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Université Marien Ngouabi - Faculté des lettres, des arts et des sciences humaines (flash)
Mémoire Pour l’obtention du diplôme de Master - 2019-2020

Communication traditionnelle, vecteur des valeurs socio-éducatives

  1. Communication traditionnelle : un aspect de l’éducation
  2. Chris Emmanuel Bakouma Malanda
  3. Géographie physique et humaine des Kongo Boko
  4. Rappel historique : des kongo de Boko (république du Congo)
  5. La communication traditionnelle : multi-modalité
  6. Champ sémantique verbal ou oral de la communication
  7. Champ sémantique non-verbal de la communication traditionnelle
  8. Vecteurs artificiels et champ sémantique de communication
  9. La communication traditionnelle dans l’éducation de l’enfant
  10. Principes pédagogiques de la communication traditionnelle
  11. Communication traditionnelle, vecteur des valeurs socio-éducatives
  12. L’éducation de l’enfant, impact de la communication traditionnelle

Communication traditionnelle, vecteur des valeurs socio-éducatives

Chapitre VI : Impact de la communication traditionnelle dans l’exercice socialisant de l’enfant

6.1. Communication traditionnelle : vecteur des valeurs socio-éducatives

Véhicule des valeurs traditionnelles africaines, la communication traditionnelle a été d’un grand apport dans l’éducation traditionnelle Kongo.

En facilitant la transmission de la tradition (tsikulu) de génération en génération, elle a aussi un impact considérable dans l’exercice socialisant de l’enfant : la communication traditionnelle a permis à l’enfant Kongo de Boko d’acquérir des qualités ou valeurs sociales et morales, esthétiques et éthiques, spirituelles et juridiques utiles à sa formation de base.

6.1.1 Valeurs cognitives

Les valeurs cognitives sont un ensemble de valeurs axées sur la connaissance mise en rapport avec l’apprentissage. Dans notre cas, elles s’acquièrent au travers des genres de la littérature orale tels les contes, les proverbes, l’énigme-devinette, les mythes, les comptines, les légendes, épopées etc.

Ce sont d’excellents moyens d’éducation et de socialisation de l’enfant permettant à ce dernier d’acquérir des valeurs de cognition. Les Kongo de Boko utilisent ces genres parce qu’ils servent à former non seulement la personnalité de l’enfant et sont aussi riches en enseignement et en valeurs de cognition.

Via les genres littéraires oraux, l’enfant apprend entre autres les valeurs liées à l’amour du travail, Luzolo lwa kisalu. Comme dans la civilisation de l’universel, le travail a aussi une valeur capitale chez les Kongo.

  • Travail, Kisalu : Dans la société Kongo de Boko, chaque jour, tôt le matin, chaque individu vaque à ses occupations professionnelles : les uns se lancent dans les travaux champêtres (makanga), la chasse (sampa), la pêche (loba) etc. et les autres accomplissent les travaux domestiques parce que nul n’est sensé rester dans l’oisiveté.

Certains enfants aident leurs parents et d’autres restent auprès des anciens pour les observer et apprendre. C’est à travers les proverbes et les contes pour n’en citer que ceux-là, que les Kongo véhiculent la valeur du travail que prône la tradition.

Il n’y a que de liberté et d’épanouissement lorsqu’on travaille. Il n’est point question du travail selon le paradigme occidental mais africain et précisément Kongo. Le travail est considéré par les Bakongo comme une vertu. Aucun parent de la société Kongo n’encourageait l’enfant à la fainéantise.

6.1.2 Valeurs morales et sociales

Elles sont essentiellement constituées des valeurs engendrant des normes éthiques liées à la morale et aux règles de comportement social qui prennent la forme d’obligation s’imposant à la conscience comme un idéal.

Les valeurs morales et sociales sont inculquées à l’enfant dès le bas âge durant tout le processus de sa socialisation. C’est en ce sens que Kwadzo Amewusika B. Tay écrit :

La socialisation est un processus d’inculcation par lequel, l’enfant acquiert des connaissances, apprend à s’adapter au groupe ou à la société et à se comporter d’une manière approuvée.81

La socialisation permet donc à l’enfant d’acquérir les valeurs morales et sociales nécessaires à son savoir-vivre. De ces valeurs, nous pouvons citer l’hospitalité, le courage, la solidarité, le respect de la vie, des anciens et de la nature, la responsabilité, l’honnêteté et l’obéissance.

  • L’hospitalité : Tous les étrangers de passage ne pouvait pas mourir de faim à cause du système hospitalier émanant du communautarisme : il y avait toujours des aliments vivriers (manioc etc.), de l’eau disponible et un endroit (kimbuka) pour que les étrangers se reposent ; les enfants sont éduqués sur la base de cette valeur. Lorsque les étrangers arrivaient au village, généralement ce sont les enfants qui les accueillaient.
  • Le courage : C’est une vertu que l’enfant acquiert dès la première enfance surtout pour le jeune garçon. Car en fait, les anciens arment l’enfant de courage pour lui permettre d’affronter au mieux les épreuves de la vie.

Mais ce courage n’est pas initié pour défier les anciens ou la nature, c’est plutôt pour que le jeune garçon s’assume dans la vie en tant qu’homme.

Ce n’était pas simplement par des mots que les anciens armaient les jeunes garçons de courage mais c’est par des épreuves qu’on leur soumettait entre autre dans la forêt sacrée : ce lieu habité par toutes sortes d’insectes nuisibles, un lieu où il n’y a que des sons et des cris animaliers plongeant dans la peur.

