L’impact du secteur touristique sur l’économie camerounaise

II – EVALUATION DE L’IMPACT DU SECTEUR TOURISTIQUE SUR L’ECONOMIE CAMEROUNAISE.

Après avoir présenté le pays et établi la carte touristique de ce dernier, il semble dès lors opportun d’analyser l’impact socio économique de l’action touristique. Pour ainsi dire nous allons nous atteler à montrer la mise en œuvre, la concrétisation des orientations nationales, et situer les retombées économiques et financières de l’action touristique au Cameroun.

A – Options gouvernementales

1- Aménagement des sites touristiques et du dispositif hôtelier.

Pour faire évoluer le secteur touristique et hôtelier camerounais, les autorités compétentes l’ont doté d’instruments législatifs et réglementaires, d’un cadre institutionnel, elles ont assuré une action promotionnelle à la mesure de leurs moyens. Tout ceci a contribué à animer l’action des opérateurs touristiques, désormais conscients que le tourisme est une activité commerciale rentable, un secteur porteur en matière de développement socio économique des états35.

Sur le plan normatif et celui de la gestion, la délégation générale du tourisme crée en 1975, a amorcé un travail dynamique pour l’évolution du tourisme camerounais. Le développement du secteur à cette époque s’est soldé par l’accroissement des infrastructures et la mise en valeur des sites touristiques. C’est dans ce cadre que le gouvernement, fort d’un appui normatif efficace a renforcé les équipements d’accueil, e matière hôtelière par un financement de 8,05 milliards de francs CFA. Ce montant devait permettre la construction et l’agrandissement des hôtels de douala, Maroua, et Garoua.

Ces opérations ont été encouragées par des promoteurs privés nationaux. La capacité hôtelière camerounaise a donc connu une évolution significative à partir des années 1975, comme l’illustre le tableau ci-dessous :

Evolution de la capacité des hôtels camerounais :

1975/1976 1980/1981 1985/1986 1992/1993
Chambres 3169 5046 7906 8565
Lits 4565 8189 12950 11143

Source : cinquième plan quinquennal et statistiques MINTOUR, 1993.

Un effort a aussi été fait pour l’aménagement et l’accès des parcs nationaux, dont on évite la dénaturation des sites. Le Cameroun a ainsi réalisé des parcs nationaux d’intérêt faunistique et floristique. Les réserves du DJA (devenue patrimoine de l’UNESCO), du MAYO LOUTI et du KALFOU, les chutes de la lobé, constituent avec d’autres paysages et sites naturels du pays, de riches potentialités touristiques.

Le tourisme étant une activité complexe et multidisciplinaire, l’action promotionnelle a connu certaine accentuation, notamment grâce aux supports de la presse de l’édition, de la publicité et de l’audiovisuel. On peut louer à cet égard, la collaboration de la Camair pour la promotion de la destination Cameroun. Cette action qui souffre néanmoins d’une certaine insuffisance a permis la découverte du Cameroun, en 1981, on enregistrait le séjour de 123000 étrangers dans les établissements d’hébergement contre 77130 en 1975.

La promotion du tourisme national concerne non seulement les zones pilotes retenues par les plans de développement, mais aussi toutes les zones du pays susceptibles d’offrir une curiosité aux visiteurs (sultanat bamoun, chefferies traditionnelles du nord, le barrage de lagdo, les sites balnéaires de kribi…).

L’apport des sponsors commerciaux tels que GUINESS et les brasseries du Cameroun, a été remarquable avec l’organisation de l’ascension Guinness du mont Cameroun et du marathon « 33 », qui ont fait connaître le pays. Les responsables de l’industrie touristique devraient d’ailleurs développer et encourager ces initiatives, en assurer la pérennisation, pour une meilleure représentation du pays a l’extérieur, et une découverte du pays par les sportifs qui constituent une part importante de visiteurs lors des compétitions et événements sportifs.

Dans le souci de concrétiser les actions promotionnelles du tourisme, le gouvernement camerounais a crée en 1985, la SOCATOUR36 (société camerounaise de tourisme), dont les principaux objectifs avaient trait a l’exercice d’activités de « ground operator » (opérateur local), à l’amélioration de la qualité de l’offre touristique du Cameroun, a la création et au management des hôtels, enfin a la conception et à la réalisation des projets touristiques nouveaux. Mais cette organisation a été dissoute dans les années 1990, faute de moyens de gestion et d’organisation.

