Entretien Avec Stephanie Rubi

Annexes :

Lucie GRANDPIERRE DU GAL 2018-2019

Robe de princesse
Ou
Camion de pompier :

Pourquoi choisir ?
Comment permettre plus d’égalité de genre chez les enfants en ludothèque ?

Lucie Grandpierre – Mai 2019

Guidante : Marion Lapeyre

Sommaire :

  • Entretien avec Stéphanie Rubi
  • Entretien avec Dominique Dumeste
  • Analyse de catalogues de jeux et jouets
  • Questionnaire et analyse des résultats
  • Contrat Local d’Accompagnement à la Scolarité
  • Plan de la ludothèque de Guérande
  • Observations
  • Egalijouets : questionnaire d’autopositionnement
  • Affiches du Festival International des Jeux de Cannes 2016
  • Actes des Rencontres Ludiques 2012
  • Actes des Rencontres Ludiques 2015
  • Tableau de tri des sources

ENTRETIEN AVEC STEPHANIE RUBI VENDREDI 14/12/2018

L: Je fais mon mémoire du Dugal sur jeux et genre, et particulièrement sur la posture profes sionnelle du ludothécaire, sur est-ce que le sexe de l’enfant entre 0 et 10 ans qu’on a en face de nous va influencer notre posture dans d’un choix de jeux, dans une explication, dans notre atti tude.

Et du coup je m’intéresse au genre en général, définir ce qu’est le genre chez un enfant entre 0 et 10 ans et les jeux genrés : est-ce que ça existe, qu’est-ce que c’est, comment ça se ma nifeste. Donc c’est pour ça que je suis là avec vous, est-ce que vous pouvez vous présenter ?

S.R. : Alors oui, Stéphanie Rubi, maîtresse de conférence en science de l’éducation. responsa ble pédagogique du DUGAL et de la LPMJGL. il se trouve que les questions du genre j’y suis venue par ma thèse parce que j’ai travaillé sur les filles violentes, les filles qui avaient des com portements délictueux, de violence, de délinquance et du coup ces filles là qui n’étaient pas at tendues sur ce type de comportement là puisque hors-norme étaient déviantes à double titre, déviante par rapport à l’ordre social et à la loi, aux normes à la loi scolaire par exemple mais déviantes aussi par rapport à leur sexe.puisque elles avaient des comportements qui n’étaient pas attendus par rapport à des normes de …. à des normes de genre et des comportements de genre associés ou attribués au féminin. Donc du coup la violence de ces filles là, interrogeait aussi la construction sociale du masculin et du féminin. Donc moi je suis venue de cette maniè re là au genre, probablement que familialement j’y suis venue aussi par les lectures de ma mère et la situation familiale etc… mais du coup j’ai continué de le travaille en prenant la responsabi lité des deux filières là, évidemment je l’ai travaillé du côté des jeux et des jouets et j’ai conti nué de réfléchir dessus avec les étudiants. Alors je suis pas la seule à réfléchir là dessus, ce qu’on peut dire c’est que l’enfant entre 0 et 10 ans, il a pas une, comment on va dire, une cons cience identique de son identité sexuée aux différentes étapes de son développement. Alors on a des travaux de collègues, plutôt en psycho du développement qui montrent quelles sont les dif férentes étapes et à quel moment on arrive à voir une conscience stabilisée de son genre, éven tuellement qui n’est pas raccord avec son sexe civil mais cette conscience stabilisé arrive plutôt globalement à l’entrée en école, en école primaire, avant, c’est beaucoup plus flou, avant, … je racontait ce matin une anecdote justement, avant quand vous dites à un petit garçon de moyenne section ou de grande section, “vas-y, met tes chaussettes hello kitty, tu sors de la douche là, pour pas avoir froid met les chaussettes” qui étaient les chaussettes de sa soeur, il dit à sa soeur “tu le diras pas à l’école que j’ai mis des chaussettes hello kitty”. Et alors avec lui on discute de “mais est-ce que tu as le sentiment que ça t’a changé ? Est-ce que tu es un autre enfant depuis que tu as les chaussettes hello kitty ?” parce que comme les attributions de qui est homme et qui est femme se font des fois plus à l’accessoire que une composante propre en terme physiologique il peut y avoir des interrogations sur le “bah si je met une jupe, est-ce que … est-ce que je suis toujours un petit garçon ? ou si je mets des accessoires, des … des …. des bijoux, des ba gues, des boucles d’oreilles, si j’ai les cheveux longs, si je mets du rose” dans notre société, c„est tout ça qui vont être les marqueurs. Ca peut lui poser question. Passé l’école élémentaire logiquement c’est stabilisé, on a une conscience de genre qui est établi et donc le petite garçon comme la petite fille sait bien que c’est pas parce que il met un déguisement, un … ou qu’il se maquille ou qu’il … que ça va le changer, que sa physiologie va changer. Mais donc avant, on a ces fluctuations là et on a ces fluctuations là au point que on a certaines collègues Christine Mo rin-Messabel et Séverine Ferrière qui ont regardé justement comment, quelle était la réception d’enfants de GS à la lecture de certaines histoires, d’éditeurs qui sont des éditeurs qui luttent contre les stéréotypes sexistes et qui donc renversent ces stéréotypes là et donc elle sont allées regardé dans une classe de GS sur des ce qu’on appelle des lectures partagées , alors c’est l’en seignante qui lit aux enfants une lecture, un ouvrage. Et je sais plus quel est le titre, je me de mande si c’est pas “cheveux longs”, du bouquin et en tous cas à la fin de l’histoire le petit gar çon qui a de cheveux longs blonds se retrouve sur le banc en train de regarder je ne sais plus quoi, hop fin de l’histoire. Et donc Christine et Severine, elles interrogent les enfants de GS pour leur demander qu’ils racontent l’histoire. Et en fait les enfants, et bien il y en a tout un tas, je sais plus exactement quelle est la proportion, qui ont ….. re-stéréotypé. C’est à dire que le petit garçon à la fin de l’histoire

