Les effets du mysticisme et l’hybridité culturelle de l’africain

Les effets du mysticisme et l’hybridité culturelle de l’africain

Chapitre III : Le sens d’une écriture du mystique dans un enfant à tout prix de Charles soh

Le mysticisme est le principal intérêt de Charles Soh dans Un enfant à tout prix. C’est un sujet assez préoccupant, qui transparait tout le long du récit. Nous donnerons dans ce chapitre les raisons pour lesquelles nous pensons que l’auteur aurait choisi d’écrire sur ce thème, basé sur les évènements qu’il décrit dans son texte.

III.1- Sensibilisation sur les effets du mysticisme

Sensibiliser veut dire informer sur quelque chose au quel on ne prête pas attention. Plusieurs optent pour des méthodes mystiques pour résoudre leurs problèmes, sans toutefois chercher à prendre connaissance des risques ou des bienfaits de leur démarche.

Dans notre corpus, l’auteur nous présente le bon, ainsi que le mauvais côté de cet univers si présent dans nos vies.

III.1.1- Les méfaits du mysticisme

Des contacts avec les guérisseurs, voyants et autres médiums peuvent avoir des répercussions, parfois sérieuses, dans les vies de ceux qui y font appel.

Emmanuel Maennlein dans « L’intérêt pour l’occultisme et ses conséquences » (2012) pense que les conséquences de ces pratiques sont rarement abordées, et qu’il vaut la peine de parler de cette face cachée souvent banalisé.

Dans ce roman, les effets dévastateurs sont les plus soulignés. L’auteur nous met en garde contre cette dépendance qu’on a souvent à se tourner vers des chemins qui ne sont pas toujours fiables.

En voulant arranger les choses, nous nous empressons le plus souvent pour rendre notre existence plus complexe qu’elle ne l’est déjà. Nous avons l’exemple du couple Mbah qui, dans sa quête pour un enfant, consultent des guérisseurs, pas toujours fiables, et se retrouvent avec un serpent pour enfant.

On peut citer un autre cas, celui de Mutt-Lon, qui dans Ceux qui sortent dans la nuit, relate que Mispa, la grand-mère, introduit la jeune Dodo, sa petite-fille, dans le monde des ewusu, pour perpétuer la tradition ; mais cette dernière fini par trouver la mort.

Ceci à cause de ce monde aux lois rigoureuses qu’elle a, par inadvertance, transgressé. L’auteur ici souligne la sévérité avec laquelle ce monde mystique traite les transgressions, sans considération d’âge.

C’est dans cette lumière que nous lisons dans « les conséquences à la course de la richesse mystique » qu’un homme a perdu la vie, parce qu’il était incapable d’offrir les sacrifices réclamés pour s’enrichir. On se rend compte que ce monde est très demandant en matière de respect de certaines ordonnances.

10 templierindien.centerblog.net

L’auteur en écrivant son roman cherchait à montrer que dans l’univers mystique, tous les évènements relèvent du paranormal : de la scène où Victoire touche le serpent, passant par la scène où Xavier abandonne l’enfant dans la forêt, jusqu’à la scène du cimetière où Su Fo chante pour attirer le totem de Pamphile.

De toutes ces scènes, nous remarquons qu’aucune d’entre elles ne peut réellement être expliquée de manière rationnelle.

III.1.2- Les bienfaits du mysticisme

Le mysticisme comporte certes des effets néfastes, mais il y a aussi du bon dans cette sa pratique, comme quoi, ce n’est pas parce que c’est « mystique » que c’est forcément mauvais.

Le mysticisme dans Un enfant à tout prix résout le problème de l’enfant dans le couple Mbah. Au vu des évènements décrits dans le texte, il est plus qu’évident que l’enfant qu’ont Victoire et Xavier arrive en partie grâce au traitement du guérisseur Mot.

Dans Ceux qui sortent dans la nuit, Mutt-Lon emploie le mysticisme comme solution à un problème scientifique qui se pose, celui du « dégagement matériel » (P.107). C’est grâce aux efforts de ses compères qu’Alain Nsona réussit à rentrer dans le passé et récupérer la formule nécessaire pour cette expérience.

III.2- Souligner l’hybridité culturelle de l’africain

Dans le mot hybridité on voit « hybride ». Le Petit Robert dit qu’est hybride, ce qui est « composé de deux éléments de nature différente anormalement réunis ».

C’est dans le cadre de la religion que cette hybridité s’impose. Dans Un enfant à tout prix, Charles Soh fait un mélange de christianisme et de religions africaines pour faire passer son message.