Quant à la formation, le pays n’étant pas doté d’écoles de formation en tourisme et la filière y étant inexistante, la quasi-totalité des cadres du tourisme et de l’hôtellerie était formée dans des écoles de formation étrangères (suisse, France, Allemagne…) dans la période allant de 1975 aux années 1990. Cette situation débouchait malheureusement sur l’acquisition de connaissances mal adaptées aux conditions locales, le Cameroun a donc ouvert l’école nationale d’hôtellerie et de tourisme de Ngaoundéré, en février 1989.

Cette institution qui est venu combler un grave retard du pays en matière de tourisme, connaît aujourd’hui une situation financière difficile, mais continue d’accueillir des jeunes principalement formés en hôtellerie.

Par ailleurs une filière tourisme a été ouverte à la faculté des lettres de Yaoundé I, même si elle en est encore au stade embryonnaire. De même quelques écoles privées tels que l’institut SIANTOU à Yaoundé, ont ouvert et développés cette filière d’études dans les programmes et formation qu’ils proposent et dispensent.

Cependant le tourisme, les études en tourisme et hôtellerie restent très mal connues des camerounais. D’autre part les métiers les plus connus y étant ceux de l’hôtellerie et de la restauration (cuisiniers, serveurs, femmes de ménages, réceptionniste…) ; ils sont généralement mal rémunérés et mal perçus par la société.

De ce fait la majeure partie des cadres du tourisme au Cameroun, sont des personnes qui ne disposent d’aucune formation touristique de base, qui n’ont pas les compétences nécessaires pour le tourisme et qui ont été formées sur le lieu du travail, on retrouve très rarement des cadres formés a l’extérieur.

L’activité touristique camerounaise est essentiellement géré par le ministère du tourisme (MINTOUR) au Cameroun crée en 1989, les diverses délégations provinciales du tourisme reparties dans les 10 provinces du pays, les quelques offices du tourisme repérés dans certaines localités comme celui de Dschang et l’office du tourisme camerounais sis à Paris, chargée de la promotion du tourisme camerounais à l’extérieur.

Aussi les professionnels du tourisme se sont organisés en syndicats afin d’encourager et défendre les intérêts de l’activité touristique, on a ainsi le syndicat des hôteliers du Cameroun, le syndicat des guides touristiques, le syndicat national des agences de voyages (SNAVTC), l’association des professionnels du tourisme (APTC)…

Au niveau des pouvoirs publics, plusieurs réunions ont été organisées, et des structures mises en place, pour lever les obstacles qui se dressent sur le chemin du tourisme au Cameroun. Mais, le secteur touristique ne montre pas encore véritablement des signes de décollage. Dans la nouvelle stratégie mise en place, l’une des équations à résoudre est la modernisation des infrastructures hôtelières, pour offrir aux touristes des structures d’hébergement à la hauteur de leurs attentes et des ambitions du pays. A ce sujet, une campagne nationale de sensibilisation en vue du classement et du reclassement des établissements de tourisme a été lancée en 2007. Par ailleurs, le ministère du tourisme a saisi l’Institut national de la statistique (INS) pour que l’évaluation du tourisme interne soit insérée dans l’Enquête camerounaise sur les ménages (ECAM 2007)37. Dans cette enquête, on a fait un échantillon de 6.000 ménages pour la consommation du tourisme interne.

En outre, le gouvernement a décidé de restructurer le secteur touristique, afin d’améliorer sa contribution à l’expansion économique et sociale.

La privatisation engagée des établissements hôteliers du secteur public permettra à ceux-ci de relever le défi de la performance, et à l’Etat, d’atteindre l’objectif recherché sur le plan touristique. L’enjeu, c’est de donner un coup de neuf à ces établissements tout en hissant leurs prestations au niveau des standards internationaux.

2 – Exploitation des potentialités touristiques au Cameroun

Les ressources touristiques abondent sur le territoire camerounais. A l’instar d’autres pays africains, le Cameroun compte sur le tourisme et lui accorde une place dans son programme de développement économique, social et culturel à cause emplois, des activités économiques et des devises qu’il procure.

Mais ce secteur reste mal connu et mal exploité sur le territoire, ce qui laisse à penser qu’il est inutile.

Des efforts ont été portés sur la mise en place des infrastructures d’accueil et de congrès, capable d’accueillir des visiteurs, touristes et aussi des conférenciers et participants, car le Cameroun en tant que l’un des piliers de l’Afrique centrale, a tendance a recevoir et organiser des conférences et séminaires inter – et intra régionales francophones et anglophones.

