Classification des audits et pratique de l’audit financier

Classification des audits et pratique de l’audit financier

1.1.5. Classification des audits

(WHANNOU, 2013) classifie l’audit:

a. Suivant l’appartenance professionnelle des auditeurs

Nous distinguons par rapport à ce critère deux types d’audit :

⇒ L’Audit interne :

C’est une fonction de l’entreprise remplie par un professionnel (ou plusieurs) salariés de l’entreprise.

⇒ L’Audit externe :

Il consiste en des missions d’audit menées par des professionnels indépendants (le plus souvent des cabinets), liés à l’entreprise par un contrat.

b. Suivant l’origine du contrat

On distingue deux types d’audit : l’audit légal et l’audit contractuel.

⇒ L’Audit légal :

Ce sont les missions d’audit qui découlent des dispositions de la loi.

Les articles 694, 695 et suivants de l’AUO sur les sociétés commerciales, précisent que les sociétés anonymes doivent avoir un ou plusieurs commissaires aux comptes.

⇒ L’Audit contractuel :

Toute autre mission d’audit entre un professionnel et son client autre que le Commissariat et l’Expertise Judiciaire, autrement dit tout contrat d’audit, conclu de gré à gré, débouche sur une mission dite d’audit contractuel.

c. Suivant la nature de la mission

Suivant la nature de la mission, on distingue généralement l’audit financier de l’audit opérationnel.

⇒ L’Audit financier :

Il s’intéresse aux comptes et vise à permettre aux professionnels l’expression d’une opinion motivée sur la sincérité et la régularité des états financiers d’une entreprise.

⇒ L’Audit opérationnel :

Encore appelé audit de gestion, il s’intéresse à un aspect particulier de l’entreprise (fiscalité, informatique, personnel, qualité globale, etc.) et vise à déceler des dysfonctionnements et émettre des recommandations pour une plus grande efficacité dans la gestion.

L’audit de l’efficacité des systèmes ou encore audit opérationnel, susceptible d’être mis en œœuvre dans le domaine comptable et financier, mais aussi dans d’autres domaines : stratégie, production, informatique, juridique et dont le but est d’améliorer les performances de l’entreprise (OBERT & MAIRESSE, 2009).

I.1.6. Audit et notions voisines

I.1.6.0. Ce que l’audit n’est pas

I.1.6.1. Le contrôle de gestion

Le Contrôle de Gestion et l’Audit sont deux métiers proches par leurs finalités et leurs domaines d’intervention et qui doivent s’appuyer l’un sur l’autre.

L’intérêt d’un Contrôle de Gestion bien en place est de servir de pilote à l’audit (identification des zones à risques ou à performances insuffisantes) puis d’utiliser les recommandations de l’Audit comme levier : pris en compte dans le budget et suivi des performances des potentiels identifiés par l’Audit. Mais les deux fonctions diffèrent:

Le contrôle de gestion raisonne sur les résultats, l’audit sur les processus. Le Contrôle de Gestion utilise les informations produites par les opérationnels, l’Audit va à la recherche des faits et informe.

Partant des faits et des pièces, l’approche Audit est détaillée et analytique alors que le Contrôle de Gestion va du global vers le plus fin en se limitant aux principaux points. Dans un rapport d’audit, le diagnostic des faiblesses et précis et détaillé ;

_ l’activité du contrôle de gestion est d’une part rythmée par le reporting mensuel et son analyse, et bousculée par les priorités de la Direction Générale ; celle-ci compte sur lui pour repérer l’important et réagir en temps réel.

Pour la plupart de ses missions, l’approche de l’audit est systématique, structurée et progressive, ses investigations font l’objet d’un programme de travail, ses travaux sont documentés, régulièrement supervisés et validés avec les audités (WHANNOU, 2013).

I.1.6.2. L’inspection

L’inspection ou contrôle, n’est qu’une des fonctions et techniques de l’Audit, comme la programmation pour l’informatique.

Le rôle de l’inspection est de comparer les pratiques aux règles et aux directives, exprimées ou implicites de la direction, sans interpréter ni remettre en cause leurs règlements Plus large, le rôle de l’Audit est de mettre en évidence les problèmes pour les faire résoudre, afin d’améliorer constamment les techniques de gestion.

