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Université Joseph Fourier - Faculté de Médecine de Grenoble
Mémoire Pour le diplôme inter-universitaire « Soins palliatifs et accompagnement » - 2011-2013

Le défunt et l’infirmier libéral : corps et respect des croyances

  1. L’instant d’après, l’infirmier libéral et le décès du patient
  2. Le décès du patient : confrontation à la mort, relation au défunt
  3. L’instant qui suit le décès : l’impact des rites et croyances
  4. L’après décès : la mémoire d’un instant transitoire, d’un lieu
  5. L’infirmier à domicile et le décès : soins et toilette du défunt
  6. L’infirmier et le décès du malade : l’accompagnement des proches
  7. L’infirmier libéral et la présence après le décès
  8. L’impact de l’infirmier libéral au domicile
  9. Le défunt et l’infirmier libéral : corps et respect des croyances
  10. L’infirmier: la connaissance des proches du décès
  11. L’ambiance de l’instant qui suit le décès
  12. L’instant qui suit le décès : un source de questionnements
  13. Le suivi des proches jusqu’au décès du patient

Le défunt et l’infirmier libéral  corps et respect des croyances

Discussion

Cet instant, si rare

Les infirmiers libéraux suivent régulièrement des patients dans le cadre des soins palliatifs.

26% d’entre eux déclarent prendre en charge des patients dans le cadre de soins dits palliatifs assez souvent. 64% parfois, 10% très souvent.

Les résultats de l’enquête exploratoire indiquent une prise en charge périodique, et récurrente dans la pratique des libéraux. Malgré tout, il est rare qu’ils puissent mener le suivi jusqu’au décès du patient.

En 2009, seuls 27% des décès eurent lieu à domicile, les réponses infirmières sont donc le reflet de cette réalité, avec en moyenne entre 1 et 2 décès par an à domicile.

De ce fait, les infirmiers ne sont que très rarement confrontés à cette situation, et à l’instant particulier qui succède au décès.

Cet infirmier, présent à l’instant

58% des infirmiers admettent être toujours appelés par la famille lorsque survient le décès. 26% le sont assez souvent, 16% parfois.

Cette présence de l’infirmier est à mettre en lien avec la disponibilité qu’il accorde à cet instant. En effet, 61% d’entre eux proposent spontanément d’être appelés par les proches lors du décès.

81% des infirmiers acceptent d’être contactés la nuit si le décès intervient sur ce temps là. 42% d’entre eux sont amenés à donner leurs coordonnées personnelles de façon systématique, et 26% assez souvent. Ils acceptent ainsi clairement d’être sollicités hors des horaires de travail établis, sur un temps consacré à la vie personnelle.

Après le décès 42% des infirmiers affirment passer entre 1H et 2h au domicile. 35% restent sur place entre 30 minutes et une heure. Plus rares sont ceux qui restent sur une période très courte (moins de 30 minutes) ou très longue (plus de deux heures).

Ce temps imparti peut être considéré comme conséquent dans le cadre d’une tournée de soins à domicile. La charge de travail des infirmiers libéraux, bien que variable, reste relativement lourde.

Ce défunt, objet de tant d’égards

Le corps objet de tous les soins :

La réalisation de la toilette du défunt semble très inégale, d’un infirmier à l’autre. Les professionnels semblent partagés concernant ce soin.

Bien qu’absent du référentiel des soins infirmiers, il était largement effectué il y a quelques années. Ainsi, plusieurs infirmiers précisent avoir fait évoluer leurs pratiques, la toilette étant bien plus pratiquée par le passé.

26% des infirmiers interrogés n’effectuent jamais ce soin. Plusieurs d’entre eux ont argumenté ce choix, expliquant qu’à présent, la toilette est prise en charge par les entreprises de pompe funèbres, et que celle ci disposent de techniques bien plus adaptées. En revanche, 23% admettent la réaliser de façon systématique. Les raisons évoquées sont multiples.