Pour G. Van der Leeuw, cité par E. Dammann, la religion est la « relation avec une Transcendance », qui en effet, contient deux choses essentielles : la Puissance, supérieure à l’homme (en face de quoi il est objet) ; et la relation qu’entretien l’homme et cette puissance.

Selon Le petit Larousse, la religion est « un ensemble de croyances et de dogmes définissant le rapport de l’homme avec le sacré », ou encore « un ensemble de pratiques et rites propres à chacune de chacune de ces croyances ».

Les effets du mysticisme et l’hybridité culturelle de l’africain

L’Afrique, à la base, a un peuple très croyant. La rencontre entre les cultures noires et occidentales s’est faite d’abord par le biais de la religion. « La religion imprègne toute la trame de la vie individuelle et communautaire en Afrique.

Ce n’est pas seulement un ensemble de croyances, mais un mode de vie, le fondement de la culture, de l’identité et des valeurs morales » (A.A. Mazrui et C. Wondji, 1998 : 325).

La religion traditionnelle en Afrique a été, depuis les temps anciens, un moyen pour l’africain d’explorer les forces de la nature (plantes), et d’user de ces connaissances pour son bien-être. Les religions en Afrique sont, pour la plupart, animistes.

L’animisme est une religion qui croit que tout ce qui vit a une âme. Selon Philippe Descola, dans « L’animisme est-il une religion ? » (2006), l’animisme « se conçoit mieux comme une façon de voir le monde, présent de tout temps dans l’esprit humain ».

Le christianisme quant à lui est une « religion fondée sur l’enseignement, la personne et la vie de Jésus-Christ » (Dictionnaire Le Robert).

Le dictionnaire Larousse le définit comme l’ « ensemble des religions fondées sur la personne et les écrits rapportant les paroles et la pensée de Jésus-Christ » ; ou encore, c’est une « religion chrétienne : système de croyance religieuse monothéiste dont les pratiques sont fondées sur l’Ancient Testament et les enseignements de Jésus contenus dans le Nouveau Testament ; le christianisme insiste sur le rôle de Jésus comme Sauveur ».

De toutes ces définitions, on remarque quelque chose de commun : Jésus-Christ et son enseignement.

11 Propos recueillis par Nicolas Journet, Grands Dossiers n°5- Décembre 2006 – janvier – février 2007

12 Dictionnaire tv5monde, en ligne : https://langue-francaise.tv5monde.com/decouvrir/dictionnaire/c/christianisme

Après avoir défini le christianisme et religions africaines, nous remarquons que ces deux religions n’ont rien en commun, ou presque. La seule chose qui les unis est le concept de « croyance ». La croyance selon Le Petit Robert, est « le fait de croire une chose vraie, vraisemblable ou possible ».

Il peut avoir comme synonyme la foi. En effet, dans les religions africaines la foi est mise en des divinités, et dans le christianisme, la foi est mise en Jésus Christ.

III.2.1- La gestion du conflit de la religion dans Un enfant à tout prix

En combinant les religions traditionnelles africaines et le christianisme, l’auteur a voulu montrer que l’homme africain est hybride, qu’il a une double identité : celle de chrétien, et une autre traditionnelle.

Nous adhérons donc aux propos de René Tabard, qui dit : « … le baptême d’un adulte ne fait pas disparaitre dans l’eau bénite toute la culture qui le constitue dans son être d’Homme et d’Africain » (René Tabard, 2010 : 192).

Nous retenons de cet extrait que l’africain reste fortement attaché aux méthodes africaines, malgré la prépondérance du Christianisme.

Xavier est un exemple adéquat parce que c’est lui qui prend l’initiative, malgré les contraintes de son épouse, de résoudre aux méthodes traditionnelles africaines.

Su Fo Ngang est aussi un exemple palpable parce que nous constatons qu’il a chez lui « une grosse image de Jésus…un prie-Dieu et une sorte de sanctuaire avec une statue de la Vierge Marie » (P.153), donc il est chrétien catholique, mais en même temps il emprunte la voie la plus traditionnellement possible pour délivrer les Mbahs de l’enfant serpent.

Ces deux religions fonctionnent dans le texte quand Victoire cherche à concevoir, et quand le couple doit se protéger de leur enfant.

Au début du roman quand le couple Mbah tente par tous les moyens d’avoir un enfant, nous apprenons qu’ils ont, au préalable, consultés de nombreux guérisseurs, qui fussent tous d’aucune aide : « Elle avait consulté les guérisseurs traditionnels un peu partout […] elle multipliait les veillées de prières et les retraites spirituelles » (P.31-32).

