Les handicaps liés à la promotion du tourisme au Cameroun

II – EVALUATION DE L’IMPACT DU SECTEUR TOURISTIQUE SUR L’ECONOMIE CAMEROUNAISE.

C- Handicaps liés à la promotion d’un tourisme national et international au Cameroun.

L’analyse faite ultérieurement sur l’apport du tourisme dans le développement du Cameroun, révèle l’existence d’un certain nombre d’handicaps. Ces derniers sont de deux ordres à savoir les handicaps liés aux institutions administratives, et les handicaps liés à la gestion du tourisme par les différents intervenants40 (hôteliers, restaurateurs, agences de voyages…).

1- Handicaps administratifs et institutionnels.

– Emiettement des centres de décision : c’est l’un des handicaps majeurs dont souffre le tourisme camerounais. A l’heure actuelle, on déplore l’absence d’une synergie dans l’action des divers ministères impliqués dans l’organisation de ce tourisme, notamment les ministères des finances, du tourisme, des forêts et des pêches, des transports, de l’intérieur, de la culture, et de l’administration territoriale. Pourtant ces centres de décisions devraient fusionner et travailler ensemble afin de mettre sur pied des stratégies qui permettraient non seulement de développement et dynamiser le tourisme, mais aussi plusieurs autres secteurs.

Cette synergie s’avère encore plus importante et bénéfique quand on l’étudie sous l’aspect de l’effet multiplicateur de KEYNES41. Selon KEYNES « l’effet multiplicateur est la mesure de la relation entre l’investissement et l’augmentation du revenu qu’il détermine ».

En effet dans une optique de coopération ministérielle, si le ministère de l’intérieur et le ministère des finances s’accordent pour une facilitation des conditions d’accès au pays et une diminution des taxes et impôts a payer pour les investissements dans le pays, cela pourrait attirer plus de visiteurs parmi lesquels des investisseurs étrangers. Une fois ces investisseurs sur place, si les conditions de travail et de vie dans le pays les satisfont, ils créeront de nouvelles entreprises, qui vont créer des emplois, diminuer le taux de chômage et augmenter le niveau de vie des populations locales.

Par ailleurs le ministère de la culture devrait s’associer au ministère du tourisme pour un meilleur entretien et une sauvegarde du patrimoine national, tout en organisant la gestion des sites touristiques et culturels dans le pays. Une autre coopération avec le ministère des transports pourrait contribuer à l’amélioration des moyens de transport, pour un plus large et sécurisant accès aux sites touristiques.

– Négligence de la production de statistiques pour le tourisme : c’est un handicap sérieux, car le Cameroun ne semble pas posséder de repères chiffrés pour maîtriser son développement touristique. Les quelques chiffres et statistiques disponibles, sont très souvent anciens mal ou très peu utilisés et mal conservés. La mise à jour est lente et la grande évolution du tourisme dans un environnement clandestin, rendent ces statistiques peu fiables. A défaut de données statistiques fiables, le tourisme camerounais continuera à offrir le spectacle d’un pilotage à vue des établissements clandestins, une gestion anarchique des structures existantes ou une exploitation marginale des structures existantes.

– Absence de professionnalisme : cette carence a pour premier effet la mauvaise qualité des services et la médiocrité des produits. Les syndicats sont presque effacés et méconnus de la scène touristique, la formation sur le plan national bat de l’aile. L’absence de culture touristique devient plus aggravante lorsqu’elle se trouve du coté des opérateurs économiques et intervenants qui gèrent l’univers économique au Cameroun.

– Inadaptation du système bancaire et économique à l’investissement touristique : l’encouragement à la gestion des structures ou richesses par les nationaux passe par une politique d’assistance bancaire cohérente. Cette assistance doit être accordée à ceux qui donnent des garanties de professionnalisme.

– Absence de planification stratégique : on peut dire aujourd’hui en toute objectivité que le tourisme camerounais a vécu de manière empirique. De nombreuses contraintes et pesanteurs, l’absence d’apport budgétaire, ont gêné les différents plans touristiques élaborés au fil des années.

