La structure de la phrase interrogative en Shupamem

La structure de la phrase interrogative en Shupamem

Université de Yaoundé I
Faculté des arts, lettres et sciences humaines

Département de langues
Africaines et linguistique

Mémoire présenté en vue de l’obtention du diplôme de Master en Linguistique Générale
La structure de la phrase interrogative en Shupamem
La structure de la phrase interrogative en Shupamem

Présenté par :
Ernest NJIFON NGOUPAYOU
Licence ès Lettres Bilingues

Sous la direction de :
Edmond Biloa
Professeur

Année universitaire :
Juillet 2017

Dédicace et Remerciements

Résumé

Dans ce travail, il était question pour nous de décrire les interrogations en Shupamem. Mais aussi d’apporter une explication à certaines structures interrogatives que le Shupamem présente.

Et pour cela, nous nous sommes donné pour tâche principale d’identifier les marqueurs des interrogations, les types des interrogations, les structures des phrases interrogatives et les différents mécanismes ou contraintes qui entrent en jeu dans la formation des questions.

De manière générale, l’interrogation est marquée en Shupamem par « ə̀ », « mə̀ », « nə̀ », « ì », « nì » et les syntagmes Qu.

Nous utilisons les marqueurs de l’interrogation « ə̀ », « mə̀ » ou « nə̀ » comme marqueurs de l’interrogation dans tous les types de questions à l’exception de l’interrogation oratoire où « ì » et « nì » sont utilisés comme marqueurs de l’interrogation.

Par ailleurs, dans les interrogations Qu, la question est marquée par le mot Qu et l’un des marqueurs de l’interrogation « ə̀ », « mə̀ », « nə̀ », « ì » ou « nì ». Nous avons recensé cinq (05) types d’interrogations et douze (12) structures interrogatives en Shupamem.

Par ailleurs, nous avons constaté qu’à l’inverse des langues comme le français et l’anglais qui admettent des interrogations (interrogations totales) sans marqueurs de l’interrogation, en Shupamem, il n’existe pas des interrogations sans marqueurs de l’interrogation. Notre étude nous a aussi révélé que le Shupamem est une langue à Qu in- situ et à Qu ex-situ.

Dans cette langue et ceci dans les interrogations à syntagme Qu, le syntagme Qu peut apparaître en initial de phrase (ex-situ) ou en finale de phrase (in-situ) . Il convient alors de noter que le syntagme Qu est in-situ lors qu’il n’est pas focalisé, alors qu’il est ex-situ soit lorsqu’il est focalisé ou lorsqu’il est dans une interrogation averbale.

En outre, nous avons parlé de la périphérie gauche ; c’est ainsi que nous avons parlé de la topicalisation, de la focalisation et de la relativation.

Parlant de la focalisation, nous nous sommes rendu compte que tous les constituants peuvent être focalisés en Shupamem et par ailleurs, la stratégie utilisée en Shupamem pour focaliser est le clivage et la duplication verbale. En outre, nous avons parlé de la topicalisation.

Nous avons découvert que les constituants topicalisés se trouvent en initial de phrase, et ils laissent souvent un pronom résomptif. Parlant de la relativation, nous avons découvert que le sujet, le complément d’objet direct et indirect ainsi que les adverbes interrogatifs peuvent être relativés en Shupamem.

Il a été révélé que pendant la focalisation et la relativation du sujet, la trace du sujet est remplacée par le pronom résomptif. Et ceci se justifie par le fait que le Shupamem n’admet pas que la position sujet soit vide. La périphérie gauche est constituée des projections qui se présentent dans l’ordre suivant :

  • SForce > SRel > (STop1) > SFoc > (STop2)
  • SForce > (STop1) > SRel > SFoc > (STop2)

Abstract

In this dissertation, our goal was to analyze question formation in Shupamem. More precisely, we wanted to explain the structures of interrogative sentences that are peculiar to Shupamem. For this reason, our main task was to identify questions markers, types of questions and the structures of interrogative sentences.

Also, our aim was to identify some of the constraints and mechanisms that are generated by questions formation in Shupamem. Our data revealed that questions are marked in Shupamem by the following question markers:

« ə̀ », « mə̀ », « nə̀ », « ì », « nì » and Wh words. In fact, we used the question markers « ə̀ », « mə̀ » and « nə̀ » in all types of questions apart from rhetorical questions where we use « ì » and « nì ».

In Wh questions, the question markers are the Wh word and one of the following interrogators « ə̀ », « mə̀ », « nə̀ », « ì » or « nì ». We found five (05) types of interrogative sentences in Shupamem. It was discovered that Shupamem exhibits twelve (12) interrogatives structures.

