Les Jeunes : une génération face à la précarité

Les Jeunes : une génération face à la précarité

Thème de mémoire :
Les Jeunes  une génération face à la précarité
Les Jeunes : une génération face à la précarité

Présenté par :
Laetitia KALLFASS

Année universitaire :
2012

Remerciements

Partie 1 : Présentation du contexte de la recherche

I] Introduction

En France, plus d’une personne sur trois vit en situation de pauvreté ou de précarité (Concialdi, 2007, p.235) . Les instituts de sondages comme l’INSEE et Eurostat, recensent 300 000 personnes exclues en France.

Parmi elles 86 000 sont sans domicile fixe, les autres, faute d’un revenu suffisant, vivent dans un état de pauvreté extrême : logements insalubres, tentes, caravanes abandonnées…. (Michel, 2005) .

En 2003, l’Observatoire National de la Pauvreté et de l’Exclusion Sociale comptait 3,694 millions de personnes vivant sous le seuil de pauvreté contre 3,55 millions en 2001.

En 2007, ce sont 4,2 à 8 millions de personnes touchées par la pauvreté qui est en forte croissance et en 2010 plus de 8 millions de personnes se retrouvent en situation de précarité (ONPES) .

Depuis 2004, ce sont essentiellement les personnes seules, les femmes seules avec enfants et les moins de 25 ans qui sont « sur représentés » parmi les pauvres (INSEE) .

Selon l’INSEE et l’Observatoire des Inégalités (2009) , sont considérés pauvres, du point de vue statistique, les personnes ayant moins de 60% du revenu médian (environ 1400 euros par mois) , soit moins de 600 euros mensuel. Cela concerne 5 millions de personnes (dont plus d’un million d’enfants) .

Le mal frappe les familles monoparentales, les jeunes, les personnes âgées et les étrangers (Bonazza, 2006) . Pour pallier à cette précarité, des associations telles que le secours catholique ou les Restaurants du Cœur viennent en aide aux pauvres (Bonazza, 2006) .

Plus mouvante aujourd’hui qu’hier, la pauvreté est inscrite dans les histoires individuelles qui « plongent dans le dénuement, lui échappent pour suivre une carrière ou y plonger à nouveau » (Cingolani, 2005, p.81) .

1 Concialdi, P. (2007) . Non à la précarité. En clair Mango, p.235.
2Michel, R. (2005) . « Agir contre la précarité », Le pré aux Clercs.
3www.onpes.gouv.fr
4 www.insee.fr & www.onpes.gouv.fr
5 Bonazza, P. (2006) . « Précarité, chômage, exclusion. La France en panne ? », Milan Actu.
6Cingolani, P. (2005) . Que sais-je. La précarité. PUF, pp. 81, 94&95.

La précarité est en constante croissance car le nombre de mono habitants (veufs, divorcés, célibataires) est en progression, le nombre de divorces augmente également (Cingolani, 2005, pp. 94-95) .

Les vicissitudes et les accidents de la vie (deuil, séparation, divorce, naissance inattendue ou handicap) sont de plus en plus en progression ce qui peut entraîner des conséquences économiques importantes. (Cingolani, 2005, p.95) .

Lionel Stoléru, cité par Serge Paugam, souligne dans un essai publié dans les premières années qui ont suivi le choc pétrolier de 1973, que « la pauvreté est un problème non résolu par la croissance ».

Pour que la question de la pauvreté en France soit publiquement débattue, il a fallu attendre les campagnes électorales de 1973 et 1974 souligne Lionel Stoléru (Paugam, 1993, p.27) .

Selon l’Institut National de la jeunesse et de l’éducation populaire, la pauvreté « atteint des populations souvent installées dans de grandes agglomérations comme les familles monoparentales, les salariés à temps partiel, les demandeurs d’asile et les jeunes ».

J’ai donc cherché à définir les principales causes de cette précarité, notamment chez les jeunes. Mon approche méthodologique a consisté d’une part à évaluer les différentes conséquences de cette précarité et d’autre part à les comparer pour trouver la plus pertinente et la plus régulière.

J’ai choisi cette thématique par rapport à un vécu personnel et pour chercher les véritables causes de ce phénomène.

Dans un premier temps, je donnerais une définition de la précarité et de l’exclusion sociale puis je montrerais le public touché par cette précarité et ses conséquences.

7 Paugam, S. (1993) . La Société française et ses pauvres. P. 27.
8 Stoléru, L. (1977) . Vaincre la pauvreté dans les pays riches. Flammarion.
9 www.injep.fr/IMG/pdf/val.jeun.integr.excl.BR.pdf (site visité le 15 janvier 2011) .

