La propagation des armes biologiques

  1. La menace terroriste chimique et biologique
  2. Le gaz sarin, un danger inodore et invisible
  3. Le gaz moutarde, les armes chimiques
  4. La propagation des armes biologiques
  5. Le bioterrorisme, les armes biologiques
  6. Etats et menaces terroristes chimiques et biologiques
  7. Le processus de destruction des armes chimiques
  8. Le cas des fabrications d’armes chimiques
  9. Irak : l’actualité du terrorisme chimique et biologique
  10. Les stocks libyens des armes chimiques
  11. Le poids de la menace d’utilisation d’armes chimiques
  12. Le gouvernement et l’utilisation de la menace terroriste
  13. Plans de défense nationaux et la lutte contre le terrorisme
  14. Les plans spécialisés NRBC et le terrorisme chimique

La propagation des armes biologiques

Chapitre 2 : les armes biologiques

Les armes biologiques sont tout aussi dangereuses que les armes chimiques, puisque toutes deux sont mortelles.

La différence consiste dans le fait que les armes biologiques datent de l’Antiquité, car elles ne nécessitent pas de préparations particulières : de simples cadavres ou des excréments permettent de transporter des bactéries mortelles et provoquer des épidémies mortelles.

Les armes biologiques ont dont fait l’objet de nombreuses évolutions et se sont propagées au fil des siècles (section 1).

Elles font le bonheur des terroristes, qui peuvent s’en servir sans avoir à se déplacer eux-mêmes, et leur permettent ainsi de ne pas s’exposer à des dangers. Ce phénomène s’appelle le bioterrorisme (section 2).

Section 1: la propagation des armes biologiques

Ces armes ne sont donc pas récentes et trouvent leur origine dans l’Antiquité, puis elles ont prospéré et évolué au fil des siècles, au point d’être toujours d’actualité, ce qui prouve leur efficacité (§1).

Ces armes biologiques ont par ailleurs servi dans un but de destruction ethnique, et les rend d’autant plus dangereuses (§2).

§1. Une utilisation datant de l’Antiquité, et toujours d’actualité

Les armes biologiques ont pour particularité d’utiliser des organismes (comme par exemple des germes pathogènes) dans le but d’affaiblir des armées ou les populations ennemies par la propagation de maladies qui sont soit mortelles, soit incapacitantes. Elles représentent un véritable danger, à tel point qu’elles sont classées dans la catégorie des armes de destruction massive.

Les armes biologiques sont composées de l’ensemble des armes bactériologiques et des armes virologiques.

La première fois connue où de telles armes ont été utilisées remonte à l’Antiquité, en -1350 au Moyen-Orient, où les Hittites laissaient intentionnellement dans leurs villages pillés des béliers contaminés par la bactérie Francsisella tularensis.

Quant à la Chine, elle, procédait d’une manière radicale, en envoyant des cadavres de pestiférés dans les villes assiégées, ce qui constitua aussi l’un des premiers exemples d’utilisation d’arme bactériologique, en précisant toutefois qu’à l’époque personne ne savait qu’il s’agissait d’une bactérie.

Autre illustration historique, Homère raconte dans l’Iliade et l’Odyssée, que lors de la Guerre de Troie, l’extrémité des flèches et des lances étaient enduites de poison, et les athéniens ont empoisonné l’eau de Cirrha avec l’hellébore.

Par la suite, au Moyen-Age, en Europe Occidentale, lors des conflits les assaillants contaminaient les puits avec des excréments, ou lançaient par dessus les murs d’enceinte de villes assiégées des barils remplis de cadavres en décomposition ou d’excréments dans un double but : démoraliser l’ennemie et propager des maladies. L’utilisation d’armes biologique n’est donc pas récente, et son utilisation était efficace, il s’agissait d’une arme très facile à se procurer, dans le cas où les armées utilisaient des cadavres ou des excréments.

Lors du siège de Caffa19 fut le théâtre d’une grave épidémie durant l’été 1346, suite à une bataille où des cadavres pestiférés étaient catapultés sur les ennemis, provoquant ainsi la mort de la plupart des assiégés.

A l’heure actuelle, les historiens pensent que ce sont les navires génois de retour de Caffa qui ont par la suite propagé la peste noire20, à partir de 1347, qui a décimé près de la moitié des européens.

19 Caffa : actuelle Théodosie en Crimée

20 La peste noire est une pandémie de peste bubonique causée par la bactérie Yersinia pestis, et qui a tué entre 30 et 50% de la population européenne en 5 ans (environ 25 millions de victimes).

L’humoriste Alphonse Allais, à la fin du XIX siècle, alors que la France a perdu l’Alsace et la Moselle au profit de l’Allemagne, déclare « au lieu de déclarer la guerre aux Allemands, on leur déclarera la peste ou le choléra! », ce qui illustre la volonté des population d’utiliser des armes biologiques lors des combats.

De sordides illustrations mettent en évidence la volonté des populations pour utiliser de telles armes, par exemple les Allemands ont utilisé comme cobayes pour leurs armes chimiques et biologiques des chevaux et des troupeaux entiers de bovins, qui étaient destinés à partir pour la France.

