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Université Mohammed V de Rabat
Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales - Agdal - Année 2021

Une croissance peu créatrice d’emploi et peu inclusive

  1. Le nouveau modèle de développement du Maroc: les réformes
  2. La consolidation des droits et libertés publiques au Maroc
  3. Evolution des indicateurs de l’économie marocaine
  4. Evolution sectorielle : agriculture, pêches maritimes et extraction minières
  5. Evolution su secteur secondaire de l’économie marocaine
  6. Les énergies renouvelables et l’offshoring au Maroc
  7. Système sanitaire marocain et couverture médicale de base
  8. La stratégie de la lutte contre la pandémie Covid 19
  9. L’éducation au Maroc: réformes, gestion et face au Covid 19
  10. Un développement économique au Maroc sans impact social
  11. Une croissance peu créatrice d’emploi et peu inclusive
  12. Les défaillances du système sanitaire marocain
  13. L’échec des réformes de l’enseignement au Maroc
  14. Les travaux de la commission spéciale du nouveau modèle de développement
  15. Suggestions pour surmonter les carences du secteur économique
  16. Le renforcement de l’Etat de droit et la modernisation de l’administration
  17. Placer l’éducation au cœur du développement du Maroc
  18. Une offre de soins de santé de qualité sur tout le Maroc

Une croissance peu créatrice d’emploi et peu inclusive

§2- Importantes disparités sociales et régionales : des progrès importants mais des défis persistants :

En 2017, le PIB national par habitant était de 30 510 dirhams. Dans le même contexte, cinq régions enregistrent un PIB par habitant supérieur à la moyenne nationale. En haut de la liste se trouve la région de Dakhla – Oued Ed Dahab, avec un PIB par habitant de 84 949 Dh.

Ce dernier est suivi de près par les régions Casablanca Settat (47 694 Dh), Lâayoune-Saquia Al Hamra (45 419 Dh), Rabat-Sale-Kenitra (36 420 Dh) et Guelmim-Oued Noun (34 317 Dh).

En dernier lieu se trouve la région de Drâa-Tafilelt avec un PIB par habitant de 16 201 Dh. En conséquence, la dispersion du PIB par habitant s’est accrue. En fait, la différence absolue moyenne en 2017 était de 12 622 Dh, contre 11 492 Dh en 2016.152

1- Contribution des régions à la croissance du PIB : La région de Casablanca-Settat en haut du podium

Par rapport à 2016, le PIB national en 2017 a augmenté de 4,2%. Cette augmentation et cette croissance proviennent principalement des trois régions de Casablanca-Settat (30,4%), Rabat Sale-Kénitra (19,1%) et Tanger-Tétouan-AlHoceima (14,1%).

Cependant, les régions qui ont le moins contribué à la croissance du PIB en 2017 étaient de Drâa-Tafilelt (0,7%), Sous-Massa (1,7%) et Fes-meknes (1,8%).153

152 Haut-Commissariat au Plan / les cahiers du plan ; Villes et régions du Maroc l’épreuve de l’aménagement du territoire ; 2019 ; P : 57

153 Haut-Commissariat au Plan ; Le développement socio-économique régional, Niveau et disparités 2001-2017 ; 2018 ;

2- Croissance du PIB par région : Les régions du Sud du pays en tête

Le HCP a annoncé qu’en 2017, la croissance dans sept régions a dépassé la croissance nationale (4,2%). A leurstêtesse trouvent lesrégions du sud du pays.

En effet, le taux de croissance de la zone Dakhla – Oued Ed Dahab était de 10,3%, suivi de Guelmim-Oued Noun (9,1%) et Lâayoune – Saguia al Hamra (7,4%).154

En revanche, les taux de croissance des régions de Casablanca-Settat et de Marrakech-Safi sont proches du taux de croissance du PIB national, respectivement 4% et 3,9% en 2017.

Par ailleurs, et durant la même année les régions qui ont enregistrés une croissance inférieure à 4,2% sont Souss-Massa, Drâa-Tafilelt et Fès-Meknès qui se retrouve en dernière position avec un taux de croissance de 0,8%.155

Dans le domaine de l’éducation et de la formation, bien que les disparités régionales dans l’enseignement de base (primaire) soient considérablement réduites, et malgré le processus d’intégration important durant les dernières années, il existe encore une résistance de ces disparités au niveau de l’enseignement collégial.

