L’industrialisation du bio : Le désastre écologique,…etc

2-1-2 L’industrialisation du bio : le désastre écologique, environnemental et social.

Sous la pression des grands groupes, la demande augmente en permanence mais les capacités de productions ne sont pas suffisantes.

Rappelons que la consommation du bio est un phénomène qui touche au moins occasionnellement la quasi-totalité des français mais que seulement 6% des terre agricoles n’en permettent la production.

De ce fait le rythme imposé par la grande distribution crée une demande qui se retrouve extrêmement concentré sur une très faible proportion de producteurs.

Dans cette course au profit les valeurs de respect de l’environnement, de l’humain et de la nature se retrouvent complètement oubliés et il est très difficile de continuer à parler de produits “bio” si l’on considère les vocations originelles du mouvement.

Les petits producteurs et les consommateurs très avertis le savent déjà très bien : ce qu’un petit producteur bio local vend directement à sa clientèle fidèle et ce qu’un groupe comme carrefour vend en bio en masse sont deux choses absolument différentes (même si cela vient de petits producteurs) qui sont malheureusement labellisées de façon identiques et vendues au même prix.

Et la raison à ce phénomène est toute simple, dans les circuits de la grande distribution les producteurs ne sont plus les maître des cycles de production, les grands groupes attirent les petits producteurs avec des prix d’entrées intéressant puis font pression pour toujours plus exiger toujours plus de ces derniers : les légumes doivent être calibrés, seulement certaines variétés doivent être cultivés (impossible de travailler avec des variétés de légumes ou céréales anciennes par exemple), des quotas de productions sont à respecter et les prix sont revus à la baisse chaque année.

Le problème dans cette augmentation de la cadence de production c’est que les producteurs n’en voient jamais la récompense.

Si les chiffres d’affaires et les parts de marché dans les grandes distributions sont en croissance permanente, le revenu moyen de l’agriculteur bio lui n’a pas augmenté à la même vitesse que la marge des industriels.

Avec cette stratégie commerciale c’est l’intermédiaire (le distributeur donc) qui prend le pouvoir sur le producteur ET le consommateur (qui est souvent trompé sur la qualité du produit fini).

Les grands groupes peuvent ainsi créer leur propre offre et demande et prennent le contrôle du marché.

Avec l’augmentation forcée de la production le produit perd inévitablement en qualité nutritive et gustative et le producteur de son côté perd en qualité de vie, en fin de chaîne le consommateur lui perd en confiance car le produit ne correspond pas à ses attentes de qualité.

Dès lors les trois principes fondamentaux du bio ne sont pas respectés.

Cette pression des industriels donne naissance à des situations qui ne devrait pas voir le jour dans l’agriculture bio, c’est le cas par exemple des fruits et légumes d’été bio cultivé sous serre toute l’année.

On peut par exemple trouver des tomates certifiées bio toute l’année produites en Normandie23 ou en Bretagne, cette situation représente une contradiction majeur avec les valeurs du bio d’une part car cela représente une aberration gustative et nutritive pour ce qui est de la qualité du produit, et d’autre part car ce mode de production ne respecte pas du tout les saisons naturelles des végétaux pourtant encouragé dans la philosophie bio.

De plus le chauffage des serres nécessaire pour ce mode de production représente une source de pollution supplémentaire, toujours en contradiction avec la volonté écologique du bio.

Face à ces aberration de l’agriculture bio les agriculteurs appellent à un un réapprentissage du calendrier naturelle des fruits et légumes, malheureusement encore trop de consommateurs souhaitent accéder au bio tout en conservant leurs habitudes de consommation antérieures et causent peu à peu la détérioration de ce dernier à leur insue en faisant grandir la demande.

L’autre facette du problème de cette demande excessive, c’est que industriels ont décidés de commencer à la contourner en allant chercher des produit bio d’importation, UE et hors UE, c’est pourquoi aujourd’hui la France importe 30% de ses produits bio en général et 60% de ses fruits et légumes bio24.