We noticed that contrary to languages like French and English that admit question formation (as in “yes” or “no” question) without questions markers, in Shupamem, there is always a question marker in interrogative sentence. Moreover, we found out that Shupamem is both a Wh in-situ and a Wh ex-situ language.

In fact, in this language, the Wh word can appear in sentence initial position (ex-situ) as well as in sentence final position (in-situ) . We should note that the Wh phrase is in-situ when it is not focalized and is ex-situ or in sentence initial position when it is focalized and when it appears in verbless question.

Furthermore, we talked about the left periphery. And for this reason, we talked about focalization, topicalisation and relativization. Talking about focalization, we found out that all the constituents can be focalized in Shupamem. And the main techniques used in focalization are clefting and verb doubling.

Talking about topicalisation, we discovered that topicalised constituents are usually at sentence initial position and may leave behind a resumptive pronoun. Our data revealed that subjects, objects and adverbials can be relativized in Shupamem.

Finally, it was revealed that Shupamem does not allow any empty subject position and for this reason, in the process of focalization and relativization of the subject, the trace of the subject is replaced by a resumptive pronoun.

From this analysis, we discovered that the left periphery in Shupamem has the following projections in this order:

  • SForce > SRel > (STop1) > SFoc > (STop2)
  • SForce > (STop1) > SRel > SFoc > (STop2)