1) Présentation de la structure[]

Les « Restos du Cœur », ont été fondés en 1985 par Coluche pour venir en aide aux personnes les plus démunies. Les « Restos du Cœur » sont une association loi de 1901, reconnue d’utilité publique sous le nom officiel de « Les Restaurants du Cœur- Les Relais du Cœur ».

L’association départementale des « Restos du Cœur » du Haut-Rhin est une des 116 associations départementales de France. C’est une association juridiquement indépendante, et ses statuts sont déposés au tribunal d’instance de Mulhouse.

Elle est liée à l’Association Nationale, par un contrat d’agrément délivré d’année en année par le Conseil d’Administration.

Les Restos du Cœur de Soultz ont été créés il y a une vingtaine d’années. On compte actuellement 550 bénéficiaires soit 10% de personnes inscrites en plus que l’année précédente. La majorité des bénéficiaires sont des femmes avec des enfants et ont environ la quarantaine.

1.1) Objectif de la structure :

Conformément au site des « Restos du Cœur », ils ont pour but « d’aider et d’apporter une assistance bénévole aux personnes démunies, notamment dans le domaine alimentaire par l’accès à des repas gratuits, et par la participation à leur insertion sociale et économique, ainsi qu’à toute l’action contre la pauvreté sous toutes ses formes » (site des Restaurants du Cœur) .

Plus particulièrement, « Les Restos du Cœur » de Soultz, lieu où j’ai effectué mon stage, ne sont pas seulement une aide alimentaire, mais vestimentaire, mobilière et aussi sociale à travers différents ateliers. Le local compte plusieurs salles.

Une entrée, un lieu de convivialité où les bénéficiaires peuvent discuter autour d’un café, une salle de distribution alimentaire, un stock, le bureau de la responsable, une pièce où se passe les inscriptions et un centre « Restos Bébés du Cœur ».

10 www.restosducoeur.org, visité le 17 novembre 2010.
11 Données des Restaurants du Cœur de Soultz pour l’année 2012

II] La problématique de la précarité chez les jeunes

Dans l’introduction, j’ai montré rapidement l’évolution de la précarité en France et les personnes qu’elle touche plus particulièrement.

Les difficultés d’insertion professionnelle des jeunes, tout spécialement des jeunes non qualifiés, le développement du chômage, la fréquence des ruptures familiales ont conduit à la multiplication des situations de précarité et d’exclusion (CNIS) .

Le but était d’éclairer, dès les premières lignes, le lecteur sur l’objet de mon étude. De manière générale, la précarité est à rapprocher des conditions de vie de chaque individu et est associée au terme d’ « exclusion sociale » (ONPES, 2007) .

Tout au long de cette partie, je vais essayer de définir les termes de précarité, d’exclusion sociale, de jeunes ainsi que de montrer les différentes causes de précarité chez les jeunes.

1) Définition de la précarité

1.1) Historique du terme précarité

Issu du latin precarius prêtant la même origine que prière, le terme précarité apparaît à la fin des années 1970 où il est alors rapproché du terme pauvreté. Au Moyen Age, le terme pauvreté n’a pas de définition compréhensive, il est associé au pauper, personne placée sous la protection d’un puissant (Gueslin, A.1998, p.13) .

Le pauper, dans la réalité médiévale était le vieillard, l’infirme, l’orphelin (Gueslin, A. p13) . Au Moyen Age, la pauvreté est énumérée par des signes dont Bronislaw Gerenek évoque dans son livre sur la pauvreté au Moyen Age « la médiocrité vestimentaire, l’absence de revenus, de logement, le statut social inférieur » (p.29) .

12 Rapport du CNIS (Conseil National de l’Information Statistique) , sur la pauvreté, la précarité et l’exclusion, mars 1998.
13 www.onpes.gouv.fr, visité le 17 novembre 2010.
14 Cingolani, P. (2005) . « Que sais-je, La précarité ». PUF.
15 Gueslin, A. (1998) . Gens pauvres, pauvres gens dans la France du XIX siècle. Aubier collection historique, p.13.
16 Gerenek, Bronislaw, « La potence ou la pitié », traduction française, Paris, Gallimard, 1987, p.29.

Après avoir entrepris des études pionnières sur le thème du monde médiéval, Michel Mollat, historien, cité par Gueslin (1998, p.47) , donne une définition de la pauvreté au Moyen Age.

