Robe de princesse Ou camion de pompier : Pourquoi choisir ?


Lucie GRANDPIERRE DU GAL 2018-2019

Robe de princesse
Ou
Camion de pompier :

Pourquoi choisir ?
Comment permettre plus d’égalité de genre chez les enfants en ludothèque ?

Lucie Grandpierre – Mai 2019

Guidante : Marion Lapeyre

Remerciements

Je tiens à remercier tout particulièrement :

Mes parents ; Mes frères ;

Hervé et le CA de l’Ah Toupie;

Marion Lapeyre ;

Anaïs et toute l’équipe de la médiathèque de Guérande ;

Dominique et toute l’équipe de professionnel·le·s et de bénévoles de Ludambule ; Toutes mes camarades de la promotion 2018-2019 DUGAL LPMJGAL ;

Toutes les intervenantes de la formation DUGAL;

Sommaire :

  • Remerciements 3
  • Introduction 5
  • I. Etat des lieux des jeux genrés ou véhiculant des stéréotypes de genre 10
  • A. Dans les commerces 13
  • B. En ludothèque 19
  • 1. Aménagement 19
  • 2. Postures 20
  • 3. Fonds de jeu 21
  • II. Comment permettre plus d’égalité ? 24
  • A. Aménagement 25
  • B. Postures professionnelles 30
  • C. Fonds de jeux et valorisation 32
  • D. Initiatives 35
  • III. Professionnalisation, professionnalité et pistes d’actions 39
  • Conclusion 42
  • Bibliographie 44
  • Annexes 46

Introduction :

En arrivant en formation en septembre dernier, j’avais déjà une idée très précise de mon sujet de mémoire, quelque chose qui me tenait à cœur parce que j’étais concernée de très près par ce sujet : les ludothèques en milieu rural.

Je voulais voir si vraiment, on pouvait avoir le même type de ludothèques en milieu rural et en milieu urbain.

Et puis au bout de deux jours de formation, en plein milieu de la nuit, mon cerveau m’a réveillé et m’a dit « non, en fait tu ne vas pas travailler sur le milieu rural, tu vas parler du genre dans les jeux ». Évidemment j’ai trouvé cette idée excellente (je suis souvent d’accord avec mon cerveau) mais je me suis demandée quel sujet choisir maintenant !

Alors que certain· e·s n’avaient pas d’idée, j’en avais deux. Alors j’en ai parlé a mon entourage plus ou moins proche, à mes camarades et à Stéphanie Rubi qui m’a dit « écoutez-vous parler des deux sujets, je crois que vous avez déjà fait votre choix ».

Et en effet, je parlais beaucoup plus et mieux du genre, sans même avoir fait de recherches. Le sujet me passionnait, me passionne.

Les questions du genre, de l’identité et des rôles masculins et féminins dans notre société sont d’actualité et divisent. Les mouvements féministes et les victoires qui les accompagnent depuis les années 1970 tentent de faire évoluer la société mais il existe encore de nombreuses inégalités entre les hommes et les femmes, entre les garçons et les filles.

Ces inégalités sont présentes dès le plus jeune âge, et même avant la naissance; elles ne cessent tout au long de la vie d’un individu.

Le jeu n’échappe donc pas à ces inégalités, il est le reflet de la société et donc de ses inégalités. Le jeu comme le livre est la représentation de la société, de ses codes et de ses différents rôles (sexuels, sexués et traditionnels).

Le genre est la construction sociale et culturelle de la différence des sexes, il désigne l’identité sociale de la personne qui peut être différente de son sexe biologique. Cette construction sociale et culturelle implique aussi la supériorité du masculin sur le féminin que ce soit pour les individus ou les activités qui leurs sont traditionnellement attribuées.

Les représentations du genre dans la société sont appelées stéréotypes lorsque celles-ci sont simplifiées ou déformées ; elles réduisent donc les hommes au masculin et les femmes au féminin; elles leur attribuent des rôles précis et bien différenciés dans la société.

‘’Le stéréotype joue un rôle psychologique majeur puisqu’il permet d’apaiser l’angoisse identitaire de se voir un jour déserter son statut ou de se faire rejeter par son groupe d’appartenance surtout lorsque celui-ci apparaît comme le modèle à suivre.” Contre les jouets sexistes.

Qu’est-ce que le jeu ?

Selon un dictionnaire en ligne (l’internaute, consulté en février 2019) le jeu a plusieurs sens.

