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Université Marien Ngouabi - Faculté des lettres, des arts et des sciences humaines (flash)
Mémoire Pour l’obtention du diplôme de Master - 2019-2020

Principes pédagogiques de la communication traditionnelle

  1. Communication traditionnelle : un aspect de l’éducation
  2. Chris Emmanuel Bakouma Malanda
  3. Géographie physique et humaine des Kongo Boko
  4. Rappel historique : des kongo de Boko (république du Congo)
  5. La communication traditionnelle : multi-modalité
  6. Champ sémantique verbal ou oral de la communication
  7. Champ sémantique non-verbal de la communication traditionnelle
  8. Vecteurs artificiels et champ sémantique de communication
  9. La communication traditionnelle dans l’éducation de l’enfant
  10. Principes pédagogiques de la communication traditionnelle
  11. Communication traditionnelle, vecteur des valeurs socio-éducatives
  12. L’éducation de l’enfant, impact de la communication traditionnelle

Principes pédagogiques de la communication traditionnelle

5.2 Principes pédagogiques de la communication traditionnelle

Définit comme étant un processus continu de diffusion de l’information, de divertissement et d’éducation utilisé dans les sociétés qui n’ont pas été gravement perturbées par la culture occidentale ou d’autres influences externes, la communication traditionnelle66 est régie par des principes pédagogiques de l’éducation67.

Nous ne pouvons pas dévoiler les principes pédagogiques sans pour autant expliciter le concept « pédagogie ».

En effet, le vocable « pédagogie » est issu du grec /’paɪdɔr/ qui signifie : « l’enfant », et /’a.gɔ/, qui veut dire : « conduire, mener, accompagner, élever ». Émile Pour Emile Durkheim, la pédagogie est une réflexion appliquée aussi méthodiquement que possible aux choses de l’éducation68.

Cela dit, la pédagogie met en œuvre des stratégies d’enseignement pour accompagner l’enfant dans sa phase de socialisation. Il existe chez les Kongo (Boko) l’équivalent de la pédagogie qui est : le Kiwiisa69.

Alors, pour rendre cet enseignement possible, il est nécessaire d’y associer des principes pédagogiques de la communication traditionnelle qui se traduisent par le biais des proverbes, contes, épopées, devinettes, mythes, comptines et autres formes d’éléments de communication socio-cultuelle.

Nous pouvons délibérément faire le constat qu’en dehors de l’initiation ritualisée, l’enfant acquiert l’essentiel de sa formation de base grâce aux sous-éléments multicanaux (communication) suivants.

5.2.1. Apprentissage par les différents sous-éléments multicanaux de la communication:

5.2.1.1 Proverbes, bingana70

Suivant ses caractéristiques, son mode de fonctionnement sémantique, syntaxique et argumentatif, les proverbes peuvent se définir comme d’excellents vecteurs socioculturels contribuant à la formation de l’individu (enfant).

Autrement dit, ce genre « universel » est porteur de valeurs traditionnelles ; elle incarne la philosophie de la communauté utile à la socialisation de l’enfant.

En effet, les Kongo de Boko usent des proverbes, paroles codées, brèves et condensées pour procéder à la formation socialisante de l’enfant.

66 Wilson, Des (1987), “Traditional Systems of Communication in Modern African Development: An Analytical Viewpoint”, Africa Media Review, Vol. 1, No. 2, 1987, pp. 87-104

67 Mungala, A.S., l’Education traditionnelle en Afrique et ses valeurs fondamentales, in Ethiopiques n°29, Cultures et Civilisations, 1982

68 Émile Durkheim, L’évolution pédagogique en France, Paris, PUF, 1938, p. 10

69 De la langue Kosngo, le concept Kiwiisa vient de « wiisa » ; « convaincre, faire comprendre », il signifie aussi dans une certaine mesure « ce qui est mis en œuvre pour faire comprendre les choses », c’est donc l’équivalent de la pédagogie.

