Les entretiens semi-directifs: les élèves autistes 

  1. Comment favoriser l’inclusion des élèves autistes ?
  2. Marine ERBA
  3. L’autisme : définition et l’origine de l’autisme
  4. Le diagnostic de l’autisme et la prise en charge
  5. La scolarisation des élèves autistes en France
  6. La prise en charge des élèves autistes en France
  7. L’adaptation des enseignements aux élèves autistes
  8. Des stratégies en faveur des apprentissages ?
  9. L’autisme, régulation des comportements-défis en classe
  10. Les outils de recherche : l’inclusion des élèves autistes
  11. Les entretiens semi-directifs: les élèves autistes 
  12. Analyse des données: les difficultés de l’élève autiste
  13. Analyse des hypothèses: les élèves autistes 

Les entretiens semi-directifs: les élèves autistes

Chapitre 3 : Les entretiens semi-directifs

3.1 Elaboration du guide d’entretien semi-directif

Afin de cadrer ces entretiens, j’ai établi un guide présentant les différents sujets que je voulais aborder. Mon premier guide était très large, car je voulais être sûr de traiter tous les aspects de ma question de recherche.

Puis, petit à petit, je me suis recentrée en rédigeant de nouvelles questions plus restreintes. Mon guide s’est redéfini ainsi au fur et à mesure de l’avancement de ma recherche et de mes observations.

Finalement, l’atout primordial de l’entretien semi-directif est dans sa liberté d’adaptation. Il permet de poser le minimum de questions et donc de laisser parler l’interlocuteur jusqu’à avoir abordé tous les thèmes et sous-thèmes présents dans le guide d’entretien.

D’ailleurs, lors des échanges, même si je suivais les questions prévues, cette liberté me permettait de réaliser parfois certains écarts (ordre différent, adaptation de la formulation, ajouts, justifications, relances…).

Cet ajustement permanent m’a permis de développer des discours de plus en plus riches et de recueillir des données de meilleure qualité.

Certains inconvénients de l’entretien semi-directif sont tout de même à prendre en considération. Le discours peut être biaisé par différents facteurs, comme des suggestions de réponses inconscientes de ma part dans les relances, ou encore tout simplement un changement de discours de la part de l’interviewé qui veut plaire, ou en tout cas, qui essaye de donner des réponses différentes de ses idées personnelles de peur d’être en marge avec les idéaux sociétaux actuels.

Mon guide d’entretien semi-directif a été élaboré en différentes parties distinctes :

– La première définit les objectifs de l’entretien afin de garder en vue le but de la démarche tout au long des questionnements. Nous avons ainsi deux objectifs principaux:

« Comprendre le point de vue des professionnels cadrant les élèves autistes sur la question de l’inclusion scolaire. », et « Déterminer quelles stratégies sont utilisées par les professionnels auprès des élèves autistes afin de les aider dans leurs difficultés d’apprentissage et/ou leurs problèmes comportementaux. »

– La seconde propose une introduction à l’entretien. Elle contient tout d’abord une brève présentation personnelle ainsi qu’une présentation de la recherche et quelques paroles de bienvenues :

« Bonjour, merci d’avoir accepté de réaliser cet entretien. Je m’appelle Marine Erba, je suis étudiante en deuxième année de master MEEF à l’INSPE de Sarreguemines et je réalise un mémoire de recherche sur l’inclusion scolaire des élèves autistes. Comme je sais que votre temps est précieux, l’entretien ne durera qu’une vingtaine de minutes. »

Elle est également constituée d’une demande d’autorisation orale pour un quelconque enregistrement audio (celui-ci est à privilégier afin de limiter les notes et d’avoir une transcription plus complète), ainsi que la garantie d’anonymat pour l’interviewée :

« Avec votre accord, je vais réaliser un enregistrement audio et vos paroles vont être retranscrites à l’écrit. Je vous garantis votre anonymat. J’ai devant moi un document sur lequel je vais prendre des notes au fur et à mesure de notre discussion. Je vous demanderai d’être le plus complet possible dans vos réponses à mes questions. Vous êtes libre à tout moment d’arrêter l’entretien. Avez-vous des questions avant de commencer ?»

– La troisième partie du guide est une série de questions nommée « Ice-breaking », soit « brise-glace » en français. Il s’agit de se focaliser sur l’interviewé et son vécu personnel afin de lui apporter de la valeur, et qu’il soit le plus à l’aise possible.

