Le conditionnement des drogues et les fonctions supports

Le conditionnement des drogues et les fonctions supports

L’identification des acteurs, des étapes et des techniques de la chaîne d’approvisionnement des drogues

Grâce aux entretiens réalisés, aux sources documentaires étudiées, aux productions graphiques créées et vérifiées par des acteurs du monde des stupéfiants, aux groupes de paroles ainsi qu’aux périodes d’observation participante plusieurs méthodes et techniques peuvent être décrites et schématisées.

Pour reprendre la chaîne dans son ensemble jusqu’à la distribution et le dernier kilomètre, il est important d’avoir un zoom dans un premier temps sur le conditionnement des produits, qui change en fonction des étapes, des modes de transports et des techniques utilisées.

Les explications de ces techniques viennent répondre aux questions de recherche sur la distribution et le dernier kilomètre d’organisent face aux méthodes restrictives ainsi que sur le fonctionnement de la distribution avec ses canaux et méthodes empruntées.

Les méthodes et techniques de conditionnement adapté à chaque étapes

Pour comprendre les canaux et méthodes empruntées ainsi que l’organisation face aux restrictions des forces de l’ordre et des politiques publiques, il est important dans un premier temps de s’intéresser aux matières premières pour la production des drogues, qui peuvent être naturelles (cannabis, cocaïne, héroïne) ou chimiques (ecstasy).

Les produits sont acheminés vers les points de culture ou de transformation (la première étape de la production de cannabis, cocaïne et héroïne est agricole et la première étape est directement chimique et de transformation pour l’ecstasy ).

Il n’y a pas de conditionnement particulier qui est utilisé pour ces étapes.

L’apport de matières premières faisant partie de dissimulation dans le cas d’une illégalité du produit (précurseurs pour la fabrication d’ecstasy importés de Chine vers des ports Belges pour transport final vers la campagne Hollandaise (OFDT,2021) ou d’un transport classique : « faire rentrer comme les « matières premières » était plus simple que directement le produit fini, et une fois dans l’Europe, t’as pas de soucis à te faire » (Entretien Veris, décembre 2021).

Une fois les étapes de productions terminées et le produit final (consommable) prêt, le transport se réalise dans un premier temps en quantités importantes par le biais d’UTI1 comme pour le transport classique avec des conteneurs, des palettes, des cartons, la différence étant le conditionnement pour les drogues.

Les conditionnement des drogues lors de production s’étalent ainsi

  • Pour le cannabis, c’est la « valise marocaine », des sacs en toile de jute de 30 kg environ pour des dimensions d’environ 60cm de long par 25cm de large et 40 centimètres de hauteur (Entretien K’nix, décembre 2021).

Schéma 2 : Valise marocaine, conception Julien Magana 2022

Valise marocaine, conception Julien Magana 2022

1 Unité de transport indivisible (conteneur par exemple)74

  • Pour l’ecstasy, c’est principalement sous-vide dans des sachets plastifiés ou dans des pochons, la taille dépend donc du nombre de pilules (jusqu’à 4 000 cachets par sac environ ), (Entretien Vhydra, décembre 2021).

Schéma 3 : Pochon ecstasy, conception Julien Magana 2022

Pochon ecstasy, conception Julien Magana 2022

  • Pour la cocaïne et l’héroïne, étant sous forme de poudre, elle est soit mise directement dans des sachets plastifiés encore une fois mis sous-vide, et emballé dans plusieurs sacs et entourés d’adhésif, formant des briques d’environs 20 cm de long par 10 cm de large et 5 cm de hauteur pour un poids entre 500g et 1kg . (Entretien Veris, décembre 2021) / (Entretien Vhydra, décembre 2021)

Schéma 4 : Brique cocaïne / héroïne, conception Julien Magana 2022

Brique cocaïne / héroïne, conception Julien Magana 2022

Ces unités de conditionnement sont donc vouées au transport entre points principaux, de hub à hub par exemple. Une fois les marchandises réceptionnées, un premier découpage est réalisé.

Passant d’une UTI à une autre. Pour la résine de cannabis, c’est la passage de la valise à la plaquette, voir à la barrette.

Une plaquette représentant environ 100 grammes (également plaquettes de 200g et 250g) avec des dimensions d’environ 13 cm de long par 8cm de large et 2 cm de hauteur (observation participante Alençon, 2016-2018).