Premièrement, le jeu se définit comme une activité physique ou intellectuelle exercée dans le but de se divertir. Deuxièmement, il désigne aussi l’ensemble des objets qui servent à jouer. Troisièmement, il est synonyme d’interprétation. Enfin, le jeu est aussi une série d’objets de même nature.

C’est donc aux deux premières définitions que je ferai référence dans ce mémoire, à savoir l’activité ludique et l’objet jeu. Cependant, il manque des détails à ces définitions: quels sont les critères pour considérer une activité comme jeu ?

Selon l’approche philosophique de Jacques Henriot dans Sous couleur de jouer : « On appelle jeu tout procès métaphorique résultant de la décision prise et maintenue de mettre en œuvre un ensemble plus ou moins coordonné de schèmes consciemment perçus comme aléatoires pour la réalisation d’un thème délibérément conçu comme arbitraire. ».

Dans un langage plus accessible, Gilles Brougère, Professeur en Sciences de l’Éducation et spécialiste en sciences du jeu propose dans son ouvrage Jouer/Apprendre en 2005, cinq critères pour délimiter l’activité ludique :

  • La décision : l’activité est une action volontaire du joueur pleine de décisions : “décision d’entrer dans le jeu mais aussi de le construire selon des modalités particulières.”
  • Le second degré : en opposition avec la réalité, le jeu est un espace d’exploration et d’expérimentation du 1er degré tout en étant conscient qu’il s’agit de la fiction.
  • La règle : tout jeu est construit par la règle, qui permet et structure le jeu. Elle est acceptée par les joueurs et ne vaut que pendant le jeu.
  • La frivolité : ce qui se passe dans le jeu n’a pas de conséquence dans la réalité.
  • L’incertitude : le déroulement du jeu et sa finalité sont incertains.

Avec ces définitions plus précises du jeu, on a une idée plus claire des valeurs de la ludothèque, qui met l’activité jeu au centre de son activité.

Pour ce mémoire, je pose la question du genre chez l’enfant. Cette notion est indissociable de celle de sexe. Voici donc les définitions de sexe et de genre du dictionnaire (Larousse internet 2019) :

Le sexe est le “caractère physique permanent de l’individu humain, animal ou végétal, permettant de distinguer, dans chaque espèce, des individus mâles et des individus femelles, ensemble de ces individus mâles ou femelles.”, il désigne aussi “les organes sexuels, la verge chez l’homme, la vulve et le vagin chez la femme.” et enfin “la sexualité.”

Il s’agit donc de caractères physiques ou biologiques qui séparent les êtres vivants en deux catégories dans un but reproductif. Cependant chez l’espèce humaine, on distingue le sexe et le genre qui peuvent être différents et qui véhiculent des valeurs différentes.

Selon le même dictionnaire (Larousse internet 2019), le genre est un “ensemble de traits communs à des êtres ou à des choses caractérisant et constituant un type, un groupe, un ensemble; sorte, espèce.”, c’est aussi une “manière d’être de quelqu’un; comportement, attitude; allure de quelque chose”, il désigne aussi une “catégorie d’œuvres littéraires ou artistiques définie par un ensemble de règles et de caractères communs ; style, ton d’un ouvrage.”, mais aussi en biologie, le genre est un “ensemble d’êtres vivants, situé, dans la classification, entre la famille et l’espèce et groupant des espèces très voisines désignées par le même nom latin : nom générique suivi d’un nom spécifique, propre à l’espèce.”.

Pour les beaux-arts, il s’agit d’une “catégorie définie par la nature du sujet traité par l’artiste.”, en linguistique, le genre est une “catégorie grammaticale fondée sur la répartition des noms en deux ou trois classes (masculin, féminin, neutre) selon un certain nombre de propriétés formelles (genre grammatical) auxquelles on associe le plus souvent des critères sémantiques relevant de la représentation des objets du monde (genre naturel).” et enfin en philosophie, le genre est “dans la philosophie d’Aristote, le caractère commun à tous les objets d’une science ou classe de ces objets”.

Dans ces définitions de genre, aucune ne fait référence directement aux genres humains masculin et féminin mais on comprend que le genre permet de catégoriser et séparer des groupes selon des critères communs.

De nombreuses études et recherches ont lieu sur le genre (gender studies) qui étudient les rapports sociaux entre les sexes depuis la fin du XIXème siècle. Le laboratoire GenERe (Genre Épistémologie et Recherches) de Lyon définit le genre sur son blog « Qu’est-ce que le genre ? » en reprenant les auteur.trices de l’Introduction aux études de genre qui mettent en évidence quatre dimensions fondamentales du concept :

“• Le genre est une construction sociale. (…) les études de genre affirment qu’il n’existe pas d’essence de la “féminité” ni de la “masculinité”, “mais un apprentissage tout au long de la vie des comportements socialement attendus d’une femme ou d’un homme”.