L : D’accord

S.R.: c’est une petite fille puisqu’il a les cheveux longs ! donc ce qu’elles montrent et qui est super intéressant c’est de dire que la lutte contre les stéréotypes : super, mais en fait des fois c’est pas „fin des fois c’est pas le moment. C’est à dire que ça leur est compliqué en fonction de là où ils sont d’inverser ou de comprendre ce qu’il y a. Et que, probablement que les actions de lutte contre les stéréotypes ou les actions de lutte contre les discriminations elles doivent être pensées différemment que ces actions là qui, si elles arrivent trop tôt font chou blanc. Et ça on le voit quand même aussi en ludothèque c’est à dire que des fois on a l’impression qu’il y a de la transgression des frontières et que le petite garçon là il est en train de jouer avec la maison de poupées sauf que si on regarde d’un peu plus près, oui il est train de jouer à la maison de pou pées, oui il y a sa frangine à coté sauf que elle, elle a les princesses et lui il a les dinosaures et les dinosaures sont en train d’attaquer la maison de poupées pour aller attaquer les princesses. Il n’y a pas du tout de transgression de frontière du genre en fait (rires). Mais ça il me semble que ça demande d’aller voir réellement, au plus près, si vraiment il y a transgression ou non. Et des fois on a l’illusion, nous adulte qu’il y a des transgressions alors qu’en fait il n„y en a pas du tout.

L. : Elles sont pas vécues comme ça en tout cas ….

S.R. : ils … le jeu va peut-être mobiliser des jeux ou des jouets dits “masculins” ou dits “féminins” mais en fait dans le jeu ils vont re…, être re-normalisés ? re-stéréotypés.

L. : les comportements correspondent à ce qu’on attend de leur genre

S.R.: oui, donc il faut vraiment aller voir de très près.

L.: du coup c’est quoi un jeu genré ?

