La méthodologie de l’étude empirique, le fonds d’impact

  1. Damigou TCHAKPAME
  2. L’élaboration et la construction d’un fonds d’impact
  3. L’investissement d’impact: fondements et paysage français
  4. La gestion et la spécificité d’un portefeuille d’impact
  5. Comportement des acteurs, la création d’un fonds d’impact
  6. Processus de construction d’un fonds d’impact
  7. La méthodologie de l’étude empirique, le fonds d’impact
  8. Interprétation des résultats et discussions
  9. La création d’un fonds d’impact, création de compétences

La méthodologie de l’étude empirique, le fonds d’impact

Deuxième partie : la construction d’un portefeuille d’investissement d’impact : l’analyse empirique

Après avoir mobilisé les connaissances théoriques sur la construction d’un fonds d’impact et les compétences qu’elle engendre pour le gérant de portefeuille, il paraît important de réaliser une étude empirique en nous référant à l’observation et à l’expérience.

L’analyse empirique est importante pour donner une crédibilité au travail de recherche.

C’est dans ce sens que Yin (1990) ou encore Miles et Huberman (1991) proposent plusieurs « tactiques » et spécialement « plusieurs sources de données différentes » à savoir « les entretiens », « la documentation » et « la présence sur le terrain » (Thiétart, 2007).

Toujours selon cet auteur, l’exploration hybride qui nous permet de procéder par « allers-retours entre les observations et des connaissances théoriques » 53 est indispensable pour améliorer la création de connaissances nouvelles.

La démarche hybride permet « d’approfondir ou d’enrichir les connaissances antérieures » et donc de conduire vers un « réalisme fort » (Koening, 1993) et des construits théoriques fortement « enracinés » (Glaseret Strauss, 1967) (Thiétart, 2007). Cette deuxième partie empirique sera l’occasion de collecter des données primaires.

Pour Thiétart (2007), il s’agit d’une « source de validité interne supérieure ».

53 Thiétart, R.-A. (2007). Méthodes de recherche en management / [sous la direction de] Raymond-Alain Thiétart et coll. (3ème Edition). Dunod.

Chapitre 1 : La méthodologie de l’étude empirique

Une recherche sur le terrain nécessite la mise en place d’une méthodologie et le choix d’une méthode de collecte et de traitement des données. De façon générale, la méthodologie est l’étude des méthodes destinées à élaborer des connaissances.

Au regard des informations collectées dans la première partie de nos travaux, il s’avère important de réaliser un entretien avec un spécialiste de la gestion de portefeuille.

Section 1 : Objectif de l’étude empirique et choix de la démarche qualitative

1.1 Les objectifs de l’étude empirique

En menant un travail de recherche, le chercheur se fixe des objectifs et développe des stratégies pour les atteindre.

Notre étude empirique doit pouvoir nous permettre de compléter notre analyse exploratoire initiale et d’apporter une réponse à notre problématique de recherche.

Cette étude vise à comprendre la démarche de construction d’un portefeuille d’impact, ses motivations ainsi que ses retombées. Ainsi nous pourrions mieux apprécier les compétences distinctives créées par le gérant et avoir une lecture objective des performances susceptibles d’être renforcées.

Aussi nous serions en mesure de décrire les relations partenariales et les interactions entre les différents acteurs de l’écosystème d’un fonds d’impact.

1.2 Le choix d’une démarche qualitative

Nous avons opté pour une démarche qualitative pour rester en cohérence avec notre paradigme épistémologique de type interprétativiste.

Ce paradigme a connu son développement grâce aux « méthodes qualitatives », à savoir « les méthodes herméneutiques » (Gadamer, 1977) et ethnographiques (Garfinkel, 1967) et « les connaissances générées sont présentées dans des narrations détaillées » (Gavard-Perret et al., 2012).