C’est au responsable de décider de sa solution et de la justifier, à l’Audit d’en proposer une puis d’assurer à la direction générale que la solution retenue réglera le problème (WHANNOU, 2013).

I.1.6.3. La consultation

Les consultants sont appelés pour leur connaissance spécialisée des solutions au problème déjà bien identifié : l’auditeur interne est un généraliste formé à l’investigation : son rôle premier est de mettre en évidence les problèmes (dysfonctionnements et risques) et de les étayer à partir des faits, puis ensuite de leur trouver une solution.

Le consultant travaille pour son commanditaire qui reste propriétaire du rapport produit ; l’Audit Interne privilégie l’intérêt du groupe et exige que les problèmes démontrés soient résolus (WHANNOU, 2013).

I.1.6.4. La révision

La divergence entre audit et révision impose au domaine d’application le plus répandu de l’audit et de la comptabilité pour s’en rendre compte que la révision comptable est l’appellation ancienne de l’audit comptable. Certes que même si l’audit est largement synonyme de révision comptable, il se détache commodément du contexte auquel la révision reste davantage liée (WHANNOU, 2013).

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I.1.7. L’audit financier

1.7.1. Définition et objectif

L’audit financier est un examen auquel procède un professionnel compétent et indépendant en vue d’exprimer une opinion motivée sur la régularité et la sincérité des comptes d’une entreprise donnée (Raffegeau et al. 1994). Il consiste en un examen critique des états financiers qui comprennent le bilan, le compte de résultat et l’annexe afin d’émettre un jugement à leur sujet.

Selon le cadre conceptuel des missions d’audit de l’IAASB repris par la norme (ISA 200), la mission d’audit des états financiers a « pour objectif de permettre à l’auditeur d’exprimer une opinion selon laquelle les états financiers ont été établis, dans tous leurs aspects significatifs, conformément à un référentiel comptable identifié » (OBERT & MAIRESSE, 2009).

Le référentiel comptable de base pour l’audit des états financiers est constitué par les Normes Comptables Internationales IAS/IFRS. Des états financiers peuvent être préparés pour répondre à d’autres objectifs particuliers et s’appuyer sur un référentiel comptable différent, à savoir :

• édictées par une autorité gouvernementale.

Le rapport de l’auditeur doit préciser le référentiel comptable utilisé ou indiquer la note annexe aux états financiers donnant cette information. L’opinion doit indiquer si « les états financiers ont été établis, dans tous leurs aspects significatifs, conformément à ce référentiel comptable » (WANDJI, 2004).

Classification des audits et pratique de l'audit financier

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Le paragraphe d’opinion est l’élément essentiel du rapport d’audit. L’auditeur externe peut émettre plusieurs types d’opinion (Meyssonnier, 2008 cité par (WANDJI, 2004)) :

• Opinion sans réserve
• Opinion sans réserve avec observation(s)
• Opinion avec réserve
• Impossibilité d’exprimer une opinion
• Opinion défavorable

a. Opinion sans réserve

L’auditeur émet une opinion sans réserve lorsqu’il est satisfait des éléments audités, dans tous leurs aspects significatifs, et conformément aux termes de référence définis :

L’information financière a été préparée en utilisant un référentiel comptable acceptable, appliqué de manière cohérente.

L’information financière est conforme aux réglementations en vigueur et aux exigences statutaires.

L’image reflétée par l’information financière dans son ensemble est conforme à la connaissance que l’auditeur a de l’activité de l’organisation ou de l’agence.

L’information financière est, dans tous ses aspects significatifs, présentée de façon appropriée.

– Les exigences additionnelles requises dans les termes de référence ont été satisfaites.

b. Opinion sans réserve avec observation(s)

Le rapport d’un auditeur peut être modifié par l’ajout d’un paragraphe « d’observation », pour mettre en lumière un élément affectant les états financiers.

Ce paragraphe est généralement inclus après le paragraphe d’opinion et doit explicitement préciser qu’il ne remet pas en cause l’opinion exprimée par l’auditeur.

c. Opinion avec réserve

Dans certaines circonstances, l’auditeur externe peut choisir d’émettre une opinion avec réserve.

