Les contraintes d’économie universelle et On Wh-movement

Les contraintes d’économie universelle et On Wh-movement

2.2 Les contraintes d’économie universelle

Dans le cadre du Programme Minimaliste, tous les mouvements syntaxiques sont soumis aux contraintes d’économies universelles qui sont : le principe de dernier recours, le principe d’avarice et le principe de distance minimale.

2.2.1Le principe de dernier recours

Le principe de dernier recours encore appelé procrastination en anglais est le principe selon lequel un syntagme ne se déplace que s’il est contraint par la présence des traits ininterprétables. Selon ce principe, le mouvement doit être retardé le plus longtemps possible car le mouvement en FL est plus économique qu’en syntaxe ouverte.

11 Selon le Principe de la Projection Etendue, toute phrase doit avoir un sujet, (Chomsky (1981) .

2.2.2Le principe d’avarice

Selon ce principe, le déplacement se fait seulement pour vérifier les traits du syntagme concerné et de lui seul.

2.2.3Le principe de distance minimale

Le principe de distance minimale a pour but de réduire la portée du déplacement et exige que l’élément se déplace dans la cible la plus proche

2.3 On Wh-movement

Comme le dit Strik (2008 : 46) , le cadre théorique de « On Wh-Movement » est la Théorie Standard Etendue (TSE) . Dans ce travail, Chomsky unifie sous l’étiquette « Qu » un certain nombre de règles qui étaient auparavant considérées comme des règles séparées. Il donne les propriétés suivantes du mouvement Qu :

  1. Le mouvement Qu laisse une trace ;
  2. Le mouvement Qu se produit vers la position complémenteur ;
  3. Le mouvement Qu est cyclique ;
  4. Le mouvement Qu respecte la contrainte de sous-jacence.

2.3.1Le mouvement Qu laisse une trace

Lorsqu’un syntagme Qu se déplace de sa position canonique ou de sa position de base, il laisse une trace. L’élément déplacé et sa trace sont co-indexés.

Par ailleurs, la trace doit être proprement gouvernée12 par son antécédent selon le

Principe de Catégorie Vide (ECP) 13.

La phrase suivante illustre tout ce qu’on vient de dire :
image7

Dans la phrase (7) , il s’est opéré deux mouvements à savoir le mouvement du verbe « demandes » qui est la tête de SV et le mouvement du syntagme Qu « qui ».

12X gouverne proprement y si et seulement si :
a) x thêta-gouverne y ou x gouverne par antécédence y
b) x thêta-gouverne y ssi x gouverne y et thêta marque y
c) x gouverne par antécédence y ssi x gouverne y et x est co-indexé avec y
13 Le Principe de Catégorie Vide (ECP) exige que toute trace soit proprement gouvernée par son antécédent.

Nous pouvons noter que chaque fois que chacun de ces deux constituants se déplace, il laisse derrière une trace. La trace est la copie14 du constituant déplacé. Les constituants déplacés laissent derrière eux une trace indiquant leur position d’origine. C’est le cas en (7) .

2.3.2Le mouvement Qu se produit vers la position du complémenteur

Cette propriété stipule d’une manière indirecte que le site d’atterrissage du syntagme Qu est le complémenteur qui se trouve dans la périphérie gauche de la phrase.

En outre, le déplacement du mot Qu de sa position de base vers la position complémenteur, se fait par cycle. Dans une question enchâssée, le mot Qu se déplace en deux cycles.

Ceci revient à dire qu’une question enchâssée implique un mouvement plus long que dans une question à Qu simple. Car le syntagme Qu va d’abord vers la position complémenteur de la phrase subordonnée où il laisse une trace, et il continue ensuite son chemin vers la position complémenteur de la phrase matrice.

2.3.3Le mouvement Qu est cyclique

En syntaxe, le cycle est le déplacement du syntagme Qu ou mot Qu de sa position de base vers la position complémenteur.

(8) [COMP Whoi [did you tell Mary [COMP ti [that [she should meet ti]]]]] (Chomsky 1977 : 84, ex. 41) cité par Strik (2008 :47, ex.56) )

La phrase (8) nous permet de noter que le mot Qu s’est déplacé en deux cycles ou phases c’est-à-dire de sa position de base pour la position complémenteur de la phrase subordonnée, et après il continue vers la position complémenteur de la phrase matrice.