Table des matières
Dédicace i
Remerciements iii
Résumé iv
Abstract v
Abréviations et signes diacritiques vi
Signes diacritiques vii
Index des tableaux, graphes et schéma vii
Index des graphes viii
Index des cartes viii
Index des schémas viii
Table des matières ix
INTRODUCTION GENERALE 1
0.1 Problématique 1
0.2Motivation de la recherche 1
0.2.1Motivation scientifique 2
0.2.2Motivation pédagogique 2
0.3Objectif général de la recherche 3
0.4Objectifs spécifiques de la recherche 3
0.5Questions de recherche 3
0.6Hypothèse générale de recherche 3
0.7Hypothèses secondaires 3
0.8Méthodologie 4
0.8.1Approche minimaliste 4
0.8.2Démarche empirico-inductive 4
0.8.3Démarche hypothético-déductive 5
0.8.4Population de recherche 5
0.8.4.1Population cible 6
0.8.4.2Population accessible 6
0.8.5Echantillon de recherche 6
0.8.6Instruments de collecte de données 6
0.9Revue de la littérature 6
0.10Corpus 8
0.11Plan du travail 9
Chapitre I : PRESENTATION DE LA LANGUE 10
Introduction 10
1.1Origine du peuple bamoun 10
1.2Localisation du peuple bamoun 11
1.3Localisation du Shupamem 11
1.4Activité économique du peuple bamoun 11
1.5Classification du Shupamem 12
1.6Rappel phonologique 15
1.6.1Les consonnes et les voyelles en Shupamem 15
1.6.1.1Les consonnes en Shupamem 15
1.6.1.2Distribution des consonnes en Shupamem 16
1.6.1.3Les voyelles en Shupamem 17
1.6.1.4Distribution des voyelles en Shupamem 17
1.7Analyse suprasegmentale 18
1.7.1Les tons du Shupamem 18
1.7.1.1Les tons ponctuels 19
1.7.1.2Les tons modulés 19
1.8Les classes nominales en Shupamem 20
1.9Les verbes en Shupamem 24
1.9.1L’infinitif du verbe en Shupamem 24
1.9.2La dérivation verbale 25
1.10Les temps verbaux en Shupamem 25
1.11Le présent 25
1.11.1Le futur 25
1.11.1.1Le futur 1 (Futur immédiat) 25
1.11.1.2Le futur 2 (Futur proche) 26
1.11.1.3Le futur F3 (Futur lointain) 26
1.11.2Le passé 27
1.11.2.1Le passé 1 (Passé immédiat) 27
1.11.2.2Le passé 2 (Passé récent) 27
1.11.2.3Le passé 3 (Passé lointain) 28
1.11.2.4Le passé 4 (Passé très lointain) 28
1.12Construction périodique et directionnelle du verbe en Shupamem 29
1.13Aspects du verbe 29
1.13.1Aspect inhérent 30
1.13.2Aspect perfectif 30
1.13.3Aspect imperfectif 31
1.13.4Aspect habituel 31
1.13.5Aspect inchoatif 31
1.14La quantification des procès 32
1.14.1Le procès répétitif 32
1.14.2Le procès itératif 32
1.15La modalité temporelle 32
1.15.1Le mode réel 33
1.15.2Le mode irréel 33
1.15.3La nécessité 33
1.16La négation en Shupamem 34
1.16.1La négation du présent 34
1.16.2La négation du futur immédiat (F1) 35
1.16.3La négation du futur proche (F2) 35
1.16.4La négation du futur lointain (F3) 36
1.16.5La négation du passé immédiat (P1) 36
1.16.6La négation du passé récent (P2) 37
1.16.7La négation du passé lointain (P3) 37
1.16.8La négation du passé très lointain (P4) 38
Conclusion 39
Chapitre II : CADRE THEORIQUE 40
Introduction 40
2.1Le Programme Minimaliste 40
2.1.1.2La fusion interne 43
2.1.1.3Le déplacement 44
2.2Les contraintes d’économie universelle 44
2.2.1Le principe de dernier recours 44
2.2.2Le principe d’avarice 45
2.2.3Le principe de distance minimale 45
2.3On Wh-movement 45
2.3.1Le mouvement Qu laisse une trace 45
2.3.2Le mouvement Qu se produit vers la position du complémenteur 46
2.3.3Le mouvement Qu est cyclique 46
2.3.4Le mouvement Qu respecte la contrainte de la sous-jacence 46
2.3.4.1La Contrainte de l’îlot Qu 47
2.3.4.2La Contrainte du Syntagme Nominal Complexe 48
2.3.4.3La Contrainte de la Structure Coordonnée 49
2.3.4.4La Contrainte du Sujet Conditionné 49
2.4Mouvement de l’argument (A-movement) 49
2.4.1Mouvement de la tête (Head movement) 50
2.4.2Mouvement du syntagme (Phrase movement) 50
2.4.3Mouvement Qu 51
2.5Mouvement Non argumental (A-bar movement) 51
Conclusion 52
Chapitre III : LES MARQUEURS DE L’INTERROGATION EN SHUPAMEM 53
Introduction 53
3.1Les marqueurs de l’interrogation en Shupamem 53
3.1.1Les pronoms interrogatifs en Shupamem 54
3.1.1.1Les pronoms interrogatifs monosyllabiques en Shupamem 54
3.1.1.2Les pronoms interrogatifs polysyllabiques en Shupamem 55
3.1.2Les adjectifs interrogatifs en Shupamem 56
3.1.3Les adverbes interrogatifs en Shupamem 56
3.1.3.1Adverbe interrogatif de lieu 57
3.1.3.2Adverbe interrogatif de temps 57
3.1.3.3Adverbe interrogatif de cause 57
3.1.3.4Adverbe interrogatif de manière 58
3.1.3.5Adverbe interrogatif de durée 58
3.1.3.6Adverbe interrogatif de quantité 59
3.1.3.7Adverbe interrogatif de prix 59
3.1.4Utilisation des marqueurs de l’interrogation « ə̀», « mə̀ », « nə̀ », « ì» et « nì» 60
3.1.4.1La distribution de « ə̀ », « mə̀ » et « nə̀ » dans les interrogations en Shupamem 63
3.1.4.2La distribution de « ì » et « nì » dans les interrogations en Shupamem 65
Conclusion 66
Conclusion 66
Chapitre IV : TYPOLOGIE DES QUESTIONS EN SHUPAMEM 67
Introduction 67
4.1La phrase de base 67
4.2Type d’interrogations en Shupamem 68
4.2.1Interrogation totale 69
4.2.1.1Interrogation totale directe 70
4.2.1.2Interrogation totale indirecte 74
4.2.1.2.1Les constituants de l’interrogation totale indirecte 75
4.2.1.2.2Distribution des constituants de l’interrogation totale indirecte 76
4.2.2L’interrogation Qu 76
4.2.3Interrogation partielle directe 79
4.2.3.1Les constituants de l’interrogation partielle directe 80
4.2.3.1.1Distribution des constituants de l’interrogation partielle directe 83
4.2.3.2Interrogation partielle indirecte 84
4.2.3.2.1Les constituants de l’interrogation partielle indirecte 85
4.2.3.2.2Distribution des constituants de l’interrogation partielle indirecte 85
4.2.4Interrogation alternative 85
4.2.4.1Les constituants de l’interrogation alternative 86
4.2.4.2Distribution des constituants de l’interrogation alternative 86
4.2.5Interrogation oratoire 87
4.2.5.1Les constituants de l’interrogation oratoire 88
4.2.5.2Distribution des constituants de l’interrogation oratoire 88
4.2.6Interrogation averbale en Shupamem 89
4.2.6.1Les constituants de l’interrogation averbale en Shupamem 90
4.2.6.2Distribution des constituants de l’interrogation averbale 90
4.3Analyse des interrogations à Qu multiple 93
4.3.1Distribution des syntagmes Qu en Shupamem 96
Conclusion 98
Chapitre V : LA PERIPHERIE GAUCHE EN SHUPAMEM 99
Introduction 99
5.1L’éclatement de SC 99
5.2La focalisation 100
5.2.1Focalisation du sujet 101
5.2.2Focalisation du complément d’objet direct 105
5.2.3Focalisation du complément d’objet indirect 107
5.2.4Focalisation du complément circonstanciel 107
5.2.5Focalisation du verbe 110
5.2.6Focalisation des arguments dans les interrogations averbales 112
5.2.7Focalisation des adjoints référentiels 113
5.2.8Focalisation des adjoints non référentiels 114
5.2.9La focalisation postverbale en Shupamem 114
5.3La topicalisation 117
5.3.1Topicalisation du sujet 117
5.3.2Topicalisation du complément d’objet 118
5.3.3Topicalisation du complément circonstanciel 119
5.4La relativation 119
5.4.1Relativation du sujet 119
5.4.2Relativation du complément d’objet direct 122
5.4.2.1Le complémenteur nə́ 124
5.4.3Relativation du complément d’objet indirect 124
5.4.4Relativation du complément circonstanciel 125
5.5La cartographie de la périphérie gauche en Shupamem 125
Conclusion 129
CONCLUSION GÉNÉRALE 131
REFERENCES 134

