Communication traditionnelle : un aspect de l’éducation

Communication traditionnelle : un aspect de l’éducation

Université Marien Ngouabi

Faculté des lettres, des arts et des sciences humaines (flash)

Domaine : Lettres Parcours /option: LAFTEL

Spécialité : Littératures francophones

Mémoire Pour l’obtention du diplôme de MasterCommunication traditionnelle : un aspect de l’éducationCommunication traditionnelle : un aspect de l’éducation chez les kongo du pool (cas des Kongo de Boko)

Présenté et soutenu publiquement par:

Chris Emmanuel BAKOUMA MALANDA

Titulaire de la licence des Littératures et Civilisations africaines 2017 – 2018

Directeur de mémoire

Guy-Roger Cyriac Gombe-Apondza, Maitre de Conférences, Université Marien NGOUABI

Co-directrice de mémoire

Aimée Noëlle Gomas, Maitre-assistant, Université Marien NGOUABI

Jury

Président : Arsène ELONGO, Maître de Conférences, Université Marien NGOUABI

Membres :

Guy Blaise N’DOULI, Maitre-assistant, Université Marien NGOUABI, (Examinateur)

Guy-Roger Cyriac GOMBE-APONDZA, Maître de Conférences, Université Marien NGOUABI, (Rapporteur)

Aimée Noëlle GOMAS, Maître-assistant, Université Marien NGOUABI, (Rapporteur).

Année :

2019-2020

Remerciements et Dédicace

Résumé

La communication traditionnelle est un vecteur essentiel dans la socialisation de l’enfant. Elle occupe une place importante dans l’éducation chez les Kongo et sa portée est non négligeable. La communication traditionnelle a fait l’objet de plusieurs études portant dans le domaine des télécommunications et de l’éducation traditionnelle.

Celle-ci étudie l’importance de la communication traditionnelle et détermine la pertinence des moyens de communication dans le contexte socio-éducatif Koôngo, pour découvrir le degré de socialisation de l’enfant.

Quel est l’apport de la communication traditionnelle dans l’éducation de l’enfant Koongo ? Telle est notre problématique qui s’éclaire de la manière suivante : il sied de noter que la communication traditionnelle est multicanale ou multimodale.

Il existe diverses modalités communicationnelles : modalité orale ou verbale, modalité gestuelle et non-verbale, modalité instrumentale et modalité spatiale. A priori, toutes les modalités concourent à la formation de la personnalité de base. La communication traditionnelle infère plusieurs dimensions cognitives, affectives, rituelles et juridiques.

Mots-clés : Communication traditionnelle, socialisation, éducation, modalité.

Abstract

Traditional communication is an essentiel vector in the socialization of the child. It occupies an important place in Kongo education and its scope is not insignificant. Traditional communication has been the subject of several studies in field of telecommunications and traditional education.

This studies the importance of traditional communication and determines the relevance of the means of communication in the Kongo socio-educational context, to discover the degree of socialization of the child.

What is the contribution of traditional communication in Kongo child education? This is our problem that lights up as follows: It should be noted that traditional communication is multichannel or multimodal.

There are various communicational modalities: verbal or oral modality, gestural and nonverbal modality, instrumental modality and spatial modality. A priori, all modalities contribute to the formation of the basic personality. Traditional communication infers several cognitive, emotional, ritual and legal dimensions.

Keywords : traditional communication, socialization, education, modality.

Sommaire

Introduction générale

Partie I: la présentation géographique de Boko et présentation historique des kongo de Boko

Chapitre I : Géographie physique et humaine des Kongo de Boko Chapitre II : Rappel historique : Origine des Kongo de Boko

Partie II : communication traditionnelle : multi-modalite et champ semantique

Chapitre III: Communication traditionnelle : multi-modalité Chapitre IV: Champ sémantique de la communication traditionnelle

Partie III : apport et impact de la communication traditionnelle

Chapitre V : l’apport de la communication traditionnelle dans l’exercice de l’éducation de l’enfant

Chapitre VI : Impact de la communication traditionnelle dans l’exercice socialisant de l’enfant

Conclusion générale

Introduction générale

Depuis la période précoloniale jusqu’à ce jour, la communication traditionnelle a toujours été un vecteur épicentral dans l’exercice éducatif de l’enfant.

