Mélanie THIVILLIER
Université Jean Moulin Lyon III - Mémoire de du Master 2 Droit des affaires, spécialité Droit des assurances

La voiture autonome, la fiabilité de la technologie

  1. L’assurance automobile d’un véhicule à conduite déléguée
  2. L’histoire de l’automobile traditionnelle
  3. L’idée d’une voiture autonome: une conception visionnaire?
  4. Le fonctionnement d’un véhicule : connecté et automatisé
  5. Un véhicule intelligent aux enjeux multiples
  6. La voiture autonome, la fiabilité de la technologie
  7. Le conducteur: notion, définition et rôle du conducteur
  8. Le conducteur d’un véhicule autonome : Quel avenir ?
  9. L’adaptation de la règlementation à la technologie
  10. Le véhicule autonome et la Convention de Vienne
  11. Voiture autonome, une réglementation américaine avancée
  12. Europe, acteur dans l’introduction des voitures autonomes
  13. Loi Badinter et voiture autonome: frein à la technologie?
  14. La difficile appréhension du fait d’un véhicule autonome
  15. Responsabilité du fait de la chose: Véhicules automatisés
  16. Assurance voiture autonome: le partage de responsabilité
  17. Un nouveau modèle du contrat d’assurance automobile?
  18. Véhicule connecté: la protection des données personnelles
  19. La voiture autonome et ses implications morales

La voiture autonome, la fiabilité de la technologie

Chapitre 2. Des sources d’interrogation encore trop nombreuses.

Section 1. La fiabilité de la technologie, une préoccupation partagée.

§1. Le (dys)fonctionnement des voitures autonomes: un sujet préoccupant.

Certes, ses partisans ont démontré que le facteur humain responsable de nombreux accidents disparaîtrait avec la voiture autonome, mais ses détracteurs répondent que l’état actuel de la technologie, bien qu’en constante amélioration, ne permet pas encore d’assurer une pleine sécurité aux usagers d’un véhicule autonome.

Or, le problème de la sécurité est au cœur des débats sur la voiture autonome car il est à craindre que des conditions météorologiques défavorables (fortes intempéries, brouillard épais, pluies torrentielles, …) ou encore l’état du réseau routier ne viennent perturber leur pleine effectivité.

En témoignent les accidents survenus, parmi lesquels le premier accident mortel intervenu le 7 mai 2016 à bord d’une Tesla Model S en mode pilote automatique qui a percuté un semi-remorque qu’il n’avait pas détecté à cause d’un ciel trop brillant23.

De plus, l’accident survenu le 14 février 2016 en Californie, a lui aussi fait couler beaucoup d’encre puisqu’il s’agit du premier accident pour lequel la société Google a été reconnue coupable.

Un véhicule de l’entreprise Google, une Lexus sans pilote, a heurté un bus qui, au moment du contact, roulait à moins de 25 km/h; et la voiture robotisée circulait, elle, à seulement 3km/h. Aucun blessé n’a été déploré. L’impact au lieu à un croisement.

Lexus, succès rapide sur le marché américain des voitures de luxe

Les faits relatent que la voiture qui circulait sur la file de droite souhaitait tourner à droite à l’intersection, mais s’est retrouvée bloquée par un sac de sable posé sur la chaussée. Lorsque le feu est passé au vert, la voiture robotisée a laissé passer plusieurs véhicules avant de tenter de contourner l’obstacle.

Afin d’éviter les sacs de sable, la Google Car autonome s’est placée sur la voie centrale alors qu’un bus arrivait, estimant que le conducteur de celui-ci allait freiner, mais a mal interprété les intentions de ce dernier qui ne s’est pas arrêté.

Même si le véhicule conduisait « seul », une personne était tout de même à bord, ce qui, en phase de test de conduite en situations réelles, lui permettait de reprendre les commandes du véhicule.

Cependant, il semblerait que dans le cadre de cet accident, cette dernière a, tout comme la machine, mal anticipé le comportement du bus.

Au total, seuls 17 accidents ont été recensés en 6 ans de tests durant lesquels les voitures robotisées n’ont jamais été prises en faute, la cause de l’accident étant à chaque fois une erreur humaine.

Ce 18e accident fait exception à la règle puisque c’est la première fois qu’une Google car est tenue responsable d’un accident.

Les responsables de Google ont réagi et ont défendu que « ce type de mauvaise lecture du comportement de l’autre survient tous les jours entre conducteurs » avant de poursuivre sur le fait « [qu’ils avaient] clairement [leur] part de responsabilités, car si [leur] voiture n’avait pas changé de file, l’accident n’aurait pas eu lieu ».

Ils ont cherché à rassurer en déclarant qu’ils avaient « d’ores et déjà pris en compte cet incident et des centaines de variations d’un tel scénario dans [leur] simulateur et [l’ont] intégré à [leur] logiciel.

Désormais [leurs] véhicules vont prendre en compte le fait que les bus (et tous les autres gros véhicules) ont moins tendance à s’arrêter que les autres voitures »24.