Schéma 5 : Plaquette (cannabis en résine), conception Julien Magana 2022

Plaquette (cannabis en résine), conception Julien Magana 2022

Une barrette représente l’unité consommateur, c’est ce qui peut être vendu au consommateur final, le produit est alors détaillé en barrettes entre 1 et 3 grammes (également barrettes de 5, 10 et 20 grammes) avec pour dimensions 6 cm de longueur par 1 cm de largeur et 0,5 centimètre de hauteur environ (observation participante Alençon, 2016-2018).

Barrette (cannabis en résine), conception Julien Magana 2022

Schéma 6 : Barrette (cannabis en résine), conception Julien Magana 2022

Pour l’ecstasy, l’éclatement de conditionnement est plus simple, uniquement passage d’un sachet à un autre, avec un nombre de cachets bien précis, généralement 2-3 par sachets avec des sachets individuels (1 cachet) pour la distribution lors d’évènements musicaux par exemple (observation participante Vesoul, 2019-2020).

Schéma 7 : Pochons ecstasy réduit, conception Julien Magana 2022

Pochons ecstasy réduit, conception Julien Magana 2022 Pochons ecstasy réduit, conception Julien Magana 2022

Enfin, pour la cocaïne c’est dans des sachets plastifiés de plus petite taille en fonction des quantités (1, 2, 5, 10g…) et pour l’héroïne dans des morceaux de papiers fin pliés sur eux-mêmes plus ou moins grands en fonction des quantités (similaire à la cocaïne) ou dans des sachets plastifiés comme pour la cocaïne (observation participante Rouen, 2020).

Schéma 8 : Pochons cocaïne / héroïne réduit ou en papier conception Julien Magana 2022

Pochons cocaïne / héroïne réduit ou en papier conception Julien Magana 2022 Pochons cocaïne / héroïne réduit ou en papier conception Julien Magana 2022

Maintenant que les conditionnements ont été évoqués, il est intéressant avant de rentrer dans le cœur du sujet avec les méthodes de transport, de logistique et de dissimulation de décrire les fonctions support à la distribution de drogues.

Les fonctions supports à la distribution de drogues

Les fonctions supports1 principales au trafic de stupéfiants sont les racoleurs2, les choufs3, la sécurité ainsi que les nourrices4, elles sont présentes au niveau de la distribution et permette le bon déroulement des opérations.

Les racoleurs, représentent le parallèle au monde de la grande distribution avec la publicité , c’est une personne qui va rester à proximité d’un four, d’un point de vente dans le seul but d’attirer l’attention des clients sur ce dernier.

Un racoleur est donc un intermédiaire, payé pour informer sur la présence d’un terrain, informer les clients potentiels et les dirigés, c’est un « hôte d’accueil ».

En plus de répondre aux demandes il va essayer au maximum de la provoquer, en se déplaçant à proximité du four et en informant des clients potentiels de la disponibilité de produits stupéfiants, parfois même des tarifs et quantités.

Sa particularité est qu’il ne possède pas de produits stupéfiants sur lui, il est donc soumis théoriquement à aucun risques majeurs d’arrestations. Il n’est que la connexion entre un client et le point de vente.

Il peut également être lui-même vendeur, il sera donc un dealer mobile en recherche de clients potentiels à ajouter à son « carnet d’adresses » (observation participante Rouen, 2015-2016-2020).

1 Fonctions qui ont pour tâche d’offrir un cadre propice à la fonction principale (actions secondaires).

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Les choufs/crieurs ou encore guetteurs, ils représentent probablement la porte d’entrée la plus commune au trafic de stupéfiants, une tâche simple et normalement sans risques.

Un chouf, c’est une personne qui va être placée à des endroits stratégiques aux alentours ou sur les points de ventes, avec une bonne visibilité sur les entrées et sorties du four.

Son rôle principal va être de voir le danger en avance, chouf signifiant voir / regarder en arabe.

Si un danger est aperçu, plusieurs méthodes , la première peut être de prévenir le terrain de vente et le charbonneur principal (dealer) et les autres membres de l’activité par appel téléphonique ou messagerie.

La seconde est de crier, d’où le terme de chouf/crieur, pour avertir d’un danger sur le terrain, cri qui sera ensuite relayé d’un chouf à l’autre, voir même d’un habitant à l’autre, ainsi, en quelques secondes, l’entièreté du terrain est prévenue du danger et peut donc agir en conséquence.

Les cris employés sont différents en fonction des villes, mais la majorité des choufs crieront « Arah » ou « Artena » (région Parisienne).

