Problèmes de traduction du genre liés au nom et attributs de Dieu

Problèmes de traduction du genre liés au nom et attributs de Dieu

4.2. Analyse des données

L’analyse de donnée est le pivot du présent travail de recherche. Elle est l’analyse proprement dite des trois types problèmes de traduction du genre de Dieu dans le NTP en lamé. Elle permettra à terme d’évaluer l’impact de cette traduction sur le public cible.

Étant donné qu’il est impossible d’analyser chaque unité de traduction altéré en détail, notre sélection montre quelques exemples qui sont illustratifs des différents types de problèmes de traduction. La représentativité et la pertinence des fragments étaient les deux facteurs importants dans leur sélection.

4.2.1.Problèmes de traduction du genre liés au nom et attributs de Dieu

Comme déjà mentionné dans la Revue de la littérature (2.2.3.3.), l’un de plus grands problèmes de traduction du genre dans la Bible est la traduction du nom et attributs de Dieu. Dieu est souvent définit comme un être suprême, créateur de l’univers et adoré dans les religions monothéistes et polythéistes.

Son nom, sa perception et sa conception diffère d’une croyance à une autre et partant d’une langue à une autre. En lamé, il est appelé Ifray, dérivé des mots « I » (celle) et « fray » (ciel) signifiant « celle qui est aux cieux ».

Dans le mythe de la création de l’homme chez les Lamé, « à l’origine, fut un Dieu (Ifray). Elle (Ifray) enfanta un fils et une fille. Ces derniers deviennent les ancêtres de tous les tribus de la terre ». Ainsi, contrairement à la langue française, Dieu est un personnage du genre féminin en lamé.

Il est à l’image d’une femme qui enfante. C’est une déesse. Ce qui pose un véritable problème de traduction vers le lamé. Car, comme nous le savons bien la langue française porte une conception judéo-chrétienne de la création et du créateur (Dieu).

Dieu est un père dans cette communauté. Il parait donc difficile de transposer une idéologie d’un peuple en une autre. Car cela demandera par exemple de modifier la structure linguistique et partante de la grammaire entière de cette dernière.

Mais toutefois, dans la version lamé du NTP, la traduction du nom de Dieu en elle-même ne souffre d’aucun problème, car elle est rendue par « Ifray ». Mais il s’est posé un problème majeur au niveau du rendu des différents attributs de Dieu.

Dans la Bible, de nombreux attributs ont été donnés à Dieu. Ces derniers sont ce que la Bible dit de Dieu. Ce sont en effet, les caractères et les aspects de sa personnalité.

C’est au final les personnifications et les métaphores de Dieu. Ainsi, à travers quelques extraits, nous allons illustrer quelques cas de traduction problématique de ces dernières.

4.2.1.1. Personnification

La personnification est une figure de style par laquelle on prête des qualités humaines à une chose, une idée ou un animal. Elle est le produit d’une comparaison ou d’une métaphore.

Dans la Bible, de nombreux attributs de Dieu véhiculent une image humaine. Ce qui occasionne de problème de traduction comme nous allons le démontrer comme suit :

Exemple 1 :

TS Voici donc comment vous devez prier : Notre Père qui es aux cieux ! Que ton nom soit sanctifié; (Mathieu 6:9)
TC « I in dan kǝ Ifray kǝ vari mǝni ni na: Ba mba mǝ wafray, namba wǝ wa’ sôwâ daŋ’ mbra’ semɗe ru. (Matiye 6 :9)

Dans ce premier exemple de l’analyse, nous remarquons que, l’image d’un père a été prêtée à Dieu. Ainsi, les traducteurs lamé ont rendu littéralement la prière du seigneur « Notre Père qui es aux cieux ! » en « Ba mba mǝ wafray ».

Ce qui s’avère inopportun dans ce contexte car comme l’avons-nous dit ci-haut, Dieu est du genre féminin en lamé. À cet effet, il était plus raisonnable de procéder par une adaptation de ce crédo chrétien, c’est-à-dire rendre « père » (ba) devient « mère » (ya).

Mais là encore, il peut se poser un autre problème. Car le terme « mère » peut prêter à confusion à Marie, la mère de Jésus Christ.

Ainsi, étant donné qu’Ifray signifie « celle qui est aux cieux », il sera judicieux de rendre « notre père qui es aux cieux » en « Ifray » tout simplement pour éviter la redondance. Toutefois, l’on ne saurait remplacer père par Dieu dans tous les cas comme dans l’exemple 2 ci-dessous.