Une telle opinion résulte généralement soit d’une limitation de l’é- tendue des travaux d’audit, soit d’un désaccord avec la direction concernant le bien-fondé des procédures comptables ou la pertinence de la présentation des états financiers.

L’auditeur doit se référer à l’ISA 700 qui stipule :

Une opinion avec réserve doit être exprimée lorsque l’auditeur estime ne pas pouvoir donner une opinion sans réserve, et que le désaccord avec la direction ou la limitation de l’étendue de l’audit n’ont pas une importance ou des conséquences telles qu’elles justifieraient l’expression d’une opinion défavorable ou l’impossibilité d’exprimer une opinion.

d. Impossibilité d’exprimer une opinion

Dans certaines circonstances, l’auditeur peut formuler une impossibilité d’exprimer une opinion. Dans ce cas, l’auditeur doit se référer à l’ISA 700 :

Une impossibilité d’exprimer une opinion doit être formulée lorsque la conséquence possible d’une restriction de l’étendue des travaux d’audit a une importance telle que l’auditeur n’est pas parvenu à obtenir une preuve d’audit suffisante et adéquate pour pouvoir se prononcer sur les états financiers.

e. Opinion défavorable

D’après l’ (ISA 700, S-D) cité par (CGAP, 1998), une opinion défavorable : doit être exprimée lorsque le désaccord a une conséquence telle que l’auditeur estime qu’une réserve ne suffirait pas à qualifier la nature incomplète et trompeuse des états financiers.

Une opinion défavorable doit être exprimée si la méthode comptable utilisée est inacceptable et entraîne une distorsion de l’information financière de l’institution.

L’objectif attendu du processus d’audit est la « certification » des comptes annuels de l’entreprise, afin de dégager une « image fidèle » des opérations de l’exercice écoulé et de la situation financière à la fin de cet exercice (Mikol, 1999) cité par (HERRBACH, 2000).

En dehors des critères généraux d’audit évoqués ci-dessus, la finalité de la mission d’audit financier est divisée en sept (7) objectifs d’audit énumérés ci-dessous, appelés aussi assertions d’audit. Il s’agit également de critères que doivent appliquer ceux qui élaborent les états financiers (Collection ATH, 1987).

______________________________

C- Completenesse Intégralité – Exhaustivité
A- Accuracy Exactitude
V- Valuation Valorisation (évaluation)
E- Existence Existence
C- Cutoff Séparation des exercices
O- Rights & Obligations Droits et Obligations
D. Presentation & disclosure Présentation et Information

_____________________________

a) Intégralité (Exhaustivité)

L’auditeur doit vérifier si toutes les opérations (actifs, dettes et transactions) ont été enregistrées dans les comptes annuels, et que tous les faits importants y ont été mentionnés.

b) Exactitude

L’objectif d’exactitude signifie que toutes les opérations réalisées par l’entreprise doivent être enregistrées dans les comptes pour leurs montants exacts (arithmétiquement et conformément aux principes comptables).

c) Evaluation

Cet objectif d’évaluation signifie que toutes les opérations comptabilisées doivent être évaluées conformément aux principes et méthodes d’évaluation généralement admis. (Bonne méthode, application de manière constante).

d) Existence ou réalité

Cet objectif signifie :

– Pour les éléments matériels (immobilisations stocks…) une réalité ou existence physique ;

– Pour les autres éléments (actifs, passifs, charges et produits), la traduction d’opérations réelles effectuées (par opposition à des opérations fictives).

e) Séparation des exercices (Cutoff)

Il vise une bonne démarcation entre les exercices successifs. Il s’agit de rattacher à chaque exercice tous les produits et les charges qui le concernent (nés de l’activité de cet exercice) et ceux-là seulement.

f) Droits et obligations

Les actifs ou les dettes se rapportent à l’entité à une date donnée (en vertu de droits réellement acquis ou d’obligations effectivement à sa charge. (Vérifier les titres de propriété, les actes et conventions).

g) Présentation et information

Cet objectif de présentation et d’information signifie que les opérations sont présentées dans les comptes conformément aux règles comptables généralement admises en la matière, appliquées de façon constante. En outre, il signifie que les états financiers sont accompagnés de toutes les informations :

  • – Requises par les textes, et
  • – Nécessaires à leur compréhension.