S.R.: un jeu genré, par exemple c’est toute la politique récemment de LEGO, la politique ré cemment de HABA, de segmenter les cibles marketing parce que quand on segmente les cibles on vend plus. Donc LEGO il vend bien mais quand il fait LEGO friends et bien il vend encore plus. Et puis pourquoi on vend plus : parce que, par exemple, avant quand on offrait le vélo rou ge à l’enfant, bah le deuxième et le troisième et le quatrième ils pouvaient utiliser le vélo rouge. Maintenant quand vous segmentez, il est pas question d’offrir le vélo Superman que la petite fille elle récupère elle en veut pas. De la même manière, le vélo Barbie, vous pouvez toujours essayer de le refourguer au petit cousin ou à l’enfant de copains.

L. : Est-ce que c’est l’enfant qui veut pas ou les parents ?

S.R.: ah c’est un ensemble, on va dire que c’est un ensemble, c’est à dire que l’enfant sent bien que ça lui est pas destiné parce qu’il voit bien les réactions des adultes autour de lui. Il voit bien les réaction des copains, des copines et puis il a bien vu à la télévision, en allant au magasin de jeux de jouets et le couloir bleu et le couloir rose, il a pas besoin de lire les panneaux garçon/ fille pour comprendre qu’il y a une sorte de lecture binaire qui partage un sexe et l’autre et qui surtout dit qu’il y a bien deux frontières différentes. Que c’est bien étanche. Après on rame quand même pour leur dire que non, ils ont à vivre ensemble les uns au côté des autres mais quand même les signaux qui sont données par la publicité télévisuelle, par les magazines de Noël et j’ai totalement oublié de vous le dire, il faut que je vous le dise tout à l’heure donc je vous le dis si j’oublie que vous me récuperiez des magazines de jouets de Noël …

L: y en a dans la salle déjà, on en a déposé

S.R. : Ah super, …. et tout ça ils y sont en fait, ils vivent au milieu de tout ça donc ils s’en ren dent compte. Y compris sur les boîtes de jeu. Les boîtes de jeu, où dans les jeux, c’est très sté réotypé. Alors on va avoir par exemple, et très tôt, des arches d’éveil souvent qui vont être pail lettes, roses, etc…. pour les filles et les garçons ils sont sur le neutre, c’est bleu, orange, rou ge ,vert, … donc le neutre c’est masculin et par contre le pailette fifille et ben c’est pour les fil les et ça c’est le genre. Parce que le genre c’est non seulement la séparation des sexes mais c’est aussi une organisation hiérarchisée des sexes qui dit qu’il y en a un qui vaut plus que l’autre; qu’il y a une balance différentielle des sexes pour Françoise Heritier où finalement on associe des valeurs plus importantes, plus positives à un sexe qu’à l’autre et ça on le retrouve dans les jouets on le retrouve aussi dans les lectures. On va avoir une forme de neutralisation mais neu tralisation du masculin pas de neutralisation du féminin, le féminin étant toujours ramené a des choses subalternes finalement donc …. les jeux genrés ça va être ça, c’est pas automatiquement que GI Joe et Barbie. Oui certes mais pas que, c’est à dire que c’est très très très très massif en fait, très massif

L.: Est-ce qu’il a des types de jeux qu’on retrouve que d’un côté du rayon ? que fille ou que garçon ? parce que j’ai beaucoup lu par rapport à la fille, beaucoup associée à l’intérieur, les tâches ménagères, ….

S.R.: les soins domestiques

L.: tout ce qui est à l’intérieur de la maison et le garçon tourné vers l’extérieur parce que le père qui va au travail donc extérieur, le bricolage,…

S.R.: l’agir

L.: les sports extérieurs, … S.R.: l’agir, c’est ça.