Comment l’interrogation est formée en Shupamem

Introduction Générale

0.1 Problématique

De prime abord, il convient de noter que dans chaque recherche, notre objectif est de résoudre un problème particulier. Dans ce travail, nous voulons savoir comment l’interrogation est formée en Shupamem. Ceci résulte d’une part du fait que certaines structures interrogatives en Shupamem ne soient pas encore expliquées.

Et d’autre part, le nombre réduit des documents écrits qui parlent de l’interrogation en Shupamem fait qu’il soit difficile de parler ou d’expliquer les différents mécanismes observés lors de la formation de certaines structures interrogatives dans cette langue.

Il est certes vrai qu’il existe une littérature sur le Shupamem, car nous savons qu’aucune recherche n’est faite ex nihilo c’est-à-dire à partir de rien.

Pour cela, nous avons Boum (1977) , “Esquisse phonologique du bamoun’’. Djeunou (1981) , “Le verbe en bamoun’’. Ondoua (2004) , “La structure phrastique du Shupamem : Une approche générativiste’’. Nchare (2005) , “Une analyse minimaliste et dérivationnelle de la morphosyntaxe du Shupamem’’. Nchare (2012) , “The grammar of Shupamem’’.

Ils ont tous menés des études très variées sur le Shupamem, mais seulement, ils n’ont pas fait de notre sujet l’objet principal de leurs différents travaux.

En outre, le Shupamem comme la plupart de langues camerounaises connait un véritable problème de standardisation. Ce travail vient à point nommé afin d’apporter un plus à la standardisation du Shupamem.

Nous devons le noter, la plupart de nos langues nationales sont plutôt des langues à tradition orale c’est-à-dire qu’elles ne sont pas écrites. Or, nous savons que l’enseignement oral n’est pas le meilleur gage d’exactitude.

Le plus souvent les renseignements transmis sont sujets à des additions ou des soustractions, à des modifications et des déformations, à des exagérations et des confusions de tel point qu’il devient difficile de distinguer la vérité de l’invention.

Et aussi, l’enseignement oral ne laisse pas de trace ; donc il est difficile que cet enseignement puisse survivre au cours des années, et garder toute sa subtilité et sa finesse d’antan. Tout ceci vient justifier la raison pour laquelle nous nous sommes décidés à mener nos recherches sur cet aspect particulier du Shupamem.

0.2 Motivation de la recherche

Notons que la motivation est l’ensemble des causes conscientes et inconscientes qui sont à l’origine du comportement individuel. La motivation est aussi le stimulus de la volonté qui donne une raison d’agir.

Tout acte que nous posons dans la vie a une motivation, à ce moment précis, la motivation devient comme une sorte de justificatif ou de mobil à nos actes. Cette recherche a deux motivations principales à savoir : la motivation scientifique et la motivation pédagogique.

0.2.1 Motivation scientifique

La motivation scientifique consiste en la recherche de rendre compréhensible des connaissances ou des phénomènes qui ne le sont pas. C’est grâce à la recherche scientifique que tout le monde, spécialiste ou non, peut comprendre comment tel ou tel phénomène fonctionne.

C’est pour cette raison que la motivation scientifique constitue le fondement de toute recherche. La motivation scientifique nous permet de rendre notre tâche ou notre travail explicable parce qu’elle est purement empirique, c’est-à-dire qu’on dit ce qu’on voit, on parle de ce qu’on observe, on n’invente rien.

Bref on présente les faits tels qu’ils sont, sans rien n’ajouter ni rien retrancher. Ce qui nous permet de dire que la motivation de cette recherche vient du fait que nous voulons permettre aux chercheurs de comprendre comment on forme l’interrogation en Shupamem.