Ainsi, présentée la démarche d’audit est qualifiée de « Audit Objective Driven » (Collection ATH, 1987).

I.1.8. La Pratique de l’audit financier

Si l’audit a fait l’objet d’une formalisation conceptuelle importante permettant de rationaliser ses principes généraux, la question de la mise en œuvre concrète de cette conceptualisation reste posée.

Il est facile, en effet, de parler de « risque » dans l’absolu, mais l’évaluation et l’interprétation de ce risque en situation doivent également pour éviter toute apparence d’arbitraire être justifiées.

La démarche méthodologique à mettre en œuvre au cours de chaque mission d’audit a donc également été formalisée par la profession.

En fait, chaque phase de la mission d’audit qui a une finalité et des outils spécifiques et a fait l’objet d’une tentative de rationalisation grâce à la mise en place de méthodes structurées. Leur articulation a pour objectif de concrétiser en pratique le principe général de l’audit : l’ajustement des contrôles effectués à l’évaluation du risque.

La littérature sur les pratiques de l’audit dégage trois phases dans la mission de révision des comptes d’une entreprise :

Δ La planification de la mission d’audit,

Δ L’évaluation des procédures de l’entreprise et

Δ le contrôle des comptes en tant que tel. Ces trois phases méthodologiques correspondent à trois périodes concrètes de la mission d’audit : la planification, l’intérim (intervention en cours d’exercice) et le final (intervention postérieure à la clôture des comptes) même si l’évolution actuelle du métier tend à brouiller la séparation entre ces trois périodes.

I.1.9. Frontières et limites de l’audit financier

La définition habituelle de l’audit se limite à mentionner la vérification des données comptables en tant que résultat d’un processus de production d’information et n’évoque pas explicitement l’appréciation des moyens de production de cette information par l’entreprise.

Or, l’évolution actuelle de l’audit financier souligne le double aspect de sa démarche : il s’agit tout à la fois d’un contrôle sur les comptes de l’entreprise tels qu’ils sont présentés, mais aussi d’un contrôle sur la manière dont les comptes sont établis.

Les procédures de leur constitution c’est-à-dire l’organisation et le fonctionnement du système d’information comptable et financière de l’entreprise sont partie intégrante de la confiance que l’on va accorder aux états financiers.

Ceci amène à une vision plus large de l’audit financier que l’on peut présenter comme « un examen critique qui permet de vérifier les informations données par l’entreprise et d’apprécier les opérations et les systèmes mis en place pour les traduire » (Raffegeau et al. 1994).

Cette définition inclut spécifiquement l’évaluation de ce que l’on appelle le « contrôle interne » de l’entreprise, c’est-à-dire les mesures, procédures et contrôles mis en place dans l’organisation pour assurer la protection du patrimoine et la qualité de l’information comptable (Mikol, 1999).

Mais elle ne remet pas en cause l’objectif de l’audit qui reste la certification des comptes annuels.

En revanche, certains vont plus loin et affirment par exemple que « les objectifs à long terme de l’audit doivent être d’apporter un guide aux décisions futures de la direction sur toutes les questions d’ordre financier telles que contrôles, prévisions, analyse et établissement des rapports » (Holmes, cité par Raffegeau et al. 1994).

Cette définition dépasse la finalité de certification en incluant un rôle de conseil. Elle pose donc le problème de l’influence éventuelle de l’auditeur sur la gestion de l’entreprise.

Or, dans le contexte réglementaire français, l’immixtion de l’auditeur dans la gestion de l’entreprise n’est pas autorisée, ce qui interdit en principe les recommandations de gestion. Il convient donc de bien délimiter ce que nous entendons par audit financier par rapport à d’autres activités voisines.

L’audit financier est ce que l’on appelle un audit « Externe légal », c’est- à-dire un contrôle obligatoire des comptes annuels réalisé par une personne indépendante. En cela, il se distingue de l’audit « externe contractuel » et de l’audit « interne » comme cité précédemment (Casta & Mikol 1999).

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