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Université Marien Ngouabi - Faculté des lettres, des arts et des sciences humaines (flash)
Mémoire Pour l’obtention du diplôme de Master - 2019-2020

Vecteurs artificiels et champ sémantique de communication

  1. Communication traditionnelle : un aspect de l’éducation
  2. Chris Emmanuel Bakouma Malanda
  3. Géographie physique et humaine des Kongo Boko
  4. Rappel historique : des kongo de Boko (république du Congo)
  5. La communication traditionnelle : multi-modalité
  6. Champ sémantique verbal ou oral de la communication
  7. Champ sémantique non-verbal de la communication traditionnelle
  8. Vecteurs artificiels et champ sémantique de communication
  9. La communication traditionnelle dans l’éducation de l’enfant
  10. Principes pédagogiques de la communication traditionnelle
  11. Communication traditionnelle, vecteur des valeurs socio-éducatives
  12. L’éducation de l’enfant, impact de la communication traditionnelle

Vecteurs artificiels et champ sémantique de communication

4.3. Champ sémantique instrumental

Considérés comme étant des canaux distants de la communication, les instruments de musique africains et spécifiquement Kongo, sont nombreux et diversifiés.

4.3.1 Aérophones60

Comme l’indique d’emblée son nom, l’aérophone est un instrument de musique produisant le son comme résultat de la vibration de la colonne d’air soufflée par l’instrumentiste ; le son qu’il produit la journée permet d’émettre des messages sur des distances assez restreintes par contre la nuit, sur des distances plus importantes du fait de la tranquillité environnementale.

Nous pouvons les répartir en trois types selon leur existence en terre Kongo (Boko): les sifflets (nsiba et kiluelue), les cris (tsikoyi) et les trompes ou cornes (mpûngi)

  • les sifflets (nsiba) : Issus de l’espèce végétale ou parfois animale, les sifflets qu’utilisaient les Kongo de Boko pour transmettre des messages sont constitués d’une part, d’un tube généralement court, portant une embouchure ayant été modelé sur les deux extrémités et d’autre part, d’une paille (nianga). Il est à noter que cette forme de communication disparaît avec l’urbanisation des campagnes mais aussi avec la chute de chefferies traditionnelles.
  • le sifflet (kiluelue): C’est une forme de sifflement émis par l’appareil buccal ou par l’entremise des doigts insérés dans la bouche ; sa portée est du moins limitée (2 kilomètres + ou -).

Ces sifflets (nsiba et kiluelue) avaient pour but de donner une alerte face à un danger imminent. Il était obligatoire pour tous les enfants d’en maitriser, les mécanismes de fonctionnement. C’est à partir de la fin de la première enfance que ce code sonore s’apprend.

Car celui qui méconnaissait le sens desdits sifflets devenait un potentiel danger (kimpumbulu) pour le groupe social. Dès le bas âge, les Kongo de Boko initiaient d’ores et déjà, l’enfant à ce code social.

En effet, pendant la colonisation, les miliciens français, mindele (envahisseurs blancs) ou (noirs) venaient arracher les enfants (jeunes garçons, matoko) de leurs parents, pour les travaux forcés.

Alors, pour sauver leurs enfants, les anciens, mbuta, utilisaient les nsiba ou kiluelue pour que ces derniers aillent se cacher dans la forêt. Par conséquent, la maîtrise ou la connaissance desdits sifflets par les enfants étaient essentiels.

60 Voir l’annexe 6, ensemble d’images d’instruments à air.

  • Cor (mpûngi) : c’est un instrument à vent de forme évasée dans lequel on souffle puissamment pour convoquer une réunion ou rencontre à la place du village.

Réservé à la cour royale ou chefferie, il est fabriqué avec les défenses d’éléphants, cornes de buffles et d’antilopes ; il est le plus souvent utilisé par un tsimbika, joueur de cor. Lorsqu’il est joué, toute la communauté se déporte sur la place royale, au mbongi du chef.

Enfants, jeunes et vieux y sont conviés pour écouter le message du chef. Il est nécessaire de préciser que l’enfant est initié à ce code sonore et sa participation aux différentes rencontres dénote du dévouement social.

Si le chef ou roi voulait signaler un danger à la communauté, la responsabilité du tsimbika, joueur de cor est engagée.

Pour ce faire, il se déplaçait au moins à dix (10) mètres de la cour royale ou chefferie jouant premièrement le nsiba (sifflet)61 pour annoncer le danger et après l’avoir joué avec insistance, il joue en fin de compte le mpûngi (cor).