70 Annexe 2, Corpus proverbes Kongo, p.101

Les proverbes requièrent un aspect pédagogique, une méthode d’enseignement conférant à l’enfant la possibilité de comprendre au mieux ce qui lui est enseigné.

Nous constatons que le choix pédagogique porté par les Kongo en général et par les Kongo de Boko en particulier, dans l’utilisation des proverbes comme canal de transmission de l’éducation de l’enfant n’est pas tout à fait fortuit.

D’un point de vue pédagogique, les proverbes jouent un rôle très crucial dans la socialisation de l’enfant ; ils ont un caractère didactique c’est-à-dire instructif. Les proverbes sont dits aux enfants à partir de la fin de la première enfance jusqu’à la maturation.

Par ailleurs, le rôle de pédagogue n’est pas l’apanage d’un individu mais précisons à nouveau qu’il est joué par les instances de socialisation telle la famille, la collectivité ou la communauté et les sociétés d’initiation tant il vrai qu’en Afrique pour éduquer un enfant, il faut tout un village71.

Il n’existe pas de lieu spécifique en dehors du mbongi, pour l’enseignement de l’enfant par les proverbes. C’est à partir de la deuxième enfance donc six (6) ans – (dix) 10 ans que les Kongo de Boko débutent avec l’enseignement traditionnel via les proverbes.

Dans le fonctionnement de la parole codée; l’émetteur qui dit la parole hermétique et codée, doit la décoder pour que l’enfant (récepteur) comprenne la signifiance de la parabole.

Cet enseignement se fait en tout temps et toutes circonstances. Pour mieux comprendre la manière dont se fait l’apprentissage dans l’éducation traditionnelle au moyen des proverbes, nous allons voir comment ceux-ci fonctionnent et leurs différents apports.

D’entrée de jeu, les proverbes obéissent à une pédagogie directe ; il s’agit d’un impératif d’ordre catégorique que subit le sujet « enfant » par le sujet « ancien » dans l’optique de le paitre tout comme une brebis.

Car en fait, ce dernier n’a pas de prise de décision du fait qu’il est encore sous-tutelle parentale et n’a pas encore subit le rite de passage à l’âge adulte.

Dans cette catégorie de pédagogie directe, le sujet « enfant » qui est soumis à la réflexion du proverbe énoncé doit le comprendre, l’intérioriser et l’interpréter selon le contexte dans lequel il a été émis.

Nous nous devons de réitérer que de la deuxième enfance jusqu’au début de la troisième enfance, l’encodeur du proverbe se doit de décoder le proverbe énoncé afin de permettre au décodeur de mieux saisir le fond de la pensée codée.

71 Elaine R. Mohamed, « It Takes a Whole Village to Raise a Child », in Peabody Journal of Education, Vol.71, N°.1, Mentors and Mentoring (1996), pp. 57-63

A titre d’exemple : un ancien (mbuta) qui parle dans le but de sermonner et moraliser un enfant entêté, il pourra lui dire les proverbes suivants :

« We na makutu kawa »

/possède/avec/oreilles/entende/

« Nto wayenda yandi kaka, wayenda tengama »

/Rivière/être parti/elle/seule/est parti/ tordre/

« Makutu ka mayokanga ntu ko »

/ oreilles/ne/dépassent/tête/pas/

Traduction Littéraire

  1. Celui qui a des oreilles entend
  2. Partie seule, la rivière connait un parcours sinueux
  3. Les oreilles ne sont jamais plus grandes que la tête

Les proverbes susmentionnés oscillent dans le même sens et leurs dénotés seconds ont la même finalité : la moralisation et la transmission des valeurs cardinales utiles au développement de l’enfant.

Principes pédagogiques de la communication traditionnelle

Prenons un deuxième exemple allant presque dans le sens du premier : une mère qui à plusieurs reprises demande à son enfant d’accomplir une tâche mais ce dernier ne fait que jouer. Face à cela, la mère énoncera un proverbe qui est :

« Mwana bukolo, mwana nsatu »

/Enfant/désobéissance/enfant/faim

Traduction Littéraire

L’enfant qui désobéit meurt de faim

Apres avoir dit ce proverbe, l’émettrice (mère) le décode et argumente en mettant le récepteur (enfant) devant un fait accompli, tout en prenant des exemples concrets qui reposent sur les premiers proverbes dits supra.

