La position phare du Théâtre National de l’Odéon

La position phare du Théâtre National de l’Odéon

1.2 La position « phare » du Théâtre National de l’Odéon – Théâtre de l’Europe

1.2.1 180 ans d’histoire avec le théâtre européen

Etablissement public sous tutelle du ministère de la culture et de la communication (Bureau de la production et de la création artistique), le Théâtre National de l’Odéon occupe une place prépondérante dans la diffusion du théâtre européen en France.

En effet, dès 1827, sous la direction de Thomas Sauvage, l’Odéon, alors Second Théâtre Français, est le premier théâtre de France à accueillir Shakespeare en langue originale, avec une troupe venue d’Angleterre.

Au début du XXe siècle, les directeurs Antoine et Gémier font découvrir au public français de nombreux auteurs étrangers, notamment Ibsen, Tolstoï, Tourgueniev, et Strindberg. En 1928 Gémier fonde la « Société Universelle du Théâtre ».

Sous la direction de Jean-Louis Barrault (1959-1968), l’Odéon reçoit la plupart des spectacles du Théâtre des Nations, venus du monde entier (par exemple en 1966, L’Idiot présenté par le théâtre Gorki de Leningrad, Les Noces de Figaro, par le Metropolitan Opera de New York…).

En 1983, Giorgio Strehler, fondateur du Piccolo Teatro de Milan, propose à Jack Lang, alors ministre de la culture, son projet de « théâtre de l’Europe » : accueillir ou co- produire à l’Odéon des spectacles européens, pour affirmer « l’identité culturelle des européens, une identité multiple, complexe, contradictoire et qui pourtant est reconnaissable comme le fil rouge qui tramerait notre histoire »2.

Jack Lang offre à Strehler la direction artistique de ce projet, qui occupe à partir de la saison 1983-1984 la moitié de la programmation de l’Odéon, le reste de la saison restant consacré aux spectacles produits par la Comédie-Française.

1La liste n’est évidemment pas exhaustive.
2Le réseau de coopération ainsi créé entre les théâtres allait devenir en 1990 « L’Union des Théâtres en Europe » ; voir Partie III, p. 86.

L’Odéon obtient son statut définitif de Théâtre de l’Europe en mars 1990, au moment de la nomination de Lluis Pasqual, metteur en scène catalan. Le décret du 1er juin 1990 modifie les statuts de l’Odéon en redéfinissant sa mission.

Désormais Odéon-Théâtre de l’Europe, il gagne sa pleine indépendance avec pour mission de « favoriser le travail en commun des metteurs en scène, des comédiens, des écrivains et autres praticiens européens de l’art dramatique en vue de créer des oeuvres nouvelles et de vivifier le patrimoine artistique de l’Europe ».

Trois activités principales caractérisent depuis lors ce théâtre national : la création de spectacles, qu’il produit à part entière ou qu’il co-produit ; l’accueil de spectacles produits par les grandes scènes européennes et la mise en place de tournées permettant la diffusion en province et à l’étranger de ses productions.

On a pu applaudir à l’Odéon, en langue originale surtitrée, des mises en scène de : Deborah Warner, Lluis Pasqual, Peter Zadek, Klaus Michael Grüber, Giorgio Strehler, Andrzej Wajda, Jose Luis Gomez, Luc Bondy, Bob Wilson, Kenny Ireland, Patrick Mason, Lev Dodine, Ivan Popovski, Howard Barker, Carmelo Bene, Luca Ronconi, Krystian Lupa, Carles Santos, Christoph Marthaler…

L’accueil et la coproduction de grands spectacles européens classiques et contemporains représentent désormais environ 50% de la programmation.

La position phare du Théâtre National de l’Odéon

1.2.2 Montrer les « maîtres du théâtre européen » dans une Europe artistique élargie

Historiquement, l’Odéon est le théâtre français qui propose des pièces en version originale. Même si cela se normalise progressivement dans les théâtres, selon le conseiller artistique de l’Odéon Eric Bart, l’Odéon est le théâtre qui travaille avec le « top ten » des metteurs en scène européens : « On fait ce que j’appelle les ‘artistes confirmés’ et on essaie de les montrer sur plusieurs saisons1 ».

Eric Bart revendique le fait de présenter « les maîtres du théâtre européen » et, à la manière d’un éditeur, d’avoir une ligne artistique avec des fidélités.

C’est ainsi que l’on a pu voir sur plusieurs saisons des artistes comme Christoph Marthaler, Roméo Castellucci, Krystian Lupa ou Declan Donnellan. Il s’agit, en installant des valeurs sûres, d’imposer des genres et de « perpétuer vraiment la tradition du metteur en scène2 ».

Comme l’explique E. Bart : « il n’y a pas de structure littéraire, pas de dramaturgie de saison. Ça n’a pas d’importance si on monte trois Shakespeare dans la même saison, il y a avant tout une relation au metteur en scène3 ».

Ce système permet également de limiter les risques en terme d’accueil du public : « On ne prend pas beaucoup de risques par rapport aux accueils étrangers : quand le public vient voir le travail d’un metteur en scène pour la deuxième ou troisième fois, il sait ce qu’il va voir, que ce soit Marthaler ou Castellucci, puisqu’il y a cette façon de répéter les choses. Cela permet aussi de fidéliser le spectateur4 ».

1 Entretien du 5 juillet 2005.
2/3/4 Ibid.

Il convient de noter que progressivement, l’Europe artistique se développe : durant la saison 2005- 2006, l’Europe s’est élargie au sud et à l’est avec la présentation de spectacles comme Iz poutechestviya Oneguina, du russe Anatoli Vassiliev (en russe surtitré) ou Corps otages, dans une mise en scène du tunisien Fadhel Jaibi (en Arabe surtitré).

Dans un désir d’ouverture et pour ne pas se limiter à l’Europe « économique », l’Europe « artistique », selon les opérateurs culturels, ne s’arrête pas à l’Union Européenne (25 pays) mais s’ouvre aux pays « limitrophes » désireux d’entretenir des relations dans le domaine de l’art et la culture.

1.2.3 Le poids des institutions

L’équipe de programmation du Théâtre de l’Odéon tente ainsi de rester « aussi actif et réactif à l’intérieur du théâtre européen dans une période un peu étrange1 ». En effet, selon Eric Bart, il y a « un retour aux institutions qu’il n’y avait pas avant.

Avant c’était plutôt des compagnies indépendantes qui se regroupaient, maintenant c’est plutôt les institutions qui sont davantage à l’avant-garde, qui prennent plus de risques, qui défendent une forme de théâtre qui n’est peut-être presque plus possible en dehors des institutions2 ».

Force est donc de constater le poids important que constituent aujourd’hui les institutions théâtrales comme l’Odéon dans la présentation de spectacles étrangers, pour des raisons principalement d’ordre économique.

Pour citer ce mémoire (mémoire de master, thèse, PFE,...) :

Auteur·trice·s :
Sabrina PASQUIER
Sabrina PASQUIER
Université :
Université de Bretagne Occidentale  - UFR Lettres et sciences humaines
Année de soutenance :
Master 2 Management du spectacle vivant - Septembre 2006
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