L’enfant (ntoko) qui écoute le sifflet et le cor doit se cacher et siffler à son tour, pour en informer les autres. L’enfant qui ne se cache pas, s’il se fait attraper par les ennemis de la communauté peut trahir les autres.

Par conséquent, un enfant qui ne maîtrise pas ces codes sociaux ou signes sonores est considéré comme un enfant mal éduqué qui a besoin d’un redressement social très sérieux.

Vecteurs artificiels et champ sémantique de communication

Si, ce dernier s’obstine dans le mal et ne veut pas s’amender malgré tout l’effort fourni par la collectivité pour son éducation ; il est écarté de la communauté pour ne pas qu’il affecte d’autres enfants par son comportement. Le cabinet royal décide sous l’ordre du roi de la mise à mort de celui- ci (récalcitrant) à la place publique.

Avant qu’il ne meurt, l’enfant mal éduqué (kimpumbulu) qui a refusé de changer son comportement tient un discours-conseil à l’endroit des membres de la communauté afin qu’ils ne reproduisent pas l’erreur qu’il a commis.

  • Cris (Tsikoyi) : C’est un ensemble de cris buccaux qui s’exécute par la contraction de l’air dans le ventre. L’exécutant émet un son proche de celui du loup « ouwou, ouwou, owou ». C’est un ensemble de cris positifs, qui ne sert qu’à signaler de bonnes choses. Comme les nsiba ou kiluelue, il était indispensable pour l’enfant d’apprendre les mécanismes de fonctionnement du Tsikoyi.

Il est de plusieurs exemples : un enfant (ntoko) qui s’en va à la chasse (sampa) avec son père ; ne pouvait que communiquer par le tsikoyi pour ne pas effrayer les gibiers. Ou encore, lorsque les anciens, mbuta, employaient les kiluelue pour signaler le danger, il fallait par la suite jouer le tsikoyi pour dire à l’enfant de revenir, qu’il n’y a plus de

danger. Donc le tsikoyi intervient selon plusieurs contextes. C’est toujours dès la première enfance que le tout se joue.

61 Annexe 5, Geste de la bouche (sifflet), p.110

Un enfant qui ne maîtrise pas ces aérophones sus-cités est considéré comme un élément dangereux susceptible de causer du tort à la société.

4.3.2 Membranophones62

Ce sont des instruments de musique produisant des sons via une membrane tendue qui vibre. Très en vogue en terre Boko, les membranophones ou tambours peuvent être frappées avec les mains ou un accessoire quelconque.

Ils sont comme la bouche, ils véhiculent un message bien définis qui ne peut qu’être décodé par les enfants du groupe social. Il existe les tambours à membranes (ngoma) et les tambours à fentes (mukonzi).

Nous avons subdivisé les tambours à membranes comme suit : tambour massif (ngudi ngoma), tambours médiums (bala ba ngoma) et les tambours de plus petites tailles, les ntinti.

Fabriqués à partir du ngom-ngoma (Ricinodendron africanum), lesdits tambours sont taillés dans de longs troncs d’arbres, évidés et écorcés ; leur fabrication obéit à un certain nombre de rituels.

Le tambour ou tam-tam est un instrument ayant l’habileté de forger le comportement social de l’enfant sociologique par conséquent son éducation.

De quelle manière le membranophone contribue-t-il a éduqué un enfant sociologique ? Il est a noté que dès sa fabrication, le tambour ou tam-tam, porte des messages socio-éducatives.

Car en fait, les anciens, mbuta, responsabilisent les jeunes garçons ou adolescents (matoko) dans le jeu musical c’est-à-dire qu’ils sont chargés de jouer et chanter des morceaux musicaux dont le thème porte sur la problématique de la déchéance des valeurs sociales.

Parmi les enfants sociologiques, s’il y a un enfant qui a accompli un acte condamnable, automatiquement les anciens, mbuta, leur demandaient de le chanter et toutes les personnes qui écoutaient cette musique étaient informées de cet acte condamnable qui est de fait, une grande honte pour celui qui l’accomplit.

A cet effet, toute la communauté, du plus jeune (enfant) au plus vieux (mbuta) étant sensibilisée, se met à observer les règles de bonne conduite. Ces chansons d’éveil, étaient jouées dans les évènements heureuses malaki (fêtes) ou évènements funestes, u’samu mia kiadi.

62 Voir l’annexe 6, ensemble d’images de membranophones.

4.3.3 Idiophones63

Cette catégorie d’instruments dont le matériau constitué de matières quelque peu durs telles les matières minérales, végétales et animales, produit le son par lui-même lorsqu’on exerce un impact dessus à l’aide d’un accessoire donné. Ces instruments sont tout à fait différent des instruments à vent, à corde, à touche ou encore à membrane.