Tableau 3 : Panorama des principales techniques de collecte de données qualitatives Gavard-Perret, M.-L., Gotteland, D., Haon, christophe, & Jolibert, A. (2012). Méthodologie de la recherche en sciences de gestion : Réussir son mémoire ou sa thèse (2ème Edition). Page 109
Panorama des principales techniques de collecte de données qualitatives

La méthode qualitative favorise la collecte et l’analyse des données non mesurables. Paillé, en 1996, définit la méthode qualitative comme « une démarche discursive de reformulation, d’explication ou de théorisation d’un témoignage, d’une expérience ou d’un phénomène ».

Il existe deux méthodes de collecte de données qualitatives : l’entretien et les techniques projectives. Dans le cadre de notre étude nous avons choisi l’entretien ; celui-ci nous conduira à une analyse de contenu.

Pour Bardin (2003), l’analyse de contenu est « un ensemble de techniques d’analyse de communications visant, par des procédures systématiques et objectives de descriptions du contenu des messages, à obtenir des indicateurs (quantitatifs ou non) permettant l’inférence de connaissances relatives aux conditions de production/réception (variables inférées) de ces messages » (Gavard-Perret et al., 2012).

Section 2 : La méthode de collecte et de traitement des données

Pour mieux répondre à notre problématique de recherche, nous avons opté pour des entretiens semi- directifs. Ils donnent droit « à la production d’un discours sur un thème défini dans le cadre d’une recherche ».

Cette conversation qui a lieu en face à face permet de collecter un avis objectif et « nous renseigne sur la pensée de la personne qui parle et secondairement sur la réalité qui fait l’objet du discours » (Gavard-Perret et al., 2012).

Avant de pouvoir réaliser cette démarche, un guide d’entretien sera élaboré (Annexe 2).

2.1 Le choix du terrain et l’élaboration du guide d’entretien

2.1.1 Le choix du terrain

Nous avons choisi d’interroger deux gestionnaires de portefeuille dans le cadre de notre recherche.

Notre premier choix s’est porté sur Juliette EUZENOT, analyste en investissement d’impact chargé de l’étude et de la sélection des projets à Alter Equity54. Alter Equity est une société de gestion d’actifs spécialisée dans la construction des fonds de capital investissement dédié à l’investissement d’impact.

Elle investit dans des entreprises répondant à un enjeu social et / ou environnemental. Sa philosophie d’investissement est « engagée en faveur d’une économie à la fois responsable et rentable ».

Elle s’engage auprès des entreprises qui présentent des caractéristiques précises : celles-ci doivent présenter un fort potentiel de croissance rentable et développer des activités induisant un impact fort et positif sur l’environnement ou sur les personnes.

Elle donne la priorité à des activités et des secteurs qui contribuent de façon durable au bien-être des populations.

Sur le plan environnemental, il s’agit de « l’efficacité et la transition énergétique, économie circulaire, recyclage, qualité de l’air, de l’eau et des sols, chimie verte, produits bio, préservation de la biodiversité » et sur le plan social de « l’éducation, formation, employabilité, culture, produits/services aux personnes fragiles, santé, bien-être, commerce équitable, finance à impact positif, promotion de la RSEE et des ODD ».

Outre ces critères, les entreprises doivent présenter un business plan extra-financier.

Alter Equity cherche à créer de la valeur pour toutes les parties prenantes en apportant aux entreprises émettrices de titres « un soutien stratégique, opérationnel, commercial, et dans leur stratégie RSE vers une croissance forte, rentable, responsable et pérenne ».

Alter Equity est membre de France Invest, une association des investisseurs pour la croissance55 et du French Impact, la bannière nationale de l’investissement d’impact.

Alter Equity est l’un des pionniers parmi les sociétés de gestion, spécialiste de la levée des fonds pour l’investissement d’impact dans les entreprises non-cotées.

54 https://www.alter-equity.com/

55 Accueil. (s. d.). France Invest.https://www.franceinvest.eu/

Pour son deuxième véhicule d’investissement d’impact, elle a réussi à lever 110 millions d’euros majoritairement financés par des anciens souscripteurs du premier fonds de la société.