Nous voulons permettre aux chercheurs de cerner et de différencier les transformations que subit une phrase interrogative en Shupamem et de pouvoir les expliquer à leur tour. Donc, nous voulons ici inventorier et répertorier les différents mécanismes qui ont lieu pendant la formation des questions en Shupamem.

0.2.2Motivation pédagogique

La motivation pédagogique est d’une très grande importance en ce fait que c’est grâce à elle que tout enseignement est possible. Et nous savons tous quelle place l’enseignement occupe au sein de notre société aujourd’hui.

Et par ailleurs, à l’heure actuelle ou l’Afrique en général et le Cameroun en particulier est en train d’introduire dans le programme de l’enseignement scolaire l’enseignement des langues nationales, il devient tout à fait urgent pour nous de travailler dans le sens de rendre facile l’enseignement de nos langues maternelles.

Car comme le dit Diongue (1980 :21) , “Ce que l’on a sur le cœur, ne peut être bien exprimé que dans sa langue maternelle”.

Cette recherche va inévitablement permettre aux enseignants des langues nationales de comprendre le fonctionnement de certains phénomènes grammaticaux en Shupamem.

Elle permettra aussi aux pédagogues d’aborder certaines leçons qu’ils seront appelés à enseigner avec aisance et assurance sachant ce qu’ils font et comment ils vont le faire.

Et l’élève pourra alors comprendre facilement la leçon qui lui est enseignée parce que celle-ci est enseignée dans sa langue maternelle qu’il maîtrise mieux. Diongue (1980 :55) , confirme ceci en nous rappelant que “Toute connaissance quel que soit sa nature ne peut être diffusée et acceptée que dans une langue connue”.

Par ailleurs, les langues africaines véhiculent et sauvegardent nos cultures, car, comme le dit si bien Sow (1971 : 6) , “Les langues africaines demeurent dans nos sociétés où l’oralité représente la forme de communication par excellence, les témoins privilégiés de l’itinéraire culturel de nos nations et les réceptacles de la pensée et de la civilisation de nos peuples”.

Comment l’interrogation est formée en Shupamem

0.3Objectif général de la recherche

L’objectif général de cette recherche est d’expliquer la formation des questions en Shupamem.

0.4Objectifs spécifiques de la recherche

L’objectif spécifique est une sous composante de l’objectif général. C’est grâce aux objectifs spécifiques que nous atteignons l’objectif général de toute recherche. Les objectifs spécifiques constituent en quelque sorte les différentes étapes d’une recherche. Dans le cadre de ce travail, les objectifs spécifiques sont :

  1. Identifier les différents marqueurs de l’interrogation en Shupamem ;
  2. Identifier la position du syntagme de l’interrogation en Shupamem ;
  3. Identifier les différentes possibilités de formation des interrogations en Shupamem.

0.5Questions de recherche

Nous utilisons les questions de recherche lorsque nous avons à faire un travail descriptif et explicatif. Ce qui est les cas ici. Ce travail est qualifié de descriptif parce que nous allons décrire ou présenter ce qu’on voit.

Il est aussi explicatif parce que nous n’allons pas simplement présenter les faits, mais nous allons aussi les expliquer afin de savoir le pourquoi de tel ou de tel mouvement ou de tel phénomène. Pour mener à bien cette recherche, nous avons retenu les questions suivantes :

  1. Quels sont les différents marqueurs de l’interrogation en Shupamem ?
  2. Quelle place occupe le marqueur de l’interrogation en Shupamem ?
  3. Qu’est-ce qui justifie le déplacement ou non d’un marqueur de l’interrogation en Shupamem ?

0.6Hypothèse générale de recherche

En Shupamem, l’interrogation se forme de deux façons : soit par l’utilisation du marqueur de l’interrogation ə̀, mə̀, nə̀, ì et nì tous en fin de phrase ou soit par l’utilisation du syntagme Qu et du marqueur de l’interrogation ə̀, mə̀, nə̀, ì et nì tous en fin de phrase.

0.7Hypothèses secondaires

  • Hypothèse secondaire n°1

L’interrogation est marquée en Shupamem par le marqueur de l’interrogation ə̀, mə̀, nə̀

ou l’interrogateur oratoire ì et nì.

  • Hypothèse secondaire n°2

Le syntagme Qu est en initial de phrase lorsqu’il est focalisé alors qu’il est in-situ lorsqu’il n’est pas focalisé.

  • Hypothèse secondaire n°3

Le syntagme Qu est en initial de phrase dans les interrogations averbales.

0.8 Méthodologie

Il sera question pour nous ici de parler de la méthodologie que nous avons utilisée dans le cadre de ce travail.

0.8.1 Approche minimaliste

L’approche minimaliste est une approche descriptive et en même temps explicative. Car ici, il est question de décrire les phénomènes que nous observons mais aussi de les expliquer c’est-à-dire de donner les raisons de tel ou de tel comportement linguistique.

