Le concept d’alternance politique : conditions et pratique

1.1.3. Concept d’alternance politique

Olivier NAY nous donne une définition de ce concept en ce terme : c’est la succession de deux principales forces ou coalitions politiques d’un pays, la majorité devenant l’opposition, et l’opposition prenant la place de la majorité.

Madeleine GRAWITZ aborde dans le même sens et trouve que l’alternance est un changement de majorité et de gouvernement. C’est une conséquence du principe démocratique suivant lequel le gouvernement étant issu d’élections au suffrage universel, celles-ci peuvent amener l’opposition au pouvoir.

Charles DEBASCH, Jacques BOURDON et alii quant à eux, estiment que c’est un principe démocratique selon lequel un parti politique ne peut se maintenir au pouvoir indéfiniment et doit être remplacé par une autre tendance politique lorsqu’elle remporte la majorité au suffrage.

L’alternance peut être irrégulière selon le résultat des élections (Grande-Bretagne, Etats-Unis, France) ou automatique car imposée juridiquement (système adopté par la constitution espagnole de 1876 entre les libéraux et les conservateurs jusqu’en 1923) ou résultant d’un accord entre forces politiques (Pacte de 1957 en Colombie).

L’alternance peut être incomplète lorsqu’elle ne concerne qu’un seul pouvoir dans l’Etat : par exemple. :majorité démocrate au Congrès américain depuis 1986, le président Bush, Républicain, ne terminant son mandat qu’en 1992, victoire de l’opposition RPR-UDF lors des élections législatives en France, en mars1986, le président Mitterrand, socialiste achevant son mandat en mai 1988.

Pour FALL, l’alternance démocratique se définit comme « la faculté juridiquement organisée pour des partis politiques ayant des projets de société différents de se succéder au pouvoir par le jeu des règles démocratiques de dévolution et d’exercice du pouvoir fondé sur la souveraineté du peuple ». Elle se traduit par le transfert démocratique de rôle entre la majorité et l’opposition et « implique cumulativement le renouvellement des hommes et la mise en œuvre d’un programme alternatif et crédible de gouvernement ».

Parce qu’elle procède d’un mouvement démocratique et suppose l’intervention du peuple par la voie électorale, l’alternance est à distinguer de certains modes de changement politique violent que sont l’instabilité gouvernementale, le coup d’Etat, ou la révolution.

1.1.3.1. Les conditions nécessaires pour une alternance

Il en résulte que deux conditions décisives sont nécessaires à la survenue de l’alternance. Celle-ci suppose l’existence d’un Etat démocratique (pluralisme politique, élections concurrentielles libres et honnêtes) et un minimum de consensus sur les règles du jeu politique (loi électorale, conception des institutions, institutionnalisation du pouvoir, continuité de l’Etat).

Elle suppose, en un mot, l’existence d’un civisme politique, c’est-à-dire un accord sur la nature du régime et les valeurs de référence. Sa survenance « implique tout d’abord l’existence d’une opposition forte et responsable. Elle appelle également un consensus national sur les « règles du jeu » démocratique et en particulier électoral. Elle suppose également des élections libres et équitables perçues comme des processus légitimes impartiaux et crédibles »

La succession démocratique au pouvoir n’étant pas le propre des dirigeants congolais jusqu’à preuve du contraire, il nous semble difficile de nous situer vis-à-vis des conditions ci haut épinglées, mais faut-il dire que sur l’ensemble du continent africain, ce paradoxe « instauration des mandats à vie » reste le même ? Ou la question de l’alternance ne rencontre –t-elle pas les attentes des africains et plus particulièrement les congolais ?

1.1.3.2. La pratique de l’alternance en Afrique

Mamadou BELLA démontre que le système d’alternance au pouvoir a eu cours en Afrique, notamment en Afrique de l’ouest. Les auteurs portugais mentionnent l’existence de ce système dès les XVe et XVIe siècles dans les royaumes de Babidu (Gambie moyenne) où cinq familles régnaient alternativement. Dans des nombreux royaumes de cette partie de l’Afrique, des familles se succédaient au pouvoir suivant un système d’alternance fixé par leurs traditions. Le système de succession par alternance de l’Etat du Fouta Djallon constitué à la fin du XVIIe siècle et au début du XVIIIe siècle passe pour être le plus digne d’intérêt en raison même du fait qu’ici on avait réussi à l’inscrire dans la constitution.

Aujourd’hui en dépit de nombreux foyers de tension qui existent encore sur le continent, une nouvelle configuration prend place dans le paysage politique africain. Depuis la chute du mur de Berlin, le vent démocratique a commencé à souffler en Afrique. Dans plusieurs pays, les élections ont lieu et l’alternance politique semble s’installer. Nous citerons quelques pays en exemple où la démocratie fonctionne assez bien : le Sénégal, le Mali, le Kenya, la Tanzanie, le Mozambique, le Ghana, le Malawi,… Nous assistons à une alternance du pouvoir par voie démocratique, qui autorise une lueur d’espoir pour des perspectives futures même si le cadre n’est encore qu’embryonnaire.

Selon Mwamba, il est réconfortant de noter que l’ère des coups d’Etat militaires, si elle n’est pas tout à fait finie, est du moins fortement assombrie par des changements de plus en plus multiples à la tête de plusieurs pays à travers des processus électoraux.

Le coup de force de Buyoya au Burundi (25 juillet 1996) et celui de Sassou Nguessou au Congo Brazza (25 aout 1997) ont été suivi d’élections démocratiques en Algérie (élection très contestée de Abdelaziz Bouteflika le 15 avril 1999), au Nigéria, l’élection d’Obansanjo (27 février 1999), en Afrique du sud, élection quasiment escompté de Thabo Mbeki (14 juin 1999) à la succession du très célèbre Nelson Mandela, le président « icône » dont la sagesse, pour garder intact le tissus social sud-africain après l’apartheid de triste mémoire, a éblouie le monde entier et enfin, la réélection au Malawi, le 21 juin 1999 du président Bakili Muluzi, pour un second et dernier mandat de 5 ans.

Ces exemples récents et d’autres précédents tels que le retour de Mathieu Kerekou au pouvoir au Bénin en avril 1996, après des années passées au « garage » pour méditer sur sa gestion, sont autant d’indices démontrant que la toile d’araignée de l’alternance pacifique au pouvoir est en train de s’agrandir et de se consolider en Afrique.

L’alternance démocratique ne peut être rendue possible qu’à travers l’organisation régulière des élections offrant au souverain primaire l’opportunité de jouir de son droit politique, qui est celui de se choisir librement ses dirigeants et sanctionner ces derniers, soit directement ou par l’intermédiaire de ses représentants. Organiser les élections c’est bien pour la santé démocratique du pays, mais c’est encore mieux lorsqu’elles sont organisées dans le strict respect des lois et principes vitaux tant nationaux qu’internationaux y relatifs. Car c’est aux congolais que revient plus que jamais le devoir de donner la forme à la gouvernance de leurs pays comme l’argile devant le potier : c’est ce dernier qui détermine ce qui sera la forme ultime de l’argile.

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