Retombées économiques et financières du tourisme au Cameroun

II – EVALUATION DE L’IMPACT DU SECTEUR TOURISTIQUE SUR L’ECONOMIE CAMEROUNAISE.

B – Retombées économiques et financières du tourisme au Cameroun.

1- Les revenus générés par le tourisme

Bien qu’il soit difficile sur le territoire camerounais d’avoir des chiffres réguliers de la gestion touristique, nous avons pu obtenir quelques statistiques pas très récentes des recettes touristiques au Cameroun à savoir :

Les recettes hôtelières par province en millions de francs CFA de 1994 à 1997.

Provinces 1994 1995 1996 1997
Adamaoua 157 161 352 717
Centre 3 661 4 000 7 454 6 950
Est 90 72 312 602
Extrême Nord 322 351 774 604
Littoral 6 843 7 500 11 510 15 178
Nord 281 367 820 1 115
Nord-Ouest 351 333 804 679
Ouest 277 305 377 434
Sud 206 273 814 383
Sud-ouest 280 410 731 710
Total 12 466 13 772 23 948 27 372

Source : statistiques du ministère du Tourisme

Ce tableau fait état des recettes générés par les établissements touristiques du pays et démontre que dans les années 19 le tourisme camerounais connaissait une certaines croissance qui se traduisait par la hausse des recettes d’hébergement.

D’après les statistiques fournies par le ministère du tourisme, le Cameroun a accueilli en 2006 quelque 451.000 touristes étrangers (inférieur à la barre des 500. 000 touristes par an, fixée par l’OMT pour figurer dans la liste de destinations touristiques).

Les établissements d’hébergement quant à eux, ont enregistrés un total de 1 654 387 nuitées avec 1 153 422 arrivées en 2005 (en comptant les étrangers, les camerounais résidents, les camerounais résidents à l’étranger et les étrangers résidents au Cameroun), le littoral, le centre et l’extrême nord étant les principaux pôles d’attraction.

Dans le domaine de la chasse, on a pu relever quelques chiffres qui illustrent les potentialités que peuvent générer l’activité de chasse par les touristes étrangers. En tant qu’activité règlementée, la chasse génère des recettes importantes pour l’état.

Le tableau qui suit démontre les recettes de chasse au Cameroun de 1982 à 1983 :

Rubriques 1982 1983
Droits de permis de chasse 290 82 800 32 990 000
Droits de capture 900 000 3 500 000
Droits spéciaux de chasse 3 100 000 900 000
Taxes d’abattage des animaux 22 915 200 9 410 000
Droits de licence de guide de chasse 3 500 000 6 000 000
Droits d’affermage des zones cinétiques 13 442 7000 21 409 400
Location de zone de chasse et campement de chasse 22 660 700 23 749 110
Transaction et vente aux enchères 9 447 300 2 604 100
Taxe d’importation d’armes 3 000 000 1 440 000
Taxe de capture 7 400 000 21 920 000
Total 115 448 700 123 922 610

Source : statistiques du tourisme 1983, Cameroun.

Des chiffres plus récents de 1994 faisaient état de recettes de chasse de l’ordre d’un milliard de francs CFA. Le seul commerce des perroquets rapporte 300 millions de francs Cfa par an. Quant aux parcs nationaux, ils restent une potentialité certaine pour le tourisme camerounais, à l’instar des grandes destinations touristiques comme le Kenya. S’ils n’étaient pas aujourd’hui sujets à une certaine négligence, ils rapporteraient beaucoup de devises au pays. Quelques parcs ou réserves doivent leur survie ou leur intérêt au soutien extérieur, c’est le cas de la réserve du Dja que l’UNESCO a érigé en patrimoine de l’humanité et du parc de Korup qui bénéficie du soutien de la couronne britannique.

Le tableau ci après illustre les apports financiers en millions de francs Cfa des parcs nationaux, qui ont pu faire l’objet de quelques statistiques dans la région septentrionale du pays.

Parc national 1981 1982 1983
Waza 11 430 400 13 969 812 14 701 500
Bénoué 3 611 600 4 611 845 4 929 900
Boubanjidah 961 500 952 000 1 113 000
Kalamaloué 177 300 330 500 575 600
Total 16 180 800 19 854 157 21 320 000

Source : statistiques du tourisme 1983, Cameroun

Dans l’énumération des recettes du tourisme, il est difficile de faire état des recettes de ventes d’objets d’art aux touristes, car les artisans sont nombreux et peuvent être repérés à de multiples endroits proposant leurs produits aussi bien aux consommateurs étrangers que locaux, de plus ce commerce se fait très rarement dans des établissements répertoriés, mais plutôt dans les marchés et les places publiques.