Trois groupes activités ont été privilégiés dans la stratégie touristique camerounaise38 :

– la nature et le tourisme rural

– la culture, l’art et l’artisanat

– le sport nautique et le balnéaire

a- La nature et le sport

Avec le développement des moyens de transport, l’Afrique est devenu un continent qu’il faut visiter, car sa nature a une réputation de pureté, avec une faune et une flore abondante.

Cette forme de tourisme s’est donc développée au Cameroun, mais il faut reconnaître sa faiblesse à cause des insuffisances en matière d’infrastructures de transport et d’investissement. Beaucoup de parcs nationaux souffrent presque d’abandon, il règne une grande anarchie dans la gestion des réserves et les animaux sont des fois mal traités.

Cependant on peut mettre à l’actif du gouvernement l’effort de multiplication des parcs et réserves qui peuvent s’ils sont bien gérés attirer de nombreux touristes dans le pays. Aujourd’hui le Cameroun abrite le plus important parc national d’Afrique centrale, à savoir le parc de Waza, crée en 1934 pour la protection des lions, des autruches, éléphants, girafes, antilopes, et oiseaux de plusieurs genres. On y organise des visites lucratives, des campings et des parties de chasse payantes, pour faire rentrer des recettes dans les caisses. En 1983, on a dénombré plus de 100.000 visiteurs dans ce parc. Ce chiffre indicateur du flux de visites du parc mérite d’être accru.

Le risque de détérioration reste élevé pour cette forme de tourisme avec la destruction de la flore pour des usages d’agriculture, et le braconnage élevé. Il est donc nécessaire de réaliser des études sérieuses pour déterminer les seuils de détérioration à ne pas atteindre. La prise de conscience de ce danger s’est manifesté au Cameroun, par l’application des dispositions de l’article 69 de la loi N°81/13 du 23 novembre 1981 fixant le régime des forêts, de la faune et de la pêche ainsi que celles de l’article 70 du décret N°83/170 du 12 avril 1983 relatif au régime de la faune, concernant les animaux sauvages vivant sur le territoire national et repartis en trois classes39 :

– classe A : espèces animales rares ou en voie de disparition. Elles bénéficient d’une protection intégrale et ne peuvent être capturées ou abattues que sur autorisation spéciale des responsables du tourisme (éléphant pygmée, panthère, girafe, lin, autruche…)

– classe B : espèces non retrouvables dans A, bénéficiant d’une protection partielle.

Elles sont abattues ou capturées après obtention d’un permis approprié. (buffle, bongo, céphalophe, perroquet, varan…)

– classe C : espèces animales ne présentant pas de menace de disparition même à long terme Malgré l’existence de cette réglementation, on déplore sa violation permanente.

Les parcs camerounais connaissent aussi les problèmes d’approvisionnement en eau, et énergie. Il faut envisager une animation adéquate et permettre une meilleure communication entre touristes et populations locales.

Le Cameroun tire des revenus considérables de ses parcs nationaux. En 1983 on a enregistré 123.000.000 francs CFA en recettes de chasse, de droits et permis de capture et de chasse, locations de campements.

Ce type particulier de tourisme actif attire seulement quelques milliers de touristes assez fortunés, mais en termes de coûts marginaux et de recettes touristiques, il reste très rentable.

b- La culture, l’art et l’artisanat.

L’exploitation des thèmes culturels et artistiques peut permettre un développement considérable du tourisme en Afrique. Mais pour l’heure on peut dire qu’au Cameroun les ressources culturelles sont encore faiblement utilisées, il n’existe pas a proprement parler des moyens mis en œuvre pour permettre l’exploitation de ces ressources a des fins touristiques. Pourtant du haut de la multiplicité de tribus qui le peuple, le Cameroun est un « el dorado culturel ». Chaque ethnie ayant ses coutumes, traditions et mœurs, celles-ci peuvent être exploitées a travers la gastronomie, le style vestimentaire traditionnel, l’organisation des évènements (mariages, deuils, naissances…) qui varient d’une région a une autre. Des expositions, des ateliers d’apprentissage, des conférences, des entretiens et participations aux activités (pêche, chasse, jeu et concours traditionnels, cuisine…) des populations locales, visites et séjours dans les villages, pourraient être proposés aux touristes ou inclus dans les circuits touristiques comme activités de distraction, pour leur permettre de s’imprégner et d’apprécier la culture locale.