Proposition de traduction : « I in dan kǝ Ifray kǝ vari mǝni ni na : Ifray, namba wǝ wa’ sôwâ daŋ’ mbra’ semɗe mǝŋ.

Glose de la traduction : Vous devez vous adresser à celle qui est aux cieux comme suit : Déesse, nous voulons que tous glorifient ton nom.

Exemple 2 :

TS Je serai pour vous un père, Et vous serez pour moi des fils et des filles, dit le Seigneur tout-puissant. (2 Corinthiens 6:18)
TC Na dǝ ke ba mi, ɓay hi dǝ ke daw man mǝ njiwkwa kǝ mǝ rawkwa. Bârî mǝ kǝ gbǝgboŋ daŋ’ in ndǝna’a. (2 Koriŋtǝ 6 :18)

Dans cet exemple, l’usage du terme « père » est bien différent du précédent, parce que le passage indique clairement qu’il s’agissait déjà de Dieu le père et par conséquent, les traducteurs de la version lamé sachant que Dieu est du genre féminin devraient tout simplement adapter « père » en « Ya » (mère).

Proposition de traduction : Na dǝ ke ya mi, ɓay hi dǝ ke daw man mǝ njiwkwa kǝ mǝ rawkwa. Ifray mǝ kǝ gbǝgboŋ daŋ’ in ndǝna’a. (2 Koriŋtǝ 6 :18)

Glose de la traduction : Je serai votre mère, et vous serez mes fils et filles. La Déesse toute-puissante a ainsi déclaré.

Exemple 3 :

TS Il répondit: N’avez-vous pas lu que le créateur, au commencement, fit l’homme et la femme (Matthieu 19:4)
TC Zezu ɗam vun ndaya: « Hi cu in dan mǝni wây nǝ mi su? Kǝ tǝŋ zu kwa Bǝ gi kwa gi sǝmanji kǝ ma (Matiye 19 :4)

Une fois de plus, en méconnaissance du genre de Dieu en lamé, les traducteurs n’ont pas pu rendre le vocable « créateur » en lamé. « Bǝ gi kwa » (celui qui crée les choses) tel que traduit pour désigner le créateur du ciel et de la terre en lamé n’est pas naturel et ne s’adapte pas aux contraintes linguistiques de la langue lamé.

En le rendant ainsi, le Lamé ordinaire qui n’a jamais été en contact avec le christianisme à travers d’autres langues trouvera ce langage étrange et peut-être uniquement réservé à un groupe bien précis, celui des chrétiens.

Car dans sa croyance, son créateur n’avait jamais été un homme. Il sera par conséquent plus judicieux de l’adapter au génie de la langue lamé en disant « I gi kwa » (celle qui crée les choses).

Proposition de traduction : Zezu ɗam vun ndaya : « Hi cu in dan mǝni wây nǝ mi su ? Kǝ tǝŋ zu kwa i gi kwa gi sǝmanji kǝ ma (Matiye 19 :4)

Glose de la traduction : Jésus les a répondu : « N’avez-vous pas lu ce qui a été écrit ? Au commencement des choses, la créatrice, fait l’homme et la femme.

Problèmes de traduction du genre liés au nom et attributs de Dieu

4.2.1.2. Métaphore

La métaphore est une figure de style qui consiste à désigner une idée ou une chose en employant un autre mot que celui qui conviendrait.

Ce mot est lié à la chose que l’on veut désigner par un rapport de ressemblance. C’est ainsi que l’on dit que la métaphore est régie par le principe de l’analogie. Ce terme veut tout simplement dire que l’on associe deux choses qui nous semblent similaires.

Il s’agit de traduire le réel sous la forme d’une image. Ainsi, dans notre corpus, de nombreuses idées ont été utilisées pour faire référence à Dieu. Et la traduction de ces dernières a été un sujet à problème.

Exemple 4 :

TS L’Éternel tonna dans les cieux, le Très-Haut fit retentir sa voix, Avec la grêle et les charbons de feu. (Psaumes 18:14)
TC Bârî wǝ dlay dan daka wafray wǝ du dlǝmbur mǝ ura’, Ifray mǝ wafray ta’ wor um mbǝ rǝka: Mum ta’ kǝ kakiyew kǝ riŋê ku! (Nyeme 18 :14)

Dans ce passage, la métaphore « Le Très-Haut » est utilisée pour désigner Dieu. Ainsi, nous constatons que les traducteurs lamé ont eu le mérite d’utiliser l’explicitation pour rendre cette métaphore en « Ifray mǝ wafray » (Dieu du ciel) en lamé.