Bien que la majeure partie des statistiques du tourisme au Cameroun soit ancienne, nous avons pu obtenir quelques chiffres plus récents.

Ainsi, entre 2001 et 2005 l’activité touristique a évolué en dents de scie. En 2001, sa valeur ajoutée était de 147,02 milliards de francs CFA, contre 142,64 milliards en 2002, 179,62 milliards en 2003, 174,89 milliards en 2004 et 192,62 milliards en 2005. Ce secteur du tourisme a contribué au PIB du Cameroun à hauteur de 2,43% en 2005 avec un total de 1.153.422 arrivées dans les établissements d’hébergement.

Par ailleurs on constate que les pays émetteurs en direction du tourisme camerounais sont nombreux, ainsi en 2006, les touristes en provenance de l’Asie ont atteint 27.578 personnes (6,11%), derrière ceux de l’Afrique hors de l’espace Cemac (Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale) (47.234 personnes, 10, 46%), les Français (56.358 ; 12,48%) et les résidents de l’espace Cemac (108.081, 23,94%).

On se rend donc compte que malgré les défaillances de gestion et un certain amateurisme le tourisme camerounais engendre des recettes même si elles sont encore faibles.

Ces recettes sont de différentes sources (France, Allemagne, Angleterre, Chine, Suisse, Belgique, Etats unis, Canada, pays de la zone CEMAC…), et proviennent principalement de l’Europe, faisant ainsi du tourisme un générateur de devises étrangères dans l’économie locale. Ce qui revient à dire que si les activités hôtelières et touristiques étaient multipliées et mieux organisées dans le pays, les recettes iraient grandissantes.

2- Le tourisme au service du développement des économies locales.

a- L’agriculture, l’élevage et la pêche.

Dans le secteur agricole, le tourisme permet aux éleveurs et agriculteurs locaux de trouver un marché pour l’écoulement de leurs denrées alimentaires. La culture maraîchère intéresse le plus la consommation hôtelière, la culture de légumes, fruits et tubercules doit trouver dans les structures hôtelières un marché important pour la restauration des visiteurs. En effet les multiples visiteurs reçus dans les hôtels du pays sont très souvent intéressés par la cuisine traditionnelle, ce qui engendre une large demande de produits agricoles élargissant ainsi les champs de commercialisation des produits locaux au profit des agriculteurs et des petits commerçants. Le secteur agricole s’il est bien organisé peut être redynamisé par l’activité touristique, il s’agira de rationaliser la commercialisation et consommation de ses produits.

De même, les établissements hôteliers consomment aussi des produits de l’élevage (volailles, œufs, viande…), et contribuent de cette façon au développement de ces activités.

Les activités touristiques et les établissements hôteliers au Cameroun consomment encore plusieurs autres produits issus de l’industrie nationale : savons, jus de fruits, bières locales, yaourts, sucre…

Par contre le tourisme contribue encore peu à l’activité de pêche. En effet, la plupart des pêcheurs utilisent des méthodes traditionnelles de séchage et fumage du poisson pour sa conservation, car ils ne disposent pas de matériel adéquat et moderne à cet effet. Cette transformation n’est pas propice à la vente dans les hôtels qui préfèrent le poisson frais. A cet égard, il faut souligner qu’un effort doit être fait en matière de gastronomie pour intéresser les visiteurs à la consommation du poisson local. Aussi le ministère des forets et des pêches du Cameroun doit pouvoir mettre à la disposition des pêcheurs un équipement moderne, qui leur permet de travailler dans de bonnes conditions, de mieux commercialiser leurs produits, chose qui ne ferait que relancer et dynamiser la pêche nationale.

Somme toute, le marché camerounais offre l’essentiel dans les établissements réceptifs hôteliers, en dehors des produits (vins, alcool, confitures, fromages…)

Les produits locaux doivent être privilégiés dans la consommation, pour une bonne relance de l’agriculture, l’élevage et la pêche locale au profit des populations locales et surtout rurales qui pratiquent le plus ces activités; de même ils véhiculent et portent un grand aspect culturel qui doit être mis en avant afin de valoriser le pays.

b- Le tourisme et la relance de l’art traditionnel :

Cette relance se manifeste la promotion et la mise en valeur de l’architecture locale, les manifestations socio culturelles et l’artisanat. L’artisanat est à la fois utilitaire et commercial, sans oublier son coté sacré. Il est aujourd’hui menacé par l’industrialisation (fabrication à la machine, rapide et massive des objets d’art) ce qui détourne de lui les nationaux et intéresse les touristes souvent issus de la civilisation de consommation. Cet aspect accélère la vente et l’expansion de l’artisanat camerounais à l’étranger aux profits des artisans et commerçants locaux, mais il faut penser à préserver l’originalité de cet artisanat.

