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Université Joseph Fourier - Faculté de Médecine de Grenoble
Mémoire Pour le diplôme inter-universitaire « Soins palliatifs et accompagnement » - 2011-2013

L’instant qui suit le décès : un source de questionnements

  1. L’instant d’après, l’infirmier libéral et le décès du patient
  2. Le décès du patient : confrontation à la mort, relation au défunt
  3. L’instant qui suit le décès : l’impact des rites et croyances
  4. L’après décès : la mémoire d’un instant transitoire, d’un lieu
  5. L’infirmier à domicile et le décès : soins et toilette du défunt
  6. L’infirmier et le décès du malade : l’accompagnement des proches
  7. L’infirmier libéral et la présence après le décès
  8. L’impact de l’infirmier libéral au domicile
  9. Le défunt et l’infirmier libéral : corps et respect des croyances
  10. L’infirmier: la connaissance des proches du décès
  11. L’ambiance de l’instant qui suit le décès
  12. L’instant qui suit le décès : un source de questionnements
  13. Le suivi des proches jusqu’au décès du patient

L’instant qui suit le décès : un source de questionnements

Un instant source de questionnements

Une formation plébiscitée:

71% des infirmiers interrogés pensent qu’une formation concernant « l’après décès » pourrait les aider. Ils sont donc une majorité à vouloir parfaire leurs connaissances dans ce domaine bien précis.

L’intérêt de la formation serait de donner des repères intellectuels, éthiques, psycho affectifs aux infirmiers.

« La formation est un des moyens essentiels, socialement organisé, pour nous permettre ou nous imposer l’élaboration ou le réaménagement des repères dont nous avons besoin pour nous situer dans chacune des positions sociales que nous occupons ou pour effectuer des taches dont nous avons la responsabilité. »

Face à la mort, les soignants sont amenés à se questionner sur leurs croyances, leurs connaissances, leur système de valeur, leur savoir être.

« La fréquentation de la maladie, de la souffrance et de la mort suppose des systèmes de défense efficaces et souples que la formation peut contribuer à enrichir et à nuancer, aussi bien sur le plan intellectuel que sur le plan psychologique ou organisationnel.

Toute activité permettant la réflexion, l’apport de connaissances peut être d’un intérêt inégalable pour le soignant. Les groupes de paroles, d’échange et d’analyse de la pratique, les formations, sont autant de moyens d’y parvenir.

« La pratique des soins palliatifs est donc, à l’évidence, doublement concernée par la formation, l’éducation et le conseil. D’une part dans la mise en œuvre des soins, vis à vis du patient et de leur entourage ; d’autre part à l’égard des soignants et des institutions de soin qui ont besoin de soutien et de conseil pour agir, évoluer et supporter les souffrances qui leur sont adressées. »

La formation, au delà des connaissances qu’elle véhicule, aurait sans doute la possibilité de donner quelques clés pour mieux vivre ces situations si singulières, intégrant le fait que l’infirmier à domicile soit relativement isolé. Cet isolement a par ailleurs été cité par plusieurs d’entre eux, évoquant la solitude inhérente à l’exercice libéral. Partager ses expériences serait donc un apport intéressant.

127 Hirsch Emmanuel (dir). Rédaction Patrice Dubosc, Face aux fins de vie et à la mort. Espace éthique / AP-HP, Vuibert, 3°édition, 2009, p
128 Ibid, p
129 Ibid, p100, Alain Bercovitz.

Supervision :

De nombreux infirmiers regrettent de ne pas avoir accès à un groupe de parole pour analyser leurs pratiques. Les termes supervision, débriefing ont été cités. Cette volonté de réfléchir au sujet de ses pratiques est clairement apparu au sein des réponses. Plusieurs d’entre eux expliquent se réunir entre collègues pour évoquer leurs difficultés, et échanger à ce sujet.

« La supervision semble être un bon moyen de décoder les situations permettant de modifier certains comportements envers les patients. »

Elle pourrait être un moment de partage riche, permettant de distinguer les différents comportements face à une situation similaire.

La solitude des soignants s’y effacerait, permettant la circulation de l’information, l’analyse des pratiques, des attitudes.

Le partage des expériences au sein d’un groupe peut être intéressant et permettre une remise en question constructive. Partager ses questionnements, ses difficultés, mais aussi ses solutions, ses astuces, peut être grandement valorisant et riche pour chacun. En effet, de nombreux infirmiers ont une expérience de l’instant qui suit le décès fort instructive et enrichissante.

Le questionnaire, et les réactions qu’il a suscitées l’ont bien démontré. De grands développements écrits ont été relatés, avec un réel désir de partager à ce sujet.

Cette supervision peut manquer à certains infirmiers à domicile, du fait de l’exercice au sein d’une équipe restreinte, ou en solitaire.

