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Institut Universitaire des Sciences de l’Education
En vue de l’obtention du grade de Licencié en sciences de l’Education - Décembre 2014

La socialisation : le monde social et l’approche individualiste

  1. Expérience de socialisation en milieu scolaire haïtien
  2. La socialisation : le monde social et l’approche individualiste
  3. L’individualisation méthodologique, la socialisation et l’éducation
  4. L’État et le secteur privé : la construction de l’éducation Haïti
  5. L’éducation nationale et la construction de l’être social haïtien
  6. Cadre de référence méthodologique, la socialisation des apprenants
  7. Résultats de l’enquête, la Socialisation en milieu scolaire Haïti
  8. Propositions de réussite de la socialisation scolaire des apprenants

La socialisation : le monde social et l’approche individualiste

Chapitre II : Cadre de référence théorique et conceptuel

La littérature portant sur la socialisation des apprenants en milieu scolaire est très vaste. Nous ne saurions prétendre avoir tout lu sur le sujet. Toutefois, nous sommes en droit d’affirmer avoir consulté les plus importantes recherches consacrées à ce propos.

En général, les recherches qui ont été réalisées sur la socialisation des apprenants ne se contredisent pas, elles se complètent les unes des autres. Dans le cadre de ce travail, nous regroupons les différents points de vue des chercheurs qui nous ont précédés.

Les théories de la socialisation sont nombreuses et il serait fastidieux d’en dresser une longue liste exhaustive. En revanche, il est possible de les classer en trois grandes perspectives sociologiques à partir desquelles les questions de socialisation sont abordées.

Chacune regroupe d’ailleurs des auteurs qui sous de nombreux aspects apparaissent très différents les uns des autres. Ces trois approches de la socialisation se distinguent fondamentalement par le choix de l’élément de base à partir duquel, elles choisissent de mener leur investigation.

Face à un objet qui se présente comme un écheveau composé de plusieurs fils, elles procèdent de l’un d’entre eux pour dénouer, délier ou démêler le problème.

Tandis que pour les unes, il s’agira de partir peut être du plus gros fil « les structures sociales », il conviendra pour les autres de commencer par le plus fin, « l’individu ».

Cependant, il se trouvera encore une solution intermédiaire « l’interaction ». Située quelque part au sein des structure sociale et impliquant les individus, elle constituera l’unité de base à partir de laquelle la socialisation sera analysée.

2-1- La socialisation : intégration et reproduction sociale

2-1-1- Socialisation et intégration dans la sociologie d’Émile Durkheim

Le concept de socialisation est largement absent de la sociologie de Durkheim mais les réalités qu’il recouvre y sont, quant à elles, omniprésentes. Durkheim les appréhende à travers les notions d’intégration, de solidarité, d’individualisation ou de conscience collective.

Car, ce qui préoccupe le sociologue, dans une grande partie de ses travaux, c’est bien la capacité des sociétés modernes à produire de la solidarité sociale.

La condition de la socialisation chez Durkheim est très autoritaire et découle de la fonction essentielle qui lui traite de perpétuer et renfoncer l’homogénéité de la société : « La société, écrit-il, ne peut vivre que s’il existe entre ses membres suffisants d’homogénéité. »27

L’éducation perpétuée et renforcée cette homogénéité. Cette conception renvoie directement et d’emblée à un ensemble plus large d’idées sur les rapports entre l’individu et la société et sur le principe de fonctionnement de la société.

Durkheim ne nie pas l’existence de valeurs particulières dans les différents groupes de la société et ne contente pas le développement d’une socialisation à ce niveau, mais il n’y a rien au dehors et au-dessus de chacun et de tout une société différente de la somme des individus qui la composent et c’est à ce niveau que doit exercer l’action la plus haute de l’éducation c’est-a-dire celle dispensée par l’école : « Car si la famille peut bien et peut seule éveiller et consolider les sentiments domestiques nécessaire à la morale et même, plus largement, ceux qui sont à la base des relations privées les plus simples, elle n’est pas constituée de manière à pouvoir former l’enfant en vue de la vie sociale »28 .

Une prime éducation peu en phase avec les manières de faire, d’être, de penser et de sentir de la société, exposera l’individu à une marginalisation, à un rejet, à une stigmatisation.

L’individu qui ne peut adhérer aux normes sociales, revêtir les rôles sociaux existant et se comporter en accord avec les buts fixés par la société connaît une situation d’anomie qui peut s’étendre à d’autres et miner l’ensemble du corps social.

Dans éducation et sociologie, Durkheim souligne que : « Il est vain de croire que nous pouvons élever nos enfants comme nous voulons. Il y a des coutumes auxquelles nous sommes tenus de nous conformer ; si nous y dérogeons trop gravement, elles se vengent sur nos enfants »29

Mais, il y a plus, car la différenciation dans les sociétés modernes entraînes une telle multiplication des rôles sociaux et une complexité accrue de l’organisation sociale qui rendent indispensable la mise en place d’une organisation sociale chargée de diffuser à la fois une culture spécialisée adapté à chaque milieu social et une culture commune susceptible d’agir comme « conscience collective ».

