La première page du mémoire (avec le fichier pdf):
Université de Bretagne Occidentale  - UFR Lettres et sciences humaines
Master 2 Management du spectacle vivant - Septembre 2006

La culture de réseau : point de vue des institutions théâtrales

  1. Circulation des productions théâtrales entre la France et l’Europe
  2. Le théâtre dans les pays nordiques : un divertissement
  3. Le théâtre en Allemagne et en Europe Centrale et orientale
  4. Les différentes formes de soutien du théâtre en Europe
  5. L’intérêt artistique du théâtre européen : un théâtre alternatif
  6. La position phare du Théâtre National de l’Odéon
  7. L’ONDA : principal contributeur pour la diffusion des spectacles
  8. Développement de l’accueil des productions de spectacles étrangères
  9. Difficultés liées aux modes de gestion du spectacle à l’étranger
  10. Le problème de la diffusion des spectacles en France
  11. Les organismes d’aide à l’exportation du théâtre français
  12. Tournées des créations des institutions théâtrales françaises
  13. Les obstacles observés à l’exportation du théâtre français
  14. Exportation du théâtre, la solution des grands festivals européens
  15. Une notion d’exportation remplacée par l’échange artistique
  16. Les cercles de Grands artistes et théâtres européens
  17. La Convention Théâtrale Européenne : échanges et de spectacles
  18. Le développement des réseaux d’information : IETM & THEOREM
  19. La culture de réseau : point de vue des institutions théâtrales
  20. Le festival Mira : un exemple réussi de coopération

La culture de réseau : point de vue des institutions théâtrales

3. Le point de vue des institutions théâtrales : L’exemple du Théâtre National de Bretagne à Rennes, premier « Centre européen de Production Théâtrale et Chorégraphique »

Afin d’illustrer cette ‘culture de réseau’, il est intéressant d’étudier la position d’une institution française du point de vue de sa coopération avec les autres théâtres européens. Le TNB semble, à ce titre, exemplaire.

3.1 Les activités « européennes » du TNB

En avril 2002, le Théâtre National de Bretagne devenait le premier « Centre européen de Production Théâtrale et Chorégraphique », un statut unique dans le dispositif français.

Ce projet est né de l’impulsion de son directeur, François le Pillouër, qui explique : « Il me semblait important de construire une Europe démocratique, sociale, artistique, d’affirmer un autre point de vue que celui tristement économique.

Et de bâtir cet espace commun en s’appuyant sur les artistes et les villes, comme à l’époque de la Renaissance où existaient des réseaux traversant les frontières nationales.

Les artistes sont des ambassadeurs d’humanité, qui contribuent à penser un monde plus humain et politiquement plus intéressant1. »

La Convention signée entre la Ville de Rennes et l’Etat en 20022 stipule que le TNB « inscrit son action originale dans une dimension européenne. Dans cet esprit, il propose, à un public toujours plus large, la vitalité créative d’un monde artistique ouvert au-delà de toutes les frontières territoriales, sociales et patrimoniales ».

Pour ce faire, il dispose en 2002 du budget suivant :

  • Une subvention de fonctionnement de 2 905 134 € de l’Etat
  • Une subvention de fonctionnement de 2 376 794 € de la Ville

Les activités « européennes » du TNB se développent autour de 4 axes principaux.

3.1.1 L’atelier international d’artistes

Selon la Convention, le TNB a pour objectif de créer une dynamique d’ateliers autour d’une communauté de travail où peuvent voisiner de manière dialectique le renommé et l’inconnu, le savoir et la recherche, la tradition et la modernité, la réflexion et les propositions nouvelles.

1 Le Cahier de l’Onda n°27 : Au-delà des frontières, Gwénola David, été 2003, p. 3.
2 Convention relative au Théâtre National de Bretagne.

Cet atelier se construit selon des principes suivants :

  • La prépondérance de la création à Rennes
  • La fidélité à des poètes ou à des artistes
  • Les affinités électives autour du projet
  • L’accompagnement du travail artistique
  • La rencontre et l’échange favorisés par la simultanéité des résidences
  • Une ouverture large à des publics d’origines distinctes

L’atelier international d’artistes du TNB se compose aujourd’hui de trois metteurs en scène (Stanislas Nordey, Jean-François Sivadier, Marcial Di Fonzo Bo), et d’un chorégraphe (François Verret). Ils doivent respecter le cahier des charges suivant :

  • Créer au moins une pièce tous les deux ans : pour exemple, Jean-François Sivadier a présenté Italienne Scène et orchestre en 2003 et La Mort de Danton de Büchner en 2005 ;
  • Intervenir chaque année à l’école de comédiens (Ecole supérieure d’art dramatique du TNB) ;
  • Participer à la réflexion sur le projet de l’établissement et sa mise en œuvre.

Ils aident le Directeur général à accomplir les 2 vocations de l’atelier international :

  • Création d’un réseau européen ;
  • Mise en place d’une action internationale forte (l’Arc Atlantique est privilégié).

