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Université Marien Ngouabi - Faculté des lettres, des arts et des sciences humaines (flash)
Mémoire Pour l’obtention du diplôme de Master - 2019-2020

Rappel historique : des kongo de Boko (république du Congo)

  1. Communication traditionnelle : un aspect de l’éducation
  2. Chris Emmanuel Bakouma Malanda
  3. Géographie physique et humaine des Kongo Boko
  4. Rappel historique : des kongo de Boko (république du Congo)
  5. La communication traditionnelle : multi-modalité
  6. Champ sémantique verbal ou oral de la communication
  7. Champ sémantique non-verbal de la communication traditionnelle
  8. Vecteurs artificiels et champ sémantique de communication
  9. La communication traditionnelle dans l’éducation de l’enfant
  10. Principes pédagogiques de la communication traditionnelle
  11. Communication traditionnelle, vecteur des valeurs socio-éducatives
  12. L’éducation de l’enfant, impact de la communication traditionnelle

Rappel historique : des kongo de Boko (république du Congo)

Chapitre II : rappel historique : des kongo de Boko (république du Congo)

2. Des Kongo Boko

Pour mieux cerner les pratiques d’ordres socio-éducatives observées par les Kongo de Boko qui ont tout hérité de leurs ancêtres, il nous est utile de consulter l’antériorité historique de ces Kongo habitant Boko.

Pour se faire, nous allons tenter d’ausculter la question sur l’origine des Kongo de Boko en perçant tout d’abord les contours étymologiques de son ethnonyme et par la suite, nous jetterons un pont vers l’essentiel de son historicité.

Etymologiquement, le mot Kongo selon Alisa LaGamma, peut provenir du mot régional N’kongo qui signifie « chasseur » suivant le contexte de quelqu’un d’aventureux et héroïque26.

La signifiance du concept Kongo se présente comme suit : « koo » ou « ku », préfixe indiquant le lieu, et« ngo » qui signifie « léopard », ou « panthère ».

Le «Kongo»27 est de ce fait défini comme étant le « pays du léopard », animal représentant l’autorité du « mfumu » (chef). Aussi, il faut le signifier que ce mot «Kongo» nous remémore également le nom de l’ancêtre fondateur.

A titre de précision, ce terme Kongo désigne, tout à la fois, un peuple, une langue, un espace et une culture, un continuum au sein duquel se distinguent des entités qui, mises ensemble, fondent son unité « Kongo » faisant référence au grand groupe ethnique qui, dans la situation actuelle, est l’héritière de la population du royaume Kongo et dont sa langue est toujours restée le Kongo.

2.1 Aperçu historique des Kongo Boko

Les Kongo Ntatu (Kongo riverain), les Kongo Nseke (Kongo continentaux), les Bisi- banda et les Manyanga forment les Kongo de Boko, qui est un des sous-groupes ethniques faisant intégralement partie du groupe ethnique Kongo de la République du Congo.

En effet, les Kongo de Boko sont des bantoues de la République du Congo provenant du Kongo dia Ntotila, un des royaumes les plus somptueux d’Afrique. Ce royaume se développa après plusieurs migrations bantoues du VIIe au XVe siècle dans une zone peuplée de pygmées Baka.

Il fut fondé par Nimi-a-Lukeni à la suite de la progression migratoire des bantoues, venu du Nord, en franchissant le fleuve à la quête des terrains ou habitation nouvelle.

26 Alisa, LaGamma (2015), Kongo: Power and Majesty. Metropolitan Museum of Art., p.18.

27 J. Zidi, 2002, « Sens et symbolismes du nom Kongo », Brazzaville, Revue de l’UNESCO, Commission Nationale Congolaise, n°2, p.38-48.

Il faut noter que ce sont les Ambundu28 qui ont été les premiers à occuper ce territoire. Jan Vansina écrit:

La tradition kongo indique, quand elle fut consignée pour la première fois en 1624, une période d’occupation graduelle du pays au sud du fleuve, pays occupé par des chefferies ambundu (ou ndembo).