A chaque déplacement, le syntagme Qu laisse une trace. Nous devons noter que le mouvement cyclique est soumis à la contrainte de la sous-jacence.

2.3.4Le mouvement Qu respecte la contrainte de la sous-jacence

Cette contrainte est aussi appelée contrainte de la borne, des frontières ou des barrières. Cette contrainte régit les conditions de localité limitant la distance entre un antécédent15 et sa trace16.

La contrainte de sous-jacence stipule que la distance entre un antécédent et sa trace ne peut outrepasser plus de deux bornes. Nous devons noter que les bornes sont les projections maximales en l’occurrence le syntagme nominal (SN) et le syntagme du complémenteur (SC) .

14 D’après Guilliot (2006) , la copie résulte d’un mouvement.
15Constituant déplacé qui laisse une trace dans sa position de basse.
16Les traces sont des catégories qui n’ont pas des réalisations lexicales, ce sont des constituants qui sont dépourvus de contenu phonique. La présence des traces dans les structures syntaxiques découle du Principe de Projection Etendue et de la position non canonique de certains constituants dans des constructions particulières comme la passivation, l’interrogation, la topicalisation, la focalisation etc. On ne peut pas parler de trace sans parler de catégorie.
En syntaxe, il existe deux sortes de catégories : les catégories pleines et les catégories vides. Les catégories pleines ont une réalisation lexicale. Alors que les catégories vides qu’on appelle aussi trace n’ont pas de réalisation, Yapo (2007) .

Il est à noter que la Contrainte de sous-jacence réunit aussi d’autres contraintes à savoir : la Contrainte de l’îlot Qu (‘Wh-island Constraint’) , la Contrainte du Syntagme Nominal Complexe (‘Complex Noun Phrase Constraint’ CNPC) , la Contrainte de la Structure Coordonnée (‘Coordinate Structure Constraint’ CSC) et la Contrainte du Sujet Conditionné (‘Subject Condition Constraint) .

2.3.4.1La Contrainte de l’îlot Qu

Suivant cette contrainte, un mot Qu ne peut pas être extrait d’un SN complexe, c’est-à-dire un SN contenant une proposition subordonnée.

(9) a. á kχə̀ pókèt màtwá juó Njoya rié mì nchare jún n ə̀ ? c’est quelle belle voiture C1 Njoya dire que Nchare acheter C2 Int,
« C’est quelle belle voiture que Njoya dit que Nchare a acheté ? »
*b. á kχə̀ juó Njoya rié mì nchare jún pókèt mátwá n ə̀ ? C’est quelle C1 Njoya dire que Nchare acheter belle voiture C2 Int
« C’est quelle que Njoya dit que Nchare a acheté une belle voiture ? » (Nchare 2005 : 167, ex (33a et b) )

Comme l’explique Nchare (2005) , l’extraction de l’élément Qu est bloquée en (9b) . L’extraction du marqueur de l’interrogation juó laisse en chômage une partie du SD objet, et la contrainte de la sous-jacence est violée en ce sens que le marqueur de l’interrogation est déplacé au-delà du complémenteur mì.

En fait, ce que nous devons savoir c’est que le déplacement du syntagme Qu dans une enchâssée doit se faire d’un syntagme du complémenteur (SC) à un syntagme du complémenteur (SC) c’est-à-dire par phase ; C’est ce qu’illustre la phrase anglaise suivante :

(10) Which movie did John say Bill liked?

0.la structure de la phrase interrogative en shupamem101589

(11) , nous permet d’observer que le déplacement de “which movie” se fait de SC à SC.

2.3.4.2La Contrainte du Syntagme Nominal Complexe

Selon Ross (1967) , la Contrainte du Syntagme Nominal Complexe (‘Complex Noun Phrase Constraint’ CNPC) stipule qu’aucun élément ne peut être extrait d’un SD complexe. Un SN complexe est un SN contenant une proposition subordonnée.