Les cris visant à signaler de la présence de police principalement, mais parfois également d’autres dangers (problèmes sur le terrain, règlement de compte…).

Les guetteurs sont donc les caméras de sécurité d’un terrain de vente qui donnent l’alerte en cas de problème.

La sécurité sur les terrains de ventes est également une fonction support, ce sont les acteurs qui vont faire suite aux informations des choufs, du charbonneur central (dealer principal du terrain) et qui vont prendre des mesures et réagir en fonction des problèmes rencontrés.

La sécurité va avoir comme tâche la supervision des opérations de ventes, mais également d’approvisionnement en produit et de sortie de liquidités vers ou provenant de nourrices1 ou autre. Leur but est d’apporter un climat confortable sur la zone de vente et à établir un ordre, une loi, des règles autour des transactions, ils peuvent intervenir en cas de violence sur les terrains ou encore de non-respect de certaines règles ou de provocations faites par des clients (trop négociateurs, mal respectueux, qui demande des chromes2 …).

Sur certains terrains, la sécurité gère également le positionnement des choufs, des racoleurs et sont en contact permanent avec ces derniers, permettant d’anticiper le danger et de ce préparer en conséquence : « on est là pour faire en sorte qu’il y ai aucun problème, que personne se sente intouchable ou que personne essaie de niquer personne.
Parce que ça peut arriver que des gens fassent les chauds un peu, que ce soit pour des grandes transactions ou des petites, parfois, au « village », t’as des gens qui viennent pécho directement en gova et parfois ils prennent la confiance et ils parlent mal au petits ou aux vendeurs qui sont sur place, eh bah nous on fait en sorte que ça arrive pas, et que si ça arrive, ça soit qu’une fois
. » ((Entretien Vhydra & Big B, décembre 2021).

Leur rôle est donc souvent d’utiliser la peur et la force, par une démonstration de détermination et de sérieux visant la protection du charbonneur et du terrain de manière plus générale.

Les nourrices3, sont des zones de stockages de produits stupéfiants, de liquidités ou encore d’autres produits (légaux ou non).

Elles peuvent prendre plusieurs formes, que ce soit des garages, des voitures garées, des appartements, des caves ou encore des placards et plus encore… : « faut des nourrices, des garages, des appartements, des voitures garées… t’as plein de techniques pour stocker quoi. » (Entretien K’nix, décembre 2021).

Les nourrices sont également des zones de stockage dissimulées , qui peuvent être dans les locaux à poubelles, au sein même des poubelles, dans les gouttières, les escaliers, sous des dalles de ciments, il y a autant de caches4 qu’il y a d’objets.

Elles permettent la plupart du temps aux acteurs des fours d’être sans aucun produit sur eux ou sans majeures quantités pour éviter les risques légaux et financiers en cas d’arrestation ou de vol.

Elles servent également de zone de stockage principal pour les produits qui attendent d’être vendus et pour l’argent qui attend d’être injecté, utilisé ou redistribué aux différents acteurs.

1 Zones de stockage

2 Achat de stupéfiants à crédit

3 Voir Lexique

4 Cachettes, endroits de dissimulation

Maintenant les fonctions supports de la logistique des drogues sur l’axe de la distribution évoquées, il faut décrire les techniques aidant au flux physique, c’est-à-dire les actions réalisées pour favoriser la transmission d’un produit d’un point A à B.

Plus que les méthodes de transport elles-mêmes (Go-fast, dealer téléphone, four…) il s’agit de décrire les méthodes qui s’ajoutent et vont favoriser l’échange et donc comprendre les logiques adaptatives aux restrictions.

Représentation schématisée des choufs, des racoleurs, de la sécurité et des nourrices, conception Julien Magana, 2022

Schéma 9 : Représentation schématisée des choufs, des racoleurs, de la sécurité et des nourrices, conception Julien Magana, 2022

Pour citer ce mémoire (mémoire de master, thèse, PFE,...) :
La première page du mémoire (avec le fichier pdf) - Thème :
La logistique des stupéfiants : Zoom sur la distribution finale et le dernier kilomètre
Auteur·trice·s :
Julien Magana
Julien Magana
Université :
Sorbonne Université - Master TLTE
Année de soutenance :
Travail de mémoire de Master (Transports, Logistiques, Territoires & Environnements) - Jun 2031
Julien Magana : Student in second year of Master GAED specialized in Transport Logistics Territories and Environment / searching for an intersting PhD program that would meet my mindset and curiosity
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