Mais de manière logique, cette traduction ne tient pas. Comme rappel une fois de plus, Ifray signifie « celle qui est aux cieux ». Il est donc illogique de répéter la même expression deux fois « Ifray mǝ wafray » qui signifie « celle qui est aux cieux qui est aux cieux ».

Le premier « celle qui est aux cieux » est ici largement suffisant pour exprimer l’idée de « le Très-Haut » en lamé. Par conséquent, la meilleure formule serait d’utiliser le concept « Ifray » pour rendre le terme « le Très-Haut ».

Proposition de traduction : Bârî wǝ dlay dan daka wafray wǝ du dlǝmbur mǝ ura’, Ifray ta’ wor sǝ mbǝ rǝka : ta ta’ kǝ kakiyew kǝ riŋê ku ! (Nyeme 18 :14)

Glose de la traduction : l’Éternelle gronde dans les cieux, Celle qui est aux cieux fait entendre sa voix, avec la grêle et les charbons de feu

Exemple 5 :

TS Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Assieds-toi à ma droite, Jusqu’à ce que je fasse de tes ennemis ton marchepied? (Matthieu 22: 44)
TC Bârî in ne kǝ Bârî mana: a suk ɓa fun rin, hâ na dǝ njay sum sî wû zǝ sem ru. (Matiye 22: 44)

Dans l’extrait ci-dessus, le vocable « Seigneur » désigne Dieu en tant qu’autorité suprême. Son rendu lamé « Bârî » quant à lui est un titre honorifique et de noblesse plus approprié pour rendre le terme « Seigneur ».

C’est un titre généralement attribué aux hommes bien qu’il soit un terme neutre qui peut à la fois être attribué aux hommes et femmes.

Ainsi, nous estimons que l’utilisation de ce terme pour rendre les termes « Seigneur » et « Éternel » doit être contextualisé. Dans un verset biblique où il est explicitement utilisé pour désigner Dieu, il est plus préférable de traduire « Seigneur » ou « Éternel » en « Ifray ».

Ce qui veut dire que si dans un verset biblique où le vocable « Ifray » n’est pas employé, les termes « Seigneur » et « Éternel » doivent être rendus par « Ifray » comme dans l’extrait ci-dessus dont voici notre proposition de traduction :

Proposition de traduction : Ifray in ne kǝ Bârî mana : a suk ɓa fun rin, hâ na dǝ njay sum sî wû zǝ sem ru. (Matiye 22 : 44)

Glose de la traduction : Celle qui est aux cieux a dit à mon Seigneur : Assieds-toi à ma droite, Jusqu’à ce que je mets tes ennemis à ton marchepied ?

Par contre, dans un verset biblique où le vocable « Ifray » est déjà employé, nous proposons de maintenir « Bârî » pour « Seigneur » et « Éternel » comme dans l’exemple ci-dessous :

Exemple 6 :

TS TC Proposition Glose
Béni soit le Seigneur, le Dieu d’Israël, De ce qu’il a visité et racheté son peuple, (Luc 1:68) « Mǝ dǝ bur Bârî, Ifray sôwâ Israyel, zǝ mum mbǝ du sôwâ um ɓay tumwa ndaya. (Lukǝ 1 :68) « Mǝ dǝ bur Bârî, Ifray sôwâ Israyel, zǝ ta mbǝ du sôwâ sǝ ɓay tumwa ndaya. (Lukǝ 1 :68) « Allons Bénir l’Éternelle, la Déesse d’Israël car elle est venue à son peuple et l’a racheté.

Pour citer ce mémoire (mémoire de master, thèse, PFE,...) :
La première page du mémoire (avec le fichier pdf) - Thème :
Genre et concept de dieu dans la traduction du nouveau testament et des psaumes en lamé
Auteur·trice·s :
Mountchi Gilbert
Mountchi Gilbert
Université :
University of BUEA - Advanced school of division I
Année de soutenance :
A Thesis Submitted to Division I of the Advanced School of Translators and Interpreters (ASTI) - October 2020
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