Considérons les phrases suivantes :

(12) a. Ali a vu l’enfant de mon frère.
b. L’enfant, Ali l’a vu de mon frère.
(13) a. Pierre m’a donné le livre de mathématique.
b. Est-ce le livre que Pierre m’a donné de mathématique ?

Les phrases (12a) et (13a) contiennent chacune un syntagme nominal complexe. En (12a) , le syntagme nominal complexe est « l’enfant de mon frère » alors qu’en (13a) le syntagme nominal complexe est « le livre de mathématique ». (12b) est agrammaticale parce que nous avons extrait un constituant du syntagme nominal complexe.

En réalité, en (12b) , nous avons extrait « l’enfant » du syntagme nominal complexe « l’enfant de mon frère ». Tout de même, (13b) est agrammaticale parce que nous avons extrait « le livre » du syntagmenominal « le livre de mathématique ».

En conclusion, nous devons savoir qu’il est impossible d’extraire un élément du syntagme nominal complexe.

2.3.4.3La Contrainte de la Structure Coordonnée

La Contrainte de la Structure Coordonnée (‘Coordinate Structure Constraint’ CSC) nous permet de savoir qu’aucun élément ne peut être extrait d’un syntagme ayant en son sein des éléments coordonnés. Considérons les phrases suivantes :

(14) a. Mefire kàpî-fí sɯ́m pó ndáp.
Mefire P4-vendre champ et maison
« Mefire avait vendu le champ et la maison. »
b. *Mefire kàpî-fi kχə̀ pó ndàp mə̀?
Mefire P4-vendre quoi avec maison M Int
« Qu’avait vendu Mefire et la maison ? »

L’agrammaticalité de (14b) est causé par le fait que nous avons extrait le syntagme nominal sɯ́m (champ) au sein de la structure coordonnée sɯ́m pó ndàp (champ et maison) . Aucun élément ne doit être extrait de la structure coordonnée.

2.3.4.4La Contrainte du Sujet Conditionné

La Contrainte du Sujet Conditionné (‘Subject Condition Constraint) stipule que rien ne doit être extrait du syntagme en position sujet. L’exemple suivant illustre bien ce que nous venons de dire.

image9

L’agrammaticalité de la phrase (15b) est dû au fait que nous avons extrait whom dans A story about whom qui est le sujet de la phrase. Or, la Contrainte du Sujet Conditionné stipule que nous ne devons pas extrait un constituant dans le groupe sujet.

2.4Mouvement de l’argument (A-movement)

Le mouvement de l’argument est le fait de déplacer un constituant à une position où il reçoit une fonction grammaticale bien précise ; c’est par exemple le cas de la passivation où le constituant sujet devient objet et le constituant objet devient sujet.

Ce mouvement concerne seulement les arguments (le sujet et le complément) comme son nom l’indique.

En syntaxe, le terme argument est généralement utilisé pour regrouper les fonctions syntaxiques de sujet et de complément (complément direct, complément indirect, attribut.) .

Ceci nous permet de dire simplement que le terme argument est utilisé pour désigner les deux constituants de la phrase que sont le sujet et le complément d’objet direct ou indirect. Il existe deux types d’arguments : l’argument externe et l’argument interne.

L’argument externe renvoie au sujet du verbe alors que l’argument interne quant à lui, renvoie au complément d’objet direct ou indirect. Les arguments de la phrase sont identifiables de part leur position dans la phrase ; l’argument externe apparait avant le verbe alors que l’argument interne apparait après le verbe.

Les arguments peuvent aussi être classés en deux sous-groupes à savoir : l’argument syntaxique et l’argument sémantique. L’argument syntaxique renvoie à la position d’un syntagme nominal par rapport au verbe, alors que l’argument sémantique renvoie à la fonction d’un nom par rapport au verbe.

Nous distinguons généralement trois sortes de mouvements en syntaxe :

  • Le mouvement de la tête (Head movement) ;
  • Le mouvement du syntagme (phrase movement) ;
  • Le mouvement Qu (WH-movement) .

2.4.1Mouvement de la tête17 (Head movement)

Le mouvement de la tête (Head movement) est le déplacement de la tête d’un syntagme à une position plus haute dans la phrase. Radford (2006 : 98) nous fait savoir que dans ce genre de mouvement, le déplacement se fait d’une tête à une tête ; c’est-à-dire d’une tête de syntagme à une autre tête de syntagme.