À cet égard, les résultats du modèle de convergence montrent qu’il faudra 19 ans pour réduire de moitié les inégalités à l’entrée de ce cycle.

Par rapport à l’enseignement secondaire et supérieur, les disparités régionales sont importantes et aucune tendance évidente à la convergence n’a été observée, ce qui pourrait aggraver l’écart du stock de capital humain qualifié, mesuré par les proportions de population de 25 ans et plus qui atteignent ou dépassent le niveau d’éducation moyen ou supérieur.

Dans le domaine de l’emploi il faudra 17 ans pour réduire de moitié les disparités régionales dans ce domaine.

Région Taux de chômage (2018) Taux de pauvreté (2014) Contribution

au PIB (2017)

Taux de croissance 2010-2017
Tanger Tétouan al Hoceima 7.8% 2.6% 8.6% 4.6%
L’oriental 16.3% 5.2% 6.5% 4.4%
Fès Meknès 6.3% 5.1% 9.3% 2.3%
Rabat salé Kénitra 11.8% 4% 15.2% 5.2%
Beni Mellal Khenifra 5.9% 9.1% 6.8% 2.7%

154 Haut-Commissariat au Plan ; Le développement socio-économique régional, Niveau et disparités 2001-2017 ; 2018 ;

155 Haut-Commissariat au Plan ; les indicateurs sociaux du Maroc ; 2018

Casablanca

Settat

10.6% 2.6% 26.5% 2.8%
Marrakech Safi 7.1% 4.6% 11.4% 2.4%
Draa Tafilalet 5.4% 14.6% 4.1% 4.3%
Souss massa 10% 5.8% 6.6% 2.3%
Guelmim Oued Noun 18.9% 5.7% 1.1% 4.3%
Laâyoune Sakia el Hamra 13.5% 1.7% 3.3% 12.5%
Dakhla oued Eddahab 7.3% 0.4% 0.8% 12.9%

156

Entre 2001 et 2017 et en matière de santé, les disparités régionales en termes d’offre de soins, notamment la couverture de la population par le personnel médical, se sont aggravées montrant une répartition de plus en plus inégale des médecins et du personnel paramédical entre les régions du pays.

Une croissance peu créatrice d’emploi et peu inclusive

En ce sens, les résultats du modèle de convergence montrent que la réduction de moitié de la répartition inégale des médecins demanderait 49 ans et du personnel paramédical 19 ans.157

Concernant l’accès aux équipements sociaux, il faut entre 10 à 13 ans pour réduire de moitié le fossé régional et les disparités régionales en eau et en électricité, il est encore très lent (49 ans) pour réduire de moitié le fossé régional en termes d’accès au réseau d’égouts.

3- Les régions marocaines face au Corona Virus :

Bien qu’aucune région n’échappe à la crise du Covid-19, l’ampleur de son impact varie d’une région à l’autre, en fonction de la nature et de la diversification de la structure de production.

De mars 2020 à mai 2020, le volume d’activité a considérablement diminué, allant de 51,7% dans la zone de Beni Mellal Khenifra à 72,4% dans la zone de Daraa Tafilelt. Le taux d’activité de la métropole économique a également fortement baissé de 55,7% sur la même période.158

156 Ministère de l’économie, des finances et de la réforme de l’administration ; Profils régionaux 2019

157 Haut-Commissariat au Plan ; Le développement socio-économique régional, Niveau et disparités 2001-2017 ; 2018 ;

158 Direction des études et es prévisions financières ; Projet de loi de finances pour l’année budgétaire 2021 ; Rapport Economique et Financier ; 2020 ; P : 50-51

§3- Une croissance peu créatrice d’emploi et peu inclusive : l’aggravation du taux de chômage :

Depuis l’indépendance du Maroc, la croissance économique est passée par trois étapes différentes : La première étape couvre les deux premières décennies de l’indépendance, avec un taux de croissance relativement sous l’impulsion des plans de développement économique et social.

Par conséquent, le taux de croissance annuel moyen dans les années 70 était de 5,4%.

La deuxième étape été la forte baisse de l’activité économique après la crise d‘endettement du pays au début des années 80 dans le sillage des programmes d’ajustement structurel. Le taux de croissance annuel moyen des années 90 n’a pas dépassé 2,4%.