– Absence de mesures incitatives : la plupart des propriétaires des établissements de tourisme se plaignent de la lourdeur des charges fiscales et des charges d’exploitation (eau, électricité téléphone et autres) il est donc nécessaire que le gouvernement camerounais adopte des mesures qui pourraient engendrer la qualité et la rentabilité de ces établissements. La révision des prix pratiqués jusqu’à l’heure actuelle, ajoutée à d’autres mesures pourrait encourager la fréquentation des établissements ou des sites touristiques par les étrangers et les nationaux.

En effet, les prix fixés par les hôtels sont trop chers, surtout pour la population locale car le prix d’une nuitée équivaut des fois au salaire avec lequel survit une famille de cinq personnes pendant un mois.

Le tableau ci-après fait état du prix moyen des chambres dans les établissements d’hébergement au Cameroun :

Catégorie Prix TTC petit déjeuner compris en F CFA
Hôtel 1* 17500
Hôtel 2* 25000
Hôtel 3* 40000
Hôtel 4* 86500
Hôtel 5* 145000

Source : ministère du tourisme, Cameroun.

– Absence de codification et de promotion de la cuisine camerounaise. La majeure partie des grands hôtels s’empressent et s’obstinent à servir des repas typiquement occidentaux dont les ingrédients et la confection leur coûtent bien plus chers que les plats locaux. Ce qui empêche la valorisation de la gastronomie locale.

– Absence d’un plan marketing, d’un plan de campagne promotionnelle du tourisme national à l’échelle national et international.

– Timidité et retard des mesures de facilitation : le gouvernement camerounais a préconisé la mise en œuvre des recommandations du « comité national de facilitation ». Ces dernières concernent les domaines aussi variés que la délivrance de visas, l’amélioration de l’accueil dans les aéroports, l’assouplissement de la politique tarifaire des compagnies aériennes … aujourd’hui ces mesures, si elles ne sont pas inexistantes restent timides dans leur application.

– Insuffisance de la réglementation : la plus grande insuffisance actuelle réside dans le maintien du secteur touristique à la loi n° 90/031 du 10/08/90 régissant l’activité commerciale au Cameroun. Cette loi apparaissant trop générale, les autorités du ministère du tourisme ont procédé à l’élaboration d’un projet de loi régissant l’activité touristique. Ce cadre institutionnel devait permettre de mieux conduire la relance du tourisme camerounais, afin que les divers intervenants (ministère des finances, ministères de l’administration territoriale…) ne nuisent plus aux projets du ministère du tourisme.

2- Handicaps de gestion ou handicaps conjoncturels.

Si le tourisme camerounais a cessé d’être marginalisé sur le plan officiel42, il faut dire que concrètement son retard et ses lacunes sont criards.

– Politique touristique peu opérante : en l’absence d’une véritable politique touristique, la situation ne peut que s’aggraver. Il ne suffit pas d’être doté d’un ministère du tourisme, mais il faut définir une politique touristique adéquate pour le pays qui réponde aux ressources qu’il regorge et qui soit capable d’être appliqué dans le territoire répondant aux besoins du pays et des populations locales. A cet effet tous les aspects sont a étudier et des stratégies de développement avec des plans d’actions concrets et cohérents doivent être mis en place.

– Mauvaise et faible exploitation des espaces naturels : au Cameroun cette richesse n’est pas suffisamment exploitée, hors le pays dispose de larges et belles plages utiles au tourisme balnéaire, des vastes et magnifiques paysages naturels (forets vierges et artificielles, savanes, steppes tropicales, montagnes chutes, plaines et plateaux…) non occupés et qui peuvent servir à l’aménagement d’établissement touristique et au développement du tourisme de nature ou d’aventure. La majeure partie des institutions a caractère touristique sont regroupés au centre des grandes villes, dans des environnements souvent pollués et bruyants. Pourtant les promoteurs touristiques pourraient profiter des espaces naturels pour différencier leurs offres et mieux répondre aux attentes des touristes qui recherchent très souvent le calme, la beauté des paysages et l’originalité du site, pour s’éloigner du stress.