Il en est le cas dans les sociétés traditionnelles africaines, notamment dans la société Kongo. En effet, les Kongo usent de la communication traditionnelle pour procéder à l’éducation de l’enfant.

Dans cette perspective, nous pouvons dire que cet aspect de l’éducation traditionnelle est indispensable et, demeure « au cœur de toute sociabilité »1

La communication traditionnelle est un macrocosme au sein duquel se nichent plusieurs microcosmes communicationnels parmi lesquels nous avons : les canaux proches et canaux distants.

Ces multicanaux de la communication sont autant d’éléments qui permettent aux communicants initiés ou à la communauté rurale de transmettre l’éducation à l’enfant dans l’optique de procéder à sa socialisation.

A cet effet, l’éducation traditionnelle chez les Kongo de Boko du département du Pool (département de la partie méridionale de la République du Congo), n’échappe guère à cette pratique d’utilisation de la communication traditionnelle et de ses multicanaux communicationnels pour une instruction et socialisation de l’enfant Kongo.

Par ailleurs, notre recherche s’étend de la période coloniale (1875) à la période des indépendances (1960). Ce choix s’explique par les raisons suivantes :

L’année 1875 a été choisie parce qu’elle correspond à l’année de création de la communauté rurale de Boko. L’année 1960 correspond à la période des indépendances en République du Congo et, par conséquent, la fin de l’influence directe du colonialisme sur les traditions congolaises et, particulièrement, sur celle du peuple Kongo de Boko.

C’est dans cette perspective que nous avons fait le choix de traiter la communication traditionnelle pour comprendre son apport dans l’exercice de l’éducation de l’enfant Kongo. Dans l’espace, notre étude est délimitée dans le département du Pool suivant l’organisation administrative territoriale de 20032.

1 Moussoki, Jean-Claude,  » Les moyens de communication traditionnels en zone rurale dans l’espace culturel Kongo : cas du département du Pool  » mémoire de DEA en Communication, option Identité Culturelle Africaine, université Marien Ngouabi, 2003-2005, page 5

2 Parlement congolais, Loi N°3-2003 du 17 janvier 2003 fixant l’organisation administrative territoriale

1. Choix et intérêt du sujet :

L’éducation africaine traditionnelle telle qu’elle a existé dans l’Afrique noire précoloniale a survécu, dans l’essentiel, et se transmet jusqu’à nos jours3.

Aussi, les mutations socioculturelles et changements comportementaux observés dans les sociétés traditionnelles comme la société Kongo, n’ont nullement affecté la communication traditionnelle, un aspect majeur de l’éducation traditionnelle.

En effet, ladite communication constitue un enjeu crucial dans la transmission des savoir-faire et savoir- être. Son caractère essentiel nous emmène à en faire le choix du sujet.

D’autre part, ce choix s’explique par le fait qu’à notre connaissance jusqu’à cette date, ce thème n’a pas encore été abordé suivant nos hypothèses de recherche et la spécificité du cadre d’étude.

Pour ce, des recherches nécessitent d’être entreprises afin de mettre à la disposition de la communauté scientifique et du grand public, les résultats de la recherche scientifique effectuée.

Par ailleurs, le cadre linguistique de notre champ d’études qui est le Kikongo est un atout majeur qui a motivé le choix de notre sujet.

In fine, nous avons choisi ce sujet puisqu’il s’inscrit, dans une certaine mesure, dans le domaine de la littérature orale, fille de la tradition qui demeure, à notre sens, l’objet et l’orientation de notre étude.

S’interroger sur la communication traditionnelle dans l’éducation chez les Kongo de Boko est intéressant à plus d’un titre du fait qu’il se veut une contribution à la problématique portant sur l’apport de la communication traditionnelle dans l’éducation chez les Kôongo.

Nous intéresser à la communication traditionnelle dénote de notre ambition d’apporter notre participation à l’effort de montrer la pertinence de ladite communication qui, malgré la colonisation4, la modernité5 et la mondialisation6 7 est toujours d’actualité dans l’éducation traditionnelle.