C’est pour cette raison que nous avons opté pour cette approche car elle va inévitablement nous permettre de comprendre certaines structures syntaxiques des phrases interrogatives en Shupamem.

0.8.2 Démarche empirico-inductive

Dans ce travail, nous allons utiliser la démarche empirico-inductive. Ici on ne part pas a priori d’une théorie, mais, on part d’une problématique, c’est-à-dire d’une question que l’on pose à un ensemble de phénomènes. On va d’abord recueillir de nombreuses données, les catégoriser et les ordonner.

Et par la suite, on formule un schéma de compréhension organisant la compréhension du fonctionnement global des phénomènes. C’est pourquoi Gondard-Delcroix (2007 :26) estime que “cette méthode est plus apte à révéler une information à la fois riche et précise”.

La méthode empirico-inductive consiste à s’interroger sur le fonctionnement et sur la signification de phénomènes humains qui éveillent la curiosité du chercheur.

Elle recherche des réponses dans les données, en incluant les interactions mutuelles entre les diverses variables observables dans le contexte global d’apparition du phénomène, dans son environnement, ainsi que les représentations que les sujets s’en font (enquêteur comme enquêtés, l’observateur étant également observé) .

II s’agit de comprendre c’est-à-dire de donner du sens à des évènements spécifiques et non d’expliquer des lois universelles de causalité. Selon Gondard-Delcroix op.cit., cette approche méthodologique et épistémologique se caractérise par les dix points suivants :

  1. Une recherche qualitative est inductive : les chercheurs tentent de développer une compréhension des phénomènes à partir d’un tissu de données, plutôt que de recueillir des données pour évaluer un modèle théorique préconçu ou des hypothèses a priori ;
  2. Dans une méthodologie qualitative, les sujets ou les groupes ne sont pas réduits à des variables, mais sont considérés comme un tout : le chercheur qualitatif étudie le contexte dans lequel évoluent les personnes ainsi que le passé de ces dernières ;
  3. Le chercheur est attentif à l’effet qu’il produit sur les personnes concernées par son étude : cet effet d’interaction inévitable doit être pris en compte dans l’interprétation des données ;
  4. Le chercheur essaie de comprendre les sujets à partir de leur système de référence : il observe la signification sociale attribuée par les sujets au monde qui les entoure ;
  5. Le chercheur ne met pas ses propres convictions, perspectives et prédispositions en avant : rien n’est pris d’emblée comme « vérité » ;
  6. Tous les points de vue sont précieux ;
  7. Les méthodes qualitatives relèvent d’un courant humaniste qui implique l’ouverture à l’autre et au social ;
  8. Les chercheurs insistent sur la qualité de validité de leur recherche : en observant les sujets dans leur vie quotidienne, en les écoutant parler, ils obtiennent des données non filtrées et donc non tronquées par des concepts a priori, des définitions opérationnelles ou des échelles de mesure et de niveau ;
  9. Tous les sujets sont dignes d’étude mais restent uniques ;
  10. La recherche qualitative exige, plus que l’utilisation des techniques, un savoir-faire : elle n’est pas standardisée comme une approche quantitative et les manières d’y parvenir sont souples ; le chercheur crée lui-même sa propre méthodologie en fonction de son terrain d’observation.

0.8.3Démarche hypothético-déductive

La démarche hypothético-déductive est une méthode scientifique qui consiste à formuler une hypothèse afin d’en déduire des conséquences observables futures (prédiction) , mais également passées (rétrodiction) , permettant d’en déterminer la validité.

Elle part du connu pour arriver à l’inconnu, du particulier pour aller au général, du concret pour aller vers l’abstrait. Elle est une méthode de recherche qui vise à conduire l’apprenant à une vérité à laquelle on voudrait aboutir.

0.8.4 Population de recherche

La population d’étude est l’ensemble dont les éléments sont choisis parce qu’ils possèdent tous une ou plusieurs caractéristiques communes et sont de même nature. Deux termes sont très importants quand on parle de la population de recherche. Il s’agit de la population cible et de la population accessible.

0.8.4.1 Population cible

Selon Njifon (2011) , la population cible est l’ensemble des individus sur lesquels les résultats d’une étude peuvent être appliqués. Le résultat de cette recherche sera important aux chercheurs qui s’intéressent au Shupamem.

0.8.4.2Population accessible

La population accessible est la partie de la population dont l’accès s’offre aisément au chercheur sans difficultés manifestes. La population accessible de notre recherche est tout locuteur natif du Shupamem et qui a une maîtrise parfaite du Shupamem.

0.8.5Echantillon de recherche

Un échantillon est un ensemble d’individus extraits d’une population étudiée de manière à ce qu’il soit représentatif de cette population, au moins pour l’objet de l’étude.