Pour lui, le pauvre est « celui qui, de façon permanente ou temporaire, se trouve dans une situation de faiblesse, de dépendance, d’humiliation, caractérisée par la privation de moyens, variables selon les époques et les sociétés, de puissance et de considération sociale : argent, relation, influence, pouvoir, science, qualification technique, honorabilité de la naissance, vigueur physique, capacité intellectuelle, liberté et dignité personnelle.

Vivant au jour le jour, le pauvre n’a aucune chance de se relever sans l’aide d’autrui ».

D’après Gueslin (1998, p.13) , le phénomène de pauvreté est omniprésent au XIXè siècle. C’est une pauvreté qui contraste avec « la richesse des capitaines d’industrie et des autres financiers ». (Gueslin, 1998, p.13) .

Dans le Dictionnaire Universel de la langue française de Pierre Claude Victor Boishe, en 1843, la précarité est définie comme telle : « Précaire : qui ne s’exerce que par tolérance, par emprunt, par permission, avec dépendance, incertitude (autorité, état, vie,…) ».

En 1907, Georg Simmel, héritier de la philosophie nietzschéenne, cité par Paugam (p.48) , donne une définition sociologique de la pauvreté. Celle-ci « correspond en quelque sorte à un type idéal ». En 1987, le Père Joseph Wresinski, cité par Cingolani (p.5) & Gueslin (p.48) , enrichit cette définition générale par diverses réflexions.

Dans un rapport intitulé Grande pauvreté et précarité économique et sociale, il propose la définition suivante : « La précarité est l’absence d’une ou plusieurs des sécurités permettant aux personnes et familles d’assumer leurs responsabilités élémentaires et de jouir de leurs droits fondamentaux. L’insécurité qui en résulte peut être plus ou moins grave et définitive.

Elle conduit le plus souvent à la grande pauvreté quand elle affecte plusieurs domaines de l’existence, qu’elle tend à se prolonger dans le temps et devient persistante, qu’elle compromet gravement les chances de reconquérir ses droits et de réassurer ses responsabilités par soi-même dans un avenir prévisible ».

Le Père Joseph Wresinski remarque que la pauvreté « affecte moins les personnes âgées, mais davantage d’isolés, souvent jeunes et de familles monoparentales ».

En 1997, H. Herpin et D. Verger, sociologue et économiste, définissent 4 types de mesures de la pauvreté : Une pauvreté monétaire caractérisée par « l’insuffisance de revenus », une pauvreté d’existence, « absence de biens d’usage ordinaire », une pauvreté subjective qui dépend de « la perception qu’ont les ménages de leur propre aisance » et une pauvreté administrative permettant aux pauvres de toucher une prestation.

17 Gueslin, A. (1998) . Gens pauvres, pauvres gens dans la France du XIX siècle. Aubier collection historique, pp.13, 47 & 48.
18 Paugam, S. (2005) . Les formes élémentaires de la pauvreté. PUF, pp.48&55.
19 Herpin & Verger. La pauvreté une et multiple in Economies et Statistiques, n°308-309-310, août-octobre 1997.

Pour l’INSEE (2011) , « un individu (ou un ménage) est considéré comme pauvre lorsqu’il vit dans un ménage dont le niveau de vie est inférieur au seuil de pauvreté ».

Le terme de précarité existe au Royaume-Uni (precariousness) , mais est rarement employé (Concialdi, 2007) . Il existe également en Allemagne (prekaritat) mais n’est utilisé que par des spécialistes et experts (Concialdi, 2007) .

Pour Gueslin, la grande pauvreté « correspond à une situation de non travail qui non seulement prive de revenus, mais exclut de toute vie sociale » (Gueslin, 1998, p.56) . Il existe néanmoins deux formes de précarité.

1.2) Les formes de la précarité

Dans leur ouvrage intitulé La Pauvreté, Serge D’Agostino et Nicole Duvert laissent apparaître plusieurs formes de la précarité (2008, p.12) . La pauvreté est dite relative lorsqu’elle représente un minimum de ressources permettant une vie dite « normale » (Agostino et Duvert, 2008, p.12) .

La pauvreté peut être multidimensionnelle ou absolue, c’est-à-dire que non seulement elle est relative mais également qu’elle se traduit par « des manques de nature sociale » que l’on retrouve dans les relations, l’emploi, les loisirs, la santé ou encore l’éducation (Agostino & Duvert, 2008, p.12) .

L’INSEE (2010) considère en France qu’un ménage est pauvre « si son revenu est inférieur à 50 % du revenu médian français par unité de consommation » d’où le développement de la notion de l’exclusion sociale.