Un instant difficile à évaluer

Comment évaluer la qualité de l’aide apportée par l’infirmier en cet instant ? Quelles attitudes peuvent être considérées comme positives, ou négatives ? Et serait-il possible d’évaluer cela de manière fiable ?

Comme le dit Albert Einstein : « Ce qui peut être compté ne compte pas toujours, et ce qui compte ne peut pas toujours être compté. »

La qualité du soin, de la prise en charge, aux yeux de l’infirmier, peut être considérée au delà des chiffres et des statistiques :

130 Daydé Marie-Claude, La relation d’aide en soins infirmiers, aspects réglementaires et conceptuels, SOINS n°731- Décembre 2008, p.31.

« La qualité dont parle ces infirmières, c’est celle de leur quotidien, c’est le plaisir de faire un bon travail, reconnu par sa hiérarchie, ses pairs, et ses patients. C’est le plaisir de faire un travail qui a du sens, d’en maitriser les méthodes et de les changer si nécessaire…C’est une qualité non mesurable par des échelles, des scores.

C’est une qualité qui s’insère mal dans les présentations PowerPoint ou les tableaux Excel. C’est une qualité intimement liée à des échanges humains nombreux, permanents, informels. C’est une qualité qui privilégie l’action, l’innovation, l’autonomie réelle associée à un bon relationnel avec les autres groupes comme celui des médecins ou des administratifs. »

En effet, la complexité de ce qui se joue en cet instant peut être approchée, évoquée, discutée, mais son évaluation, si celle ci doit être envisagée, ne peut être si évidente.

En revanche, obtenir le regard des familles pourrait être un moyen de percevoir l’utilité de l’intervention infirmière. La justesse d’une action devant sans doute être l’objet d’un feed-back.

L’instant qui suit le décès  un source de questionnements

Un instant bien éloigné des protocoles

Evoquer les différentes perceptions, pratiques, habitudes concernant l’instant qui suit le décès, ne peut empêcher de se poser une question, si contestable soit elle :

Voulant faire au mieux, serait il envisageable et salutaire de définir une sorte de conduite à tenir idéale ? Plusieurs infirmiers ont soulevé ce thème, et tous ont fait part de leur exaspération face à ces protocoles qui inhibent toute autonomie et responsabilité.

D’après le Dr Dominique Dupagne, le fait d’établir des procédures figées retire toute latitude et paralyse l’action soignante :

« Avec une définition de ce qui est autorisé, ou tout au moins vivement recommandé, la liberté d’action est brutalement restreinte à un dénominateur commun sclérosant. L’homme est transformé en machine dépendante de celui qui la programme. La perversion de la qualité apparaît dès son nom. »

Rechercher la qualité des soins est tout à fait louable, et comme le dit bien Franck Lepage : « qui oserait être contre la qualité ? ».

131 Dupagne Dominique, La revanche du rameur, Michel Lafon, Neuilly-sur-Seine, 2012, p.247.
132 Ibid., p.122.
133 Lepage Franck, Incultures, tome1, Editions du cerisier, 2007.

Cette recherche de la justesse est indispensable. Or celle ci ne passe pas forcement par l’apprentissage d’un descriptif détaillé, cadré, et rigide de ce qui doit être mis en œuvre.

Ce cadre de référence externe n’est pas toujours celui qui s’avère être le plus efficace, ou même le plus juste. Il peut être parfois bien loin de la réalité.

Le bon sens ne risque t il pas de s’effacer, au détriment d’un protocole trop rigide ?

« Nous n’avons besoin que d’une chose : du bon sens. Bien souvent, hélas, l’abus de connaissances philosophiques ou scientifiques appauvrit le bon sens. Les excès de connaissances rendent parfois aveugles aux vérités les plus simples. »

L’introspection, la remise en question, le partage d’expériences, sont des outils qui non seulement valorisent le soignant, mais donnent des résultats dont la portée et la profondeur seront bien plus intéressantes.

De même, il est impossible de prévoir chaque situation, devant la richesse et l’unicité des individus : singularité de l’entourage, des conditions du décès, de l’histoire de la famille, de la relation soignant soigné.

« Dans l’action humaine et les services, comme dans le monde vivant en général, l’imprévu est la règle. »135

La recherche de la qualité peut être étroitement liée à l’épanouissement professionnel, au libre arbitre, à l’autonomie, à la juste et créative expression de ce qu’est chaque infirmier, au sein de sa pratique.

Une procédure adaptée à l’instant si singulier qui suit le décès ôterait sans doute la subtilité et la richesse qui font l’essence même de cet instant.

Comme l’évoque Eric Fourneret, « Attention, les cheik up tuent l’humanité.»

134 Egli René, Le principe LOLA, Le dauphin blanc, 2003, p.13.
135 Dupagne D, La revanche du rameur, op.cit., p .127.

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