L. : est-ce qu’on le retrouve dans les rayons de jeux

S.R.: les jeux de construction, les mecano, tout ça va, tout ça, tout ce qui est en prise sur le ma tériel, souvent ça va être plutôt masculinisé alors que tout ce qui va être de l’espace de l’inté rieur , du prendre soin du “care”, de l’espace domestique c’est plus pour les filles et du coup … Mona Zegaï elle nous avait montré ça en conférence, elle montre comment le camping car de Barbie est aménagé par rapport au camping car de Playmobil, ça n’a rien à voir, d’abord Barbie elle a ses toilettes dans son camping car, elle a même son lit à baldaquin et ben (rires) pas Playmobil ! Par contre Playmobil il a de quoi sortir aller pêcher, aller, …. donc il y a souvent cette différence là d’être soit tourné vers l’extérieur et vers l’action sur et tourné vers le … l’in térieur, le domestique, le soin aux autres c’est la clinique vétérinaire, ce sont des chevaux, tout ce qui est domaine des animaux ,de l’équitation ca va être beaucoup plus “fille”, féminisé, sté réotypé fille quand le domaine des jeux de plein air, des constructions, de la robotique, des ex périmentations le petit chimiste etc … tout ça on est plus du côté des garçons. Les filles elles, leur registre du petit chimiste ça va être des savons et le parfum mais qui sont des choses déjà faites, où il y a très peu de manipulation, en vrai de vrai.

L.: oui, … du coup est-ce que la vente des jeux genrés, il y a eu une évolution de la première apparition de l’industrialisation, de la production de masse de jeux et de jouets jusqu’à aujourd’hui, quelle évolution il y a eu ?

S.R.: Il y a eu des évolutions. C’est un peu ce que je regardais et ce que je disais à Bruno Tau zin qu’il fallait absolument qu’il le fasse parce que toutes les boites de jeux là qu’ils ont récupé ré, qui sont des boites de jeux qui datent des années même des fois 50, et ça se voit les photos des boites de jeux. On voit les mêmes évolutions sur les livres et les couvertures de livres. on avait des enfants qui étaient asexués. l’enfant avec sa coupe au bol et sa salopette vert pomme, je vous mets au défi de dire si c’est un petit garçon ou une petite fille et on s’en fichait et typi quement les enfants qui étaient représentés sur les boîtes de Kapla ils étaient voilà sur ce look là ou des fois quand on arrivait à voir parce qu’il y avait deux tresses mais il y avait beaucoup plus de mixité sauf que c’est un secteur quand même qui est florissant, qui est d’autant plus floris sant le jeu et le jouet qu’il y des possibilités de délocalisation de la fabrication dans des pays où pour un coup tout à fait moindre on peut produire des jeux et des jouets que l’on va revendre fois démultiplié … Le jeu de règle qui est vendu entre 40 et 50€ ici il a coûté 2.50€ réellement donc on a quand même des marges qui sont extraordinaires. Et que l’on retrouve quand même aussi sur les jeux et les jouets peut être moins mais quand même des marges très intéressantes et donc du coup on est dans des logiques de vente tous azimut et effectivement quand on sait que quand on individualise, qu’on segmente les publics on vend plus ils se sont engouffré là dedans et donc maintenant sur les boites de jeux …. alors sur les boites de jeux sur les packaging des jouets on va mettre en image, mettre en action des petites filles et des petits garçons et qui sont, on peut pas se louper, on sait parfaitement bien si c’est une petite fille ou si c’est un petit garçon y compris dans les postures et là aussi Mona Zegaï elle montre ça. Les petits garçons quand ils se déguisent en pompier, chevalier, agent de securité, docteur ou grand chef, ils osnt les pieds ancrés sur terre ils affrontent le monde, ils affrontent des choses importantes, je vous assure hein, c’est important leur vie, ils sont en train de nous sauver ! Donc ils sont sérieux, ils sont ancrés dans la vie. Les filles quand elles mettent leurs robes de princesse, éventuellement d’in dienne, de marquise etc .. elles sont toujours en équilibre sur un pied, genou plié, les mains en l’air, un grand sourire parce que en fait elles, leur rôle dans la vie c’est d’être dans la séduction