Le Kongo les conquit jusqu’à y inclure le Matamba et le Ndongo, du moins comme tributaires irréguliers, car le royaume à proprement parler s’arrêtait probablement à la Loje, mais comprenait la côte vers Loanda, l’île et le terrain en face entre Cuanza et Bengo.29

Situé dans des territoires du nord de l’Angola, de Cabinda, de la République du Congo, l’extrémité occidentale de la république démocratique du Congo et d’une partie du Gabon, le Kongo dia Ntotila30 était un empire de l’Afrique du sud-ouest.

Devant son apogée à la culture de l’igname, au traitement du fer et à l’échange de houes effectuées contre de l’ivoire avec les peuples de l’intérieur, le Kongo dia Ntotila avait approximativement une superficie de plus 300.000km2 et s’étendait de l’Océan Atlantique jusqu’à l’ouest de la rivière Kwango à l’est, et du fleuve Congo jusqu’au Loje au sud tel que nous le rapporte les témoignages de Duarte Lopez en 1591 et Giovanni Cavazzi en 1667.

De toute évidence, ces mémorialistes européens, ont fait beaucoup de confusions en ce qui concerne les estimations territoriales dudit royaume dont ils ignoraient l’organisation administrative.

Ces confusions ont fait qu’ils détachent certaines provinces de Mbanza- Kongo, la capitale, du royaume Kongo pour en faire des royaumes totalement autonome et indépendante chacun. Il est question des provinces comme le Nsundi, le Mbamba et le Mpemba pour n’en citer que ceux-là. Pour se faire, Jan Vansina écrit :

Le royaume se divise en six provinces : Bamba, Sogno, Sundi, Pango, Batla et Pemba. Celle de Bamba, la plus étendue et la plus riche, est gouvernée par dom Sebastião Mani Mamba, cousin du roi dom Alvaro, mort récemment ; elle est située le long du littoral depuis le fleuve Ambrize, en direction du sud, jusqu’au fleuve Coanza ; de nombreux seigneurs en dépendent dont les principaux sont : dom Antonio Mani Bamba, frère de dom Sebastião et vice-gouverneur ; Mani Lemba ; Mani Dandi ; Mani Bango ; Mani Luanda, qui est à la tête de l’île de Luanda ; Mani Corimba ; Mani Coanza ; Mani Cazzani.

Tous ces seigneurs exercent leur autorité sur la partie côtière du pays. À l’intérieur, du côté de l’Angola, on cite les Ambundo, qui relèvent également de Mani Bamba : ce sont les Angasi (Ngasi), Chinghengo (Kungengo) Motollo, Cabonda et beaucoup d’autres de sang moins élevé.

[…]Bamba, comme on l’a dit, est la principale province du Congo ; elle est la clé du royaume, son bouclier, son épée, sa défense, son bastion devant l’ennemi… ses habitants sont valeureux et toujours prêts à porter les armes, à repousser les ennemis venant de l’Angola… On peut, en cas de nécessité, [y] rassembler une armée de quatre cent mille guerriers.31

28 Willy Bal, Le Royaume de Congo : et les contrées environnantes (1591), La description Filippo Pigafetta & Duarte Lopes, Paris, éditions Chandeigne/Unesco, 2002, p.278

29 J. Vansina, Histoire Générale de l’Afrique IV, l’Afrique du XIIe au XVIe siècle, Paris, (Ed). UNESCO, 1987, p.619

30 Nom de l’ancien Royaume Kôngo.

Ce passage nous éclaire suffisamment sur les divisions administratives que ces mémorialistes européens n’ont certainement pas pu saisir le fonctionnement sinon le rattachement au Royaume de kongo. Filippo Pigafetta cité par Raphaël Batsïkama (1999) stipule :

Le royaume du Congo s’étendait entre la latitude 1 1/2° nord et la latitude 22° sud, du 24° de longitude est à l’océan Atlantique. Il atteindrait une superficie dépassant les 2 500 000 km2.32

Par ailleurs, le Kongo dia Ntotila, était le foyer d’émancipation des Kongo comme de ceux qui migrèrent en République du Congo en passant par Mbanza-Ngungu et s’y installèrent plus tard dans le département du Pool, au pays Boko (sous-préfecture de Boko, Loumo et Louingui) et dont l’appellation ethnique est devenue Bakongo ba Boko ou n’Kongo-Boko ; ce qui donne en français : les Kongo de Boko.