Ces proverbes à pédagogie directe assurent une fonction éthique puisqu’il y intègre une dimension didactique donc éducative.

Les proverbes obéissent aussi à une pédagogie indirecte qui n’est guère contraignante. Il s’agit des proverbes à structure métaphorique qui laisse au destinataire la possibilité de mettre à réflexion les paroles codées adressées par le destinateur.

Cette catégorie de proverbes s’applique aussi bien à l’enfant (adolescent) en phase d’initiation (les rites de passage à l’âge adulte) mais aussi les adultes. Concernant par exemple un enfant, le parent peut employer la parabole suivante:

« Vo wakala ye ngudi, yuvula ntalu ya kwanga »

/Lorsque/toi être/ avec /mère/toi demander/prix/de le/manioc/

Traduction Littéraire

  1. Lorsque tu as encore ta mère informe-toi sur le prix du pain (du manioc)

Dénoté second : il faut tout apprendre concernant le clan. Les anciens sont de potentiels détenteurs de la sagesse et les connaissances dont les jeunes ont besoin:

« Mbuta, unlutidi ntela, kansi kunlutidi mataya ko »

/Vieux/avoir dépassé/taille/mais/lui avoir/vêtement/pas/

Traduction Littéraire

1. Tu peux être plus grand (en taille) que le vieux tu n’auras pas plus de vêtements que lui Dénoté second : l’enfant a la capacité d’apprendre beaucoup de choses puisqu’il est jeune mais les vieillards ont la sagesse et la richesse.

Ce proverbe (n°2) est employé dans l’optique de réprimander et conseiller un enfant (adolescent(e)) qui n’obéit pas à ses aînés et anciens. Ce n’est que si l’enfant est obéissant et doux qu’il prospérera dans la vie.

Nous retiendrons que les proverbes sont d’un grand apport dans le cadre de l’éducation traditionnelle et ils sont d’excellents outils de transmission de valeurs traditionnelles.

Sa portée n’est plus à démontrer car depuis des siècles voire des millénaires, cette unité linguistique a toujours été au rendez-vous du développement humain. En jetant un pont dans l’Afrique ancestrale antérieure, nous nous rendons bien compte de cette vérité historico-éducative.

5.2.1.2 Contes, Binsamu72

Narrer fréquemment à la tombée de la nuit73, au mbongi74, dans les cases communautaires ou sous les toits familiaux, par les anciens du village, mbuta, les contes sont des genres narratifs permettant la transmission culturelle orale.

Ce sont d’excellents outils pédagogiques contribuant au développement de l’enfant et à la construction de sa personnalité.

72 Annexe 2, Corpus conte, p.99

Outre son aspect édifiant, les contes éveillent l’esprit de l’enfant et stimulent son imaginaire. Il importe de noter que les contes permettent aussi dans une certaine mesure de régler les pulsions archaïques de l’enfant.

En les écoutant dans un mbongi par exemple : l’enfant est dans un état de confiance parce qu’il n’est pas le seul enfant à écouter la même trame narrative; même si les émotions prennent le dessus sur lui à cause de certaines histoires qui font naître de la frayeur ou de la joie.

Comme les conteurs sont le plus souvent maîtres de la parole et chez les Kongo de Boko, seuls les anciens, mbuta, ont cette capacité de prise de parole puisque tout se passe dans le mbongi. Au mbongi, la classe d’âge concernée est la deuxième enfance à la maturation, pour ce qui est de notre étude.

Les contes sont une sorte de mémoire collective que chacun contribue à entretenir pour le rôle qu’ils jouent et aussi pour ses apports multiformes. Mor talla Diallo cité par Aimée Noëlle Gomas écrit :

Le conte est un support du patrimoine culturel, mémoire du passé, conte éducatif et ludique est un facteur d’unification parce qu’assurant la cohésion sociale, il dynamise la tradition, renforce la cohésion du groupe familial75.