Cette tâche incombe au système qui, au-delà de la transmission des connaissances et des savoirs, veille à l’apprentissage des règles de vie, à la diffusion de l’identité commune et des valeurs collectives sur lesquelles la société est fondée.

27 Emile. Durkheim, (1966), L’éducation et sociologie, Paris, PUF, (1éd.1925), p91

28Emile. Durkheim, (1963), L’éducation et morale, Paris, PUF, (1éd.1925), p16

29 Emile. Durkheim, (1922), Éducation et sociologie, Paris, PUF, 1966

Cette conscience collective est définie par Durkheim comme « l’ensemble des croyances et des sentiments communs à la moyenne des membres d’une société »30.

Dans l’éducation que délivre la société, la conscience collective apparait à travers le fait « que chaque société se fait un certain idéal de l’homme qui est, dans une certaine mesure le même pour tous les citoyens et qu’il constitue le pôle de l’éducation » 31 Durkheim propose donc une définition de l’éducation telle qu’il l’entend, c’est –à-dire au sens de « socialisation méthodique de la jeune génération » « elle a donc pour fonction de susciter chez l’enfant :

« Premièrement un certain nombre d’états physiques et mentaux que la société à laquelle il appartient considère comme ne devant être absents d’aucun de ses membres ; deuxièmement certains états physiques et mentaux que le groupe social particulier considère également comme devant se retrouver chez tous ceux qui le forment. Ainsi, c’est la société dans son ensemble, et chaque milieu social particulier, qui déterminent cet idéal que l’éducation réalise.32»

Dans cette conception de l’éducation chez Durkheim se retrouvent trois éléments qui fondent toutes les autres définitions de la socialisation : le niveau auquel il convient de se situer la société, l’importance d’un mécanisme, l’apprentissage une forme privilégiée de contenue, les normes. L’école doit donc à la fois unifier et diversifier sans aller jusqu’á diviser.

2-2- La socialisation comme construction du monde social

2-2-1- Les interactions comme données de base de la socialisation dans la sociologie de G.H. Mead

Georges Herbert Mead analyse la socialisation comme le processus qui, à travers les interactions et la communication, conduit à la construction de l’identité sociale de l’individu : à la construction d’un soi.

Le soi se construit ainsi à travers les interactions et la communication dont le modèle originel est formé par la conversation par gestes : « La signification d’un geste, pour un individu, c’est la réaction adaptative d’autrui, car celle-ci indique le résultat de l’acte social qu’il commence, et la réaction adaptative elle-même dirigée vers l’accomplissement de cet acte33 »

30 Emile. Durkheim, (1922), Éducation et sociologie, Paris, PUF, pp 46-51

31 Emile. Durkheim, op. cit.51

32 Emile. Durkheim, op. cit. 50-51

La communication par geste est représentative de toutes les autres formes d’interaction : elle suppose d’une part, une anticipation des conséquences de l’acte. À partir de là, la socialisation s’opère en trois étapes.

Au cours de la première, l’enfant apprend, en les recréant, les rôles tenus par les proches, c’est-à-dire les « autrui significatif ». Ensuite, son cercle de relation s’élargit et il évolue dans le cadre d’organisations.

Les relations gagnent en abstraction et l’identification se fait vis-à –vis de la société ou plutôt comme l’écrit Mead de l’ « autrui généralisé ».

La socialisation : le monde social et l’approche individualiste

La dernière étape de la socialisation implique la reconnaissance du Soi. Autrement dit, selon Mead l’individualisation est proportionnelle au degré d’intégration dans le groupe.

Les analyses de Mead vont inspirer les tenants de l’interactionnisme symbolique, mais elles vont surtout très nettement influencer les travaux de Peter Berger et de Thomas Luckmann sur la socialisation34

2-3- Une théorie de la socialisation primaire et de la socialisation secondaire : Peter Berger et Thomas Luckmann

Pour Peter et Luckmann, l’élément clé de la socialisation primaire est l’intériorisation. Elle représente la première étape, la plus fondamentale dans le processus de socialisation.

L’individu y acquiert va le convertir en sujet social c’est-à –dire qui va le rendre apte à participer aux interactions sociales. Plus précisément, lors de ces relations premières, il acquiert une compréhension de l’autre qui l’introduit -à proprement parler- au monde. Selon eux :

<< C’est seulement quand il aboutit à ce degré d’intériorisation que l’individu devient un monde de la société. Le processus ontogénique qui permet ce phénomène est la socialisation, qui peut être ainsi définie comme l’installation consistante et étendue d’un individu à l’intérieur du monde objectif d’une société ou d’un secteur de celle-ci.

La socialisation primaire est la première socialisation que l’individu subit dans son enfance, et grâce à laquelle il convient un membre de la société35 >>.

33 Georges. Herbert, (1934), l’esprit, le soi, la société, Paris, PUF, 1963, p 63

34 Peter. Berger et Thomas. Luckmann, (1966), La construction sociale de la société, Paris, Méridiens Klincksieck, p 186

35 Peter. B. Thomas L. (1966), La construction sociale de la réalité, op.cit. Toutes les citations de P Berger et T. Luckmann qui suivent sont issues de cet ouvrage.