Quant à l’architecture, elle relève l’intérêt porté au style « boukarou » (case ronde couverte de chaume) devenu source d’inspiration pour les hôteliers et de plus en plus sollicité par les touristes. On constate par ailleurs le regain d’intérêt pour les décors fait avec les matériaux locaux dans les grands hôtels du pays.

Partant du fait que le touriste part de chez lui pour découvrir et visiter des choses qu’il n’a pas chez lui ou qu’il n’a jamais vu, l’originalité et la richesse du patrimoine camerounais en font un attrait important qui doit être mis en valeur dans les circuits touristiques et les visites organisées à travers le pays.

3- Le tourisme générateur d’emplois.

La création d’emplois est l’un des plus cités pour expliquer les avantages du développement du tourisme. Ce dernier a engendré plusieurs emplois au fur et à mesure de son évolution au Cameroun. En dehors des établissements hôteliers, on note la prolifération d’autres métiers tels que les guides touristiques, restaurateurs, vendeurs d’objets d’art,… mais la mauvaise gestion de l’activité ne permet pas d’avoir des chiffres et statistiques exacts.

Dans le cadre de l’emploi salarié, on a les emplois directs (emplois hôteliers, touristiques, et administratifs liés à la gestion du tourisme), emplois indirects (transport, artisanat, industrie alimentaire…), et les petits métiers liés au secteur informel (commerçants ambulants).

La création d’emplois est généralement laissée à la discrétion de chaque patron dans les établissements hôteliers, car les autorités administratives du pays n’ont pas mis en place une réglementation en matière d’emplois dans le secteur et les statistiques faisant état des nombre de métiers touristiques sont quasiment inexistantes. Il s’en suit alors le recrutement d’un personnel non adéquat, n’ayant pas de formation et les compétences requises pour les métiers du tourisme ; ou la création d’emplois non qualifiés (manœuvres, commis de bar, femmes de ménage, serveurs…). Cette proportion représente parfois plus de 80% des effectifs des établissements de tourisme.

Ce manque de compétences est en grande partie au manque d’institut de formation touristique dans le pays, et à la mauvaise adéquation des connaissances reçus par les cadres formés à l’extérieur avec les réalités locales, d’où le caractère précaire et saisonnier des emplois touristiques avec un turnover élevé au sein de ces établissements.

Les cadres sortis des écoles sont plus ou moins boudés et les promoteurs préfèrent les employés formés sur le tas car ils sont moins chers en rémunération.

4- L’apport du tourisme dans d’autres secteurs :

Le tourisme génère des revenus dans d’autres secteurs d’activités, notamment le transport, le commerce, l’agriculture, les banques…

Les industries locales telles que les brasseries du Cameroun, vendent leurs nombreux produits aux hôtels nationaux que fréquentent les touristes étrangers. Les industries locales qui produisent tissus pour d’habillement, les boissons, produits domestiques et autres fournissent largement les marchés touristiques.

En matière de transport on peut affirmer que le Cameroun avec la SOCATOUR et la compagnie nationale CAMAIR, ont tiré des bénéfices de l’activité touristique. Les opérations NORCAMTOUR et les WEEK END SAFARI autrefois organisés par la CAMAIR, ont mobilisé un nombre important de touristes qui ont laissé des revenus financiers importants dans ce secteur. Mais aujourd’hui on déplore la disparition de ces opérations qui sans nul doute étaient rentables pour l’état camerounais. La dissolution de la SOCATOUR révèle la timidité de l’activité touristique au Cameroun.

Si dans le domaine du transport nous n’évoquons que la CAMAIR, c’est parce qu’au niveau du transport routier, ferroviaire et naval aucun effort n’a été fait par les autorités gouvernementales pour rentabiliser ces activités pour le compte du tourisme. La vétusté des wagons de la compagnie des chemins de fer et l’état défectueux des routes n’ont pas permis aux transports ferroviaire et routier de tire profit de l’activité touristique.

De manière globale on peut dire que l’absence d’une politique touristique réelle n’a pas permis d’entraîner des effets induits importants dans les autres secteurs d’activités. En développant les activités qui tirent profit du tourisme, le Cameroun devrait faire rentrer des devises importantes, utiles pour les banques nationales et l’activité économiques en général. A l’heure actuelle on déplore que le Cameroun n’ait pas encore saisi l’importance que peut avoir le tourisme en tant qu’activité de relance économique pour les pays en développement en quête de devises.

Tourisme durable et écotourisme : axes de développement socio-économique et de sauvegarde patrimonial pour le Cameroun
Mémoire de fin d’études Administration et Gestion des Entreprises – Touristiques et Hôtelières
Institut Supérieur International De Tourisme De Tanger

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