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Université Marien Ngouabi - Faculté des lettres, des arts et des sciences humaines (flash)
Mémoire Pour l’obtention du diplôme de Master - 2019-2020

Champ sémantique non-verbal de la communication traditionnelle

  1. Communication traditionnelle : un aspect de l’éducation
  2. Chris Emmanuel Bakouma Malanda
  3. Géographie physique et humaine des Kongo Boko
  4. Rappel historique : des kongo de Boko (république du Congo)
  5. La communication traditionnelle : multi-modalité
  6. Champ sémantique verbal ou oral de la communication
  7. Champ sémantique non-verbal de la communication traditionnelle
  8. Vecteurs artificiels et champ sémantique de communication
  9. La communication traditionnelle dans l’éducation de l’enfant
  10. Principes pédagogiques de la communication traditionnelle
  11. Communication traditionnelle, vecteur des valeurs socio-éducatives
  12. L’éducation de l’enfant, impact de la communication traditionnelle

Champ sémantique non-verbal de la communication traditionnelle

4.2 Champ sémantique non-verbal

Le langage non verbal repose essentiellement sur des éléments de la communication tels que: la gestuelle corporelle, les expressions faciales, les postures, le silence, attitude pour le langage corporel et les mimiques. En terre Boko, ce langage est considéré comme une autre forme de parole exprimée.

Car en fait, le langage non verbal parle comme la parole ; seulement celui-ci ne met pas en exergue les éléments paraverbaux. Toutefois, ledit langage peut faire appel aux éléments paraverbaux selon les circonstances et les situations.

4.2.1 Gestuelle corporelle

Lors de la socialisation de l’enfant notamment dans l’acte de communication, le corps se transforme en vecteur des attributs de traits culturels et des normes sociales. La culture s’incarne dans le corps.

La gestuelle corporelle intervient le plus souvent comme moyen de communication dans le cadre de la socialisation de l’enfant, quand il se présente une situation qui ne doit indubitablement faire l’objet d’une quelconque indiscrétion ou encore dans plus de cas.

En fait, l’acte de communication accompli par la gestuelle du corps semble beaucoup moins visible. Ce facteur présente un intérêt éducatif.

Les agents de socialisation (parents, famille et la collectivité Kongo de Boko) soutiennent que les éléments du langage corporel constituent des composantes indispensables pour inculquer à l’enfant les valeurs cardinales liées au savoir-vivre.

La gestuelle corporelle peut jouer les rôles suivants :

  • Contraindre l’enfant au ressaisissement quand il veut faire ou fait une bêtise ;
  • Faciliter la répétition d’une information parlée ;
  • Poser un acte contraire à la parole dite ;
  • Remplacer les propos oraux ;
  • Renforcer ou compléter un élément du discours ;
  • Réguler la communication verbale.

4.2.1.1. Classification sémiotique des énoncés gestuels

D’un point de vue anatomique et physiologique le répertoire de la gestuelle corporelle et de l’expression faciale est relativement limité du fait des positions anthropomorphiques moins nombreuses. De toute évidence, ce ne sont que ceux qui sont liées à l’univers éducatif de l’enfant (Kongo de Boko) que nous allons essentiellement classifier.

4.2.1.1.1 Geste facial53

En Afrique comme en terre Boko, l’expression faciale telle le regard a une signification socioculturelle de grande envergure.

– Le regard : C’est l’élément essentiel du faciès humain qui parle le plus dans l’acte de la communication non verbale. Les Kongo de Boko usent de cet élément facial pour véhiculer un message.

1ere signifiance du regard : discipline

Illustration : Un parent reçoit des invités dans sa cour et il se trouve que l’enfant est entrain de jouer à proximité ; le parent le fixera des yeux et l’enfant comprendra qu’il doit quitter les lieux.

Mais au cas où, l’enfant ne suivait pas, il peut expressément tousser pour attirer l’attention de ce dernier et communiquera toujours par le regard en clignotant intelligemment des yeux.