L’auteur nous éclaire sur la vocation du conte celle qui repose, sur le renforcement de la cohésion du tissu familial. Les contes donnent à l’enfant la possibilité de maîtriser les tournures et les pièges de la langue ; la fixation des vertus sociales ou morales et la formation des citoyens.

En effet, les éléments linguistiques utilisés à l’incipit des contes sont : « Il était une fois… » ; « Un jour… » ; « Dans les temps… » ; « En ce temps-là,… ».

Nous avons aussi les éléments de répétitions qui, en réalité, ont pour objet l’accentuation poétique du récit. Au finish, le griot ou conteur fait appel aux procédés d’interpellation comme « ri-ta » les autres répondent « ta ».

Enfin, pour percevoir ce caractère didactico-pédagogique que porte les contes Kongo dans la socialisation de l’enfant ; nous examinons un conte en nous appuyant sur l’analyse thématique et sur les modalités de narration orale tels que classifiées par Denise Paulme dans La mère dévorante.

73 Jacques Chevrier, La littérature nègre, Paris, Armand Colin, N.E.A, 1984, p.191

74 Jean-Claude Moussoki, L’usage des instruments de musique dans la communication chez les Kongo, Paris, Publibook, 2017, p.120

75 Mor Talla Diallo, Peut-on s’entendre sur une définition du conte wolof ?, in Annales de la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines, N°27, UCAD, Dakar, p.107 cité par Aimée Noëlle Gomas, Cours magistral de littérature orale, Brazzaville, UMNG, 2017.

Analyse thématique :

Conte 1: L’antilope et le Léopard

1. Le thème de la ruse

Ce thème générique s’ouvre sur un mode d’action qui est la ruse, un procédé ingénieux utilisé pour avoir le dessus sur un ennemi, échapper à un prédateur ou abuser une victime. Ce conte se place sur la dénomination A+, il est du type descendant c’est-à-dire que la situation était normale et, par la suite la dégradation fait place puis au finish le manque s’installe.

La dégradation résulte de la stupidité de l’antilope, nsuma, victime de son imprudence et son degré d’ignorance. L’amitié qu’elle s’est liée avec le léopard l’a aveuglé les yeux ; ne dit-on pas que la confiance n’exclut pas le contrôle ?

Les sous-thèmes que nous avons sont : la stupidité, la gourmandise, la tromperie, la cupidité et la lâcheté.

Ce conte illustre bel et bien un chef, mfumu (cupide et trompeur) s’accaparant les biens d’autrui ; sachant qu’il ne sera pas en mesure de les restituer parce qu’il a abusé de cela, il présente des excuses ou commet un forfait dans la toute discrétion.

Nous voyons bien qu’à partir de ce conte, l’enfant (adolescent, ntoko) peut tirer une leçon de morale, utile pour modeler sa personne.

5.2.1.3 L’énigme-devinette, ngwala-bimpa76

Compris comme étant un genre de la littérature orale, l’énigme-devinette enfantine est un jeu de l’esprit destiné à développer les facultés cognitives de l’enfant. Elle est dotée de fonction initiatique et repose sur un rapport de proportionnalité.

L’énigme-devinette a besoin de l’émetteur et un récepteur pour fonctionner. Soulignons que c’est à partir du connu que l’énigme-devinette prétend structurer l’inconnu. Voici par exemple quelques énigmes-devinette Kongo accompagne l’enfant dans sa socialisation.

La séance d’énigme-devinette commence toujours par des interjections comme : Question : « ngwalo ! »

Réponse : « wa yooka ! »

76 Annexe 2, Corpus énigme-devinettes, p.101

Cela dit, l’énigme-devinette se dit entre l’ancien et l’enfant mais plus souvent entre les enfants avant la séance du conte. Lorsque l’émetteur lance l’énigme-devinette qui se formule en question, le récepteur la décode ou déchiffre et donne une réponse.