… pour que ces messieurs viennent les sauver parce que quand même c’est eux qui sauvent le monde ! Donc ce registre là, il permet de vendre, il permet d’ancrer les enfants dans ces stéréo types sexués et dans ces rôles de sexe qui leur sont inculqués très très tôt et du coup le ludothé caire bien sur qu’il a un rôle à faire mais quand même il faut qu’il se dise que c’est massif donc même si il faut attention à ce que la cuisine elle soit pas de telle couleur ou de telle autre cou leur, qu’il fait attention à ce qu’il y ait des bébés, des poupons un peu partout de toutes les cou leurs, dans tous endroits etc .. il faudra qu’il soit attentif aussi à la forme de jeu et à ce qu’il se passe vraiment dans le jeu pour réussir à défaire ces logiques là et ça c’est compliqué. C’est d’autant plus compliqué que les parents n’ont pas particulièrement envie, craignent comme si

… il y avait un rapport automatiquement … un rapport automatique entre les formes de jeu de l’enfant et les orientations sexuelles ensuite des adultes et quand bien même, où serait le problè me ! Mais bon …. les parents sont pas tous sur ce niveau de réflexion là donc souvent on va entendre effectivement des choses type “c’est pas pour toi, ça c’est un jouet de fille !” on l’en tend beaucoup plus que dans l’autre sens. la petite fille qui transgresse et qui vient jouer au cir cuit de voiture, ce n’est pas un problème, elle s’élève dans la hiérarchie sociale des sexes, le pe tit garçon qui se met à pousser la poussette, rien que ça qui est franchement pas … „fin … on a vu …

L.: C’est un très bon jeu moteur

S.R.: oui, on a vu franchement beaucoup plus, „fin je vois pas où est le problème mais ça … mais on a des parents qui vont reprendre et qui vont dire “ce n’est pas pour toi, laisse le poupon c’est un jeu de fille.”

L.: et la vente de jeux elle se fait de plus en plus dans les grandes surfaces, pas forcément en boutique spécialisée, on va a Auchan a Leclerc on trouve des rayons jeux/jouets, du coup c’est pas forcément leur domaine … est-ce que ça induit aussi, parce que c’est du coup beaucoup plus grand public, ça joue sur l’influence sur les parents ?