53 Voir l’annexe 5, Gestuelle faciale, p.106

2eme signifiance du regard : respect

Illustration : Un enfant ne peut fixer des yeux un ancien (mbuta) donc un supérieur en âge.

3eme signifiance du regard : émotions

Illustration : Un enfant qui manifeste un besoin mais ne veut pas l’exprimer verbalement, peut froisser son visage pour signifier qu’il veut de quelque chose.

La tête : partie supérieure du corps, qui est le siège du cerveau et des principaux organes de sens ; utilisée elle aussi dans l’acte de communication chez les Kongo Boko.

a. Signifiance : Acquiescement ou approbation

Illustration : Si un parent est occupé et ne veut pas parler lorsque son enfant lui demande quelque chose, il peut répondre en bougeant la tête de l’arrière vers l’avant.

Par contre un enfant ne peut pas répondre à un parent ou un membre de la collectivité en hochant simplement la tête sans y associer la parole comme droit de réponse ; le faire est un acte d’impolitesse.

Champ sémantique non-verbal de la communication traditionnelle

4.2.1.1.2 Geste manuel54

Comme tout organe langagier du corps humain, les membres supérieurs sont polyphoniques. Son rôle est crucial dans l’éducation traditionnelle de l’enfant mukongo de Boko.

a. Signifiance des gestes de la main (salut) : Bienséance55

Illustration 1: la salutation entre ancien, mbuta, se fait par les battements de mains incurvées

Illustration 2: la salutation entre enfant et ancien (supérieur) se fait de plusieurs manières suivant l’évolution de la société humaine :

  • L’enfant soulève les deux mains vers le ciel quand il aperçoit l’ancien et se rapproche pour recevoir de ce dernier, une poignée de main ;
  • L’enfant (jeune garçon, ntoko) se présente devant l’ancien et se penche en attendant que le supérieur tende la main ;
  • La génuflexion intervient particulièrement lors de la salutation, pour ce qui de la jeune fille, ndumba. Ce geste exprime aussi la soumission et le respect.

54 Voir l’annexe 5, Gestuelle des mains, p107.

55 Idem, p109.

N.B : ces gestes salutaires sont toujours accompagnés de la parole (Images cf. annexes)

b. Signifiance des gestes de la main : Dissuasion à la maitrise de soi

Illustration 1 : Un enfant qui parle trop, tapôya56, en présence des étrangers, le parent se trouvant près de lui, le pincera sur la cuisse pour le dissuader d’arrêter de parler.

Illustration 2 : Un enfant qui se trouve en présence des étrangers et qui, commence à prononcer des absurdités, bimpôyila57, le parent se trouvant loin de lui, le fera appel de vive-voix en employant la gestuelle de la main pour lui demander d’aller accomplir une tâche loin de cet environnement.

Illustration 3 : Lorsqu’un enfant pleure, l’agent éducateur (parents, famille ou collectivité) peut lui demander de se taire en posant l’index sur la bouche c’est-à- dire que le parent pour le cas d’espèce, pose son index devant la bouche pour intimer l’ordre à ce dernier, d’arrêter de pleurnicher.

c. Signifiance des gestes de la main (gratitude) : Bienséance

Illustration 1 : le remerciement se fait par les battements de mains incurvées (trois fois). Il peut concerner l’enfant (le jeune garçon) et (la jeune fille doit le faire avec le geste de génuflexion). Il sied de souligner que cette gestuelle s’accompagne toujours de la parole.

d. Signifiance des gestes des mains (le pardon, m’lemvo) : l’humanisme

Illustration 1 : le pardon peut se faire par les battements de mains incurvées. Le jeune garçon et la jeune fille accomplit souvent l’acte de pardon en procédant par la génuflexion. Soulignons que cette gestualité s’accompagne toujours de la parole.