Les voitures autonomes sont au cœur des préoccupations donc elles se doivent d’être le plus sûr possible. Cette erreur de la technologie créer une source d’inquiétude pour les professionnels.

«Cet accident est une nouvelle preuve que la technologie de voiture-robot n’est pas prête pour le pilotage autonome et qu’un conducteur humain est nécessaire pour prendre le relais si quelque chose tourne mal», a commenté John Simpson, directeur de l’organisation de consommateurs Consumer Watchdog.

§2. La cohabitation délicate d’une conduite autonome et d’une conduite humaine.

Lorsque les véhicules semi automatisés seront commercialisées, et plus encore lorsque les véhicules ne nécessiteront pas la présence d’un conducteur, il y aura une phase de transition durant laquelle ceux-ci devront coexister avec des véhicules commandés par des humains.

Le véhicule automatisé induira l’apparition de nouveaux comportements et donc de nouveaux risques.

En effet, certains spécialistes des nouvelles technologies et intelligences artificielles en sont venus à se dire que la conduite de ces véhicules était trop « parfaite », non pour dire qu’elle était plus sûre (ceci reste encore à prouver), mais car ils ne transgresseraient aucune règle, en aucune circonstance.

Confrontés à des véhicules conduits par des humains au comportement faillible, les voitures autonomes sont donc en décalage.

Lorsqu’elles seront 100% autonomes, elles devront donc être d’autant plus performantes puisqu’elles auront à anticiper tous les comportements propres aux humains, qui peuvent parfois être aléatoires et potentiellement dangereux.

En effet, les automobilistes sont beaucoup à avouer qu’ils ne respectent pas toujours la règlementation du code de la route, ce qui rend cette cohabitation d’autant plus délicate.

Dès lors, on peut se demander si les voitures autonomes peuvent être une réalité de demain ?

Comment concevoir qu’une voiture puisse se passer d’un conducteur ?

Quel juste milieu entre la conduite humaine et la conduite autonome ?

Section 2. Des enjeux économiques et sociaux.

§1. La cherté de la voiture automatisée, un inconvénient non négligeable.

Annexe 7: Evolution de la législation américaine avec l’arrivée des voitures autonomes.

Evolution de la législation américaine avec l’arrivée des voitures autonomes

Tous les avantages qu’elle comporte n’empêcheront pas les automobilistes du monde entier de ne pas franchir le cap si le prix d’une voiture sans conducteur est trop onéreux, voire exorbitant; même s’ils sont conscients du fait que ces aménagements technologiques ont un coût.

Il faut compter environ 7 000 euros de plus que pour une automobile classique. Les européens principalement accompagnés des américains démontrent les plus grandes réticences.

Par exemple, la petite Google Car coûterait aujourd’hui environ 80 000 dollars. Une étude publiée en 2014 par IHS Automotive Forecast estimait que l’option « autonome » ajoutera probablement entre 7 000$ et 10 000$ au prix d’un véhicule en 2025. Un effort devra donc être fait sur ce point, au risque que le consommateur n’adhère pas…

§2. La voiture autonome, une concurrente redoutable ?

Contrairement à la voiture traditionnelle à usage privé, l’arrivée de la voiture intégralement autonome sera sûrement synonyme d’auto-partage.

En effet, il est possible d’imaginer qu’une société comme UBER, qui a déjà lancé plusieurs projets, mette en location des automobiles autonomes qui se rendraient indépendamment au domicile de leurs clients et reviendraient comme ils sont venus.

De ce fait, cela représenterait une réelle concurrence pour les taxis, chauffeurs indépendants – plus largement pour le transport public-, et même pour les auto-écoles.

Un service disponible à toute heure, n’importe où, voilà la promesse d’une nouvelle mobilité.

Le rapport Etude des impacts de la voiture autonome sur le design du Grand Paris publié par CVT Athéna –et sollicité par le Commissariat Général à l’Investissement (CGI)- émet même l’hypothèse de quartiers exclusivement accessibles par des voitures autonomes à usage partagé.

L’idée serait qu’à l’avenir, la circulation des voitures particulières soit interdite à l’échelle d’un quartier.

Cependant, la question se pose encore de l’acceptation du consommateur, c’est à dire savoir si cet usage public sera privilégié au véhicule privé, rien n’est moins sûr…

23 Gavois S. Accident mortel, Tesla hors de cause selon la NHTSA, qui vante le pilote automatique, 20 janv. 2017: https://www.nextinpact.com/news/102985-accident-mortel-tesla-hors-cause-selon-nhtsa-qui-vante-pilote-automatique.htm
24 Lecomte E. Google car: la voiture sans pilote provoque pour la 1e fois un accident, 02 mars 2016: https://www.sciencesetavenir.fr/high-tech/drones/google-car-la-voiture-sans-pilote-provoque-pour-la-1ere-fois-un-accident_92764

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