S.R.: je fais l’hypothèse qu’il y ait une évolution un peu comme le livre les parents prennent en compte de plus en plus le jeu, le jouet. ils savent que c’et important quelque par t que les en fants jouent. mais là on a des inégalités sociales je dirais importantes, capitales que l’on a déjà mises au jour du côté des livres. C’est à dire que les supports de lecture et les ouvrages que vous allez retrouver en grande surface avec des offres promotionnelles terribles, 5€ le livre Walt Disney avec X pages d’histoires etc … ben les classes sociales les moins favorisées vont voir quoi ? vont voir un livre donc un support légitime sauf que en vrai vous avez tout un tas de classes sociales et notamment les classes culturelles, aux capitaux sociaux et culturels élevés qui jamais n’achèteront ça parce que ils vont aller acheter d’autres types d’ouvrages qui sont des ouvrages où il y a des logiques d’inférence à l’intérieur de l’ouvrage. je m’explique, par exemple vous regarderez l’ouvrage de Geoffroy de Pennart “le dragon, la princesse, le chevalier”. en fait il y a des inférences c’est à dire que d’une part le texte raconte des choses mais l’image raconte aussi des choses. donc l’enfant il apprend, il apprend aussi parce que son parent, ses parents font les liens texte/image donc lui montre qu’il y a des inférences à faire en commentant la lec ture de l’ouvrage et lui montrent qu’il y a des indices et qu’il faut aller collecter les indices en plus de l’écoute du texte ce que les supports scolaires font de plus en plus. Les supports scolai res ne sont plus des formes ou tout est dans le texte, il faut que les élèves apprennent à aller chercher des choses en dehors du texte, donc là vous voyez que ça aussi ça …, on a des recou vrements et des chevauchements et je vous assure que le livre Disney il le fait pas. Le livre Dis ney il illustre donc il faut des beaux dessins, des fois des très jolis dessins mais le dessin ne dit rien de plus que le texte. Et ensuite, dans ces livres là, on va avoir des références à la culture générale, au patrimoine culturel par exemple ça va vous parler de … du loup qui a des problèmes existentiels et qui fait appel au loup du petit chaperon mais en fait il faut connaître le loup du petit chaperon rouge donc il faut connaître l’histoire du petite chaperon rouge voyez ? donc c’est ça, ce type d’inférence là, qui viennent chercher des éléments de connaissance que l’on a qui préexiste ou qui sont l’occasion de les apporter et de dire “ah bah oui là c’est par rap port à telle toile, à la tapisserie de machin, à …” et du coup qui sont des choses que les parents vont faire et où on a deux objets qui s’appellent livre les deux mais qui en terme de rentabilité scolaire n’ont rien à voir. Et mon hypothèse c’est que du côté des jeux et des jouets on a les mê mes choses donc on a des jeux et des jouets, si je reprend le petit chimiste ou les savons, les parfums, vous allez les trouver en grande surface très peu de manipulation, très peu d’expéri mentation beaucoup de packaging alors oui, les gants, le truc, les lunettes mais par contre les matières premières de la manipulation très peu présentes alors que si vous allez dans des… peut être, dans des enseignes spécialisées dans des … là vous allez trouver mais qui fait ce travail là d’initier, qui sont les initiés au jeu et au jouet ? la plupart des parents quand ils arrivent dans la grande surface, ils voient qu’il y a un petit chimiste ou un “mon créateur de parfum” que l’en fant a demandé et hop ils prennent parce que en plus c’est à prix tiré donc ça leur semble inté ressant sauf que en vrai de vrai il y a pas l’affordance, le degré d’affordance du jouet et ininté ressant. Donc je pense que le support jouet est très inégalitaire. Je ne l’ai pas démontré c’est vraiment un truc sur lequel on travaille et sur lequel on aimerait travailler c’est ça, c’est de voir comment on a les mêmes logiques, on a des jouets qui vont pouvoir être mobilisés y compris scolairement et avec la place de l’école en ce moment on sait que les destins sociaux se créent quand même beaucoup via les destins scolaires donc on a des prises de certains parents sur des jeux et des jouets et des logiques de rentabilisation du jeu et du jouet que l’on a pas dans d’au tres groupes sociaux. Et d’ailleurs, un exemple, il suffit de regarder l’essor incroyable des, soit des livres soit des jeux et jouets Montessori mais ça se vend chez Nature & découverte, chez Mollat des enseignes spécialisées qui ont un public particulier. qui est doté économiquement

L.: le grand public n’a pas accès à ….

S.R.: Ah bah c’est …. réservé à des initiés, parce que les bouquins sur Montessori, vous allez peut-être en trouver effectivement chez Auchan où dans les autres grandes surface mais pas les jeux et les jouets, ça non et avant c’était des jeux et des jouets qui étaient réservés encore à d’autres spécialistes où vraiment il fallait faire l’effort de commander via l’association des pa rents Montessori machin, … certains types de jeux et jouets, là ça arrive, ça arrive dans les sphères commerciales de la grande distribution mais quand même dans des magasin très spécia lisés. C’est la Fnac qui le met en avant, c’est Nature et Découverte à plein pot, voilà ca reste des niches particulières.

L.: j’ai le cas LEGO qui jusqu’à récemment ne faisait pas forcément beaucoup de différence fille/garçon et s’y est mis il y a 20 ans à peu près en sortant LEGO belleville, LEGO friends et toutes ces choses là, c’est uniquement marketing selon vous ?

S.R.: je pense qu’il faut quand même pas trop penser qu’ils ont des visées humanistes. Là, oui on est sur des logiques marketing et ça fonctionne.

L.: Et du coup il me semble qu’ils les ont stoppées, Belleville c’est sûr

S.R.: Belleville oui L.: Et friends ?