3 Moumouni, Abdou, L’éducation en Afrique, Ed. François Maspero, Paris, Paris 1964, p.13.

4 Dunlop, Douglas, « les Ravages d’une éducation coloniale », www.islamologues-de-france.com (www.fr.scribd.com/document/359608892/Douglas-Dunlop-les-ravages-d-une-education-coloniale) consulté le 29 janvier 2020, p.2

5 Ngango, Georges, «l’Afrique entre la tradition et la modernité », in Ethiopiques numéro spécial, revue socialiste de culture négro-africaine 70ème anniversaire du Président L. S. Senghor novembre 1976

6 Kabiru Ibrahim Yankuzo, Impact of globalization on traditional african cultures, in International Letters of social and Humanistic sciences, ISSN: 2300-2697, vol. 15, 2013, p.4

2. Objectifs du sujet :

La société Kongo est l’une des sociétés traditionnelles d’Afrique ayant eu une brillante civilisation8. Alors, s’intéresser à un des aspects de son système d’éducation demeure indubitablement nécessaire.

Pour ce, l’objectif de cette étude ne consiste pas à chercher à découvrir une panacée mais à orienter notre recherche sur la communication traditionnelle, un des aspects de l’éducation chez les Kôongo.

Afin de répondre à nos questions de recherche et pouvoir ainsi confirmer ou infirmer les hypothèses, la recherche que nous nous proposons de mener s’articule autour de trois objectifs :

  • Tout d’abord, c’est de montrer l’importance de la communication traditionnelle dans l’éducation Kongo ;
  • Ensuite, étudier la portée de la communication traditionnelle dans l’éducation de l’enfant Kongo afin de déterminer les traits culturels et principes pédagogiques qui s’y attachent ;
  • Enfin, déterminer la pertinence des moyens de communication traditionnelle dans le contexte socio-éducatif Kongo pour découvrir le degré de socialisation de l’enfant (après formation).

3. Problématique :

Notre sujet de mémoire pose la question fondamentale concernant la place qu’occupe la communication traditionnelle ainsi que sa portée dans l’éducation. Il s’agit, de toute évidence, de l’apport de la communication traditionnelle dans l’éducation chez les Kôongo.

7 Y.Brunsvick et A.Danzin, Naissance d’une civilisation : le choc de la mondialisation, Paris, Ed. Unesco, 1998, Coll. Défis, p.15.

8 Leo Frobenius, Histoire de la civilisation africaine, Paris, Gallimard, 1936 (3em édition dans sa traduction française), p.14

Question centrale :

Quel est l’apport de la communication traditionnelle dans l’éducation de l’enfant Kongo ?

Questions subsidiaires :

  • Comment s’effectue la communication traditionnelle dans l’éducation ?
  • En quoi la communication traditionnelle est-elle un outil de choix dans le cadre de l’éducation de l’enfant ?
  • Quelle est la valeur ajoutée de la communication traditionnelle dans l’exercice de l’éducation de l’enfant ?

4. Hypothèses de recherche:

En réponse aux inquiétudes exprimées dans la problématique nous avons avancé quelques réponses non définitives mais supposé d’hypothèses de travail.

  • La communication traditionnelle serait multicanale ou multimodale. De cette hypothèse originelle, dérivent les « micro-hypothèses » secondaires.

Hypothèses secondaires

  • Il existerait diverses modalités communicationnelles : modalité orale ou verbale, modalité non-verbale, modalité instrumentale, modalité spatiale ;
  • A priori, toutes les modalités concourent à la formation de la personnalité de base ;
  • La communication traditionnelle infère plusieurs dimensions cognitives, affectives, rituelles et juridiques.

5. Etats des lieux

La recherche bibliographique que justifie cette revue littéraire, se résume à quelques ouvrages, articles, revues et travaux de recherches.

Pour ce, nous avons fait lecture et commentaire de diverses sources écrites d’autres chercheurs dont les travaux portent sur les Kongo, sur la communication traditionnelle africaine et d’autres sur l’éducation traditionnelle africaine.