Il s’agit d’un fonds d’investissement 2,5 fois plus important que son tout premier. C’est la preuve de la confiance créée par la société autour de ces produits.

Nous avons donc voulu comprendre cette relation particulière en réalisant cet entretien.

Nous avons également réalisé un deuxième entretien avec Jean Baptiste MOREL, Responsable de la recherche ESG chez Federal Finance Gestion56, une filiale du Crédit Mutuel Arkea.

Federal Finance est une société de gestion créée à Brest en 1980. Depuis 2016, elle a intégré Arkea Investment Services spécialisée en gestion d’actifs et banque privée du Crédit Mutuel Arkea.

Au 31 décembre 2019, elle gérait plus de 140 fonds et plus de 39,5 milliards d’encours (gérés ou conseillés). Fédéral finance traite avec de nombreux épargnants et investisseurs. Elle offre une gamme de fonds responsable dont des fonds d’impact.

2.1.2 L’élaboration du guide d’entretien

L’entretien est l’un des moyens de collecte de données primaires en recherche qualitative. Dans le cadre de notre étude, nous avons opté pour un entretien individuel de nature semi-directive.

Pour Merton, Fiske et Kendal (1990), il s’agit d’un entretien « centré » (Thiétart, 2007) et le guide d’entretien est organisé autour des thèmes à aborder et cela aide le chercheur à structurer ses questions en vue d’atteindre ses objectifs.

L’intérêt de l’entretien individuel est qu’il « implique l’interaction d’un chercheur, d’un répondant et d’un environnement » (Gavard- Perret et al., 2012). L’entretien semi-directif donne la possibilité au chercheur d’aller et venir sur un thème, de laisser une certaine liberté au répondant.

Le chercheur peut aussi, en fonction de ses objectifs, s’appuyer « sur l’enchainement des idées propres au répondant pour évoquer un thème avant ou après un autre » (Gavard-Perret et al., 2012).

Pour ces auteurs, le guide d’entretien est « une grille ou un canevas et sa construction amène le chercheur à subdiviser sa question de recherche en mini-questions qui constitueront les thématiques du guide ».

Nous avons suivi la norme générale en divisant notre guide d’entretien en quatre parties : l’introduction, le centrage du sujet, l’approfondissement et la conclusion.

L’organisation et le classement des thèmes à aborder ont été réalisés en fonction de leur présence dans l’analyse exploratoire théorique et de la complexité à les aborder. Nous avons choisi cinq thèmes :

56 Federal Finance Gestion—Société de gestion—Federal Finance Gestion. https://www.federal-finance- gestion.fr/gestion/actifs/jcms/j_6/accueil

  1. La place de la finance utile dans la gestion de portefeuille
  2. Le processus de construction d’un fonds d’impact
  3. L’appétence des investisseurs pour un fonds d’impact
  4. Les compétences stratégiques créées par la construction d’un fonds d’impact
  5. La valeur créée par le fonds d’impact pour toutes les parties prenantes

Des questions ouvertes sont posées en fonction des objectifs poursuivis tout en respectant l’ordre des thèmes. Le guide d’entretien en Annexe 2.

2.2 Le recueil et le traitement des données

Les données, pour Raymond-Alain Thietart (2008), représentent des « prémisses des théories » et leur « traitement par une instrumentation méthodique va produire des résultats et améliorer, ou renouveler, les théories existantes ».

Le recueil des données et leur traitement requiert une démarche particulière.

2.2.1 Le recueil des données

La situation sanitaire particulière résultant de la pandémie COVID nous a contraint à réaliser l’entretien à distance à travers un appel téléphonique.

L’entretien a été enregistré sur un dictaphone après avoir obtenu l’accord du répondant.