Suite à cela, les services vétérinaires des armées françaises et allemandes ont comptabilisé plusieurs dizaines de milliers de cas de morve chez les chevaux durant la première guerre mondiale, sans toutefois être capables de déterminer quelle est la part de l’origine naturelle et celle de l’origine volontaire.

Ces épidémies ont été catastrophiques au niveau du bilan des vies humaines, sans toutefois réussir à déterminer précisément le nombre de victimes.

La France n’a pas hésité en 1921 à créer une « Commission de de bactériologie » dans le but d’établir une politique de guerre biologique, suivie en 1940 par le Royaume-Uni, qui se muni d’une unité spéciale sur les armes biologiques, à Porton Down. Cette unité va réaliser des tests sur l’île de Gruinard en Ecosse , qui est contaminée en 1942 par la maladie du charbon21, resta en quarantaine pendant 48 ans.

Suite à cela, les Etats-Unis, qui ont senti la menace, décidèrent de créer un centre de recherches dès 1943, et en un an une installation d’essai sur site était opérationnelle. Les Etats-Unis ont ainsi compris l’importance et le danger des armes biologiques, et ont tout fait pour s’armer le plus rapidement possible.

L’Union Soviétique, elle, a débuté dès 1927 un programme d’armement biologique, capable de fournir toute une série d’agents pathogènes capables de provoquer la tularémie, le typhus ou encore la fièvre Q, bien qu’heureusement ces armes ne seront pas utilisées pendant la Seconde Guerre mondiale (du moins pas de manière connue).

21 5 millions de tourteaux comprenant de l’anthrax furent produites

Mais la palme de l’horreur revient à l’Empire japonnais, qui pendant la guerre sino-japonaise (1937-1945) a autorisé par mandat impérial la création d’une unité de recherches bactériologiques qui a pratiqué de nombreuses expérimentations sur des milliers de cobayes humains, avant d’utiliser ces armes en Extrême-Orient jusqu’à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, notamment lors de la bataille de Changde22.

Puis en 1943, l’Allemagne s’est dotée d’un centre de recherches d’armement biologique à Posen, qui prouve que la faisabilité des armes biologiques est clairement établie, et la menace bien réelle.

A cette époque l’utilisation des armes biologiques est difficile à établir, et certains pays sont soupçonnés de s’en être servi lors de la Guerre de Corée. De nombreux pays possédant l’arme biologique, la terreur régnait, ce qui a provoqué une course à l’armement.

Au début de la guerre froide, les grandes puissances ont ainsi continué leurs recherches en ce sens, jusqu’à l’arrêt des Etats-Unis en 1968, lorsque le Président Richard Nixon considère que « son arsenal nucléaire est suffisant pour se protéger ou attaquer ».

Le 10 avril 1972, la Convention sur l’interdiction des armes biologiques fut signée, mais son efficacité est relative car les programmes d’armes biologiques se poursuivent toujours23. Les soviétiques ont d’ailleurs lancé dès 1970 un programme d’envergure pour des essais d’armes biologique, nommé Biopreparat24, sans toutefois l’admettre officiellement car sinon cela reviendrait à admettre qu’ils violaient des accords internationaux.

L’efficacité de cette Convention est donc très relative, comme il le sera étudié par la suite.

22 Bataille entre l’Empire du Japon et la République de Chine qui causa la perte d’environ 100 000 personnes.

23 Comme en témoigne l’usine de production d’armes bactériologiques de Sverdlosk qui laisse

échapper de l’anthrax le 30 mars 1979, provoquant une épidémie qui fait entre 66 et 600 morts selon les sources.

24 Il s’agissait d’un programme scientifique et industriel de l’Union soviétique situé sur l’île de le Renaissance: en 1973 une unité responsable du programme de recherches d’armement biologique et ses 60 000 employés ont travaillé sur divers agents biologiques comme l’Ebola, la variole, la peste noire, etc.

Par la suite, des inspections internationales en Irak, alors menées dans le cadre de l’accord de cessez le feu, qui a mis fin à la seconde Guerre du Golfe, ont mis à jour un programme de guerre biologique d’envergure, qui était déjà à un stade avancé: découverte de stocks d’armes biologiques et de bactéries. Les accords n’ont donc aucun effet, puisque les pays continuent leur armement en secret.

En 1992, selon le Groupe Australie25, Boris Eltsine (ancien Président Russe) avait admis que l’Union soviétique avait mené secrètement un programme d’armes biologiques massives lors des 20 dernières années, en précisant qu’une grande partie des stocks avaient été détruits26.

Bien que ces destructions laisse prospérer un peu d’espoir, certains rapport rappellent que plusieurs pays continuent d’entreprendre des recherches dans le développement des armes biologiques offensives.

§2. L’utilisation d’armes biologiques dans un but de destruction ethnique

Les armes biologiques ont été utilisées dans d’atroces circonstances, dans le but d’anéantir des ethnies, comme l’illustrent les cas suivants : la distribution de couvertures infectées par la variole dans le Delaware (A) ou encore la tentative d’extermination des noirs lors de l’Apartheid (B).