  • David S. M. Koroma (2018) explore les différentes formes de communication traditionnelle des Malimba, peuple de Sierra Léone. Il présente un aperçu historique des Malimba et examine la nature et le contenu de la communication traditionnelle Malimba. En outre, l’auteur met en lumière le but et objectifs de ladite communication dans le cadre éducatif, des relations publiques, de l’information etc.
  • Jean-Claude MOUSSOKI (2016) met en exergue le mode d’usage des instruments de musique dans le cadre communicationnel chez les peuples dits sans écriture. Cette thèse de doctorat qui débouche en livre (de recherche) a été très bénéfique pour notre travail du fait des informations qu’il met à notre portée en ce qui concerne les instruments de musique utilisés dans le cadre de la communication pour la socialisation de l’enfant Kongo.
  • Bidounga O. (2015) exhume une centaine de contes et de comptines qui, à notre sens, sont des moyens pédagogiques pour conférer à l’enfant vivant dans l’univers traditionnel une formation effective de sa personnalité.
  • Birwe Habmo (2015), jette un regard sur les signes et les symboles utilisés dans la communication non verbale en Afrique et particulièrement au Cameroun.
  • Georges Balandier (2013) nous a permis de comprendre l’existence de nombreux instruments traditionnels de musique utilisé par les Kongo pour communiquer et éduquer. Ce qui nous a aussi intéressés, c’est l’aspect historique du peuple Kongo.
  • Kevin Mich Makyotto (2013) établit la classification des canaux de communication traditionnels africains et en donne son mode de fonctionnement en le contextualisant. En effet, pour ce qui est de notre travail, nous traitons de la question de l’apport de ladite communication.
  • Oriane Marc(2012) met en relief la culture africaine en examinant la portée de la musique dans la société Kongo et ainsi que son historicité. Il importe de noter que la musique dont il est question, constitue le canal de communication.
  • Ilo Vinmartin Obiora (2011) examine l’utilité et l’impact de la communication traditionnelle comme outil efficient pour la mobilisation populaire et le développement au Sud-est du Nigéria. Il démontre par ce mémoire que la communication traditionnelle existe pour faciliter le développement dans le sens large du terme. Par ailleurs, cette étude aborde un point sur la communication traditionnelle comme élément de pratique de l’éducation en Afrique.
  • Le DEA de Jean-Claude MOUSSOKI (2005) aborde la question sur les moyens de communication traditionnels, précurseurs de la télécommunication actuelle. Il choisit comme champ d’investigation, l’espace culturel Kongo et plus précisément le département du pool. Dans cette étude de recherche, le chercheur dresse un inventaire sur la typologie des moyens de communication traditionnels et montre avec brio le mode de fonctionnement des systèmes de communication traditionnels et leurs contextes d’utilisation. Notre étude traite de la question portant sur la communication traditionnelle dans un cadre bien particulier qui est, l’éducation traditionnelle.
  • Dominique Ngoie-Ngalla(1986) met en lumière l’aire culturelle Kongo à la fin du XIXe siècle.
  • A. S. Mungala (1982) examine les caractéristiques fondamentales de l’éducation traditionnelle en Afrique, sa structure et ses différentes techniques. Il y dégage certaines valeurs (et même certaines pratiques négatives ou antivaleurs) et porte rectification à certains effets néfastes de l’évolution d’un monde à la dérive, à la traîne.
  • Erny P. (1972) a également porté son étude sur l’éducation coutumière africaine. Elle permet de comprendre l’univers social de l’enfant.
  • Abdou Moumouni (1967) dresse un bilan historique sur le système éducatif traditionnel. L’auteur dans son ouvrage, nous a permis d’avoir une vue très large sur le fonctionnement de l’éducation traditionnelle africain qui n’est que possible grâce à son système traditionnel de communication.
  • F. Pigafetta et D. Lopes (1963) révèle la structure géographique, administrative et sociale. Leurs écrits nous ont permis de cerner les contours historiques sur l’origine des Kongo de Boko qui, sans doute proviennent du Kongo dia Ntotila.
  • Knapen Marie Th. (1962) quant à elle, rend compte de l’observation directe de la relation des mères avec leurs enfants dans un village du sud-ouest du Congo. En effet, l’auteur évoque spécifiquement une orientation de base du système éducatif et le développement de la personnalité de l’enfant Mukongo.
  • L’intérêt de cette étude réside entre autre aspect sur une exigence de démarcation par rapport aux travaux sus-cités.

Sans vouloir remettre en cause leur pertinence, il importe tout de même de préciser que nous tenterons d’analyser, outre l’importance et la portée de la communication traditionnelle dans un cadre bien précis qu’est l’éducation coutumière, nous en convoquerons son apport comme le stipule la problématique.

6. Choix du corpus

La question de recherche statuant sur la contribution de la communication traditionnelle axée dans le cadre de l’éducation coutumière, nous a permis grâce à des études qualitatives (observation participante, entretiens semi-directifs et centré) et quantitatives (questionnaires sur un échantillon de 82 Kongo de Boko) d’inventorier divers canaux communicationnels qui ont servi à la socialisation de l’enfant.