La socialisation s’exerce dans un cadre social clairement défini : la société, son histoire, sa culture, son organisation sociale et les rapports qui s’y développent.

Les processus de socialisation sont donc doublement conditionnés : d’une part ils s’exercent à partir d’une position sociale clairement identifiée ; d’autres parts, les agents qui socialisent vont donner une dimension subjective à leur apprentissage puisque leur point de vue sur le monde va refléter à la fois leur situation sociale et interprétation qu’ils en ont, qui elle-même sera fonction de leur propre socialisation.

C’est pour cette raison précis que la socialisation n’est jamais jouée d’avance, ses effets varient en fonction des conditions inhérentes. Complémentaires à l’intériorisation, l’identification et l’auto-identification parachèvent la construction du moi36.

Le processus d’identification est de type dialectique. En effet, l’identification s’opère à travers la répétition et l’imitation des modèles, attitudes et comportements donnés par les proches qui ont en charge la socialisation.

Mais, leur mise en œuvre, dans des contextes ou des situations différentes, entraînes des rectifications, des corrections et une ré-élaboration des caractères que l’on trouve les plus gênants, les plus déplacés ou inefficaces. C’est la phase d’auto-identification.

Si l’identification est largement objective puisque le modèle est donné de l’extérieur, l’auto- identification est plutôt subjective puisqu’elle est une construction purement individuelle résultant du rapport entre ce qui a été donné et l’expérience. Pour eux :

« L’enfant prend en main les rôles et les attitudes des autres significatifs c’est-à-dire dire qu’il les intériorise et les faits siens.

Et grâce à cette identification aux autres signifiants l’enfant devient capable de s’identifier lui-même, d’acquérir une identité subjectivement cohérente et plausible. En d’autre terme le Moi est entité réfléchie, réfléchissant les attitudes adoptées d’abord par les autres significatif 37. »

Le concept du Moi « comme entité réfléchie » renvoie à l’idée qu’il a été forgé au contact des autres et grâce aux emprunts qui leur ont été faits, il est donc en ce sens une image ou plutôt un condensé de ces autres.

Le « moi » comme entité réfléchissant les attitudes adoptées d’abord par les autres traduit l’idée que l’on agit dans le monde avec ce que les autres nous ont donné et que nous nous sommes appropriés au fil de nos expériences sociales. C’est en ce sens que Simmel a insérée la socialisation dans son analyse.

36 René LLORED, (2007), Analyse de la sociologie, Paris cedex, p16

37 . Peter. B, Thomas, L. La construction sociale de la réalité, Op.cit., p 189

2-4- L’approche individualiste de la socialisation

2-4-1- L’analyse de Georg Simmel

La question de la socialisation est insérée dans la sociologie de Simmel et suppose donc que l’on présente les grandes lignes de cette dernière. Aussi convient-il de partir de la conception de l’homme et de la société qui sous-tend ses analyses.

Pour Simmel : « L’homme connaît une finitude subjective qui le conduit à inventer du sens à la vie en créant des formes abstraites comme les idées, les valeurs ou les relations sociales, destinées à organiser le désordre ou le chaos que peuvent entraîner les passions38 »

Ces formes ont une existence propre et autonome qui contraint les hommes. Ce sont des cadres évolutif-dans lesquels les relations sociales se déroulent. L’histoire peut alors être comprise comme le processus continu de recomposition de ces formes qui s’accompagne d’une modification des identités individuelles.

La forme première de toute vie sociale est l’interaction ; lors de cette relation interpersonnelle se produit toujours quelque chose de nouveau qui modifie définitivement l’État du monde. L’interaction est donc antérieure à l’individualisme et c’est à travers elle que l’individu se réalise.

On comprend alors que le concept de socialisation acquiert chez Simmel à un sens plus large que celui que lui donne la sociologie moderne. Pour lui :

«La socialisation se fait et se défait constamment et elle refait à nouveau parmi les hommes dans un éternel flux et bouillonnement qui lient les individus, même là où elle n’aboutit pas à des formes d’organisation caractéristiques. Les hommes se regardent les uns les autres, ils se jalousent mutuellement, ils s’écrivent des lettres et déjeunent ensemble, ils éprouvent sympathie et antipathie par-delà tout intérêt tangible 39.»

La socialisation apparait ainsi à l’origine de la société :

«C’est en cela que consistent les actions réciproques entre les éléments qui soutiennent toute la fermeté et l’élasticité toute la multiplicité et toute l’unité de la vie en société, à la fois si manifeste et si énigmatique.

Tous les grands systèmes et organisation super individuels auxquels on pense d’ordinaire à propos du concept de société ne rien d’autres que des moyens de consolider – des actions réciproqués immédiates qui relient d’heure en heure ou bien, la vie durant, les individus.

Ces actions acquièrent ainsi autorité et autonomie, pour se poser et s’opposer en fonction des formes d’existence par lesquelles les êtres se conditionnement réciproquement40.»

38 Georg. Simmel, (1917), Sociologie et épistémologie, Paris, PUF 1981,p 90

39 Georg. Simmel, op.cit. p.89

 

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