Everardo Reyes García
Université De Paris VIII - U.F.R. Langage Informatique Technologie - Thèse de Docteur - Sciences de l’information et de la communication

Fonctions des hypertextes : primaires et secondaires

  1. L’objet technique hypermédia: contenu éducatif sur le Web
  2. Les TIC au service de l’enseignement
  3. La pratique de l’enseignement assisté par les TIC
  4. Les universités virtuelles et les campus numériques
  5. Les normes, standards et spécifications e-learning
  6. Les enjeux pédagogiques et sociaux des TIC pour l'enseignement
  7. Enjeux économiques et juridiques des TICE
  8. Les enjeux technologiques des TIC pour l'éducation
  9. Approche informationnelle-communicationnelle des TICE
  10. Les objets techniques et TICE : signes, dénotation et connotation
  11. TICE et les dimensions sémiotiques des objets techniques
  12. L’évolution des objets techniques : fonctions et lois de genèse
  13. Les objets techniques numériques à communiquer
  14. Convergence et remédiation des objets médias
  15. L’objet technique hypermédia : hypertextes et hypermédias 
  16. Les éléments sémantiques des objets hypermédias
  17. Fonctions des hypertextes : primaires et secondaires
  18. L’évolution de systèmes hypermédias : Domaines et Systèmes
  19. Les hypermédias pédagogiques : approches et notions
  20. Architecture des systèmes hypermédias pédagogiques
  21. Usages pédagogiques des hypermédias : exploratoire et constructif
  22. Types d’usages pédagogiques constructifs des hypermédias sur le Web
  23. La notion d'argumentation, Argumentation et hypermédias
  24. Systèmes gIBIS et Compendium, Argumentation dans les hypermédias
  25. La modélisation, un type d'usage constructif des hypermédias
  26. Édition hypermédia de documents et Web comme espace d'édition
  27. Systèmes d’édition hypermédia : Blogs, MediaWiki et Google Docs
  28. Multimédia et Apprentissage : réalisations et scénarisation
  29. Systèmes de production multimédia : LimSee2 et Topia
  30. Travail collaboratif : usage constructif des hypermédias
  31. Systèmes favorisant le travail collaboratif : Claroline et IsaWiki
  32. Contenu éducatif sur le Web, création et structures
  33. La création de contenu éducatif, Web comme machine textuelle
  34. La théorie de la transtextualité et la condition arbitraire du signe
  35. Documents numériques : Ingénierie et Design de l'information
  36. Documents pédagogiques numériques : éducation et hypermédias
  37. Approche centrée sur les structures, Contenu éducatif sur le Web
  38. Contenu éducatif: Langages, Objets et Web sémantique
  39. SPECS, un système pour la création de contenus éducatifs
  40. Présentation du système SPECS
  41. Fonctionnement, architecture et composants du système SPECS
  42. SPECS : le modèle de document pédagogique numérique
  43. L'interface graphique d'édition de documents numériques, système SPECS
  44. La licence professionnelle Webmestre éditorial : Usage des TICE
  45. Le mastère informatique et technologies, Technologies de l'hypermédia
  46. Usage du système de création de contenu éducatif par les auteurs
  47. Usage du système de création de contenus sur le Web par les lecteurs
  48. Évaluation comparative de systèmes de création de contenus
  49. TICE dans un contexte de création de contenus pédagogiques
  50. Le système hypermédia sur le Web : aspects techniques
  51. Services Web sémantiques éducatifs
  52. Documents pédagogiques numériques: les hypermédias

Fonctions des hypertextes : primaires et secondaires

2.4.4 Fonctions primaires et secondaires

2.4.4.1 Fonctions primaires de l’hypertexte

Il est admis que la fonction principale des hypertextes, ou plus généralement des hypermédias, est d’établir, dans un ensemble de documents, des possibilités de circulations « transverses ».

Cette fonctionnalité rend possible une lecture hypertextuelle où l’on peut « sauter » aussi bien d’un passage à l’autre dans un document que d’un passage d’un document donné à un passage d’un document distinct, à la seule condition que celui-ci soit informatiquement accessible.

Par rapport à l’informatique, la finalité de l’hypertexte est avant tout de mettre les capacités de calcul et de présentation d’un ordinateur au service de l’information, structurée ou non, en réalisant des associations entre des éléments de natures différentes, associations conduites par l’intelligence ou l’intuition de l’utilisateur.

