Le gaz moutarde, les armes chimiques

  1. La menace terroriste chimique et biologique
  2. Le gaz sarin, un danger inodore et invisible
  3. Le gaz moutarde, les armes chimiques
  4. La propagation des armes biologiques
  5. Le bioterrorisme, les armes biologiques
  6. Etats et menaces terroristes chimiques et biologiques
  7. Le processus de destruction des armes chimiques
  8. Le cas des fabrications d’armes chimiques
  9. Irak : l’actualité du terrorisme chimique et biologique
  10. Les stocks libyens des armes chimiques
  11. Le poids de la menace d’utilisation d’armes chimiques
  12. Le gouvernement et l’utilisation de la menace terroriste
  13. Plans de défense nationaux et la lutte contre le terrorisme
  14. Les plans spécialisés NRBC et le terrorisme chimique

Le gaz moutarde, les armes chimiques

Section 2: le gaz moutarde

Le gaz moutarde est un composé chimique cytologique et vésicant12. Il a la capacité de former de grandes vésicules sur la peau exposée.

Il a la particularité, comme son nom l’indique, d’avoir une odeur semblable à celle de la moutarde. Ce gaz est également appelé gaz Ypérite, en raison de la ville d’Ypres13, en Belgique, où il a été utilisé le 11 juillet 1917 pour la première fois.

Par la suite, il sera utilisé dans de nombreux conflits coloniaux, ainsi que dans la guerre Irak-Iran dans les années 1980.

Le 16 mars 1988, Saddam Hussein14 s’en est servi lors du bombardement de la ville de Halabja, faisant près de 5 000 victimes.

Le gaz moutarde est parfois utilisé dans le traitement des cancers : il entre dans la composition de certaines chimiothérapies (celles dites cytoxiques). Ses propriété médicale ont été découvertes peu après la fin de la Première Guerre mondiale.

Ainsi, le gaz moutarde est une arme redoutable (§1) et les conséquences sont désastreuses (§2) puisqu’elles peuvent causer la mort.

11 L’atropine est un alcaloïde tropanique présent dans diverses plantes de la famille des solanaceae, comme la belladone, le datura, la jusquiame et la mandragore, (des solanacées dites vireuses). Elle est souvent utilisée en tant qu’antidote de certains gaz de combat neurotoxiques comme le gaz VX. L’atropine est un racémique, donc optiquement inactif (mélange équimolaire d’énantiomères lévogyre et dextrogyre), alors que l’isomère lévogyre S-(–) est l’hyoscyamine. L’atropine est un antagoniste cholinergique qui agit en se fixant aux récepteurs muscariniques de l’acétylcholine dans le système nerveux central et périphérique.

12 Un produit chimique vésicant a la propriété d’irriter gravement la peau, les yeux et les muqueuses en particulier les voies respiratoires de manière irréversible. C’est la propriété de certaines armes chimiques, comme le gaz moutarde, largement utilisé pendant la Première Guerre mondiale. On retrouve également les lewisites, encore plus agressives, et les oximes de phosgène (aussi appelé simplement CX) qui ont la particularité de blanchir la peau et de ne se manifester qu’au bout d’un certain temps : ainsi l’exposition est plus longue et les effets plus graves encore.

13 Ypres (en néerlandais Ieper) est une ville de Belgique située en Région flamande, chef-lieu d’arrondissement en province de Flandre-Occidentale. Elle est située dans le Nord-ouest de la Belgique dans la région du Westhoek. La ville compte habitants, ce qui en fait la sixième ville de Flandre-Occidentale. Avec Lille et les villes de l’ancien bassin minier du Nord-Pas-de-Calais, elle participe aussi à un ensemble métropolitain de près de 3,8 millions d’habitants, appelé « aire métropolitaine de Lille ».

§1. Une arme redoutable

Les effets (A) du gaz moutarde sont terribles, c’est la raison pour laquelle les Etats luttent contre son utilisation (B).