De souche bantoue, le Kikongo est l’une des langues nationales parlées en République du Congo. Ces Kongo possédaient une organisation sociopolitique, socioéconomique et socioéducative bien structurée et établie.

31 J. Vansina, 1987, Histoire Générale de l’Afrique IV, Ibid, p.619-620

32 Raphaël Batsîkama ba Mampuya ma Ndâwla, L’Ancien Royaume du Congo et les Bakongo, Paris, L’Harmattan, 1999, p.171

Figure n°2 : Carte géographique du Kongo Dia Ntotila

Carte géographique du Kongo Dia Ntotila

Source : W.G.L. Randles, 1969, L’ancien royaume du Congo, des origines à la fin du XIXe siècle, Paris, Mouton et Compagnie, p.22.

  • Sur le plan sociopolitique :

Très bien organisé et structuré, le Kongo dia Ntotila autrement nommé Royaume de Kongo, regorgeait plusieurs castes importantes dont nous n’en citerons que trois (3) à savoir :

  • La caste dirigeante dont l’ensemble de la noblesse exercée les fonctions spécifiques au sein du royaume ;
  • Le conseil d’Etat formée d’une assemblée constitutionnelle ;
  • corps administratif constituée des gouvernements de provinces, des chefs de villages, les fonctionnaires de la cour, les prêtres et prêtresses.

Le Mani Kongo détenait une grande parcelle d’autorité et son pouvoir n’était guère absolu. En effet, c’est le Mani (roi) et les nobles qui géraient le royaume.

Il nommait tous les gouverneurs à l’exception du gouverneur de la province de Mbata qui, inéluctablement se faisait élire par le peuple et les notables de la famille Nsaku avec confirmation royale. Pour ce qui est de la province de Soyo, le choix du gouverneur était héréditaire.

Il était de la mission des gouverneurs, de récolter les impôts et tributs qu’ils devaient verser à l’autorité centrale le Mani (roi). En effet, le tribut comprenait les coquillages Olivancillaria utilisées comme monnaie (Nzimbu), de sorgho, de vin de palme, de fruits, de bétail, d’ivoire, de peaux d’animaux (léopard, lion).

Pour mieux administrer son royaume, le Mani avait à sa disposition, un code principiel sur la gestion du royaume. Les lois étaient élaborées par le Mani et son conseil ; elles étaient proclamées sur la place des marchés33.

Ledit royaume était centralisé politiquement ; nonobstant cette centralisation politique, le Mani (roi) ne pouvait pas être autoritariste. Au Kongo dia Ntotila, le Mani (roi) faisait l’objet d’une élection.

De ce fait, l’on peut dire que la monarchie au kongo était élective. Ce choix principiel visait à dégager de la liste des candidats à la royauté, une personnalité digne qui peut conduire de façon effective, les destinées de tout le peuple Kongo.

Pour ce faire, il n’y avait guère la présence du clan royal dans les affaires électorales, chose qui pouvait influencer les élections ; cependant il y avait un collège électoral composé d’une dizaine de membres. La succession à la tête du Kongo est matrilinéaire.

33 Cuvelier, J., L’ancien royaume du Congo. Fondation, découverte première évangélisation de l’ancien royaume de Congo. Règne du Grand roi Affonso Mvemba Nzinga, Desclée de brouwer, Paris, 1946, p.312

  • Sur le plan socioéconomique :

Bénéficiant d’une structure économique bien établie, le Kongo dia Ntotila possédait une instance de polarisations des échanges tel le marché. Il existait des marchés locaux et des marchés inter-régions. Tel que dit supra, le marché était le lieu par excellence où se promulguait les lois et certains annonces monarchiques.