Dans la section précédente, nous avons rappelé des éléments syntaxiques et sémantiques, en proposant une brève description de leurs fonctions primaires.

À présent, nous allons nous intéresser aux fonctions secondaires des éléments hypertextes.

2.4.4.2 Fonctions secondaires de l’hypertexte

Nous avons suggéré que les fonctions secondaires des objets techniques sont celles qui sont connotées : idéologie d’usage, type(s) d’utilisation et de signification.

Afin de découvrir les fonctions secondaires associées aux objets hypermédias, il n’est pas inutile de commencer en considérant l’idée selon laquelle le Web est une entité de la « symbolosphère », notion qui a été introduite par Robert K. Logan et John Schumann.

Le concept de symbolosphère a été proposé par Logan et Schumann comme un néo-dualisme de la dialectique esprit/matière pour comprendre le langage en tant que série de relations de symboles.

Le langage, selon eux, est un système complexe, un artefact invisible et immatériel qui est compris par la symbolosphère, en opposition au monde physique, qui est nommé « physiosphère ».

La forme du langage, objet d’appropriation pour l’homme, suppose trois préadaptations naturelles fondées principalement sur le cerveau humain : les capacités d’attention, les capacités de compréhension des intentions communicatives et les capacités d’apprentissage culturel.

La symbolosphère a affaire à tous les phénomènes qui sont médiatisés par des symboles, par exemple la pensée abstraite et la communication; elle est l’esprit existant non pas seulement dans un cerveau humain, mais surtout dans les constructions partagées entre et avec les autres cerveaux.

Si nous observons le Web comme une partie de ce vaste monde symbolique, nous pouvons affirmer que ses composants ont des intentions communicatives outre leur rôle purement fonctionnel, c’est-à-dire qu’il y a des fonctions communicatives au sein des composants techniques et ces fonctions sont intimement liées aux facteurs constitutifs de tout procès linguistique.

Nous sommes, à présent dans la possibilité de traiter les fonctions secondaires de l’hypertexte.

D’un modèle de communication élémentaire du type : destinateur – message – destinataire, Roman Jakobson dérive six fonctions linguistiques de base qui se manifestent dans toute acte de communication [JAK 63].

L’intérêt méthodologique est d’examiner l’ensemble des six fonctions dans sa totalité, plutôt que d’en favoriser une dans la mesure où il est difficile de trouver des messages qui ne remplissent qu’une seule fonction : « La diversité des messages réside non dans le monopole de l’une ou de l’autre fonction, mais dans les différences de hiérarchie entre celles-ci » [JAK 63 : 214].

En appliquant à l’objet technique hypermédia les six fonctions communicatives énoncés par Jakobson, nous pouvons distinguer:

1. La fonction dénotative (cognitive, référentielle) :

Elle se rapporte au schéma communicatif, au contexte; elle indique la tâche dominante de l’objet.

Nous avons déjà signalé que les objets techniques ont une fonction autoréférentielle, qui définit la fonction instrumentale qu’ils assurent, un signifiant dont le signifié est la fonction qu’ils rendent possible.

2. La fonction expressive (émotive) :

Elle est basée sur l’émetteur, ou dans les termes de Jakobson, sur le destinateur. Elle tend à donner l’impression d’une certaine émotion.

Dans le cas du Web, nous pouvons imaginer les différentes émotions qui surgissent par le dynamisme des couleurs et des effets spéciaux au contraire des sites plutôt « minimalistes », mais également lors de l’exploration de sites de guerre, pornographiques…

3. La fonction conative (vocative, impérative) :

Elle est en rapport avec le destinataire.

Dans un site Web, les éléments qui apparaissent déterminent la manière dont l’usager reçoit et manipule l’information.

Par exemple, les sites imposent un espace délimité par les fenêtres du navigateur et, à l’intérieur de celui-ci, par les calques ou les frames.

4. La fonction phatique :

Elle sert essentiellement à établir, prolonger ou interrompre la communication, elle est en rapport avec le contact.

Les objets hypermédia présentent cette fonction à travers des messages tels « Bienvenue sur ce site », « Vous êtes connecté en tant qu’administrateur » ou « Votre session a été bien finalisée ».

Cette fonction peut également être observé à travers les logotypes d’identité, d’une marque ou d’un nom du site, sur le Web.

5. La fonction métalinguistique :

Jakobson exemplifie cette fonction lors de tout procès d’apprentissage d’une langue dans lequel les rapports s’établissent avec le « langage-objet », ou avec le langage lui-même, et non avec le « langage-discours ».