Illustration d’énigme-devinette 1:

Question (encodeur): Nzo ye tata, muelo kani ; /maison/où est père/porte/pas/

Traduction littéraire :

« La maison de mon père n’a pas d’ouverture» Réponse (décodeur): Diki ; « l’œuf »

Illustration d’énigme-devinette 2 :

Question (encodeur): Nzo ya tata, bantu bingi ; /maison/ de/père/les gens/plusieurs

« La maison du père, les gens sont nombreux» Réponse (décodeur): Kinsukulu ; « l’aubergine » Illustration d’énigme-devinette 3 :

Question (encodeur): m’buluku wàsisa, ndolo ; /les ravins/laissés/pluie torrentielle « Les ravinements qu’ont laissés les grandes pluies» Réponse (décodeur): Soka ; « la hache »

Par ces énigme-devinettes, nous pouvons comprendre qu’il n’y a pas seulement un aspect ludique mais toute une philosophie socioculturelle derrière chaque parole énigmatique.

Nous pouvons donc dire que l’énigme-devinette est un prodigieux outil intercommunicationnel entre l’adulte et l’enfant, aussi entre les enfants entre eux.

5.2.1.4 Comptines, mindebola

Dès la première enfance jusqu’au début de la troisième enfance, les Kongo de Boko comme tous les africains d’ailleurs, initient des chansonnettes dans l’éducation de l’enfant pour s’assurer de son plein épanouissement.

Il existe de ce fait, deux types de comptines à savoir : les comptines corporelles (gestes-parole) et les comptines verbales.

a. Les comptines corporelles ou comptines associant gestes à la parole :

Ces comptines concernent le début de la première enfance voire les premiers mois de l’existence de l’enfant (bébé) ; elles sont initiées pour ouvrir l’enfant à la production du langage. C’est à la mère que revient la responsabilité de lui chanter ces comptines lorsqu’il fait ses premiers pas.

Toutefois, n’importe quel individu de la famille (dikanda) peut aussi exécuter les berceuses pour consoler, endormir, calmer, amuser l’enfant ou l’exercer au premiers pas mais, seule la mère expérimentée présente exclusivement cette capacité de consoler son enfant à la perfection.

La comptine des premiers pas permet à l’enfant de s’éveiller au rythme et à la mélodie. C’est dans ce contexte qu’Auguste Miabeto écrit :

La comptine des premiers pas marque le début de la participation à la pratique langagière enfantine…la formulette qui rythme les pas peut –être parmi les jeux phonatoires77.

L’auteur nous éclaire sur l’apport de la comptine des premiers pas dans la vie de l’enfant (bébé). Ladite comptine accompagne l’enfant dans la production du langage et permet de rythmer ses premiers pas pour faciliter sa pleine croissance.

  • Comptine des premiers pas, nzaanza78 :

Ici, l’enfant (bébé) marche à quatre pattes. Exécutée pour l’aider à avoir de l’équilibre dans ses premiers pas, ladite comptine est pratiquée pour le stimuler à marcher. Pour ce faire, la mère entonne par exemple la chansonnette suivante :

Solo : Tetetee !!!

Chœur : Te !!!

Le solo et le chœur sont exécutés par la mère et l’enfant répond par la gestuelle associée au babillage.

Après le sevrage, l’enfant reste toujours attaché à sa mère bien qu’on observe un léger détachement de son côté. Il commence à découvrir son environnement ; se fait des amis avec qui, ils exécutent des chansonnettes en toute allégresse.

77 Miabeto Auguste, l’enfant dans la tradition orale Kongo : imaginaire et quête de transcendance, thèse de doctorat, UMNG, Brazzaville, 2017.

78 Annexe 5, Canaux gestuels de communication, p. 102

Solo

Waakà mi tà bantu eh ! Ecoute/ce que/dit/les hommes/

Ecoute ce que disent les gens

Chœur

Makutu wa !