En effet, nous avons répertorié un (1) canal verbal ou orale (Parole) ; quatre (4) ensembles de canaux non verbaux (Gestuelles corporelles, silence, les attitudes et postures corporelles) ; dix-huit (18) canaux instrumentaux repartis en quatre (04) membranophones (tambours…), sept (07) idiophones ou instruments à lames (Kisansi), quatre (04) aérophones (sifflets, cornes) et un (01) cordophone (nsambi) et deux (02) canaux de communication traditionnels (vecteurs artificiels) relevant des symbolismes animaliers, végétaux et minéraux ; dix (10) proverbes ; deux (2) comptines; quatre (4) contes ; cinq (4) énigmes-devinette ; deux (2) jeux.

Enfin, il importe toujours de préciser que nous n’avons guère la prétention de procéder à l’exhaustivité des canaux communicationnels usités dans l’exercice de socialisation d’un enfant, mais d’en faire un inventaire afin d’en déterminer la pertinence et d’en analyser l’apport.

7. Méthodologie d’enquête et d’analyse

Le propre de la méthode selon Robert Kaplan est d’aider à saisir, au sens le plus large, non les résultats de la recherche scientifique, mais le processus même de la recherche9. Ce travail fera office d’une double exigence méthodologique et théorique.

9 Grawitz Madeleine, Méthode des sciences sociales, 8e Edition, Paris, Dalloz, 1990, p.19

7.1 Présentation du terrain d’enquête

7.1.1. Pré-enquête

En Mars 2020, nous avons profité des vacances de pâques pour effectuer notre travail de terrain dans la sous-préfecture de Boko. Compte tenu du temps que nous avions (environ

1 semaine et Cinq jours), nous avons décidé de faire des entretiens sur un échantillon de quinze (15) Kongo appartenant à divers village de ladite sous-préfecture et avons aussi, en un temps record fait passé un questionnaire sur un échantillon de 82 personnes.

En effet, nous avions bénéficié de l’aide d’un natif de ladite sous-préfecture afin d’atteindre le plus grand nombre d’enquêtés.

Pour ce qui est de la méthode, avant de nous rendre sur le terrain avec le questionnaire final, nous avons dans un premier temps envoyé un questionnaire test d’environ 10 exemplaires aux natifs de Boko résidant à Brazzaville, la capitale. Sur les 10 exemplaires, 6 questionnaires seulement nous ont été retourné.

Ce questionnaire test comportait 11 questions. Il abordait plusieurs thèmes et sous thèmes : La communication verbale ou orale, la communication non verbale, la communication instrumentale, l’apport de la communication traditionnelle dans l’éducation Kongo.

Suite à l’illettrisme ou encore à la vieillesse des personnes ayant été ciblées pour l’envoie du questionnaire, nous avons choisi, de les questionnées de vive-voix et ainsi noter leurs réponses sur chaque fiche qui leur ai destiné. Mais Une fois de retour, nous avons analysé les résultats de ces questionnaires à partir du logiciel Sphinx plus2.

7.1.2 Enquête par questionnaire

Le questionnaire est un outil de collecte des données qui «consiste à poser un ensemble de répondants, le plus souvent représentatif d’une population, une série de questions relatives à leur situation sociale, professionnelle ou familiale, à leurs opinions, à leur attitude à leur égard d’options ou d’enjeux humains et sociaux, à leurs attentes, à leur niveau de connaissance ou de conscience d’un événement ou d’un problème, ou encore sur tout autre point qui intéresse les chercheurs » (R. Quivy et L. V. Campenhoudt, 1995, p190).

L’objectif de notre enquête par questionnaire est d’avoir le point de vue des formateurs- éducateurs (Parents traditionalistes : père et mère adulte) sur le degré d’importance de la communication traditionnelle dans l’exercice éducatif de l’enfant Kongo.

Soulignons que quatre-vingt (80) personnes ont répondu à notre questionnaire ; sexe confondu. Le questionnaire est composé d’une série de questions reparties dans trois grands thèmes que nous avons intitulé communication verbale ou orale, communication non-verbale et la communication instrumentale.