Pour ce faire, on peut le tirer de façon aléatoire, par un ensemble de méthodes mathématiquement très contraignantes, ou quand ces méthodes se révèlent impossibles à appliquer, par des méthodes pratiques comme la méthode des quotas1.

0.8.6 Instruments de collecte de données

Pour conduire notre analyse, nous avons collecté les données auprès de nos informateurs. Pour ce faire, nous avons utilisé les instruments de collecte de données qui sont le questionnaire et l’interview.

0.9Revue de la littérature

Bien qu’étant une langue peu étudiée, le Shupamem a tout de même constitué un champ d’étude à bon nombre de personnes. C’est ainsi que quelques travaux ont été recensés à savoir :

  1. Esquisse phonologique du bamoun, (Boum 1977) ;
  2. Le verbe en bamoun, (Djeunou 1981) ;
  3. La structure phrastique du Shupamem : Une approche générativiste, (Ondoua 2004) ;
  4. Une analyse minimaliste et dérivationnelle de la morphosyntaxe du Shupamem, (Nchare 2005) ;
  5. The grammar of Shupamem, (Nchare 2012) .

Boum (1977) , dans “Esquisse phonologique du bamoun’’ a mené une étude sur la phonologie du Shupamem, ce qui lui a permis de répertorier les consonnes et les voyelles dans cette langue et de dresser les différents tableaux consonantiques et vocaliques en Shupamem ; toute chose qui nous permet d’avoir une idée sur sa phonologie.

1Pourcentage respectif des différentes catégories démographiques ou socioprofessionnelles qui constituent une population totale, qui permet d’établir un échantillon représentatif dans une enquête par sondage.

Djeunou (1981) , dans “Le verbe en bamoun’’, s’est attelé à étudier le verbe en Shupamem. Cette étude occupe une place très importante parce que faisant partie des toutes premières études menées sur le verbe en Shupamem.

Djeunou (1981) a étudié la structure du verbe en Shupamem pour cela ; il a pu identifier le marqueur de l’infinitif en Shupamem et la place que ce marqueur occupe.

Par ailleurs, il a aussi étudié la dérivation verbale en Shupamem. C’est justement pour cette raison qu’il a parlé de l’aspect, du temps et du mode dans cette langue.

Ondoua (2004) , dans “La structure phrastique du Shupamem : Une approche générativiste’’, étudie la structure de la phrase en Shupamem. Il analyse en particulier la structure des syntagmes et celle des phrases.

Nchare (2005) , dans “Une analyse minimaliste et dérivationnelle de la morphosyntaxe du Shupamem’’ s’est attelé à parler du Shupamem sur le plan de sa morphologie et de sa syntaxe. A travers cette étude, Nchare étudie les mouvements des constituants en Shupamem ainsi que les propriétés morphosyntaxiques de cette langue.

Et pour se faire, il a étudié la morphosyntaxe2 du syntagme du déterminant et cela lui a permis

d’établir les différentes classes morphologiques et sémantiques du substantif en Shupamem.

Par la suite, il a aussi examiné la morphosyntaxe du syntagme verbal ou il a étudié le système aspecto-temporel et modal, ceci pour avoir une idée claire et précise sur les éléments qui constituent le syntagme verbal en Shupamem.

En outre, Nchare (2005) a étudié la morphosyntaxe de la négation pour savoir les éléments du syntagme de la négation en Shupamem.

Nchare (2005) a aussi étudié les questions en Shupamem et de cette étude, il ressort que c’est la focalisation qui déclenche le mouvement du syntagme Qu en Shupamem.

Finalement, Nchare (2005) nous a permis de comprendre à travers cette étude que la variation dans l’ordre des mots se traduit par les déplacements de certains constituants vers les différentes positions dans la phrase. En fait ceci revient à dire que la structure de la phrase varie avec le type de phrase.

2 Selon Parisse (2010) , la morphosyntaxe concerne l’ensemble des structures qui permettent de construire grammaticalement un énoncé. Elle porte aussi bien sur les formes des mots flexions régulières et irrégulières, variantes irrégulières de certains noms et verbes, l’agencement des marques syntaxiques autour du nom (déterminants, etc.) , du verbe (pronoms, etc.) , de l’adjectif, de l’adverbe, et enfin de l’organisation des mots et groupes de mots dans un énoncé ou une phrase. Dans la langue française, tous les niveaux d’organisation langagière sont touchés de manière importante par la morphosyntaxe. On distinguera quatre niveaux de morphosyntaxe : lexical (racine des mots) , flexionnel (terminaison des mots) , contextuel (marqueurs syntaxiques ayant un caractère obligatoire et dont l’emplacement est strictement déterminé) et positionnel (organisation des mots ou groupes de mots présentant une certaine flexibilité) . Ces quatre niveaux d’organisation correspondent le plus souvent à l’âge des structures langagières et à leur évolution au cours du temps, des plus anciennes (lexicales) au plus récentes (positionnelles) . Par contre, l’utilisation est largement indépendante de l’âge des structures et tous les niveaux interagissent dans la morphosyntaxe du français actuel.