81 Kwadzo A.B.T, socialisation de l’enfant dans le milieu familial et hors de la famille, in série, l’enfant et développement en Afrique, Unesco, Paris, 1988

  • La solidarité : La solidarité chez les Kongo est une vertu qui est inculqué à l’enfant dès la première enfance. Cette solidarité se manifeste par le communautarisme qui vise l’intérêt du groupe sur l’individu. Cette vertu se traduit par les actes de générosité et d’entraide : la chasse et/ou la construction d’une maison se font toujours en équipe.

L’enfant y est associé pour l’accomplissement de cette tâche. Toutes les activités sociales se faisaient toujours en groupe ou groupuscule ; c’était là, le symbole de la solidarité, de l’union et du partage. Nul ne vivait pour soi mais pour le groupe. La condition sine qua non que pour vivre dans cette communauté est la solidarité.

  • Le respect de la vie et de la nature, la politesse vis-à-vis des anciens : La vie est de l’ordre du sacré. Tout être-humain a droit à la vie et nul ne peut prétendre l’ôter ou se suicider sous un prétexte quelconque.

Aussi pour vivre longtemps sur terre, il faut respecter les anciens car ils sont le symbole de la sagesse et de la longévité. Tala Mbuta yi kawuri niamba binkayi bibolele : c’est dire que lorsque le vieux s’écrie, la crue a percuté ses parties intimes.

Cela dit, il appartient aux anciens, mbuta de donner la sonnette d’alarme quand il y a la déchéance de valeurs sociales.

Communication traditionnelle, vecteur des valeurs socio-éducatives

C’est dans cette perspective qu’il importe de respecter ce dernier. Concernant le respect des parents, le dicton Kongo stipule : Tata na maama benà, Nzambi ya ntoto c’est-à-dire que le père et la mère sont les dieux sur terre, il impératif pour l’enfant de les respecter pour vivre longtemps.

In fine, la nature est un mystère qu’on se doit de respecter en terre Kongo. Tel est l’enseignement que les parents, la famille et la communauté donnaient à l’enfant en usant des moyens de communication traditionnels tel le canal oral ou gestuel.

  • La responsabilité, l’honnêteté et l’obéissance : Ce sont des valeurs sociales et morales qui sont observées de la deuxième enfance jusqu’à la troisième enfance : l’enfant est initié dans la pratique des travaux domestiques ou encore aux petits travaux champêtres etc. il est aussi soumis à l’exercice de l’honnêteté.

Les anciens, mbuta disent : wa wuna yokela, wa mana zingila bambuta ba kutungudidi. Le proverbe veut dire : il ne faut pas mentir incessamment parce que les anciens te reprocheront.

Cette formule proverbiale (Kongo) a pour optique d’interpeller l’enfant sociologique à faire preuve d’honnêteté. Car il n’y a rien qui n’est au- dessus de la vérité. Seule la vérité est au-dessus de toute chose telle la religion, la science etc.

Enfin, l’obéissance est une chose que l’on ne discute pas, elle s’observe non seulement chez les Kongo mais dans toute l’Afrique entière. L’obéissance concerne au premier plan les règles communautaires et secundo, les règles familiales que l’enfant se doit de respecter même quand il est seul.

6.1.3 Valeurs juridiques

Elles se fondent sur la justice traditionnelle qui, ne se rendait qu’à la place du mbongi, de la case communautaire ou de l’arbre à palabre. L’objet était de susciter l’équilibre social et par conséquent lutter contre l’inégalité sociale.

Aucun juge traditionnel, nzonzi, ne pouvait faire preuve d’impartialité dans le jugement d’une affaire juridique. L’on inculque à l’enfant dès le bas âge donc la première enfance, les principes d’équité et les règles de la justice.

Par exemple : lorsque la maman partage de la nourriture à ses enfants, elle le fait équitablement ou au cas où, deux enfants parvenaient à se disputer ; la mère doit appliquer la justice en sanctionnant les deux enfants.

Un adage Kongo dit : « Semba mbwa, semba dibu » Sanctionne le chien, sanctionne le grelot. Ce proverbe veut dire : quand tu corriges quelqu’un, il ne faut pas le faire dans l’impartialité. L’enfant étant lui-même un objet social sur lequel est pratiquée la justice ; il intériorise automatiquement cette action juridique.

6.1.4 Valeurs spirituelles

Elles sont régies par la spiritualité ; le respect de l’être suprême doté de toute intelligibilité, Nzambi a Mpungu et des ancêtres, biba. Les valeurs spirituelles sont considérées par les Kongo de Boko comme des valeurs supérieures que l’on se doit de respecter.

Elles font partie de la psyché humaine et sont enracinées au cœur de l’âme humaine. C’est dès la naissance que l’enfant est présenté à Nzambi a Mpungu et aux biba, par le canal des rites ritualisés.

Depuis la fin de la première enfance jusqu’à la troisième enfance, les parents informent l’enfant de l’existence d’un être suprême mais aussi des ancêtres qui jouent un grand rôle dans la protection de la personne, du clan et de la communauté.

Ces entités interviennent aussi dans la régulation des saisons climatiques, des catastrophes et des chaos qui peuvent arriver. A cet effet, des cultes sont organisés pour apaiser ou invoquer les divinités.

De toute évidence, l’impact de la communication traditionnelle est a souligné dans la socialisation de l’enfant. Etant un vecteur épicentral centralisé, elle a permis à l’enfant d’intérioriser les valeurs traditionnelles afin de s’assumer dans la société d’une façon responsable.

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