A. La distribution de couvertures infectées par la variole dans le Delaware

En 1763, le général Britannique Jeffrey Amherst, décida de distribuer des couvertures infectées par la variole à des membres de la tribu des Delaware durant le siège de Fort Pitt27.

Il écrivit au Colonel Bouquet « Ne serait-il pas possible d’envoyer la variole chez les tribus indiennes rebelles? Nous devons à cette occasion utiliser tous les stratagèmes en notre pouvoir pour les vaincre ».

Bouquet lui répondit alors « J’essaierai d’infecter ces salauds avec les couvertures qui pourraient tomber entre mes mains et faire attention à ne pas contracter la maladie moi-même », avant qu’Amherst surenchérisse : « Vous ferez bien d’infecter les Indiens avec des couvertures, de même que toute autre méthode qui permettrait d’extirper cette race exécrable »28.

Il n’est pas clair pour autant que cette tentative ait été un succès ou non, mais comme beaucoup d’Amérindiens sont morts de la variole à cette époque, certains historiens29, ont conclu que la tentative avait été sans doute efficace, bien qu’une autre partie d’entre eux doutent du lien entre l’épidémie et les couvertures, car la variole était à cette époque déjà présente dans la région.

David Dixon quant à lui affirme que « les Indiens ont bien pu contracter l’effrayante maladie de plusieurs manières mais les couvertures infectées de Fort Pitt n’en étaient pas une ».

Quoi qu’il en soit, le fait est que la volonté d’utiliser des armes biologiques pour régler des conflits était bien présente, notamment dans le but de détruire toute une ethnie.

25 Le groupe Australie est un régime multilatéral de contrôle des exportations créé en 1985 (à la suite d’utilisation d’armes chimiques par l’Irak contre l’Iran) afin d’essayer de coordonner les politiques des Etats-membres en matière de contrôle des exportations de produits pouvant contribuer au développement d’armes chimiques. L’objectif de ce groupe est de prévenir et limiter la prolifération des armes chimiques et biologiques.

26 Destruction d’environ 100 à 300 tonnes de bacilles de charbon en 2003 à Kantubek par le « Dedense Treat Réduction Agency (agence de réduction des menaces) du département de la défense aux Etats-Unis.

B. Le « Docteur de la Mort », ou la tentative d’extermination des Noirs

Le Projet Coast était un programme qui alliaient des armes bactériologiques et chimiques, classé secret-défense, du gouvernement d’Afrique du Sud durant la période de l’Apartheid30.

Ce programme avait pour horrible objectif de contrôler la démographie de la population noire d’Afrique du Sud en créant des poisons bactériologiques ne s’attaquant qu’à la population noire.

27 Lors du siège de Fort Pitt, les colons de l’ouest de la Pennsylvanie recherchèrent la sécurité du Fort Pitt après le début de la guerre : près de 550 personnes s’entassèrent à l’intérieur du pont, et le 22 juin 1763 Fort Pitt fut attaquée par des Delawares.

28 Anderson 2000, p 809n; Grenier 2008 p 144

29 Tels que Francis Jennings

30 L’Apartheid (signifiant « séparation, mise à part ») était une politique de « développement séparé, affectant les population selon des critères ethniques dans des zones géographiques déterminées.

Ce programme était alors dirigé par Wouter Basson, surnommé à juste titre le « Docteur de la Mort ». Ce dernier avait mis en place plusieurs stratégies entre 1970 et 1990: du poison a été retrouvé sur des tshirts, de la nourriture, enveloppes, cigarettes ou encore du whisky, ainsi que d’autres produits destinés à être en contact avec les noirs.

Dans un documentaire « Marchands d’Anthrax: vers une guerre bactériologique? » Wouter Basson affirme que « la bombe Noire, visant à infecter uniquement la population Noire, a été un projet génial, le plus amusant de sa vie »31.

C’est en 1983 qu’un poison capable de tuer seulement les noirs est terminé, et déclaré opérationnel. A ce moment là, de grandes réserves de ce poison sont faites. Un second poison capable de stériliser les femmes noires avait également été mis au point.

Le 22 avril 2002, au bout de 30 mois de procès, 46 chefs d’accusation, 153 témoins et plus de 40 000 documents sur les méthodes employées, Wouter Basson fut acquitté par le juge Hartzenberg qui lui accorde l’amnistie. Face à une telle décision, l’Etat sud-Africain interjette appel devant la Cour Suprême, qui refuse un nouveau procès…

C’est en septembre 2005 que la Cour Constitutionnelle juge que le docteur Basson peut être rejugés pour crimes contre l’humanité, mais à ce jour aucune procédure judiciaire en ce sens n’a été engagée.

L’utilisation d’armes biologiques dans un but d’extermination d’une ethnie n’est plus à prouver, l’histoire l’illustre parfaitement, et laisse craindre pour l’avenir, de nouvelles attaques.

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