Ce chiffre se révèle problématique car si la France possède de son côté des labels nationaux plus stricts qui peuvent venir renforcer la réglementation européenne certains pays de l’UE sont beaucoup moins respectueux des normes fixées.

La société Pronatura par exemple importe la plupart de ses produits et seulement ¼ d’entre eux proviennent de France ! Dans un article de Philippe Baqué qui dénonce l’industrialisation du bio datant de 2011 25 on apprenait déjà que cette entreprise travaille depuis maintenant 12 ans avec un producteur de fraise bio espagnol : Bionest.

Or cette société cultive de manière industrielle intensive sous serre et hors sol une seule et unique variété de fraise à haut rendement sur des centaines d’hectares et ce de façon illégale dans la réserve naturelle de Doñana.26

Une catastrophe écologique malheureusement provoqué par les entreprises qui cherchent à satisfaire la demande irréaliste d’un bio industrielle en se procurant de produits bio toujours plus précoces, mieux calibrés et qui se conservent toujours plus longtemps.

Dans ce même article Philippe Baqué nous explique que les “méthodes de culture ne sont pas radicalement différentes de celles des serres conventionnelles […] Seuls les intrants certifiés (bio) lui assurent le label bio.” et va même jusqu’à dénoncer l’esclavage moderne que pratique le producteur avec des travailleuses immigrantes venus des pays de l’est qui se retrouvent sous l’emprise totale de leur employeur sans même la possibilité de quitter l’Espagne.

Il va sans dire que l’exploitation des fraises Bionest représente une violation pure et simple de tous les principes d’agriculture biologique, en effet le produit est tout d’abord de très mauvaise qualité et cela est dû à la monoculture de variétés à très haut rendement qui sont souvent beaucoup plus faibles en goût.

Ensuite la production de ces fraises représentent une dérive écologique irréaliste de par sa production massive sous serre hors sol et seront voué à polluer encore plus puisqu’elles sont réservés à l’importation.

De plus le maintien de cette exploitation illégale engendre la maltraitance des travailleurs impliqués, et enfin ce genre d’exploitation en monoculture “bio” provoque les mêmes effets dévastateur sur le sol qu’une monoculture classique ce qui cause la destruction lente et inévitable du patrimoine naturelle de la région, qui est pourtant une réserve naturelle.

Paradoxalement un tel produit n’aura aucun mal à être importé et se retrouvera sur les étales bio des géants de la distribution en France tel que Carrefour ou Leclerc.

Nous assistons à mon sens à travers ces aberration à une véritable perversion des valeur originelles du mouvement bio provoqué principalement par le consommateur ignorant qui n’est pas choqué de demander à consommer des produits d’été toute l’année.

Je tiens à préciser que l’idée n’est pas de stigmatiser le consommateur en lui faisant porter la responsabilité de toutes les dérives du bio de nos jours, dans une société où consommer responsablement représente un défi conséquent en soi-même on ne peut décemment pas s’attendre au même niveau de sensibilité de la part de toute la population.

Toutefois le cercle instauré est tout de même vicieux dans le sens où plus le consommateur de base sur ses anciennes habitudes de consommation, plus les distributeurs vont proposer un bio dérogeants à toutes les règles de la nature, ce qui a son tour n’encourage pas le consommateur à se poser les bonnes questions sur son mode de consommation.

L’industrialisation du bio : Le désastre écologique,…etc

Alors à qui la faute ? Et bien dans les faits la responsabilité revient en partie à chacun des acteurs impliqués de la production à la consommation, mais les autorités peuvent en principe faire pencher la balance à travers les réglementations et la création de labels.

Sur le papier l’importation ne doit pas présenter de risque vis à vis de la certification bio des produits, le label européen est bien le même pour tous les pays membres, mais ce label fait débat depuis ses débuts car jugé beaucoup trop laxiste par rapport à certains labels plus exigeants tel que “nature & progrès”.

