La première page du mémoire (avec le fichier pdf):
Université Robert Schuman Strasbourg
Diplôme de Formation Internationale à la Gestion - 2004-2005

Alain Juppé, Premier Ministre (mai 1995 – juin 1997)

  1. Le marketing crée-t-il l’homme politique ?
  2. Histoire du marketing politique en France
  3. Les fondements du marketing politique
  4. Marketing politique : la campagne et le mix-communication
  5. Le marketing politique : sondages et traitement de l’information
  6. Les différents instruments du marketing politique
  7. Les différents types d’interventions télévisées
  8. Le marketing politique : marketing direct et nouveaux médias
  9. Homme politique, une vocation
  10. Nicolas Sarkozy : de militant à expert en marketing politique
  11. 2002-2004 : Sarko Superministre
  12. La communication sarkozienne : Bercy (avril – novembre 2004)
  13. Alain Juppé : d’énarque à ex-ministre communicant
  14. Alain Juppé, Premier Ministre (mai 1995 – juin 1997)
  15. Alain Juppé : Retraite annoncée et opération séduction

Alain Juppé, Premier Ministre (mai 1995 – juin 1997)

3) Premier Ministre (mai 1995 – juin 1997)

  • Juppé le bien-aimé

Le nouveau Premier ministre est populaire. Tout lui sourit. Pour Paris Match, il pose avec Isabelle dans les jardins de Matignon (29/06/1995). Il plaît aux médias. Il est le premier chef de gouvernement à avoir autant de femmes ministres (12), celles qu’on surnomme alors les « juppettes ».

  • Juppé et les envolées lyriques

La forte représentation féminine de son gouvernement lui offre une jolie médiatisation. Mais la belle machine intellectuelle ne plaît guère à l’Assemblée Nationale qui trouve son discours de politique générale froid et sans coeur.

Pour l’anecdote, Alain Juppé est le premier et le dernier chef de gouvernement à faire l’impasse sur le ministre de la communication depuis sa création en 1981.

Juppé, accusé de mal communiquer ? La réponse de l’intéressé ne tarde pas : « Si le cœur ça consiste à faire des phrases larmoyantes, des envolées lyriques avec des effets de manches, ce n’est pas mon style ». 59

59 Journal de 20h de France 2, le 24/05/1995

L’affaire de son appartement loué par la ville de Paris à « prix d’ami » lui fera beaucoup de mal. « Je n’ai pas envie de trop ménager les gens, notamment les journalistes.

J’ai décidé de dire ce que je pensais, complètement, et même parfois brutalement… Parfois, j’ai été prudent, maintenant je m’en moque… Ils me flinguent matin, midi et soir.

C’est un propos délibéré, alors on n’y peut rien. », déplorera-t-il dans l’émission Portrait 60 en mai 1996. Les médias, en particulier la presse, enragent d’être ainsi traités par Alain Juppé. Seul Paris Match est encore accepté par le Premier Ministre.

Le magazine montre sa fille Clara et redonne une image humaine au « pin des Landes », comme le surnomme Olivier Biffaud du Monde. Pourtant, ce froid avec la presse se dissipera (virtuellement ?) en novembre 1996 lorsque Juppé sort son recueil de nouvelles, Entre nous.

  • 1995, grève historique et communication de crise

Alain Juppé est pressé. Il engage les réformes à tout va : SNCF, Sécurité Sociale, retraites des salariés aux régimes spéciaux (fonctionnaires et travailleurs des entreprises publiques)… En même temps qu’il impose des restrictions budgétaires pour respecter les critères de convergence qui mènent à l’euro.

Une première grève de la SNCF a lieu le 10 octobre. Le Premier Ministre présente malgré tout son paquet de réformes. La presse l’acclame.

Libération titre : « Juppé l’audace : traitement de choc pour combler le déficit de la Sécurité sociale 61» Le PS adopte une attitude plutôt positive à l’égard du « plan Juppé ». Pourtant, la grogne montera progressivement jusqu’à paralyser le pays entier, entre novembre et décembre 1995.

Au plus fort de la crise, fonctionnaires, routiers, banquiers, étudiants et autres manifesteront contre Alain Juppé. Soit entre 1 et 2 millions de manifestants par jour au plus fort d’une grève qui durera quatre semaines.

Le 17 décembre, Alain Juppé est invité à l’émission 7 sur 7 sur TF1. Communication de crise. Son projet de réforme des régimes spéciaux est repoussé. La réforme de la Sécurité Sociale est maintenue mais sera soumise au dialogue.

Enfin, il annonce un sommet social le 21 décembre placé sous le non signe des salaires, à la suite d’un accord signé le 31 octobre entre le patronat et tous les syndicats (sauf la CGT).

60 France 3, le 25/05/1996
61 Libération, le 16/11/1995

L’épilogue est tout aussi tragique que les grèves pour Alain Juppé. Lui qui a milité pour l’âge unique de départ en retraites, se fera épingler par le Canard enchaîné en 2003 lorsqu’il devient retraité de la fonction publique à 57 ans.

A l’opposé, c’est la reprise d’un des éléments de sa réforme de la Sécurité sociale que personne n’a remarqué à l’époque et qui sera présenté a posteriori par Martine Aubry, ministre socialiste de l’emploi et de la solidarité, mais sans faire référence à son auteur : la CMU (couverture maladie universelle).