Et le problème de la mauvaise exploitation de l’aspect culturel, reste grandement lié au manque crucial de professionnels du tourisme dans le pays et de cadres formés, qui sauraient à juste titre réorienter et développer les circuits et activités touristiques axées sur la culture. Aussi du fait que l’organisation politique du pays soit quelque peu chaotique, les ministères souffrent d’une certaine isolation et un enfermement dans leurs champs d’application qui fait en sorte qu’il n’y a pas de coopération et de communication. Or le ministère du tourisme en collaboration avec le ministère de la culture pourrait élaborer des programmes communs, dans le but d’attirer plus de touristes étrangers et mêmes nationaux par la découverte du pays, et aussi promouvoir, informer et préserver l’identité culturelle du pays.

Il faut certes éviter de brader la culture et l’art de nos pays ou altérer les mœurs et coutumes, mais on peut développer les visites de musées ou de monuments historiques qui sont à préserver soigneusement, l’organisation de spectacles théâtraux, de festivals musicaux et culturels.

Les autorités locales peuvent développer le tourisme dans leur région et favoriser la rentabilité des activités culturelles, et artistiques.

Les visites du sultanat bamoun, font partie de l’exploitation à des fins touristiques de notre patrimoine culturel. Les fantasias organisées dans la région septentrionale peuvent être si elles sont rationalisées, des atouts touristiques pour la dite région. Les nombreuses grottes, existantes au Cameroun, peuvent faire l’objet d’un encadrement national touristique.

Les exemples abondent, pour parler de la richesse culturelle artistique, de l’artisanat camerounais. On ne peut que déplorer le sous exploitation actuelle de ce patrimoine pourtant capable de rentabiliser le tourisme.

L’art bamiléké, bamoun, bassa, haoussa ont fait des preuves de leur notoriété internationale. L’architecture traditionnelle bamiléké, kapsiki, pygmée pour ne citer que celles là, constituent des patrimoines capables d’impressionner les visiteurs ou chercheurs étrangers, donc de constituer un pole d’attrait touristique viable.

c- Le sport nautique et le balnéaire

Cette forme de tourisme est très développée dans les pays du nord et nécessite des moyens importants, mais elle est à la portée des pays africains. La technique consiste à créer au bord de la mer des campements d’étapes ou des clubs, des structures littorales d’accueil de moyen standing. Il suffit de consulter les catalogues d’agences de voyages pour se convaincre de l’importance donnée à la mer dans les pays africains tels que le Maroc, le Sénégal, la Cote d’ivoire, la Tunisie.

Les produits exploités à des fins touristiques englobent notamment la baignade, la planche a voile, la pêche sportive, le yachting, la promenade en mer, etc.

Le Cameroun dispose d’un littoral qui peut exploiter cet atout. Les régions de Kribi et Limbé devraient bénéficier du lancement par les autorités de programmes de développement des cotes a des fins touristiques depuis 1978, mais cette orientation est gênée par la spéculation foncière (des personnes résidant a Yaoundé ou douala achètent des terrains en bordure de mer sans rien y construire, et les gardent dans l’espoir de les revendre plus cher plus tard).

Pour développer le tourisme littoral, il faut aussi développer les réseaux d’infrastructures encore insuffisants. Le bitumage de la route Édéa – Kribi a désenclavé la région balnéaire de Kribi. Des perspectives de développement se dessinent à l’horizon pour compléter les structures actuelles. Il faut surtout rationaliser ce patrimoine balnéaire, en favorisant les minis projets qui s’intègrent dans le contexte socio économique de la région.

Tourisme durable et écotourisme : axes de développement socio-économique et de sauvegarde patrimonial pour le Cameroun
Mémoire de fin d’études Administration et Gestion des Entreprises – Touristiques et Hôtelières
Institut Supérieur International De Tourisme De Tanger

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36 Emmanuel ONDO NDONG, Tourisme et développement économique d’un pays : exemple du Cameroun, (école normale supérieure, Yaoundé 2003)

37 www.cameroun-info.net

38 Emmanuel ONDO NDONG, Tourisme et développement économique d’un pays : exemple du Cameroun, (école normale supérieure, Yaoundé 2003)

39 Stratégie marketing adaptée à la relance du tourisme camerounais, TCHOKOTE KALLA Anne-Marie (ISITT 1998, Tanger – Maroc).

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