Cela nous permet d’avoir des informations utiles sur ses années d’expérience auprès d’élèves en situation de handicap, ou encore sa formation professionnelle. Le but est de créer un climat de confiance et de faire comprendre à l’interviewé qu’il n’y a pas de « bonne réponse » ou de réponses toutes faites.

– La quatrième partie concerne les questions de l’entretien semi-directif et a été construit par thématiques :

La première, « les stratégies mises en place pour aider l’élève autiste » met en lumière les difficultés de l’élève, que ce soit au niveau de ses apprentissages ou au niveau de son comportement. Les questions sont posées de sorte à faire réfléchir l’enseignante sur les différentes stratégies qu’elle a mises en place afin de l’aider.

Les données apportées permettent alors de vérifier la cohérence des propos avec celles recueillies lors de nos observations à l’aide de la grille d’observation, mais aussi de nous informer sur sa connaissance des stratégies existantes ou de certains programmes comportementaux comme ABA ou TEACCH.

La deuxième, « l’AESH : son rôle et son efficacité », propose une discussion sur la question de l’efficacité des AESH auprès de l’élève autiste en classe. Le but ici n’est pas d’accabler les AESH, mais simplement de mieux comprendre leurs relations avec les élèves et les enseignantes.

L’enseignante est alors amenée à porter une réflexion sur le rôle de l’AESH auprès de l’élève autiste de sa classe, mais aussi sur le fonctionnement du système d’accompagnement et d’aide aux élèves en situation de handicap.

La question suivante : « selon vous, vaut-il mieux une AESH par élève en situation de handicap, ou bien aucune AESH mais deux enseignants par classe ? », permet de mettre en avant le réel état d’esprit de l’enseignante.

Finalement, en cas d’évolution du système d’inclusion vers des classes à deux enseignants comme cela peut déjà se faire dans certains pays comme la Belgique, l’enseignante est-elle prête à changer ses habitudes d’enseignement et à partager son rôle avec une autre personne ?

La troisième thématique « l’inclusion scolaire », propose des questions qui concernent des problématiques plus générales, comme « pensez-vous que tous les élèves en situation de handicap aient leur place à l’école ? Ou existe-t-il des limites à la scolarisation en classe ordinaire ? », ou encore « pensez-vous que l’inclusion scolaire des élèves autistes soit un atout pour leur réussite scolaire et personnelle ? ».

Cette partie de l’entretien met en évidence le point de vue des enseignantes sur ce qu’est l’inclusion et comment celle-ci est mise en œuvre au sein de la classe.

En leur demandant finalement « pensez-vous que votre classe correspond parfaitement à votre vision de l’inclusion scolaire ? », les enseignantes me donnent alors, soit des informations précieuses sur leur démarche inclusive au sein de leur classe, soit des indices sur ce qui leur manque pour y parvenir, que ce soit en termes de moyens, de soutien, ou de formation.

Une quatrième thématique a été ajoutée quelques temps après les entretiens, suite aux mesures prises dans le cadre de la pandémie du coronavirus en mars 2020. J’ai ainsi recontacté chaque enseignante afin qu’elles m’éclairent sur la question suivante : « comment gérez-vous l’accompagnement de l’élève à distance pendant la période de confinement ? ».

Si la situation est inédite, je souhaitais avoir leur retour sur leurs ressentis face aux mesures instaurées, mais aussi sur leur fonctionnement personnel, notamment afin d’avoir des pistes sur ce qui a pu être mis en place pour garder le contact et continuer d’accompagner au mieux l’élève autiste à distance.

– Enfin, la cinquième et dernière partie du guide, suggère une conclusion pour finaliser l’entretien. Par exemple : « merci infiniment de m’avoir consacré un peu de votre temps pour réaliser cet entretien. ». Si l’interviewé le souhaite, on peut proposer de faire lire le travail final. La discussion peut bien entendu continuer de façon informelle.

En effet, le fait de discuter en dehors de l’entretien accorde la possibilité de compléter les connaissances déjà amassées, d’obtenir un autre point de vue, voire de nouvelles pistes de recherche.

Pour chacune des questions, le guide propose également des précisions à envisager selon les réponses de l’interviewé. Un code couleur par thème a été mis en place pour une meilleure lisibilité. Voici un aperçu du guide d’entretien semi-directif qui a été élaboré pour cette recherche :

Thèmes Questions Précisions envisageables
« Ice-breaking »

Vécu personnel

Combien avez-vous d’années d’expérience auprès d’élèves en situation de handicap ?
Imaginiez-vous travailler avec des enfants autistes lors de vos études, votre formation ? Est-ce un souhait de votre part ?
Les stratégies mises en place pour aider l’élève autiste L’élève autiste a-t-il des difficultés au niveau des apprentissages ? Si oui, quelles stratégies avez-vous mises en place afin de l’aider dans ses apprentissages ?