Plus tard, ils vont encore à la rencontre d’un autre, et là, Victoire s’aventure à rencontrer les « serpents fertiles » en suivant à la lettre les instructions de Môt.

Sauf qu’après avoir rencontré ces « serpents », elle va vers Dieu, lui demander un miracle de sa part : « Seigneur Jésus…me voici à genoux devant toi… Donne-moi mon miracle… » (P.54).

Nous voyons là que l’auteur s’inspire de ce qui se produit réellement dans la société, car nombreuses sont ces personnes qui s’aventurent à magner Dieu et surnaturel pour avoir un enfant.

La naissance de Pamphile vient avec beaucoup de complications. Il a d’énormes déficiences. Pour tenter donc de le sauver des griffes de cette maladie inconnue, ses parents n’hésitent pas à consulter des voyants (le vieillard d’Olembé, sa sœur Mevom, et le guérisseur de Bameka) : « Il ne peut pas entrer ici… J’ai vu quel genre d’enfant il est » (P.89).

Après avoir consulté ces gens, Victoire dit : « Pourquoi m’as-tu abandonnée, Seigneur ? Pourquoi m’as-tu abandonnée ? » (P.100). On voit là une sorte de cause à effet parce que quand elle se fie à ces guérisseurs et qu’ils échouent, elle s’en va vers Dieu pour savoir pourquoi est-ce que ces gens-là n’ont pas réussi.

Ce phénomène est typique même dans la vie en société parce que, de plus en plus, on a tendance à questionner Dieu quand ce que nous entreprenons de nous-mêmes n’aboutit pas en notre faveur.

Pour protéger le couple des griffes de l’enfant serpent, l’époux est conseillé par un inconnu de se débarrasser de l’enfant d’une certaine manière : poser l’enfant dans une forêt et courir les jambes à son cou sans se retourner.

Dans cette scène, nous voyons Xavier prier Dieu de le sauver lui et son enfant, lui qui était sceptique : « Seigneur, soupira-t-il, aide-moi, sauve cet enfant, Seigneur, sauve mon enfant » (P.117).

Ceci nous montre que dans la vie, malgré le fait que nous nous obstinons à aller à l’encontre des voies de Dieu, nous finissons tôt ou tard, à reconnaitre que lui seul peut nous sortir de gouffre dans lequel nous sommes entrés, comme le fait Xavier, après s’être engagé dans un couloir sombre sous instructions d’un inconnu.

Dans la scène où Su Fo Ngang s’apprête à dévoiler le totem de Pamphile, on voit Victoire égrainer son chapelet en s’approchant du cimetière. Elle le fait peut-être avec l’intention de se protéger de tout ce qui pourrait se produire une fois arrivé.

Ce geste de Victoire pourrait aussi être traduit comme un désengagement de ce qui pourrait se produire dans le cimetière.

La purification qu’effectue Victoire dans le lac est la suite du traitement commandité par Su Fo Ngang. Il nous est dit dans le texte qu’avant d’accéder à cette eau purificatrice, il y a une formalité à remplir : « saluer les gardiens des lieux qui attendent dans une vieille case en toit de paille » (P.170).

Une fois dans l’eau, nous voyons Victoire prier l’eau, le soleil, et Dieu, tout en immergeant l’enfant dans l’eau du lac.

Cette action est un mélange fulgurant de Dieu et dieux dans le sens où elle termine une séance d’augure mystique, et s’avance une fois de plus vers Dieu, demandant à ce dernier de prendre pitié d’elle, et de libérer l’enfant.

L’on croirait que ce mélange de Dieu et des dieux est une sorte de moquerie envers soi, mais surtout envers Dieu, parce qu’il dit dans sa parole qu’il est le seul et l’unique, et qu’il n’y a pas deux comme lui.

Terminant cette sous-section, nous dirons que l’amalgame du christianisme et du mysticisme dans ce roman entretien une relation de cause à effet.

Ce qui veut dire que les personnages, quand ils s’engagent sur la voie du mysticisme et que celle-ci ne produit pas le résultat espéré, reviennent vers Dieu, comme pour lui demander pourquoi cette voie d’à côté ne fonctionne pas.

Pour citer ce mémoire (mémoire de master, thèse, PFE,...) :
La première page du mémoire (avec le fichier pdf) - Thème :
Le mysticisme dans un enfant à tout prix de Charles Soh
Auteur·trice·s :
GAMNYE SOUOP ELSA
GAMNYE SOUOP ELSA
Université :
Université de Buea
Année de soutenance :
Faculté des arts - Département de français - 13 juillet 2025
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