Dans les fait les agriculteurs ont le sentiment que l’Europe ne souhaite pas aller dans le sens du “vrai” bio et préfère se tourner vers le bio qui permet d’engendrer du profit facilement, en effet en juillet 2009 une nouvelle réglementation du label bio européen augmentait par exemple le taux maximal d’OGM pouvant être présent dans un produit bio, passant alors de 0,1% à 0,9%27, un laxisme inacceptable pour les associations de défense de consommateurs tel que 60 millions de consommateurs.

Mais le problème remonte plus loin que cela car en y regardant de plus près il est également impossible de faire confiance au label national AB, censé être plus strict et venir en complément à la réglementation européenne, puisque la charte AB n’indique par exemple aucune limite de taille d’exploitation, ni aucune distance minimale entre des champs bio et non bio.

Ainsi un produit certifié bio peut très bien venir d’une exploitation gigantesque en monoculture contaminée par l’utilisation de pesticides d’un champ voisin, ce qui en théorie pourrait rendre non éligible une grande partie des terres biologiques françaises.

De plus le label AB n’indique rien sur les conditions de travail28, il serait donc tout à fait possible de voir en France une situation similaire à celle de Bionest en Espagne.

Ce manque de label national digne de confiance crée des problématiques uniques dans la quasi-totalité les secteurs de production biologique.

On peut ainsi prendre en exemple le secteur des vins biologiques où l’on peut observer une opposition ferme d’un bio “a minima” véhiculé par les labels majoritaires sur les marchés.

Pour qu’un vin soit certifié bio, il faut que la parcelle de vigne en questions ait été cultivées pendant minimum 36 mois de façons de façons biologique29, c’est seulement à partir de ce seuil que la production suivante peut obtenir une certification bio.

Durant ces 36 mois ne sont autorisés que des traitements naturels pour la vigne, cependant certains d’entres eux comme la bouillie bordelaise30peuvent être toxique pour les sols même s’ils sont d’origine naturelle.

On observe également que plus de 40 intrants naturels31 autorisé dans ce mode de culture et habituellement utilisés sont nocifs pour la matière organique des sols à cause de leur caractère acidifiant pour la plupart.

De nombreuses pratiques au cours du processus de transformation, également naturelles, peuvent entrer en jeu afin de standardiser32 le goût du vin, même si il est bio.

C’est pratiques sont aujourd’hui dénoncé par l’association S.A.I.N.S qui regroupe des producteurs de vin “nature”, ces vins sont produits sans aucun traitement de la vigne ni ajout ou altération du processus de vinification33.

L’association rejette en bloc le label AB classique qui laisse encore beaucoup de liberté quant à la modification du vin et ne reflète pas le caractère écologique, éthique et qualitatif de la démarche bio.

Les problèmes de labels non fiables viennent également toucher les coopératives pourtant réputées pour être fiables et engagées telle que Biocoop victime récemment d’un scandale quant à l’origine réelle de ses avocats “origine espagne”34.

Les fruits fournis par un grossiste espagnol normalement originaires d’Espagne et certifiés bio (selon la norme européenne donc) se sont révélés être originaires d’amérique du sud, il est alors pratiquement impossible de vérifier si les avocats en question étaient effectivement bio ou non.

Certains pays profitent d’une sorte d’équivalence en terme de certification qui est reconnu comme bio par l’UE35.

Toutefois ces équivalences manquent cruellement de suivi et les pays en question prennent très souvent des libertés qu’il est impossible à maîtriser à distance avec le système actuel.

D’une manière générale la question de l’importation du bio depuis un autre continent reste épineuse puisque celle-ci rentre en conflit immédiat avec les valeurs écologiques du bio.

Quant à la question des labels il est réalité difficile de leur rejeter la faute dessus, ces labels sont le produit du contexte dans lequel ils ont été nécessaires.