A. Effets

Sous sa forme pure, le gaz moutarde est un liquide plutôt visqueux, incolore et surtout sans odeur, qui provoque après un certain temps (allant de quelques minutes à plusieurs heures), des cloques sur tout le corps, et attaque les yeux et les poumons.

Il inflige de graves blessures, même à travers les vêtements, ou le caoutchouc naturel des bottes et masques.

Sous forme de vapeurs, il attaque les voies respiratoires, entraine une cécité temporaire, et la peau en contact avec le gaz devient enflammée, et se transforme en cloques remplies de liquide. En cas de forte dose, le gaz moutarde entraine la mort car il détruit les poumons.

L’ypérite est un agent mutagène, c’est-à-dire qu’il développe une prédisposition aux cancers.

14 homme d’État irakien, présumément né le 28 avril 1937 à Al-Awja, près de Tikrit, et exécuté par pendaison le 30 décembre 2006 à Bagdad, président de la République de 1979 à 2003.

Le gaz moutarde a été particulièrement utilisé comme arme chimique visant à infliger de graves brûlures chimiques des yeux, de la peau et des muqueuses. Sa première synthèse n’est pas récente, elle remonte à 1860 et fut réalisée par Frederic Guthrie.

B. La lutte contre le gaz moutarde

Le 6 février 1918, la Croix-Rouge lance un appel aux belligérants contre l’emploi de gaz vénéneux, car à cette époque les usines de munition commencent à augmenter la fabrication d’armes chimiques pour atteindre environ un tiers de la fabrication. Mais la course aux armements se traduira par une production continuer et massive d’armes chimiques jusqu’a la fin de la Guerre Froide.

En 1925, le Protocole de Genève15 ne suffira pas à mettre fin à cette prolifération, et ce n’est que 70 ans plus tard que des décisions importantes visant l’interdiction et la destruction de ces armes seront enfin prises16.

§2. L’utilisation et les conséquences du gaz moutarde

Le gaz moutarde est une arme de guerre de choix (A), mais suite à la frayeur des Etats, il a été décidé de se débarrasser au plus vite de ces armes, c’est ainsi que de nombreux obus se sont retrouvés immergés et polluent aujourd’hui nos océans (B).

A. Une arme au service de la guerre

C’est lors de la Première Guerre mondiale que les gaz de combat sont utilisés à grande échelle. Après des essais à l’aide de gaz lacrymogènes en 1914, les Allemands en tirent contre les troupes russes, déployées le long de la Ravka en janvier 1915, puis le 22 avril 1915 à Ypres (d’où le nom d’ypérite donné au gaz moutarde).

Ainsi, l’utilisation de ce gaz moutarde à provoqué la mort de plus de 90 000 personnes et ont fait un million de blessés.

15 Protocole concernant la prohibition d’emploi à la guerre de gaz asphyxiants, toxiques ou similaires et de moyens bactériologiques

16 la Convention sur l’interdiction des armes chimiques a été signée en 1993

Winston Churchill préconisait le recours aux gaz qui avaient été la terreur des tranchées. Churchill, fervent partisan de la guerre chimique, a même décidé de s’en servir contre les bolchéviques en Russie.

Ainsi, durant l’été 1919, soit 94 ans avant l’attaque dévastatrice en Syrie, Churchill lance une attaque chimique d’envergure. Il ne s’agissait pas de la première fois où les britanniques avaient recours aux gaz de combat, car au cours de la 3ème bataille de Gaza (contre les ottomans) en 1917, le général Edmund Allenby avait fait tirer 10 000 obus à gaz asphyxiants sur les positions ennemies, avec des effets limités.

Mais le recours à de telles armes a suscité l’hostilité du gouvernement, au grand désespoir de Churchill, qui a déclaré « Je suis fermement en faveur de l’utilisation de gaz toxiques contre les tribus non civilisées », reprochant ainsi au gouvernement ses « sensibleries ».

Le gaz est selon Churchill une arme plus miséricordieuse que les explosifs de forte puissance, car il contraint les ennemis à accepter une décision en causant moins de perte que tout autre agent de la guerre.