Ce projet prévoit d’« instituer une couverture maladie généralisée, objectif déjà envisagé, mais dans une version moins ambitieuse, par le plan Juppé de réforme de la Sécurite sociale (1995) 62».

  • Juppé le mal-aimé

Le Premier Ministre dégringole dans les sondages. Haï des médias, du peuple et pis, du patronat, pourtant traditionnel allié de la droite ! Le cocktail « critères de convergence de Maastricht + réformes en bloc » s’est avéré être une mission impossible. Juppé veut tout faire en même temps, faisant fi de toute communication.

Si son action peut être approuvée, sa méthode laisse à désirer. Les Français ne veulent plus de lui. Le RPR est blasé. Jean Pierre Raffarin, ex-conseiller en communication, cite Alain Juppé dans l’acte : « Prenons l’exemple du plan PME présenté (…) avec une honnêteté intellectuelle parfaite.

Alain Juppé commence son discours en annonçant les restrictions, donc il perd d’emblée la moitié de la salle. Bâtir son exposé en mettant l’accroche positive en tête lui apparaissait comme une concession. Pourtant, la séduction n’est pas incompatible avec la vérité. » 63

Alain Juppé, le fin stratège qui a revigoré son parti à coup de marketing, est incapable d’appliquer la même recette chez lui. La méthode et l’image importent peu. Juppé continue son parcours de chef : chef de gouvernement, chef de parti, chef des maires de Gironde. Entre mai et novembre 1995, sa cote de popularité passe de 63% à 26%. 64

62 Les Echos, le 05/03/1998
63 Edwards-Vuillet C, Le Joker, Paris, 2001
64 Ifop (www.ifop.com)

Mal aimé, il fait son chemin de croix jusqu’à la dissolution qui voit la déroute de sa famille politique. A l’aube du deuxième tour, il démissionne. La méthode aura eu raison de l’homme.

Jean-Louis Bourlanges, député européen UDF, dira de lui : « Le problème de Juppé (…) c’est qu’il fonctionne en termes de commandement alors que nous sommes en période de manipulation. » 65 Juppé commande, mais ne convainc plus.

  • Ð Bilan

Alain Juppé était prometteur : « Changer les mentalités, surmonter les blocages, briser les conservatismes. » 66 Il a certes pu bénéficier d’une croissance retrouvée. Il a conduit la France à l’euro. Mais il a échoué dans tous les autres domaines :

  • Incapacité à financer entièrement la dette de la Sécurité sociale.
  • La promesse de baisse des impôts s’est soldée par une forte hausse (TVA, RDS…).
  • L’Etat n’a pas baissé ses dépenses.
  • Dérapages : grèves, affaires des sans-papiers réfugiés dans l’église St-Bernard…

Surtout, il n’a pas réussi à infléchir la courbe du chômage. Il ne parvient pas à tenir les promesses de Chirac. Il enregistre 200.000 chômeurs supplémentaires malgré son contrat initiative emploi (CIE).

« Juppé lance avec tapage cette aide à l’emploi généreuse (…) attribuée pour toute embauche d’un chômeur de longue durée. » Mais le CIE est trop cher et n’agit que sur le chômage de longue durée.

Les Français veulent de l’instantané, Juppé leur livre du long terme sans vouloir s’expliquer. Pourtant, comme le souligne Marc Clairvois (L’Expansion) : « Si le bilan semble si décevant, ce n’est pas faute de louables intentions, mais bien de méthode. »

Alain Juppé a compris les réclamations des Français mais n’a pas su leur dire ce qu’ils voulaient entendre. Faut-il faire de la politique pour être populaire, et vice-versa ? Pour Alain Juppé, la réponse est indubitablement négative.

65 Interview avec l’auteur faite le 28/03/2000, Edwards-Vuillet C, Le Joker, Paris, 2001
66 L’expansion, « Avec Alain Juppé, la France a t-elle perdu deux ans ? », le 29/05/1997

Alain Juppé, Premier Ministre (mai 1995 - juin 1997)

4) Interlude (juin 1997 – janvier 2004)

Balayé par la dissolution manquée, Alain Juppé s’éloigne de la vie politique nationale pour se concentrer sur sa mairie de Bordeaux. « Le meilleur d’entre nous » n’est pourtant jamais très loin.

Il est l’artisan de l’Union En Mouvement, précurseur de l’Union pour la Majorité Présidentielle, avant de devenir Président de l’Union pour un Mouvement Populaire lors d’une grandiose cérémonie d’adoubement où il réaffirmera son indéfectible soutien à Jacques Chirac.

A distance, c’est Alain Juppé qui nomme, dès 2002, Raffarin et les membres de ses trois gouvernements, sous couvert présidentiel.

Chirac, quant à lui, pense au retour de son protégé. La presse semble avoir pardonné les erreurs d’Alain Juppé. Il ne lui reste qu’à casser son image d’énarque « coincé ». Dans le Paris Match du 02/12/2003, une photo le montre portant un jean, cigare à la bouche.

Juppé fait le joyeux luron avec ses amis de l’association « Gascons toujours », qui regroupe hommes politiques, hauts fonctionnaires et journalistes du sud, mais aussi pour l’occasion avec un certain PPDA… qui malgré ses origines bretonnes s’amuse tout autant.

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