Ainsi si la réglementation européenne concernant le bio se dégrade à chaque révision c’est parce qu’elle souhaite naturellement s’adapter à l’industrialisation en cours et les autorités européenne ne pourraient pas se permettre de refuser la croissance économique que représente aujourd’hui l’industrialisation du secteur bio.

D’un autre côté le lobby font pression pour toujours profiter de plus de liberté dans la fabrication du bio afin de pouvoir rabaisser toujours un peu plus les coûts de production et gagner encore en marge.

Ce problème de fond qui relève de l’éthique est pour moi la preuve que les industriels sont parvenus à s’approprier le secteur pour en tirer le plus de profit possible, cela vient également confirmer la disparition progressive du bio en tant que philosophie qui devra peut-être en fin de compte revenir au stade de mouvement indépendant marginal.

Le tableau du secteur bio n’est évidemment pas tout noir, les petits producteurs militants et les consommateurs “ambassadeurs” passionnés par la création d’un mode de vie plus sain se battront toujours pour faire vivre la philosophie du mouvement.

Il faut toutefois reconnaître le caractère catastrophique des pratiques de la majorité des industriels et ce sur un plan éthique, environnemental, écologique et social.

Le mouvement bio face à l’industrialisation  : Comment l’identité du bio est-elle en train de s’effacer au profit de son industrialisation ?
Mémoire professionnel – Master 2 LCAI – Université de La Rochelle

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L’industrialisation du bio
23 Ouest France, Des fruits et légumes bio poussés sous serre chauffés méritent-ils le label bio ? Lucas LARCHER 30/05/2019
https://www.ouest-France .fr/economie/agriculture/agriculture-biologique/des-fruits-et-legumes-poussees-s ous-serres-chauffees-meritent-ils-le-label-bio-6373715
24 Danger Alimentaire, l’industrialisation du bio https://www.dangersalimentaires.com/2011/03/lindustrialisation-du-bio/
25 Florissantes industries de l’agriculture biologique, Philique Baqué dans Le Monde diplomatique, Février 2011 https://www.monde-diplomatique.fr/2011/02/BAQUE/20129
26 Danger Alimentaire, l’industrialisation du bio https://www.dangersalimentaires.com/2011/03/lindustrialisation-du-bio/
27 Agriculture bio : l’harmonisation européenne fait débat https://www.actu-environnement.com/ae/news/debat_harmonisation_europeenne_agriculture_biologique_6835.php4
28 Label bio : Pourquoi il ne faut pas l’acheter les yeux fermés, Eric Delon, 28/08/2018 pour Capital https://www.capital.fr/lifestyle/label-bio-pourquoi-il-ne-faut-lacheter-les-yeux-fermes-1303820
29 60 Millions de consommateurs. Hors-Série N°126S – août/septembre 2018
30 La bouillie bordelaise est un traitement antifongique naturelle fabriqué à base de sulfate de cuivre. 31 Produits (intrants) et techniques autorisés dans l’élaboration du vin https://www.vinsnaturels.fr/005_liens/les-intrants-dans-le-vin.php
32 Sous entendu faire en sorte que le goût du vin bio se rapproche de celui des vins classiques. Les vins bios peuvent pourtant présenter des saveurs anciennes aujourd’hui oubliés.
33 Le Vin Naturel https://www.vinsnaturels.fr/001_vin_naturel.php
34 Les magasins Biocoop épinglés pour des avocats «bio» aux origines douteuses, La Parisien 10 juillet 2019 http://www.leparisien.fr/economie/les-magasins-biocoop-epingles-pour-des-avocats-bio-aux-origines
-douteuses-10-07-2019-8114217.php
35 Les produits hors UE admis comme bio sous certaines conditions, EURACTIV France avec l’AFP, 11 avril 2018
https://www.euractiv.fr/section/commerce-industrie/news/les-produits-hors-ue-admis-comme-bio-sous-cer taines-conditions/

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