La précarité concerne davantage les jeunes alors « qu’elle affectait autrefois les personnes âgées » (D’Agostino& Duvert, 2008, p.29) .

La notion de précarité est indissociable de celle d’exclusion (Agostino & Duvert, 2008, p.12) , néanmoins, elles ont une signification différente (Ballet, 2001, p.27) .

Jérôme Ballet explique que « la différence essentielle qui apparaît entre pauvreté et exclusion réside dans les relations qu’entretiennent les pauvres et les exclus avec le reste de la collectivité » (Ballet, 2001, p.31)

20 Concialdi, P. (2007) . Non à la précarité. En clair Mango, pp
21Gueslin, A. (1998) . Gens pauvres, pauvres gens dans la France du XIX siècle. Aubier collection historique, p.56.
22 D’Agostino, S. & Duvert, N. (2008) . La Pauvreté, Bréal, pp.12&29.
23www.insee.fr, visité le 20 novembre 2010.
24 Ballet, J. (2001) . L’exclusion : définitions et mécanismes, L’Harmattan, Logiques Sociales, pp.27&31.

Table des matières
Remerciements p.4
Partie 1 : Présentation du contexte de la recherche
I] Introduction p.6
1) Présentation de la structure p.8
1.1) Objectifs de la structure p.8
II] La problématique de la précarité chez les jeunes p.9
1) Définition de la précarité p.9
1.1)Historique du terme précarité p.9
1.2)Les formes de la précarité p.11
2)Définition de l’exclusion sociale p.12
2.1) Historique du terme « exclusion sociale » p.12
2.2) Les formes de l’exclusion sociale chez les jeunes p.13
3)Définition du mot « jeunes » p.14
III] Les causes de cette précarité p.15
1)Les familles monoparentales p.15
2)Les étudiants p.17
3)Les jeunes non diplômés p.18
IV] Les difficultés d’insertion des jeunes p.20
1)Les jeunes face aux difficultés du logement p.20
2)Le chômage des jeunes p.21
Partie 2 : Enquêtes et résultats
V] Méthodologie p.28
1) Les éléments pour l’enquête p.28
1.1) L’enquête exploratoire p.28
1.2) Les outils p.28
2) Sujets interrogés p.29
3) Instrumentation p.30
4) Déroulement p.30
5) Méthode d’analyse p.32
5.1) Conclusion de l’analyse qualitative p.36
VI] Résultats p.37
1)Une étude documentaire des données p.37
2)Analyse qualitative des données p.39
3)Synthèse des résultats portant sur les causes de la précarité p.40
4)Conclusion p.41
Partie 3 : Projet
VII] L’ingénierie de formation p.44
1)Introduction p.44
2)Approche historique du programme CIVIS p.46
3)Cadre règlementaire du CIVIS p.46
4)Approche théorique de l’ingénierie de formation p.47
VIII] Conception du projet p.48
1)Cahier des charges p.48
1.1)Le contexte p.48
1.2)Les objectifs du projet p.49
1.3)Les modalités pédagogiques p.51
1.4)Coût de l’action p.51
1.5)Liste des personnes pressenties p.51
1.6)Tableau récapitulatif du cahier des charges p.52
2)Méthodologie du projet d’intervention p.52
2.1) Modalités d’intervention p.53
2.2) Stratégie d’action p.54
2.3) L’organigramme du projet p.55
2.4) L’organigramme humain du projet p.57
IX] Le projet d’intervention p.58
1)Mise en œuvre du CIVIS p.58
1.1)Présentation de la démarche p.58
1.2)Déroulement du contrat d’insertion dans la vie sociale p.59
1.3)Comité de pilotage p.62
1.4)Intervenants extérieurs p.62
1.4.1) Historique de l’Ecole de la Seconde Chance p.62
1.5) Management de projet p.63
2)Contenus de l’action p.63
2.1) Les conditions pour la réussite du projet des jeunes p.63
3)Présentation des séquences p.67
X] L’évaluation p.68
1) Phases d’évaluation p.68
2) Modalités de l’évaluation p.69
Conclusion p.71
Bibliographie p.75
Annexes

Pour citer ce mémoire (mémoire de master, thèse, PFE,...) :

La première page du mémoire (avec le fichier pdf) - Thème :
Les Jeunes : une génération face à la précarité
Auteur·trice·s :
Laetitia KALLFASS
Laetitia KALLFASS
Année de soutenance :
2012
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