56 Terme Kongo qui vient du verbe Kupôya « trop parler, dire des absurdités »

57Issue du verbe Kupôya « parler sans maitrise », le mot Kongo Bimpôyila signifie « prononcer des sornettes »

Illustration 2 : l’enfant qui veut se faire pardonner procède aussi souvent par la génuflexion, les deux mains contre la tête.

e. Signifiance des gestes des mains (un appel) : l’information codée

Illustration 1 : lors de la période coloniale, les mercenaires européens venaient chercher ou enlever les enfants dans leurs foyers respectifs ; alors le parent pour les préserver de cet enlèvement, il employait dans un premier sens la parole pour dire : « vient » et la main faisait le sens contraire de la parole.

Le deuxième sens, le parent disait « ne vient pas, danger » et la main faisait le sens contraire de la parole.

f. Signifiance des gestes des mains (un avertissement) : discours renforcé

Illustration 1 : le geste du doigt accusateur intervient quand l’enfant fait des bêtises ou est l’objet d’une réprimande par le parent.

4.2.1.1.3 Gestes pédestre 58

Les membres inférieurs sont aussi d’excellents éléments de communication mise en exploitation dans l’éducation d’un enfant.

a. Signifiance des gestes du pied : Maitrise de soi

Illustration 1 : Un enfant qui parle trop, tapôya, en présence des étrangers, le parent se trouvant près de lui marchera sur ses orteils pour le dissuader.

b. Signifiance des gestes des pieds (le pardon, m’lemvo) : l’humanisme

Illustration 1 : l’acte de pardon peut se faire par la génuflexion.

c. Signifiance des gestes des pieds (le mécontentement) : expression de besoin

Illustration 1 : l’enfant accomplit l’acte de mécontentement par le biais du trépignement qui s’accompagne des murmures ou bourdonnement.

In fine, les gestes sont la forme de communication non verbale la plus expressive qui consiste à éduquer traditionnellement un enfant en ayant des résultats escomptés.

Car ils donnent aussi autant de possibilités de rehausser l’intérêt et la clarté des paroles prononcées à l’endroit de l’enfant qui, est attentif aux faits et gestes que l’ancien (supérieur) accomplit.

58 Voir l’annexe 5, Gestuelle des pieds, p.108

4.2.2 Silence

Faisant intégralement partie de la communication, le silence est un élément essentiel de l’éducation traditionnelle présentant un double langage. Il existe de multiples silences :

  • Le silence est facteur de la maitrise de soi ;
  • Le silence est l’expression du respect et de l’écoute ;
  • Le silence est l’expression d’une émotion quelconque (l’enfant peut être irrité ou n’est pas en paix avec lui-même, il peut choisir dans ce cas de figure, le silence comme moyen d’expression) ;
  • Le silence est le symbole de la réflexion (quand une question est posée, il faut tourner plusieurs sa langue c’est-à-dire réfléchir alors dans cet intervalle, le silence s’impose) ;
  • Le silence est aussi l’expression de la solitude (un enfant qui manque l’affection maternel peut sombrer dans l’isolement, la frustration etc. ce qui se manifestera par le silence).

Toutefois, le silence doit être interprété et analysé en fonction d’une situation.

4.2.3. Attitudes et postures corporelles59

Elles mettent en évidence l’ensemble des éléments corporels qui ont un rapport avec les fonctions du langage humain. Les postures corporelles peuvent traduire plusieurs sens.

A titre d’exemple, nous avons la posture d’ « acte imprécatoire »: Ici, il s’agit pour la femme, (seule actant de la tradition qui a le pouvoir de maudire selon la cosmogonie Kongo) de porter des actes d’imprécation.

Comment manifeste-t-elle cela ? Elle s’assoit à même le sol et tapote ses cuisses en proférant des paroles imprécatoires au cas où son enfant a été ensorceler par le sorcier, ndoki.

Suivant la même situation, elle peut cette fois- ci adopter une autre posture, en époussetant le pan de son pagne et en tapotant ses derrières (fesses) ; nous avons toujours la parole qui s’accompagne de cette attitude menaçante traduisant la vengeance ou la colère.

59 Voir l’annexe 6, ensemble d’images de la gestuelle corporelle.

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