(Incitations, utilisation d’un système de renforcement positif, structure des activités et des tâches scolaires, structure de l’environnement…)

L’élève autiste a-t-il des problèmes de comportement dus à son handicap ? Si oui, quelles stratégies avez-vous mises en place afin de l’aider à réguler son comportement ?
Connaissez-vous certains programmes comportementaux comme l’ABA ou le TEACCH ? Les utilisez-vous en classe ?
L’AESH : son rôle et son efficacité L’élève autiste a-t-il une AESH ? Si oui, avez-vous un bon contact avec elle ?

Quel est son rôle auprès de l’élève ? (Exemples types du quotidien)

Pensez-vous que l’aide apportée soit efficace ?

Si non, pensez-vous qu’une AESH aurait pu être une aide pour cet élève ? Jusqu’à quel point ?

Pour vous, vaut-il mieux une AESH par élève en situation de handicap, ou bien aucune AESH mais deux enseignants par classe ? Si en faveur de l’AESH, pourquoi ?

Si en faveur de deux enseignants par classe, pourquoi ?

(Dans les deux cas donner les raisons. Discussion sur la question d’efficacité.)

L’inclusion scolaire Quelle est votre définition de l’inclusion scolaire ? (Avec vos propres mots)
Que pensez-vous de la place de l’inclusion scolaire en France ? (En Belgique pour les professionnels belges) Selon vous, est-elle correctement mise en œuvre au sein des établissements scolaires français ? (Au sein des établissements belges pour les professionnels belges)

Est-elle assez efficace ?

Pensez-vous que l’inclusion scolaire des élèves autistes est un atout pour leur réussite scolaire et personnelle ? Pourquoi ?

(Propos à développer)

Pensez-vous que votre classe correspond parfaitement à votre vision de l’inclusion scolaire ? Si oui, en quoi ? Pouvez-vous me donner des exemples concrets de votre démarche inclusive au sein de votre classe ?

Si non, pourquoi ?

Que vous manque-t-il pour y parvenir ? (Moyens, soutien…)

Divers Voyez-vous d’autres aspects à aborder ? Avez-vous des choses à ajouter ? Si oui, lesquels ?

Tableau 2 : extrait du guide d’entretien semi-directif.

3.2 Recueil de données des entretiens semi-directifs

Les données recueillies lors des entretiens semi-directifs (données audio et notes prises lors des échanges) ont été transcrites dans des tableaux. L’objectif était de pouvoir faciliter leur analyse.

J’ai tout d’abord fait le choix de réaliser des retranscriptions sociologiques, c’est-à-dire en retranscrivant exactement tout ce qui a été dit, sans modifier ni corriger le langage (par exemple « j’sais pas » reste tel quel), tout en mentionnant aussi le non verbal (les rires, les moments de silence…), (cf. C. annexe 3 : retranscription sociologique de l’entretien n°1).

Le but était de me détacher de toute interprétation personnelle de mes échanges avec les interviewées et d’être la plus objective possible.

De plus, ce choix m’a permis également d’analyser et d’améliorer ma propre pratique en tant qu’interviewer en me rendant compte par exemple de certains tics de langage (comme la répétition régulière de « et du coup… » avant de poser une question). Chaque question et réponse étaient numérotées, de sorte à ce que je puisse retrouver facilement les données qui m’intéressaient lors de la phase d’analyse.

De plus, j’avais gardé le même code couleur que le guide pour chaque thème.

Cependant, ce fut une procédure très longue et fastidieuse. J’ai alors finalement opté pour une retranscription plus simple, en écrivant à nouveau tout ce qui a été dit afin de garantir l’exactitude des propos recueillis, mais en omettant cette fois les remarques d’ordre général, les répétitions inutiles et les erreurs.

Par exemple, la syntaxe a été améliorée (« j’sais pas » est transformé en « je ne sais pas ») (cf. D. annexe 4 : transcription de l’entretien n°1).

Une fois les retranscriptions réalisées, j’ai présenté les données dans un tableau comparatif avec les réponses données par les quatre interviewés pour chaque question de l’entretien (cf. E. annexe 5 : tableau comparatif des données recueillies lors des entretiens semi- directifs)

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