche sud (Massa) au sein de laquelle se retrouve le lamé, logé dans la sous-branche zimé.

La branche Masa

  1. Masa (banana = masana)
  2. Musey
  3. Zimé (lamé, pévé, dari)
  4. Mesme (bero, zmré)
  5. Marba (kulong = azumeina)
  6. Monogoy

Sachnine (1982) a également repris la même classification de Newmann.

Ainsi, nous pouvons établir l’arbre généalogique de la famille linguistique de la langue lamé comme suit :

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2.1.6 .Culture et tradition

Le peuple lamé vit dans une société fortement stratifiée avec un Dju, un roi sacré, détenteur d’un pouvoir exclusif, faiseur de la pluie et du soleil. Il porte le titre honorifique de « Loum » (le lion). Il est assisté d’un conseil de notable (Gaŋ).

La succession à la tête de la chefferie est héréditaire et de type patrilinéaire. Le roi est polygame. À cet effet, ses épouses sont reparties en quatre classes : la première classe regroupe les femmes les plus âgées, elles sont chargées des rites et coutumes (voun four).

La deuxième classe est chargée de l’accueil et de l’alimentation du roi. La troisième catégorie s’occupe de la propriété du palais royal. Et la quatrième classe regroupe les épouses les plus jeunes, ces dernières reçoivent de l’instruction de celles de la première classe.

Sur le plan religieux, les Lamé sont des adeptes d’une religion à caractère monothéiste. Ils croient en Ifray, « celle qui est en haut », « celle qui est aux cieux », ou encore « la mère du ciel », ou bien plus « la déesse ».

Cette Déesse suprême, maitre du ciel, des phénomènes atmosphériques, après avoir créé le monde s’y est éloignée à cause de la méchanceté des Hommes et de la violation des interdictions. Elle fait rarement objet de culte et d’adoration, car il n’y a même pas un lieu de culte ou un prêtre particulièrement chargé de son culte.

Toutefois des sacrifices hebdomadaires, mensuels, annuels ou saisonniers lui sont offerts. Le culte est individuel et chaque chef de famille est le prêtre dans sa famille bien qu’il existe des prêtres et prêtresses pour certaines grandes cérémonies comme lors des grandes fêtes tels que le Fragwa, le Gura etc.

Les Lamé obéissent également à plusieurs rites dont la plus importante est le Fragwa. C’est une fête de sacrifice pratiquait au début de la saison pluvieuse pour implorer Dieu afin que la pluie soit plus abondante et les récoltes meilleures.

En effet, chaque année au mois dit de « fragwa » qui corresponde au mois d’avril dans le calendrier grégorien, le peuple lamé organise une grande cérémonie pour invoquer la déesse de la pluie pour la nouvelle saison pluvieuse.

Le roi à travers ses sujets annonce de façon solennelle le début des festivités. Ainsi, le peuple apprête des animaux (coq, chèvre, mouton, bœuf etc.) pour l’immolation mais aussi du mil pour le vin.

Ainsi, le principal célébrant du fragwa le sacrificateur Bəpofur, le sage Bəhuwa et les aînés partent en brousse pour une cérémonie rituelle de trois à quatre jours.

Leur retour marque immédiatement la célébration. À cet effet, le roi sort de son palais et donne le coup d’envoi de la cérémonie en immolant un veau gras.

Après l’acte symbolique du roi, chaque chef de famille, selon ses moyens peut alors l’emboîter le pas en immolant à son tour l’animal prévu à cet effet. Après la réjouissance populaire, la cérémonie s’achève de belle lurette dans la soirée par une abondante pluie.

Sur le plan initiatique, le « Gura », la circoncision lamé, est l’un des évènements le plus prisé. C’est une cérémonie d’initiation pour des jeunes garçons dont l’âge varie généralement de 5 à 15 ans. Elle est organisée par le Dju Gura (chef de l’initiation) en accord avec le roi et les patriarches du village.

En effet, chaque sept ans, les parents d’enfants sont convoqués à envoyer leurs progénitures en brousse pour une cérémonie d’initiation d’une durée minimum de 45 jours (un mois et demi) à 90 jours (trois mois) dans une des fameuses forêts de la contrée.

Après les différents rites prévus à cet effet, le jeune garçon est conduit au lieu de l’initiation par un parrain, qui est généralement l’ami de son père ou son oncle maternel.

Elle consiste principalement à introduire le jeune homme dans le cercle social des hommes adultes. Ainsi, il passe du statut de garçon à celui d’homme capable de s’assumer. Par conséquent, l’enfant est initié aux activités telles que la chasse, la cueillette, l’agriculture, l’élevage, les techniques de l’habitat etc.

À la sortie de la brousse, l’enfant devient homme et est capable de se défendre dans toutes les circonstances de la vie. Tous les secrets et les mystères de la société lui sont dévoilés et il peut participer librement à toutes cérémonies en particulier celle que participe Məyawri, le masque lamé.

Mais il est également soumis à certaines interdictions, notamment celles de révéler les secrets de l’initiation (aux femmes et au non-initié sous peine de mort) et de s’associer aux femmes et aux enfants etc.

S’agissant du masque justement, il en existe principalement quatre : Məyawri, Igugo, Marəkamta et Gugo. Igugo et Marəkamta intervient principalement dans les cérémonies d’initiation et en particulier lors du Gura. Le Məyawri quant à lui intervient dans les rites liés aux cérémonies funéraires.

Il assure également la sécurité des villageois en organisant la police des villages. Il est présent à toutes les grandes cérémonies du peuple Lamé. Le Gugo enfin, est plus présent dans les réjouissances, les fêtes et les jeux et apporte son concours aux femmes par la danse.