2.2.2 Le traitement des données

L’enregistrement a été retranscrit pour disposer d’un corpus textuel et par la suite analysé par le logiciel d’analyse lexicale Alceste. Nous avons saisi le corpus grâce au logiciel Word.

La retranscription a été réalisée en suivant des règles spécifiques pour favoriser un meilleur traitement des données. Le corpus en Annexes 3 et 4.

Alceste est un outil « d’analyse des Lexèmes Cooccurrents dans un Ensemble de Segmentations du Texte Étudié » (Bart, 2011) 57 créé par Max Reinert en 1979. Daniel Bart a résumé en quatre étapes le processus de traitement du corpus textuel par Alceste.

La première étape consiste à identifier les Unités de Contexte Initial (UCI) qui représentent les différents documents utilisés.

Grâce aux différents dictionnaires, Alceste distingue deux types de mots : les « mots-outils » qui permettent de construire la syntaxe et les « mots – pleins » : « noms, verbes, adjectifs, certains adverbes ».

Alceste s’appuie sur les mots-pleins pour construire sa classification. Ensuite, s’applique la procédure de lemmatisation permettant de transformer les mots en formes.

57 Bart, D. (2011). L’analyse de données textuelles avec le logiciel ALCESTE. Recherches en didactiques, N° 12(2), 173‑184. https://www.cairn.info/revue-recherches-en-didactiques-2011-2-page-173.htm

De façon générale, la lemmatisation désigne « un traitement lexical apporté à un texte qui consiste à appliquer aux cooccurrences des lexèmes sujets à flexion un codage renvoyant à leur entrée lexicale commune, que l’on désigne sous le terme de lemme ».

Elle permet ainsi de regrouper les mots d’une même famille en une entité appelé lemme ou forme canonique.

L’objectif de la lemmatisation est « d’accroitre la fréquence des formes et la force des liaisons statistiques impliquées par leurs cooccurrences ».

À la fin de la première étape, le vocabulaire est réduit et le dictionnaire du corpus est créé.

La deuxième étape découpe le corpus en Unités de Contextes Élémentaires (UCE) ou segments de textes qui se composent « d’une ou plusieurs lignes de textes consécutives ». Les classes de formes seront ensuite créées grâce aux UCE ; Alceste regroupe les UCE contenant des formes proches.

La troisième étape consiste en la réalisation « des principaux fichiers résultats ». Le profil des classes est visible.

Une Analyse Factorielle des Correspondances (AFC) est effectuée ensuite à partir des résultats de la classification. Cette analyse permet « de rendre compte des relations d’attraction ou d’éloignement qu’entretiennent entre-elles dans le corpus, les classes, les formes et les classes et les formes ».

On peut ainsi « caractériser les lignes de force qui organisent les corpus analysés en décrivant les concordances et les oppositions entre (classes et mots) ». La quatrième étape présente les calculs complémentaires « sur les classes obtenues ».

Ces calculs permettent de hiérarchiser les unités textuelles, de repérer les segments répétés dans les classes et le corpus.

Alceste effectue une classification ascendante de chaque classe pour mieux évaluer les distances de proximités entre les mots et les classes. Elle aboutit à la détermination des paquets de mots utilisés. Cette démarche particulière d’Alceste aide à mieux analyser et comprendre le contenu.

Le Chi2 (χ2) permet de déterminer la forte ou la faible appartenance d’un mot à une classe, et de mettre ainsi en évidence les termes les plus représentatifs d’une classe donnée (Delavigne, 2003)58.

58 Delavigne, V. (2003). Alceste, un logiciel d’analyse textuelle. Texto ! Textes et Cultures, n.a. https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-00924168

TCHAKPAME Damigou

Université de Bretagne Occidentale - Laboratoire d’économie et de gestion de l’ouest

2019 – 2020 - Mémoire de Recherche en vue de l’obtention du diplôme de Master 2 MAE Recherche en Sciences de Gestion

L’élaboration d’un fonds d’impact : une constitution de compétences stratégiques pour le gérant de portefeuille
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