Dans la thèse de Nchare (2012) intitulé “The grammar of Shupamem’’, il a mené une étude globalisante sur le Shupamem, c’est ainsi qu’il a examiné tour à tour la phonétique, la phonologie, la sémantique et la syntaxe. Ce qui nous permet de dire qu’il a étudié des aspects très variés de la grammaire du Shupamem.

La structure de la phrase interrogative en Shupamem

0.10 Corpus

Pour réaliser ce travail, nous avons collecté les données sur le terrain. La collecte des données s’est faite par le biais d’un questionnaire. Notre questionnaire a été divisé en quatre parties. La première partie nous a permis d’identifier les marqueurs de l’interrogation en Shupamem.

La deuxième partie quant à elle a contribué à l’identification des types et des formes des phrases interrogatives en Shupamem. La troisième partie était consacrée sur les structures des interrogations en Shupamem.

La quatrième partie nous a permis de parler de la focalisation, de la topicalisation et de la relativation en Shupamem. Nous avons aussi utilisé les interviews pour collecter nos données.

Ces interviews avaient pour but d’amener nos informateurs à nous apporter plus de clarifications sur certains aspects importants du Shupamem tels que les interrogations averbales, les interrogations à Qu in-situ ou à Qu ex- situ.

Nous avons aussi utilisé les documents écrits sur le Shupamem tels que le mémoire de DEA de Nchare (2005) intitulé : “Une étude minimaliste et dérivationnelle de la morphosyntaxe du Shupamem’’, le livre d’Emmanuel Matateyou (2008) , “Palabres au Cameroun’’. Nous avons aussi utilisé la thèse de Nchare (2012) intitulé : “The grammar of Shupamem’’.

Le tableau ci-dessous est celui de nos informateurs.

Tableau 1 : Les informateurs

INFORMANTEURS STATUS SOCIAL RESIDENCE AGE SEXE
M. MBOUOBOUO Mama Enseignant de français Foumban 45 M
M. NJIKAM Chouaibou Commerçant Foumbot 50 M
Mme NJAPDOUNKE Mariama Enseignante de français Foumban 49 F
M. CHAYOU Thomas Cultivateur Foumban 51 M
Mme MFOUNSIE Souliatou Cultivatrice Koutaba 60 F
M. PELENA Alain Commerçant Magba 51 M
M. NKUTCHEM Mathieu Instituteur retraité Malatouen 62 M

Sur le tableau ci-dessus, nous avons tous les informateurs qui nous ont aidés dans le cadre de ce travail. Nous avons par ailleurs donné les informations sur le statut social, la résidence, l’âge et le sexe de nos informateurs.

0.11 Plan du travail

Ce travail intitulé “La structure de la phrase interrogative en Shupamem’’ comporte cinq chapitres. Le chapitre 1 intitulé « Le peuple bamoun et le Shupamem » parle brièvement du peuple bamoun, tout en retraçant leur origine.

En outre, il présente un aperçu phonétique et phonologique du Shupamem. Pour finir, il recense les temps verbaux dans cette langue. Le chapitre 2 intitulé « Cadre théorique » présente la théorie sur laquelle nous nous sommes appuyés pour mener cette recherche.

Le chapitre 3 intitulé « Les marqueurs de l’interrogation en Shupamem » identifie les marqueurs de l’interrogation en Shupamem. Le chapitre 4 intitulé

«Typologie des questions en Shupamem » parle de la distribution des constituants de la phrase interrogative d’une part, et d’autre part, il identifie et explique les différents mouvements que subissent les constituants des phrases interrogatives en Shupamem.

Le chapitre 5 intitulé « La périphérie gauche en Shupamem » parle de la focalisation, de la topicalisation et de la relativation. Et par ailleurs, il nous permet aussi d’identifier la cartographie de la périphérie gauche en Shupamem.

Pour citer ce mémoire (mémoire de master, thèse, PFE,...) :

La première page du mémoire (avec le fichier pdf) - Thème :
La structure de la phrase interrogative en Shupamem
Auteur·trice·s :
Ernest NJIFON NGOUPAYOU
Ernest NJIFON NGOUPAYOU
Université :
Université de Yaoundé I - Faculté des arts, lettres et sciences humaines
Année de soutenance :
Mémoire présenté en vue de l’obtention du diplôme de Master en Linguistique Générale - Juillet 2017
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