S.R.: Friends je ne crois pas

L.: ils sont sur une démarche, il me semble S.R.: De les extraire

L.: De les arrêter de la production

S.R.: je pense que éthiquement ils savent bien quand même que …. mais bon (soufflement), en même temps ça fait 30 ans qu’on a des logiques de …. de lutte contre les discriminations, contre les fonctionnements séparatistes des sexes et on y arrive pas…. les choses se recompo sent, se redéploient, se …. Hyper U avait fait un Noël antisexiste avec des jeux et des jouets anti sexistes, voilà c’était un bon appel du pied, un bon truc publicitaire marketing aussi mais en même temps le public, là aussi le public qui va être sensible à ça, on est minoritaire

L.: là encore, sur le magazine de Noël 2018 de Leclerc, le rayon bleu, garçon est intitulé “je suis un héros” le rayon fille, rose est intitulé “je suis une princesse”, donc on y est pas encore … S.R.: ah bah non, non, non, … et puis après on s’étonne d’avoir des problème de violence conjugale, ou de harcèlement sexuel, ou de … mais en fait on leur a appris très tôt qu’il y avait un sexe qui dominait l’autre et que c’était normal … est-ce que c’est normal finalement quand on est un héros d’être dans l’agression, dans le combat, dans la domination de l’autre, y compris du corps de l’autre ? donc on a des politiques y compris des politiques sanitaires derrière et des politiques sociales qui rament mais parce que c’est une construction dès la vie intra utérine. donc c’est compliqué et „fin, sans être super pessimiste c’est compliqué parce que les choses se redéploient constamment. Où on a l’impression qu’il y a eu des avancées, et en fait quand on regarde voilà typiquement les jeux, les jouets, les livres, les habits, regardez les habits de nourrisson maintenant …. tout est …. les objets de puériculture, c’est compliqué de trouver des ha bits neutres c’est compliqué

L.: et parce que la première chose qu’on demande à une femme enceinte c’est “c’est une fille ou un garçon ?” encore aujourd’hui même encore plus aujourd’hui j’ai l’impression et c’est la première question, “ah c’est super t’es enceinte, c’est une fille ou un garçon ?”

S.R.: alors ça participe aussi, „fin ça participe, …. c’est concomitant aussi de forme de … d’individualisme des sociétés, c’est à dire qu’on est aussi sur des logiques d’avènement de l’individu, de la reconnaissance de l’individu dans ses critères identitaires, dans ses cartes identitaires, dans ses éléments identitaires. On a une … pas un effondrement mais une crise des collectifs. on est a entre 5 et 7% de personnes qui sont syndiquées en France, c’est ridicule, c’est ridicule ment bas donc le sens des collectifs est moindre et du coup on est dans des formes effective ment de consécration de l’individu qui est dans des logiques de reconnaissance à tout pris et donc bah le critère du sexe du genre en fait partie

L.: il faut s’identifier à l’un ou l’autre

S.R.: Il faut singulariser son enfant et qu’est-ce qui le singularise, bah déjà son sexe donc c’est ça, c’est aussi, ça vient recouper ces formes là de “on doit tous avoir une existence personnelle, une reconnaissance personnelle, une singularité” c’est aussi pour ça et ça ce sont, ça malheureu sement c’est pas, on peut pas dire que c’est la faute au marketing et aux structures économiques de marché ce sont aussi des formes éthico-philosophiques des progrès qui font que la crise d’instances collectives type la religion même si on a des retours du religieux, la crise des partis politiques, du sens politique, la crise des syndicats la crise y compris de l’éducation populaire et avec des formes beaucoup plus temporaires et moins solides de regroupement type les gilets jaunes en ce moment c’est du collectif mais du collectif très temporaire qui s’est monté là et qui peut se désagréger et se déliter de la même manière

L.: et c’est du collectif formé de plusieurs collectifs

S.R.: complètement

L. : c’est pas un groupe uni

S.R. : mais quels sont les liens, la force des affiliations, des solidarités entre ça peut se désagré ger très vite aussi donc la … ces renforcements là de la séparation des sexes ils sont aussi concomitant de tout ça.

Pour le ludothécaire ou la ludothécaire ça fait du travail ! (rires)

L.: (rires) je crois que c’est tout, merci

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