/ oreilles/écoute/ Les oreilles écoutent

La thématique développée dans la chansonnette est : l’attention (l’ouïe). En effet, la comptine exécutée véhicule un message éducatif invitant l’enfant à l’obéissance et au respect des anciens, mbuta.

b. Les comptines verbales :

Elles commencent à s’exécuter de la fin de la première enfance à la troisième enfance ; lesdites comptines sont exclusivement verbales.

Les Kongo de Boko inculquent à l’enfant dès son jeune âge au travers les comptines verbales, la notion du travail, du respect etc. ; ce qui lui permettra de tendre vers l’idéal de la responsabilité le jour où il entrera dans sa phase de maturation. Les comptines verbales sont d’excellents catalyseurs psychologiques au sein de la société enfantine.

5.2.1.5 Jeux, nsaka

Les activités ludiques sont d’ordre auto-éducatif. Les Kongo de Boko l’ont compris tôt à tel enseigne qu’ils disposent d’une variété et diversité de jeux ; des plus simples aux plus complexes. A cet effet, nous avons fait le choix d’évoquer deux (2) types de jeux :

  • Kongo79 : c’est une activité ludique qui se pratique entre enfants (adolescents, matoko). Le Kongo se joue avec les membres supérieurs, précisément en se servant d’une main alternée que l’on frappe sur la poitrine en prononçant des mots qui s’exécutent selon les mouvements de main. Le but de ce jeu est d’éveiller l’esprit de l’enfant.
  • Ntumpu80 : Il se joue dans la rivière ou encore pendant la pluie. C’est un jeu mixte jouait par les garçons et les jeunes filles et qui consiste à recueillir de l’eau sur la paume des mains pour produire la plus belle mélodie.

Nous pouvons constater que les activités ludiques mise en exergue sont nécessairement utiles pour éveille l’esprit de l’enfant. Les jeux sont de prodigieux outils d’intercommunication entre enfants. (Voir images des jeux kongo et ntumpu en annexe)

79 Annexe 5, p. 103

80 Idem, p.104

5.2.1.6 Instruments musicaux

Ce sont des moyens de communication ayant largement servi à la socialisation de l’enfant Kongo (Boko). C’est au travers la communication traditionnelle, bizonzolo (les instruments de musique) que l’enfant prend connaissance du fonctionnement de la société qui l’entoure.

En effet, pour informer la communauté concernant les événements festifs ou malheureux, l’informateur-joueur utilise un instrument qu’il joue différemment selon la situation.

Toutefois, chaque instrument avait un rôle bien défini dans la communication. Par exemple : quand il s’agissait d’un deuil, l’informateur-joueur jouait autrement et la communauté pouvait savoir qu’il s’agit réellement d’un problème de décès.

L’enfant, faisant partie de cet environnement apprend par l’observation et imitation puisque lorsqu’on joue tel ou tel instrument pour informer, il écoute et peut faire la différence même si, il est difficile pour lui de décoder tous les messages qui sont diffusés par l’instrument de l’informateur-instrumentiste.

C’est en ce sens que nous pouvons dire que les instruments de musique sont d’excellents moyens de communication pour socialiser l’enfant. Pour rendre la socialisation de l’enfant effective par les instruments de musique, les anciens, mbuta, deviennent les décodeurs de celui-ci quand une communication a lieu.

A titre d’illustration, quand le cor, mpûngi, est joué à la place du chef, toute la communauté l’écoute et s’y rend. Puisqu’ils doivent tous se rendre à la cour du chef, les parents en informent toujours leurs enfants :

« Eh bala eba ! Mpûngi ya bachikidi ya luwidi, tokweno kwe mfumu gâta »

/Eh/les enfants/voici/cor/qu’on/jouait/as/entendu/allons-y/chez/chef/village

Traduction littéraire

Chers enfants, le cor que l’on a joué, l’avez-vous entendu ? Rendons-nous chez le chef du village.

Nous constatons par cette illustration que le parent a quelque peu servie de décodeur aux enfants. De toute évidence, nous pouvons dire sans toutefois prendre position que les instruments de musique ont eu une influence dans la socialisation de l’enfant Kongo de Boko.

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