Leur économie tient aussi sa force de l’agriculture. Grâce à un calendrier agricole spécifiquement Kongo, Les Kongo pouvaient se lancer dans la culture du manioc, la banane, le maïs, la patate douce, l’arachide, les fèves et le taro, en espérant avoir des résultats escomptés.

Les principales sources de revenus agropastorales sont le café, le cacao, la banane et l’huile de palme. Pour ce qui est de la pêche et la chasse, c’est dans les zones rurales (villages) qu’elles sont pratiquées.

  • Sur le plan socioéducatif

Si l’on en croit à l’ethnologue allemand Leo Frobenius qui disait des gens du Kongo qu’ils sont « civilisés jusqu’à la moelle des os »34, il en va de soit que le Kongo dia Ntotila doit aussi fondamentalement sa brillance civilisationnelle à sa structuration socioéducative.

L’éducation traditionnelle Kongo repose sur un processus épistémologique par lequel la personnalité d’un individu se créée et se développe. Ladite éducation se résume autour de l’initiation car en fait, elle est le moyen par lequel on accède à la plénitude sociale.

C’est au Mbongi que la socialisation d’un enfant mukongo se faisait mais bien à côté de cela, il existait de prestigieuses écoles initiatiques qui contribuaient à la socialisation et à l’instruction de l’individu dans sa phase de croissance finale.

De ces écoles initiatiques, nous pouvons évoquer le Kimpasi35, Kinkîmba et le Lêmba, dont l’objectif principal était de former les élites Kongo.

Lesdites écoles avaient pour mission la formation de la jeunesse Kongo qui, après avoir acquis les fondamentaux de l’éducation traditionnelle au Mbongi auprès des anciens (mbuta), l’individu (adolescent) devait par la suite, se soumettre à l’initiation de passage à la vie adulte.

De façon très brève, le Kimpasi est une école d’initiation sacerdotale, une académie de la prophétie divine. Le Kinkîmba quant à lui, était une académie martiale (militaire).

34 Leo frobenius cité par Lilyan Kesteloot, Histoire de la littérature négro-africaine, Paris, Editions Karthala- AUF, 2002, p.85

35 Iko Kabwita Kabolo, Le royaume de kongo et la mission catholique 1750-1839, Paris, Editions Karthala-AUF, 2004, p.38

Enfin, le Lêmba une académie non-martiale, qui était le garant de toutes les connaissances humaines.

In fine, nous pouvons dire qu’en jetant un pont vers le brillant passé civilisationnel du Kongo dia Ntotila autrement dit Royaume de Congo, nous avons eu l’opportunité de comprendre qu’en effet les Kongo-Boko, gentilé de la sous-préfecture de Boko, n’ont pas totalement rompu avec les pratiques ancestrales héritées de leurs ancêtres Bakongo du Ntotela bien que l’impact des pôles structurants que sont l’esclavage, la colonisation36, les indépendances, la néocolonisation, la modernité37 et la mondialisation38, soit important dans les sociétés traditionnelles africaines en général.

Malgré l’impact desdits pôles, la socialisation de l’enfant Kongo se fait toujours par l’usage de la communication traditionnelle.

D’ailleurs au Kongo dia Ntotila, la communication traditionnelle faisait indubitablement partie des aspects essentiels de l’initiation mieux de la socialisation (de l’enfant) tant il vrai que c’est par l’oralité que les pratiques socioéducatives traditionnelle Kongo se sont transmises de génération en génération.

36 Dunlop, Douglas, « les Ravages d’une éducation coloniale », www.islamologues-de-france.com (www.fr.scribd.com/document/359608892/Douglas-Dunlop-les-ravages-d-une-education-coloniale) consulté le 29 janvier 2020, p.2

37 Ngango, Georges, «l’Afrique entre la tradition et la modernité », in Ethiopiques numéro spécial, revue socialiste de culture négro-africaine 70ème anniversaire du Président L. S. Senghor novembre 1976

38 Kabiru Ibrahim Yankuzo, Impact of globalization on traditional african cultures, in International Letters of social and Humanistic sciences, ISSN: 2300-2697, vol. 15, 2013, p.4

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