Sur le plan folklorique, La culture lamé se caractérise par de nombreuses danses telles que la danse de la circoncision (dla Gura), la danse des jeunes (dla Gala), la danse du Fragwa (dla Fragwa), la danse des femmes (dla alaya et dla on), la danse des jeunes filles (lelekule), la danse ses femmes initiées (dla fur) etc.

Les instruments de musique traditionnelle sont le tam-tam (jiw sem), les tambours (jiw), la flûte (dub riya), les calebasses à sonnailles (timbi jiw), le balafon (ngeng), les tambourins (vay jiw).

Sur le plan familial, la polygamie est plus dominante et est un signe de prestige, de considération et de richesse. Le nombre de femmes que doivent avoir un père de famille est illimité. La dot est exorbitante et confère à l’homme le pouvoir absolu sur sa femme.

Pour se faire, l’homme doit donner entre 9 à 15 têtes de bœufs aux parents de la jeune fille ainsi que des chèvres, des houes, du vin (sum ou bil-bil), de la nourriture sans oublier l’aide dans les travaux champêtres.

Il faut également noter que les Lamé partagent presque la même culture avec les Moundang. Ceci peut s’expliquer par le fait que le contact entre ces deux peuples est plus ancien et remonterait au début du XVIe et à fin XVIIe siècle.

Pour rappel les Moundang sont les plus proches voisins des Lamé. Ils sont installés au nord du pays Lamé, dans la localité de Léré au Tchad et dans certains villages de l’arrondissement de Bibémi. Par contre, sur le plan linguistique, leur langue se diffère grandement.

2.1.7. Système d’écriture

Le système d’écriture de la langue lamé est dérivé de l’alphabet latin. Selon Yahdang et al (2011 et 2017), l’alphabet lamé compte 44 lettres, élaboré sous le modèle de l’Alphabet des langues africaines.

Cet alphabet en plus des lettres de l’alphabet latin de base, utilise des lettres supplémentaires avec des diacritiques pour représenter certains phonèmes, ce qui simplifie également l’orthographe en la régularisant sur la prononciation. Ci-dessous le tableau de représentation dudit alphabet :

ALPHABET LAMÉ

ALPHABET LAMÉ

Nous pouvons repartir les lettres de l’alphabet lamé en cinq groupes :

  • 1. Les lettres empruntées à l’alphabet latin : ce sont les lettres de l’alphabet latin de base. Ils s’écrivent et se prononcent de la même manière en lamé que dans les langues européennes. Ce sont 17 consonnes et 4 voyelles :
  • Consonnes : b, d, f, g, h, k, l, m, n, p, r, s, t, v, w, z.
  • Voyelles : a, i, o, y

 

  • 2. Les lettres empruntées à l’alphabet latin mais de prononciation différente : le lamé a quatre lettres qui s’écrivent de la même façon que les lettres de l’alphabet latin, mais qui ne se prononcent pas toutes de la même manière. Ce sont :
  • Consonne : c /tch/ (par exemple coho se lit « tchoho) et j /dj/ (jo se lit /djo/)
  • Voyelles : e /é/ et u /ou/ (Exemple : keve se lit /Kévé/ et ku se lit /kou

 

  • 3.Les lettres nouvelles par rapport à l’alphabet latin ou les lettres spécifiques

Ces lettres n’existent pas dans l’alphabet latin. Ils appartiennent cependant à l’alphabet phonétique international (API) à laquelle il faut se référer de temps en temps pour l’articulation. Il s’agit des lettres suivantes :

  • Consonnes : ɓ ɗ ŋ
  • ɓ /bh/: (b implosif) se prononce comme un « b » précédé par un arrêt glottal en un seul son (Ex. : ɓay (bien))
  • ɗ /dh/: (d implosif) se prononce comme un « d » précédé par un arrêt glottal en un seul son (Ex. : səmbeɗ (air, vent, esprit))
  • ŋ /ng/: ce son existe en français et plus fréquemment encore en anglais. Il est généralement transcrit par ng comme dans poing, ring. (Ex. tǝŋ : (commencer)).

 

  • Voyelle : ǝ

La lettre ə, elle, n’existe pas en français, mais c’est un signe de l’API (alphabet phonétique international). Elle se prononce à peu près comme le e muet du français mais de façon plus renforcée et sensible (Ex. əŋ (elle)).

  • 4. Les voyelles accentuées (voyelles nasalisées)

Les voyelles a, e, i et o, u prennent souvent un accent circonflexe, ils se transforment en des sons nasalisés. Ce sont : ȃ, ȇ, î, ȏ, ȗ des voyelles nasalisées comme en français : « temps, teint, ton »mais n’existent pas toutes en français. Comme exemple nous avons : sâwa (cheveux), mê (famine), boô (melon).

  • 5. Les combinaisons des lettres

Certaines lettres sont plus souvent combinées en lamé. Ils sont suivis des lettres b, l, y, w, et y. Nous avons : Dl, Jw, kw, kp, mb, mgb, nj, ny, sw, ŋg, tl.

Pour citer ce mémoire (mémoire de master, thèse, PFE,...) :
La première page du mémoire (avec le fichier pdf) - Thème :
Genre et concept de dieu dans la traduction du nouveau testament et des psaumes en lamé
Auteur·trice·s :
Mountchi Gilbert
Mountchi Gilbert
Université :
University of BUEA - Advanced school of division I
Année de soutenance :
A Thesis Submitted to Division I of the Advanced School of Translators and Interpreters (ASTI) - October 2020
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