Le genre est un processus relationnel. (…) Les études de genre partent du principe qu’on ne peut pas étudier ce qui relève du féminin sans le masculin, et vice-versa – ce qui ne signifie pas, bien sûr, qu’on ne peut pas se focaliser sur l’un ou l’autre groupe.

Le genre est un rapport de pouvoir.(…) Le masculin et le féminin sont en relation, mais il ne s’agit pas d’une relation symétrique, équilibrée.

Il faut donc “appréhender les relations sociales entre les sexes comme un rapport de pouvoir”. Le genre distingue le masculin et le féminin, et, dans le même mouvement, les hiérarchise à l’avantage du masculin.

De plus, en posant une frontière entre les deux catégories de sexe, le genre est en soi oppressif, puisqu’il n’admet pas de déviation par rapport aux normes qu’il établit.

Le genre est imbriqué dans d’autres rapports de pouvoir. Le genre est un rapport de pouvoir qui (…) se trouve (…) à l’intersection de plusieurs rapports de pouvoir, régis par les catégories de classe, de “race”, de sexualité, d’âge…”

Les auteurices en arrivent donc à cette définition : Le genre est “un système de bicatégorisation hiérarchisée entre les sexes (hommes/femmes) et entre les valeurs et représentations qui leur sont associées (masculin/féminin).”

Cependant, la vision du genre chez l’enfant est différente selon son âge.

Quand il/elle a moins de 2 ans, l’enfant n’a pas de conscience de genre, il n’y a pas de différence pour lui/elle entre les hommes et les femmes. Vers 2/3 ans, l’enfant reconnaît le genre des personnes selon des éléments extérieurs (cheveux, habits, …).

Vers 3/4 ans, l’enfant a besoin de repère et ressent l’importance d’appartenir à l’un des sexes et d’avoir une vision stable car il/elle pense encore que cela peut changer selon les éléments extérieurs, enfin, vers 4/5 ans on observe une stabilisation de la conscience du genre.

Le sexe et le genre attendent donc des comportements différents dans les deux catégories et instaurent des normes qu’il est difficile de transgresser. Ces normes et comportements attendus sont à la base des stéréotypes.

Selon le dictionnaire (Larousse internet 2019), un stéréotype désigne tout d’abord un “cliché obtenu par stéréotypie.”, mais aussi une “expression ou opinion toute faite, sans aucune originalité, cliché.” et enfin une “caractérisation symbolique et schématique d’un groupe qui s’appuie sur des attentes et des jugements de routine.”

Il s’agit donc de représentations simplifiées et déformées d’une réalité qui fait des généralisations et des réductions de la réalité. (A quoi joues-tu ?)

Selon les définitions vues précédemment, je définirais donc un jeu genré comme suit : une activité décidée par le/la joueur·se, réglée, sans conséquence sur la réalité, incertaine et fictive qui véhicule des stéréotypes sur les manières d’être et les différences de valeurs et de représentations entre les individus féminins et masculins.

Je savais déjà qu’il existait des jeux genrés puisqu’ils sont présents partout et je me suis demandé comment en ludothèque les professionnel·le·s réagissaient à ces objets, quelle en était leur utilisation, puisque le problème ne se situe pas dans l’objet jeu lui-même mais dans les représentations et comportements stéréotypés qu’il véhicule.

Vaut-il mieux les supprimer ou les intégrer au même titre que les autres jeux ? Très vite, on se rend compte que pour les supprimer, il faudrait un très bon argument, un meilleur argument à donner aux fabricants de ces jeux que celui qu’ils/elles ont actuellement, à savoir : cela rapporte de l’argent.

Il faudrait donc les intégrer ? Oui mais comment ? Comment la ludothèque peut-elle être un lieu dans lequel les genres sont égaux et les normes et comportements attendus en société sont mis entre parenthèses alors que la ludothèque est un lieu de socialisation ? Comment permettre plus d’égalité de genre chez les enfants en ludothèque ?

Dans un premier temps, nous ferons un état des lieux des jeux genrés dans les commerces et comment les joueur·se·s se construisent avec ces jeux. Nous continuerons cet état des lieux par trois exemples de ludothèques et leur utilisation des jeux véhiculants des stéréotypes.

Dans une seconde partie, nous verrons comment la ludothèque peut permettre plus d’égalité par son aménagement, ses postures professionnelles et son fonds de jeux.

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