Le TNB doit être producteur d’au moins 5 créations par an sur le site rennais (4 de théâtre, 1 de danse). Sur 4 ans, la moitié des créations doit concerner des œuvres d’auteurs et de chorégraphes contemporains.

Chaque année, une création est confiée à un metteur en scène ou à un chorégraphe de l’espace européen extérieur à la France. C’est ainsi que Rodrigo García a créé Jardinería Humana au TNB en 2002.

Le TNB doit faire tourner ses spectacles dans la Région, en France et à l’étranger. Il s’inscrit dans les réseaux diversifiés et décloisonnés et participe à la construction culturelle de l’Europe par les Villes.

3.1.2 Le festival « Mettre en scène » : un laboratoire international1

« Mettre en scène » est un festival autour de la mise en scène créé à l’initiative de François Le Pillouër. Il naît sous sa forme définitive en 1998 et devient une rencontre internationale à parité de metteurs en scène et de chorégraphes.

Rayonnant sur un large territoire, « Mettre en scène » fédère des scènes de l’agglomération rennaise et de la Région (scène nationales de Quimper, le Grand Logis à Bruz…). Son ambition est d’ouvrir un espace pour la mise en scène et la chorégraphie au travers des voies de recherche aussi singulières qu’exigeantes, en

proposant au public des croisements inédits, dans un lieu et un moment voués à la réflexion sur la pratique artistique et sur la question « qu’est-ce qu’être présent au monde aujourd’hui ? ».

1 Informations recueillies en grande partie à partir d’un texte rédigé par F. Le Pillouër en 2005 « La relation à l’événementiel : le festival Mettre en scène ».

Dès l’origine, le festival conjugue les créations, les impromptus, les accueils ou les événements autour de textes neufs, parfois même ‘limites’.

Directeurs d’acteurs, chorégraphes, comédiens, danseurs se retrouvent dans ce festival ‘défricheur’. Une place est également laissée aux arts plastiques dans leur manifestation diverses : installations, expositions…

Il s’agit d’un festival qui se veut à la croisée des pratiques et des formes artistiques, contre la standardisation et les cloisonnements.

Il privilégie le regard critique. En 2004, 30 000 spectateurs parmi lesquels des professionnels ont assisté à ce festival où se côtoient jeunes talents et artistes confirmés, grandes et petites formes (les impromptus constituent « la singularité de Mettre en scène »).

Selon François Le Pillouër, « Mettre en scène » repose sur un triptyque : un concept, un mythe et une famille d’artistes : « Le concept est la mise en scène au sens large ; le mythe convoqué est celui de l’Abbaye de Thélème, communauté laïque et mixte, inventée par Rabelais dans Gargantua, et dont la règle était résumée dans la formule : ‘Fais ce que tu voudras’ ; la famille d’artistes, comme avènement d’une communauté de pensée et de travail s’articule principalement autour d’artistes qui sont d’abord des ‘auteurs-metteurs en scène’, gens de théâtre et chorégraphes. »

La part de spectacles étrangers est significative de l’orientation internationale du festival. Il s’agit bien d’un laboratoire international où se pressent les artistes européens qui comptent ou compteront dans les années à venir. Parmi les révélations créées par le festival de 2002 à 2005, citons :

  • Compré una pala en Ikea para cavar mi tumba, texte et mise en scène de R. Garcia – Espagne (2002) – 1ère française
  • Twin Rooms et Splendid’s par la compagnie Motus (Enrico Casagrande et Daniela Nicolo) – Italie (2002) – 1ère française
  • Endless Medication par la compagnie Buelens Paulina – Belgique (2003) – 1ère française
  • Nora de H. Ibsen, mise en scène de Thomas Ostermeier – Allemagne (2004)
  • Cinema Cielo, mise en scène de Danio Manfredini – Italie (2004) – 1ère française
  • XIV Crescita Prato, mise en scène de Roméo Castellucci – Italie (2005)

Le festival marque ainsi des empruntes, des lignes artistiques. Au côté de l’Atelier international d’Artistes, il renforce le dispositif d’intervention européenne du TNB.

Il s’agit de faire en sorte que dans ce lieu, des artistes venant de toute l’Europe puissent créer les uns aux côtés des autres, français y compris, pour permettre la confrontation, l’émulation et les échanges.

La culture de réseau point de vue des institutions théâtrales

3.1.3 Des échanges tout au long de la saison

La programmation laisse une large place à la création et à l’échange avec l’étranger. La Convention précise que le TNB doit accueillir chaque saison au moins

9 spectacles de théâtre et 4 pièces chorégraphiques représentatifs des courants déterminants de la pensée, de l’écriture et de l’esthétique, parmi lesquels une bonne place aux spectacles en langues étrangères doit être réservée.