Les informations obtenues ont fait l’objet d’un enregistrement, passant par une étape de saisie et un traitement informatique effectué avec le logiciel Sphinx plus2, Microsoft office 2013 (Word 2013 et Excel 2018). Ces derniers seront illustrés par des graphiques.

En effet, comme le souligne Madeleine Grawitz10, l’utilisation des tableaux est indispensable pour pratiquer une analyse de contenu générale car ils reflètent mieux l’opinion globale de tout l’échantillon sur un point précis.

7.2 Technique de collecte des données

Une méthode de collecte des données peut se définir comme étant un outil par lequel les données sur le terrain sont recueillies.

De ce fait, concernant notre étude, nous avons fait usage de trois outils dans la collecte des données. Il est question de : l’observation participante, de l’entretien et de l’enquête par questionnaire.

7.2.1 L’observation-participante

« C’est une technique qu’utilise couramment l’anthropologue culturel. Ce dernier, afin de mieux saisir la mentalité et les coutumes du groupe qu’il étudie, s’identifie à eux en participant à leurs activités » (M.-A. Tremblay, 1968, p340).

Par ailleurs, nous avons fait le choix de l’observateur-participant pour mener notre recherche. Rappelons-le, l’observateur-participant est un chercheur dont le rôle est explicitement défini par la structure sociale qui l’abrite.

Dans ce cas d’espèce, dans les prémices de la recherche, des réticences peuvent être relevées de la part des sujets- sources. Du moins, il faut le souligner qu’avec le temps, si le chercheur parvient à créer un climat de confiance avec ces sujets-informateurs, il pourra ainsi accroitre sa capacité d’observation.

De toute évidence, son attitude constitue l’élément déterminant. L’observateur-participant peut compléter ses observations par des entretiens auprès de la population observée.

C’est sous l’angle d’un chercheur que nous avons fait le choix de cette approche ayant consisté à observer primo, les multi-modalités et le champ sémantique de la communication traditionnelle dans le cadre de l’éducation coutumière d’un enfant Kongo de Boko.

Et enfin, l’apport de la communication traditionnelle dans l’exercice de l’éducation de l’enfant Kongo de Boko afin d’en cerner la pertinence de la formation.

10 M. Grawitz, Méthodes des sciences sociales, Paris, Dalloz, (6e éd.), 1984, p. 697.

En revanche, nous ne pouvons guère par cette méthode recueillir toutes les informations nécessaires à notre étude. Pour ce faire, nous avons opté pour cet instrument qu’est « l’entretien » pour recueillir encore plus d’informations.

7.2.2 L’entretien ou entrevue

« L’entretien est d’abord une méthode de recueil des informations [(…)] il se caractérise par un contact direct entre le chercheur et ses interlocuteurs. » (R. Quivy et L. V. Campenhoudt, 1995, p194).

De plus, l’entrevue ou entretien individuel est réalisé en contact direct entre un chercheur et un sujet-informateur. Ce type d’entretien ou entrevue peut reposer sur le principe de non-directivité qui convoque la posture du chercheur afin de se positionner en lieu et place du sujet-informateur pour mieux collecter les informations. Il en résulte deux types d’entretiens ou entrevues de ce qui précède. Il en est de ces entretiens:

  • l’entretien semi-directif ou semi dirigé et l’entretien centré

L’entretien semi-directif ou semi dirigé n’est pas entièrement ouvert ni canalisé par un grand nombre de questions précises. Généralement, le chercheur dispose d’une série de questions-guides, relativement ouvertes, à propos desquelles il est impératif qu’il reçoive une information de la part de l’interviewé.

Mais il ne posera pas toutes les questions dans l’ordre où il les a notées et sous la formulation prévue. Autant que possible, il « laissera venir » l’interviewé afin que celui-ci puisse parler ouvertement, dans les mots qu’il souhaite et dans l’ordre qui lui convient.

En ce qui nous concerne, nous avons opté primo, pour ce genre d’entretien qui, a nécessité de recentrer l’entretien sur les objectifs chaque fois que l’interviewé s’en écarter et de poser les questions auxquelles l’interviewé ne vient pas par lui-même, au moment le plus approprié et de manière aussi naturelle que possible. Secundo, pour des questions d’objectivité, nous avons fait aussi usage de l’entretien centré.