La troisième étape a commencé à la fin des années 90. Entre autres facteurs, l’impact positif des différentes réformes menées les années précédentes n’est qu’à être féliciter.

Ces performances ne doivent pas cacher, cependant, le fait que le modèle de croissance marocain a atteint ses limites et qu’il devient urgent de le repenser si l’on veut tirer le maximum de profit des potentialités du pays dont, notamment, son dividende démographique non encore suffisamment valorisé et son ouverture sur le monde, en particulier, sa position géographique entre l’un des plus grands marchés du monde, l’Europe, et un marché en pleine expansion, l’Afrique.

Le taux d’emploi en 2016 était quasiment le même qu’en 1995 (40,8% contre 40,1%), c’est à-dire que la baisse du taux de chômage au cours des 20 dernières années (de 22.9% à 9.3%) a été neutralisée par la baisse de 7 points du taux de population active, passant de 52 % en 1995 à 45 % en 2016.

Cette baisse du taux de population active s’explique en grande partie par le recul du taux d’activité des femmes sur le marché du travail (23,6 % des femmes sont actives en 2014 contre 30,3% en 1999), contrairement à ce qui s’observe dans la plupart des pays et en dépit des investissements importants qui ont été réalisés pour augmenter notamment leur scolarisation et l’amélioration de la législation en leur faveur.

Selon l’indice d’écart entre les sexes calculé par le Forum économique mondial, le Maroc se classe 136e sur 144 pays et 137e en termes de « participation et opportunités économiques ».159

Il y a aussi la question de la composition du marché du travail. En effet, au sein de la population active, et si la population au chômage est réduite à 10% en 2018, la part de l’emploi formel rémunéré ne représente que 17%, tandis que la part de l’emploi formel rémunéré dans le secteur privé est de 10%.

Enfin, comme le soulignent diverses recherches, le taux de chômage au Maroc est relativement élevé chez les jeunes (27% des jeunes de 15 à 24 ans en 2014) et les diplômés de l’enseignement supérieur (en particulier 17% contre 4% des non diplômés).

Compte tenu du grand nombre de nouveaux entrants sur le marché du travail, le chômage de ces deux types de travailleurs est particulièrement lié à une faible création d’emplois.Entre 2000 et 2018, la population en âge de travailler a augmenté de 34,8%, mais le nombre de ‘emplois n’a augmenté que de 22,2%.

De nombreux jeunes travailleurs occupent des emplois instables, précaires et informels et ne bénéficient donc pas de couverture médicale et sociale et ne jouissent pas des droits syndicaux.160

159 Haut-Commissariat au Plan ; Situation de l’emploi et du chômage au Maroc et ses déterminants structurels et politiques dans un contexte de transition 2016

160 Haut-Commissariat au Pla et la Banque Mondiale ; Le marché du travail au Maroc : Défis et opportunités ; 2017

La dynamique démographique du Maroc a mis une pression supplémentaire sur les opportunités de création d’emplois, car selon les projections de HCP, la population du Maroc passera de 33,8 millions en 2014 à 39,3 millions en 2030.

En l’absence d’une forte diminution des inégalités, le risque d’une croissance plus lente que prévu risque de conduire à une nouvelle détérioration de l’emploi.

La structure économique du Maroc repose sur une économie à faible et moyenne valeur ajoutée. Les étudiants marocains sont de plus en plus qualifiés, mais la structure économique n’a pas changé au même rythme.

Il existe donc un décalage entre l’offre et la demande de main d’œuvre, c’est-à-dire que les jeunes diplômés sont « trop qualifiés » par rapport aux emplois disponibles (agriculture, banque, textile…).

Par conséquent, le pays ne peut pas réduire le taux de chômage des jeunes (25%), qui est un phénomène structurel plutôt qu’un phénomène cyclique.

Aujourd’hui et suite à la crise sanitaire du Covid-19 le taux de chômage est passé à 12.3% en T2-2020 contre 8.1% en T2-2019.

On assiste aussi la perte de 264 000 postes d’emploi entre les deuxièmes trimestres de 2019 et 2020 au niveau national, soit une perte de 31 000 postes urbains et 233 000 postes en milieu rural.161

161 Ministère de l’économie, des finances et de la réforme de l’administration ; Tableau de bord des indicateurs macro-économiques ; 2020 ; http://depf.finances.gov.ma/tableaux-de-bord/

 

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