Ainsi, tout au long de l’année sont diffusés des spectacles européens, représentatifs, selon François Le Pillouër, des écoles théâtrales. Des jeunes troupes mais aussi des grands maîtres sont invités depuis 2002 : Krystian Lupa (2003-

2004), est représentatif du théâtre polonais; Thomas Ostermeier invité régulièrement est l’emblème d’un théâtre allemand engagé dans la réalité sociale, civique et politique ; Frank Castorf, programmé en 2007 incarne le versant indépendant, subversif de la pensée et de la culture allemandes…

François Le Pillouër insiste sur le fait de travailler sur des fidélités avec certains artistes, afin de construire de vraies relations sur le long terme1. L’espagnol Rodrigo Garcia, à l’affiche chaque année depuis 1999, est emblématique de cet accompagnement dans la durée, de sorte que le TNB l’a véritablement imposé en France.

Citons également Thomas Ostermeier et la Sociétas Raffaello Sanzio que le Directeur suit et invite régulièrement. Ce dernier souhaite avant tout travailler avec l’Europe des 25 car il estime que l’ « Europe doit se construire et se renforcer entre l’ancien bloc soviétique et le bloc américain2 ».

Aussi, il travaille plus spécifiquement avec les artistes provenant des pays fondateurs de l’Europe (Espagne, Italie, Allemagne…), même s’il invite également des artistes de l’Europe de l’Est.

Le TNB ne rencontre pas de problèmes spécifiques pour accueillir les productions européennes : son budget lui permet de programmer les spectacles en première nationale sans avoir à organiser des tournées avec les autres institutions théâtrales françaises.

Son directeur n’observe pas de difficultés à accueillir des productions provenant des théâtres allemands de répertoire car les metteurs en scènes, avec qui des liens forts se sont noués (tel Thomas Ostermeier) s’arrangent pour libérer leurs comédiens afin de proposer leur spectacle au TNB.

En outre, le TNB œuvre à la diffusion de ses créations dans les pays européens. Ainsi, en 2006- 2007, La double inconstance de Marivaux mise en scène par Christian Colin va à la Comédie de

Genève ; La Vie de Galilée de Brecht monté par Jean-François Sivadier part rencontrer de nouveaux publics au Forum de Meyrin (en Suisse) et au Schauspielhaus de Zurich.

Les difficultés à exporter les spectacles du TNB selon son directeur sont d’une part liées aux décors parfois trop lourds et, d’autre part, à la disparition de certains réseaux (dont les centres culturels français) qui facilitaient la diffusion du théâtre.

1Entretien téléphonique du 25 août 2006.
2 Ibid.

François Le Pillouër insiste sur le fait qu’il est important d’accueillir des artistes étrangers, de créer des liens, de suivre leur évolution et de les soutenir avant de chercher à exporter les créations du TNB à l’étranger.

Il est primordial, selon lui, de travailler sur la durée « de la même manière que les metteurs en scène sont des sculpteurs de Temps1 ».

Ainsi sont développées des politiques d’allers-retours entre les théâtres et des liens se créent avec des lieux comme le Théâtre Vidy- Lausanne, la Schaubühne de Berlin (dirigée par T. Ostermeier), la Schauspielhaus de Zurich ou la Comédie de Genève.

La rencontre avec les créateurs étrangers se noue ainsi dans le « faire ensemble », dans « le croisement des regards pour inventer ensemble, pour ausculter le monde tel qu’il va et ne va pas2 ».

3.1.4 L’Ecole supérieure d’art dramatique

Fondée en 1991, l’Ecole supérieure d’art dramatique a pour but de former des comédiens sur trois ans. Cette formation s’appuie sur plusieurs grandes villes. Un metteur en scène associé du TNB dirige l’école et choisit les intervenants. Le Responsable Pédagogique est nommé pour trois ans.

C’est un artiste en activité. Les trois premiers ont été Christian Colin, Dominique Pitoiset puis Jean- Paul Wenzel. Stanislas Nordey assure, depuis octobre 2000, la direction pédagogique de l’Ecole. Il a envisagé l’orientation de cette Ecole à partir de principes solides dont les suivants :

  • « être dialectiquement une Ecole dans un Centre Européen de Création Théâtrale et Chorégraphique ;
  • Trouver le chemin de l’Europe, pour se plaire en compagnie des étonnants étrangers. »

L’Ecole d’art dramatique du TNB participe en ce sens à la « construction artistique et culturelle d’une Europe qui doit être démocratique, sociale, ouverte aux autres pays3 ».

1/2 Ibid.
3F. Le Pillouër

3.2 Les projets européens en cours

En juillet 2006 s’est tenue une réunion pentapartite où l’Etat, la Ville de Rennes, le Conseil Général d’Ile-et-Vilaine et le Conseil Régional de Bretagne ont affirmé leur attachement à ce Centre européen et réévaluent les subventions à la hausse.

L’Union européenne sera sollicitée au titre de ses nouveaux programmes 2008. Des projets qui mûrissent depuis plusieurs années vont pouvoir progressivement voir le jour parmi lesquels :

  • La volonté de coproduire des spectacles dans une double distribution, l’une française et l’autre étrangère ;
  • La mise en place des jumelages avec des structures européennes sur le thème « une ville, un théâtre, une école »1.

Le TNB est aujourd’hui considéré comme un Lieu Phare de la création contemporaine en Europe. 1 Le détail de ces projets est, à l’heure actuelle, confidentiel.

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