Certains y voient un hommage rendu au patient, au travers de ce dernier soin. Cela rejoint les écrits de Louis Vincent Thomas, explicitant le fait que la toilette ne réponde plus uniquement aux exigences de l’hygiène, mais davantage à la notion d’hommage.

Cette déférence vis à vis du défunt est clairement mise en évidence. Certains infirmiers expliquant respecter un engagement pris antérieurement avec le patient, ou évoquant un ultime devoir.

D’autres y voient une manière de mettre fin à la prise en charge, de boucler la relation avec le patient, en approchant une dernière fois ce corps devenu familier :

« Faire la toilette peut donc être une manière de terminer un processus d’accompagnement et de laisser partir l’autre. »

Il est à noter que 43% des infirmiers ont répondu parfois. Cette nuance pourrait mettre en lumière une disparité de leur conduite, en fonction du contexte. La réalisation du soin pourrait être fonction de différents facteurs plus ou moins objectifs, parmi lesquels la relation établie avec le patient, sa famille, ou les engagements tenus préalablement.

111Mattheeuws.A, Accompagner la vie dans son dernier moment, op.cit., p.65.

Le souci de l’image

L’image renvoyée par le corps semble avoir une importance capitale aux yeux des infirmiers.

97% d’entre eux estiment que la présentation du défunt a un impact sur les proches.

Les commentaires libres qualifiant cette image ont été nombreux, se rejoignant pour la plupart. L’expression du visage est largement évoquée, et les qualificatifs « apaisé » et « serein » sont parmi les plus cités. Cette volonté peut être mise en lien avec plusieurs concepts détaillés précédemment.

Le défunt et l’infirmier libéral  corps et respect des croyances

Apparaît clairement le désir de dissimuler les effets dévastateurs de la mort sur le corps, notion soulevée par Louis Vincent Thomas. Eviter que le visage ne reflète la douleur, l’inconfort, la crispation. Sans doute ce souci de l’image est il une volonté de rendre la confrontation à la mort moins violente pour les survivants. Bien que le proche voit au delà de l’image en elle même, comme le précisait Patrick Baudry, cette vision demeure une préoccupation réelle. Ce souci du dernier souvenir visuel fait référence à la mémoire, la mémorisation de la scène étant sous jacente.

Quelques infirmiers évoquent la beauté se dégageant du visage, ce qui, nous l’avons vu précédemment, rejoint une conception plus ancienne, apparaissant dans les écrits de la période romantique.

Cette préoccupation portée sur le visage est bien souvent partagée par les proches :

« Les proches sont très sensibles à l’aspect du visage qui, souvent, a retrouvé une certaine sérénité et même une beauté effaçant toute marque de souffrance. Parfois un sourire se dessine. Dans d’autres cas, le visage abimé par la maladie reste difficile à regarder malgré les soins apportés. »

Le positionnement du corps est cité, précisément des mains et des bras, Il est choisi avec soin, en accord avec la famille.

Plusieurs infirmiers soulignent l’importance de faire disparaître rapidement le matériel médical. Cette attitude peut avoir une portée symbolique, faisant disparaître le monde du soin, désormais devenu illégitime, laissant ainsi place aux rituels.

L’intérêt porté à l’apparence du défunt est en lien direct avec l’exposition de celui ci au regard. Cette présence des proches auprès de lui est un temps d’observation avant tout. L’image a donc une importance, qui, bien que relative, est prise en compte par la grande majorité des infirmiers.

112 Richard Marie-Sylvie, Soigner la relation en fin de vie, Dunod, 2004, p.111.

Le respect des croyances

81% des infirmiers admettent que les croyances du défunt ont un impact sur les soins qu’ils réalisent. Le rituel inhérent à chaque religion intègre le soin, particulièrement la toilette, le positionnement du corps et des mains.

Plusieurs objets symboliques ou religieux peuvent être disposés auprès de défunt.

Les infirmiers expliquent suivre dans ce cas les recommandations de la famille.

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