Nous pouvons dire, qu’elle est conçue en fonction de l’examen en profondeur d’un sujet restreint. Dans le but de guider l’entrevue et de la centrer sur les éléments qui en feront l’objet, le chercheur dresse une liste de sujets qu’il veut particulièrement aborder.

Autrement dit, il établit un schéma d’entrevue (M.-A. Tremblay, 1968, p378). Pour réitérer, nous disons qu’objectivement, l’entretien centré est le type d’entrevue que nous avons utilisé pour recueillir les informations que nous ne pouvions pas avoir par une simple observation.

Pour ce faire, nous avons fait usage d’un Smartphone avec application « record data » pour enregistrer les données du type sonore. L’objectif dudit entretient était d’apprendre, en profondeur :

  • Les typologies de la communication traditionnelle en pays Boko ;
  • Mode de fonctionnement de la communication traditionnelle en pays Boko ;
  • La portée de ladite communication dans le pays Boko.

7.3 Méthode d’analyse

7.3.1 L’analyse de contenu

D’après Laurence Bardin : « L’analyse de contenu est un ensemble de techniques d’analyse des communications. Il ne s’agit pas d’un instrument mais d’un éventail d’outils, ou plus précisément d’un même outil mais marqué par une grande disparité dans les formes et adaptable à un champ d’application très étendu : les communications »11.

C’est à partir de 1950 que l’analyse de contenu est particulièrement utilisée en sciences sociales et humaines. Dans l’optique de résumer et traiter notre corpus d’entretien ou entrevue, nous avons fait le choix de l’analyse thématique du contenu, une méthode qualitative de dépouillement.

Selon Berelson « l’analyse thématique du contenu est une technique de recherche qui a pour objet une description objective systématique et quantitative du contenu manifesté de la communication»12 ayant pour but de les interpréter.

Pour ce qui est de J. L. Pedinielli, «l’analyse thématique est avant tout descriptive, elle correspond à une complexification de la question simple, de quoi le sujet parle-t-il ? Elle procède par le découpage du discours et recensement des thèmes principaux qui peuvent faire l’objet d’analyse différente selon les questions de recherche »13.

Oscillant dans le même sens, Raymond Quivy et Luc V. Campenhoudt stipule que « l’analyse thématique du contenu tente principalement de mettre en évidence les représentations sociales ou les jugements des locuteurs à partir d’un examen de certains éléments constitutifs du discours »14.

11 L. Bardin, L’analyse de contenu, Paris, PUF (4e éd.), 1986, p. 31

12 Berelson, B. (1952). Content analysis in communication research. Glencoe : Free Press. p.55

13 J. L. Pedinielli, Introduction à la Psychologie clinique. Paris : PUF, 1994, p.115

14 R. Quivy, V. Campenhoudt, Manuel de recherche en sciences sociales, Paris, Dunod, (2 éd.) 1985, p. 232

Cette démarche analytique a pour but de rechercher des « thèmes » ou expression synonyme, des « thématisations » et des « sous-thèmes » que l’on retrouve graduellement à la suite des différentes lectures d’entrevues faites.

En fait, l’ensemble des thèmes d’analyse servent de support à l’analyse des discours produits par les interviewés du fait qu’ils permettent de repérer les éléments significatifs de la communication orale et non verbale ; et, à comprendre ainsi leur mode de fonctionnement.

L’intérêt de cette analyse thématique aide à établir au mieux des typologies, des contextes d’utilisation et fonction de la communication traditionnelle.

Le choix de cette méthode s’explique par le fait qu’elle permet de rendre compte du savoir traditionnel que porte nos enquêtés nonobstant la modernité dite occidentale et orientale. Ce degré de connaissances traditionnelles nous confère de la matière afin de cerner tous les contours de notre sujet de recherche.

Il en va de soi tel que le stipule Michel Molitor dans son étude sur l’herméneutique collective, ce n’est pas à l’individu concret dont on analyse le discours que l’on s’intéresse, mais bien à « ses explications socialement répandues et qui donnent un sens à la réalité » dont il se fait le relais en les traduisant dans les catégories de son expérience, de sa subjectivité.

Notre analyse est réalisée sur fond des thèmes et sous-thèmes les plus essentiels car en fait, nous avons privilégié notre problématique.

Via cette méthode, nous avons cherché à démontrer le sens des messages contenus dans le discours et d’élucider les habitus liés à l’éducation traditionnelle pratiquée par nos enquêtés.