L’utilisation de cette arme se retrouve également pendant des opérations de « police » menées par la Grande-Bretagne, l’Espagne et même la France dans leurs colonies. Ainsi les Italiens s’en serviront contre les Ethiopiens en 1936, et les Japonais contre les Chinois.

Dans les années 1960, les Américains emploient l’agent Orange au Vietnam, un puissant défoliant qui aura des conséquences désastreuses sur la population.

Puis en 1988, Saddam Hussein fait tirer du gaz moutarde sur la ville Kurde d’Halabja causant la mort de 5 000 personnes.

Après la guerre du Golfe, plusieurs centaines de tonnes de gaz moutarde sont éliminés en Irak par l’UNSCOM17.

17 Commission de contrôle, de vérification et d’inspection des Nations unies, qui a été chargée de l’inspection des armes en Irak. Cette commission a été créée en 1999, puis dissoute par le Conseil de sécurité le 29 juin 2007

Début 2014, le stock de 26,3 tonnes d’ypérite détenu par la Libye a fini d’être détruit par les Etats- Unis après un contra de 950 millions de dollars passé en avril 2011 à trois sociétés. Ainsi, l’OIAC a annoncé en 2014 qu’il n’y avait plus de gaz moutarde en Libye.

B. La pollution provoquée par le gaz moutarde

Selon un reportage diffusé sur Arte18, de nos jours plus d’1,5 millions de tonnes de cylindres contenant du gaz moutardes (ainsi que d’autres gaz), jonchent les fonds marins.

Il y a ainsi de véritables bombes à retardement qui dorment au fond des océans de toute la planète, plus d’un million de tonnes d’armes chimiques héritées des deux guerres mondiales nous menacent encore aujourd’hui.

En effet, la mer est aussi la poubelle des armées. Comme le chantait Renaud, « la mer est dégueulasse », toutefois contrairement à ce qu’il disait, ce n’est pas à cause des « poissons qui baisent dedans », mais plutôt parce que la mer est la poubelle de l’humanité. De 1917 à 1970, pour se débarrasser des stocks d’armes explosifs et hautement toxiques, les armées des grandes puissances mondiales les ont déversées dans les océans.

Il y aurait ainsi près de 1,5 millions de tonnes d’armes chimiques provenant des deux Guerres Mondiales, il ne peut s’agir que d’une estimation, car les immersions ont toujours eu lieu clandestinement.

Les lieux d’immersion sont connus sans l’être vraiment. Ces armes et ces poisons mortels encore actifs s’échappent peu à peu dans la mer, menaçant les pêcheurs, les baigneurs, les poissons et tout l’écosystème.

A l’issue de la seconde guerre mondiale, à la conférence de Posdam en août 1954, les Alliés se répartissent les stocks d’armes chimiques pour les déverser en mer. Il s’agissait de la solution la plus simple et la plus sûre qu’ils aient trouvée.

Ainsi, jusqu’en 1970, des immersions d’armes chimiques auront lieu en mer du Japon, dans l’océan Indien, en mer Baltique, en mer du Nord, dans l’Atlantique Nord, au large des côtes américaines et canadiennes et enfin, en Méditerranée, au large de la Côte d’Azur et des côtés italiennes à Bari.

18 http://maplanete.blogs.sudouest.fr/archive/2014/02/25/television-a-la-decouverte-d-un-arsenal-d-armes-chimiques-so-1017026.html

Par conséquent, aujourd’hui il y en a un peu de partout, notamment en mer Baltique, qui est considérée comme la mer la plus polluée au monde.

Pour les pêcheurs qui remontent les filets, les accidents se multiplient. Les Etats tentent de localiser ces armes, mais tout s’y oppose : le manque d’archives, le secret militaire, le coût des opérations, l’omerta des pêcheurs et la peur de faire fuir les touristes.

Toutefois des solutions existent, mais cela implique des coûts de la part des Etats.

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