– Faible diversification des activités touristiques : au Cameroun beaucoup d’orientations positives ont été énoncées, mais elles ne sont pas traduites dans les faits. Les quelques hôtels dignes de ce nom sont gérés par les groupes internationaux et les activités proposées aux touristes, sont très rares, mal organisées et peu variées. La visite des villes constitue l’activité phare et souvent unique des séjours, et les touristes ont très souvent l’habitude de déambuler dans les rues des villes visitées seuls avec pour seuls repères des plans de villes. Le Cameroun doit développer le tourisme de loisirs, le tourisme balnéaire, le tourisme rural, le tourisme culturel… à l’instar du Sénégal ou de la Cote d’ivoire, ce qui lui permettra d’attirer et de satisfaire une clientèle énorme, et de réaliser des recettes non négligeables.

– Exclusion des nationaux et faible action de partenariat entre les opérateurs nationaux : sur le plan national, le tourisme n’intègre pas assez les activités des nationaux qui sont des consommateurs potentiels du produit touristique, à condition que les prix reviennent à leur portée. A l’heure actuelle, on peut dire que les nationaux camerounais sont disqualifiés dan ce domaine à cause du coût élevé des chambres, des divertissements et des repas dans les lieux réceptifs.

Le Cameroun pourrait s’inspirer de l’exemple de l’Egypte, grande destination touristique africaine qui pratique une baisse de 50% pour les nationaux dans les lieux réceptifs. Les compagnies aériennes doivent travailler en étroite collaboration car « elles ont la même finalité mais opèrent avec des moyens différents ».

– Timidité de l‘action promotionnelle : une enquête menée dans la région de Maroua a donné l’occasion de se rendre compte de la faiblesse de l’action promotionnelle au Cameroun. A la question de savoir : comment avez-vous connu le Cameroun ?

– 38% sont passé par des agences de voyages, ou ont consulté des dépliants

– 48% ont entendu parler du pays par des amis ou parents qui y résident

– 16% ont été contactés par les manifestations culturelles auxquelles le Cameroun a pris part. Cette en met en évidence la faiblesse de l’action promotionnelle au Cameroun en matière de tourisme. En négligeant la promotion de son image, le tourisme camerounais ne peut évoluer, il ne peut que piétiner. Pourtant la destination devrait être mieux promue, par l’organisation et participation aux manifestations internationales (marathons ou courses automobiles, compétition de football, congrès, séminaires, manifestations culturelles : festivals musicaux, foires gastronomiques et artisanales…), aménagement de bureaux de tourisme dans les multiples ambassades du Cameroun à l’étranger, qui permettraient aux étrangers de mieux découvrir le mieux, participation aux foires touristiques internationales pour sensibiliser les visiteurs étrangers, conventions et partenariats avec des tours opérateurs et agences de voyages étrangers pour une meilleure représentation du pays à l’étranger et une plus large commercialisation de la destination « Cameroun : l’Afrique en miniature ».

– Insuffisance des voies de communication : en matière de tourisme la réalisation des réceptifs doit être précédée par la mise en place de moyens de transport adéquats.

Tourisme durable et écotourisme : axes de développement socio-économique et de sauvegarde patrimonial pour le Cameroun
Mémoire de fin d’études Administration et Gestion des Entreprises – Touristiques et Hôtelières
Institut Supérieur International De Tourisme De Tanger

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40Emmanuel ONDO NDONG, Tourisme et développement économique d’un pays : exemple du Cameroun, (école normale supérieure, Yaoundé 2003)

41 Economie touristique (ISITT) dispensé par M. Aït LAHCEN

42 Emmanuel ONDO NDONG, Tourisme et développement économique d’un pays : exemple du Cameroun, (école normale supérieure, Yaoundé 2003)

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