Pour ce, nous avons fait preuve de recul à l’égard des interprétations spontanées. Comme l’affirme Raymond Quivy et Luc V. Campenhoudt,

«les méthodes d’analyse de contenu obligent le chercheur à prendre beaucoup de recul à l’égard des interprétations spontanées et, en particulier, des siennes propres.

En effet, il ne s’agit pas d’utiliser ses propres repères idéologiques ou normatifs pour juger ceux des autres, mais bien de les analyser à partir de critères qui portent d’avantage sur l’organisation interne du discours que sur son contenu explicite »15.

La finalité de l’approche qualitative est de comprendre les pratiques de l’enquêté ainsi que le sens qu’il leur accorde. L’approche quantitative quant à elle, viendra selon les thèmes abordés appuyer les résultats.

15 Idem, p.234

7.4 Difficultés rencontrées et limites de l’enquête

Nonobstant les dispositions prises pour contourner les obstacles du terrain, il importe de préciser que notre enquête n’a pas été sans difficultés. La principale difficulté à laquelle nous avons été confrontés est d’ordre humain, spatio-temporel et matériel.

Primo, des obstacles humains rencontrés, il y a d’une part, la méfiance de certains acteurs qui ont manifesté au tout début de notre enquête des doutent de l’utilisation ultérieure des données recueillies.

C’est en ce sens qu’ils m’ont demandé d’aller voir le chef de la sous-préfecture pour présenter mes civilités et ensuite la porte me serait grandement ouverte.

D’autre part, nous avons été obligés d’employer les moyens matériels, financiers et les ressources humaines pour mieux poursuivre nos enquêtes.

Nous avons pour la circonstance employée un guide-interprète dans chaque village de Boko où l’enquête a eu lieu ; tout ceci pour rassurer les enquêtés et atteindre le plus grand nombre.

Secundo, concernant les obstacles d’ordre spatio-temporel et matériel ; ils sont liés aux problèmes de transport etc. Tout cela a été quelque peu onéreux par rapport aux revenus dont nous disposons.

In fine, les difficultés que nous avons rencontrées sont d’ordre documentaire. Il y a d’abord le fait que les différents centres de documentation que nous avons fréquentés ne nous ont pas vraiment livré des documents pertinents que nous cherchions.

La difficulté est que, les centres de documentation ne sont pas dotés d’un nombre important d’ouvrages relatifs à la communication traditionnelle, un des aspects de l’éducation coutumière en Afrique.

Au-delà de toutes ces difficultés que nous avons rencontrées sur le terrain, nous nous sommes évertués tant bien que mal à achever ce travail, avec la bonne volonté et les encouragements venant de tout horizon.

Grande est notre liesse, car la recherche effectuée est à bon terme, comme dit un proverbe touareg « Si longue que soit une nuit d’hiver, le soleil la suit »16

16 Les proverbes et poésies touarègues (1856)

8. Plan sommaire du travail

Sur la base de notre cadre théorique, des techniques de collecte et d’analyse des données préconisées, nous avons choisi de procéder à la vérification de l’hypothèse de travail à partir d’un plan en trois parties, subdivisées chacune en deux chapitres.

La première partie porte sur la présentation géographique et historique de la sous- préfecture de Boko, département du Pool dans lequel l’on retrouve les Kongo.

Il est question de présenter la géographie physique et humaine des Kongo de Boko. (Chapitre1). En second ressort, intervient le rappel historique : des origines des Kongo de Boko (Chapitre 2).

La deuxième partie quant-à elle examine les multi-modalités et le champ sémantique de la communication traditionnelle (Chapitre 3 et 4).

La troisième partie de ce travail demeure essentiel, il étudie la question analytique de l’apport de la communication traditionnelle (Chapitre 5) et traite de l’Impact de la communication traditionnelle dans l’exercice socialisant de l’enfant (Chapitre 6).

Pour citer ce mémoire (mémoire de master, thèse, PFE,...) :

Université :
Université Marien Ngouabi - Faculté des lettres, des arts et des sciences humaines (flash)
Année de soutenance :
Mémoire Pour l’obtention du diplôme de Master - 2019-2020
Chris Emmanuel Bakouma Malanda : Titulaire de la licence des Littératures et Civilisations africaines 2017 - 2018 /
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