Nous avons pu répartir ces instruments de la manière suivante : les idiophones de catégorie percussionniste (les cloches, ngongi et les tambours à fente, mukonzi), les idiophones par secouement (Les castagnettes, bisasa, le hochet, dibu et les maracasses, nsakala) les idiophones par raclement (grattoirs, Mukwaka) et les idiophones par pincement (le kisansi et la sanza, tsindanda).

Les idiophones sont des vecteurs d’information à courte distance, ils sont plus employés dans le cadre musical et poétique. Les idiophones étaient aussi utilisés par les Kongo de Boko dans le cadre de la socialisation de l’enfant.

En effet, c’était des instruments qui consistaient à occuper les enfants de telle sorte qu’ils ne s’adonnent pas aux mauvaises choses comme les commérages, mensonges etc.

Chaque famille (kanda) possédait au moins un instrument de musique destiné à l’épanouissement de l’enfant. Dès la première enfance jusqu’à la troisième enfance, les enfants étaient initiés aux instruments et c’était un véritable loisir utile à leur éducation.

Quand les anciens, mbuta (ou aînés) discutaient entre eux, les enfants ne pouvaient pas y être ; ils étaient chargés de jouer aux instruments pour qu’ils n’écoutent pas la conversation de ces derniers.

4.3.4 Cordophones64

Ce sont des instruments à corde produisant le son par la vibration d’une ou plusieurs cordes jouées. Il s’agit des guitares traditionnelles comme le nsambi.

En effet, le nsambi est formé de cinq cordes montées sur une caisse de résonance semi- ouverte qui sert à amplifier le son de la corde jouée par pincement.

Il sert plus à accompagner la voix dans le cadre musical. Tout comme les idiophones, les cordophones ont eu le même rôle à jouer en ce qui concerne la socialisation de l’enfant chez les Kongo de Boko.

63 Voir l’annexe 6, ensemble d’images d’idiophones.

64 Voir l’annexe 6, ensemble d’images de cordophones.

Par conséquent, Les aérophones, membranophones, idiophones et cordophones sont autant de canaux proches et distants de communication qui, ont largement servi dans l’espace Kongo de Boko.

Il sied de noter que tous ces instruments ne se jouaient qu’à des moments bien précis, en aucun cas, ils n’occupaient les enfants du matin au soir en les rendant oisifs.

Chaque chose a son temps comme le dit le dicton Kongo « Miamia nsoni, mie na tangu andi », le temps d’aller travailler, se distraire, s’informer et se former. L’intérêt de ces instruments permet à l’enfant d’apprendre les traits culturels de sa communauté sociale ou collectivité.

4.4 Vecteurs artificiels de communication : Signes, bidimbu

  • La palme lundala : placée à l’entrée d’un village ou d’une route, elle symbolise le deuil mais, lorsqu’elle est accompagnée d’une fleur, il s’agit d’une fête, malaki. Tous les enfants qui habitaient la communauté avaient l’obligation de connaitre ces signes.
  • La feuille (lukaya) : l’ancien l’utilisait pour qu’il serve de repère à l’enfant. Quand il est jeté sur une artère publique, c’est pour l’orienter sur une toute autre voie que celle possédant ce vecteur artificiel qu’est la feuille.
  • Les marques inscrites sur les troncs d’arbre, masuku : elle sert de repère pour tous ceux qui se perdent dans la forêt. Indispensable pour le jeune garçon (ntoko) qui accompagne son parent ou un ancien, mbuta à la chasse.

4.5 Champ sémantique spatial

4.5.1 Distance sociale

En Afrique comme en terre Boko, la distanciation sociale fait l’objet d’une attention particulière. Il s’agit de la distance observée lorsqu’il y a discussion entre individu (enfant-supérieur) ou lorsqu’on est en face d’une quelconque personne.

Il est du devoir parental d’apprendre à l’enfant dès la première enfance, de quelle manière s’adresse-t-on à un supérieur ainsi que la distanciation sociale à observer. En réalité, c’est au fur et à mesure que l’enfant croisse qu’on l’apprend les normes de distanciation sociale.

Par exemple : cet enfant (ntoko) qui est à la fin de sa troisième enfance ; il apprendra auprès des anciens, mbuta comment il faut se présenter devant sa futur belle-mère (buko). Le vrai apprentissage, ici, se fait par observation.

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