Ce genre de déplacement se voit généralement dans la formation des interrogations totales en français ou il y a inversion sujet-verbe. Cet exemple illustre le mouvement de la tête :
image10

La phrase (16) nous permet de constater que « habite » qui est la tête du syntagme verbal (SV) a été déplacé de V° (tête du syntagme verbal) à C° (tête du syntagme du complémenteur (SC) ) .

17 Tête du syntagme.

2.4.2Mouvement du syntagme (Phrase movement)

Nous parlons du mouvement du syntagme (phrase movement) quand c’est le syntagme tout entier qui se déplace. Ce genre de mouvement est le plus souvent observé dans les constructions passives dans les langues comme le français, l’anglais et le Shupamem.

Il importe de noter ici que le déplacement de tout le syntagme est le plus souvent observé quand nous avons à faire au constituants tel que : quel, quels, lequel, lesquels laquelle, lesquelles, etc.

Observons les phrases suivantes :
(17) á jíjà ndáp juó ú ø – táʔ nə̀? c’est quelle maison que 2sg PRS-vouloir M Int
« C’est quelle maison que vous voulez ? »

Nous pouvons noter que dans la phrase (17) , jíjà (quelle) en se déplaçant, à tirer avec lui ndáp (maison) ; ce phénomène est appelé pied-piping. Nous parlons de pied-piping en syntaxe lorsqu’un constituant pendant son déplacement emmène avec lui d’autre(s) constituant(s) .

Le pied-piping trouve son fondement dans le principe de la convergence (convergence principle) . Le Principe de la convergence stipule que: “when an item moves, it carries along with it just enough material for convergence18” Radford (2004:111) .

2.4.3Mouvement Qu

Le mouvement Qu est l’extraction, le déplacement ou la délocalisation du syntagme Qu de sa position d’origine pour la périphérie gauche.

18

En (18) , « qui » syntagme Qu a laissé sa position de base pour se retrouver en initial de phrase, c’est ce genre de déplacement qu’on qualifie de mouvement Qu.

2.5Mouvement Non argumental (A-bar movement)

Quand nous parlons de mouvement non argumental (A-bar movement) , nous faisons allusion au déplacement des constituants (sujet et objet) de leur position de base pour une position autre où ils ne sont plus considérés comme sujet ni objet.

C’est le cas des constituants focalisés, topicalisés, relativés et aussi des syntagmes Qu qui se retrouvent à la périphérie gauche dans les phrases interrogatives.

(19) a. á nè má juó nǎ ø – mbíʃə̀ mɔ̀n nə̀?
c’est à moi que mère PRS-demander enfant M Int
« C’est à moi que la mère demande l’enfant ?»
b. mɔ́n, í ø–twó. enfant 3sg PRS-venir
« L’enfant, il vient. »
c.Ndáp juó ú ø – zù nə́ pá jí Petro.
maison que 2sg PRS-laver Force être pour Pierre
« La maison que tu laves appartient à Ali. »

Les phrases (19a, b et c) sont les exemples de mouvement non argumental.

18 Lors de son extraction, le constituant se déplace avec tous les éléments nécessaires pour que la phrase soit grammaticale.

Conclusion

Ce chapitre avait pour but de présenter la théorie que nous allons utiliser dans le cadre de notre étude. Et comme nous l’avons vu, la théorie utilisée dans le cadre de cette recherche est le Programme Minimaliste de Noam Chomsky. Nous avons aussi parlé des contraintes sur le mouvement ainsi que les propriétés des syntagmes Qu.

Pour citer ce mémoire (mémoire de master, thèse, PFE,...) :
La première page du mémoire (avec le fichier pdf) - Thème :
La structure de la phrase interrogative en Shupamem
Auteur·trice·s :
Ernest NJIFON NGOUPAYOU
Ernest NJIFON NGOUPAYOU
Université :
Université de Yaoundé I - Faculté des arts, lettres et sciences humaines
Année de soutenance :
Mémoire présenté en vue de l’obtention du diplôme de Master en Linguistique Générale - Juillet 2017
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