Quant au Web, son application s’observe dans les signes linguistiques eux-mêmes, les caractères de la langue utilisée (latin, chinois, arabe, etc.), mais aussi dans les codes d’un objet média quelconque ou, encore, dans le code qui donne forme à un hyperdocument, le HTML étant considéré par beaucoup comme la « langue maternelle » du Web.

La fonction poétique : c’est le message lui-même, ce qu’on veut dire et la manière de le dire, à travers un objet hypermédia.

Cette fonction est associée aux styles rhétoriques utilisés pour la rédaction d’un texte, ainsi qu’aux choix des polices et de la couleur pour le représenter, mais aussi au rythme de montage d’une vidéo, au rythme de la narration d’une ressource audio, etc.

Notre analyse ne peut être complète sans une attention portée à l’idéologie d’usage, autre représentant des fonctions secondaires des objets techniques. Pour cela, nous avons évoqué plus haut que les formes de communication sur le Web répondent à des métaphores et c’est justement celles-ci qui constituent la structure de l’interaction.

Comme cela est bien connu, la métaphore du Web la plus vulgarisée est celle de la navigation. Le terme « navigation » fait référence aux différentes méthodes d’accès et lecture des hypermédias.

Lorsqu’on parle de naviguer dans l’océan du Web, il s’agit de suivre des liens, d’utiliser des menus et des moteurs de recherche.

En tant qu’espace navigable, le Web est aussi un espace subjectif, c’est-à-dire que son architecture répond aux mouvements et aux émotions de l’usager. Manovich affirme que dans le cas des espaces virtuels, « l’espace peut changer littéralement, devenant un miroir de la subjectivité de l’usager » [MAN 01 : 269].

Selon nous, le Web est un espace qui permet de dévoiler la subjectivité des usagers en ce sens que ces derniers peuvent agir sur et interagir avec lui, non seulement en naviguant d’un site à l’autre mais aussi en effectuant diverses actions au sein d’un même site.

Ugo Volli [VOL 03] a étudié ces actions à trois niveaux :

  1. au niveau le plus bas, celui des actions gestuelles, liées aux composants hardware de l’ordinateur (manipuler la souris, diriger le pointeur, cliquer);
  2. au niveau intermédiaire, celui des actions élémentaires des logiciels (saisir et modifier du texte, appuyer sur des boutons pour obtenir un résultat, identifier les conventions des sites, un texte souligné en bleu indiquant par exemple que c’est est un lien);
  3.  au niveau supérieur, Volli classifie les genres des sites à partir de l’auteur (selon diverses figures : d’allocution, de modélisation, d’implication, d’expression, de perception, de la représentation) et du lecteur (comme sujet actif ou passif).

En ce sens, et pour donner un dernier exemple qui nécessiterait plus de réflexion, les liens reflètent bien ce que Gilles Deleuze et Félix Guattari ont nommé « désir ».

Au moment précis où un usager clique sur un lien, on peut dire qu’il désire non seulement se déplacer d’un endroit vers un autre, mais il est en train d’établir un « agencement »; un ensemble de contenus et d’expressions se produisant par les mouvements de déterritorialisation 10.

10 En effet, lorsque nous avons proposé de considérer les objets techniques comme signes, nous avons utilisé la distinction faite par Louis Hjelmslev entre « contenu » et « expression », reprise d’une autre distinction, celle entre « langue » et « parole » introduite par Saussure. Deleuze et Guattari, à leur tour, emploient la même distinction pour définir ce qu’est un « agencement ». Voir [HJE 71 : 65- 79], et [DEL 80].

Nous analyserons d’autres cas liés à l’idéologie d’usage du point de vue de son application éducative dans le chapitre suivant.

Objet technique hypermédia : repenser la création de contenu éducatif sur le Web
Thèse pour obtenir le grade de Docteur – Discipline: Sciences de l’information et de la communication
Université De Paris VIII – VINCENNES-SAINT-DENIS – U.F.R. Langage Informatique Technologie

Print Friendly, PDF & Email

Cliquez sur suivant article pour lire la suivante partie de ce mémoire:

Abonnez-vous!
Inscrivez-vous gratuitement à la Newsletter et accédez à des milliers des mémoires de fin d’études !
Publier son mémoire!
WikiMemoires - Publier son mémoire de fin d’études !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *