Les associations dans le développement local en Haïti

  1. Utilité sociale des associations dans le développement local
  2. Définition de l’utilité sociale et du développement local
  3. Organisations de l’économie sociale et solidaire: origine
  4. Les associations dans le développement local en Haïti
  5. Pierre-Volvique Jean
  6. L’État, ONG, les associations et le développement local
  7. L’utilité sociale et l’économie sociale et solidaire en Haïti
  8. Le cadre légale des activités des associations en Haiti
  9. Stage au sein de l’association Ensemble Pour Haïti
  10. Evaluation de l’utilité sociale des projets de l’EPH

Problématique des associations dans le développement local en Haïti

Chapitre III : Problématique et méthodologie

3.1 Présentation de la problématique

Tant qu’il existe la pauvreté dans le monde, le développement local sera toujours un problème à résoudre.

En septembre 2015, les pays ont voté, à l’ONU, 17 objectifs de développement durable qui remplacent les 8 objectifs du millénaire pour le développement.

Le premier objectif vise à mettre fin à la pauvreté et à lutter contre les inégalités sous toutes leurs formes et partout dans le monde5.

En Haïti, où en sommes-nous ?

Ce pays est l’un des plus pauvres du monde et le pays le plus pauvre de la zone Caraïbe où il y a un grand besoin en termes de développement.

Selon la Banque mondiale, avec un PIB par habitant de $756 en 2019, ce pays est classé parmi les 20 pays qui ont l’indice de développement humain le plus faible dans le monde6.

Ce premier objectif de développement durable, qui est la réduction de l’extrême pauvreté d’ici 2030, se compose des sous-objectifs tels que : la lutte contre la pauvreté, l’accès aux services de base, la réduction de la proportion de travailleurs pauvres et des personnes les plus vulnérables, notamment les femmes et les enfants.

Ainsi, le souci d’améliorer le bien-être de la population mondiale reste toujours un défi à relever tant sur le plan national qu’international, et notamment en Haïti, comptant « une population active de plus de 2.9 millions de personnes, dont près de 35% se trouvent au chômage […] (LOUIS, 2013) ».

Cela suppose inexorablement des innovations dans le milieu rural haïtien où vit la majorité de la population. Cette population qui n’a pas cessé de croître, et qui a des besoins illimités face aux ressources limitées.

Or, dans ce pays, aujourd’hui nous assistons à un manque de création d’activités génératrices de revenu qui représentent « le poto mitan » ou l’épine dorsale dans la construction de l’édifice économique, social, culturel, et équitable d’un pays.

Pour GUE, les petites et moyennes entreprises (PME) de l’économie sociale et solidaire constituent un levier important vers l’amélioration de la productivité et de la compétitivité dans l’activité agricole en général, du niveau de vie, du bien-être des ménages ruraux et de la sécurité alimentaire de la nation en particulier (GUE, 2009).

5 Document de l’INSEE sur les indicateurs pour le suivi national des objectifs de développement durable, 2019
6 Document de la Banque mondiale sur la situation de pauvreté en Haïti, 2019

D’après les chiffres fournis par l’IHSI, la population totale d’Haïti est passée de 3.097.220 habitants en 1950 à 10.085.214 habitants en 2010, soit une augmentation de 225.62%.

Selon ces estimations, 52.2% de la population vit en milieu rural contre 47.8% en milieu urbain (IHSI, 2010, date du dernier recensement en Haïti).

En effet, cette évolution démographique conduit à l’appauvrissement de ce pays.

Dans un pays où il y a une forte population qui vit en milieu rural en-dessous le seuil de pauvreté, la question du développement local est très importante pour répondre aux besoins de la population.

En Haïti, on observe une forte pauvreté dans la couche sociale la plus sensible située dans le milieu rural, où les gens qui y vivent sont négligés par l’État.

Ils sont confrontés à de graves problèmes, caractérisés par le manque d’infrastructures pour l’éducation, la santé et l’emploi.

Avec ces difficultés économiques, l’État n’a pas la capacité de mettre en place des politiques de sauvetage et de recherche de compétitivité.

L’économie sociale et solidaire est le projet politique et social de rééquilibrage de cette situation. Mais comment trouver des solutions pour permettre aux gens de vivre mieux ?

Les associations sont des acteurs de développement local et ont là un rôle important à jouer au niveau économique, social, environnemental, culturel et éducatif dans ces milieux.

Selon Fritz Dorvilier, dans thèse sur l’apprentissage organisationnel et dynamique de développement local en Haïti, la dynamique associative entre les paysans en Haïti est une manière d’appréhender la réalité sociale qui donne lieu à d’autres stratégies d’actions transformatrices.

C’est un processus qui permet aux citoyens/paysans de se rapprocher et, de surcroit, de tisser des liens sociaux extrafamiliaux.

Outre les services publics de base, il a mis en évidence les rapprochements volontaires et organisés des citoyens/pays qui veulent construire la socialité localisée.

Les réseaux d’entraide chez eux ont eu un réel impact sur leurs communautés.

« La réalité de l’entraide entre eux se manifeste par leur propension à s’investir dans le développement local et le mouvement social qui transforme leurs conditions matérielles et culturelles d’existence » (Dorvilier, 2007).

Le développement local par les activités associatives entraine la valorisation de plusieurs secteurs au niveau économique, politique et culturel.

Agissant sur le flot de pauvreté, les associations sont considérées comme des acteurs déterminants pour l’amélioration des conditions de vie des citoyens.

Ce travail de mémoire envisage d’étudier l’utilité sociale des associations dans le développement local, le cas d’association Ensemble Pour Haïti Rhône-Alpes, une association internationale, dans la commune de Saint-Marc.

Dans cette commune, les habitants sont organisés en associations avec des objectifs bien définis en vue de jouer un rôle important en faveur du développement local de leur territoire.

Au regard de ces motivations, ils se réunissent en petits groupes, suivant les préceptes de la Constitution haïtienne de 1987 qui leur donne le droit de s’associer entre eux.

Avant cette constitution, par tradition, le peuple avait souvent l’habitude de mettre ensemble ses connaissances, son savoir-faire pour combattre ses difficultés ou apporter des solutions à ses problèmes.

La loi haïtienne de 1997 a reconnu légalement que tout groupe de moins de trois de personnes peut former librement sans autorisation ni déclaration préalable une association.

Mais elle peut jouir de la capacité juridique si le groupe remplit les conditions légales au niveau du Ministère des Affaires sociales et du Travail d’Haïti.

Cette loi autorise les associations étrangères à intervenir selon l’utilité sociale de leurs projets.

Il y a une condition : l’association étrangère doit soumettre des pièces certifiées par le consulat de son pays à la mairie de la zone où elle souhaite intervenir sur le territoire.

Ma problématique tourne autour de cette question : comment les activités associatives, en créant des liens sociaux avec le territoire, à travers l’éducation et la promotion sociale, peuvent-elles jouer un rôle dans le développement local ?

Qu’en est-il de la place des associations dans le développement local et de leur utilité sociale ?

L’utilité sociale fait référence à l’impact des services donnés par les organismes publics ou les structures non lucratives.

Nous allons regarder l’impact des projets de l’EPH dans la commune de Saint-Marc, dans le département de l’Artibonite en Haïti, de 2010 à 2018, et ce que les projets ont apporté comme réponse en termes d’utilité sociale.

Justement, nous considérons ces points, comme les points forts pour évaluer les retombées des projets de cette association.

D’ailleurs, l’utilité sociale des associations est considérée comme une réponse portée à des besoins qui ne sont pas pris en charge par les autres acteurs sur un territoire vivant d’une situation ambivalence, se fondant sur un manque de progrès socioéconomique.

Le développement local n’est pas seulement un projet politique de l’Etat sur un territoire donné, mais il faut qu’il ait une visée qui implique les objectifs des associations.

Alors, la question importante : est-ce que l’utilité sociale des projets associatifs participe au développement local d’un territoire ?

Est-ce qu’elle suscite un changement vers le progrès socioéconomique ?

Je cherche à démontrer que les activités menées par les associations, suivant leurs objectifs, peuvent contribuer au développement local de la commune Saint-Marc.

Elles sont porteuses de projets dans plusieurs secteurs selon les besoins de la population du point de vue social, éducatif, culturel, environnemental et économique, notamment dans l’épanouissement des personnes dans leurs milieux sociaux.

Les services qu’offre l’association EPH aux bénéficiaires de ses projets contribuent réellement au développement local et à l’amélioration des conditions de vie de leurs bénéficiaires.

L’objectif principal de cette étude est de montrer comment l’association Ensemble Pour Haïti, à travers ses projets, contribue au développement local de cette commune. Je vais:

Identifier l’utilité sociale de cette association sur ce territoire tout en évaluant son organisation, ses objectifs et les projets réalisés dans cette commune ;

Mettre en exergue la contribution de l’association EPH dans le développement local de la commune de Saint-Marc.

3.2 Méthodologie

3.2.1 Présentation de la commune de Saint-Marc

A. Localisation, découpage, limites et caractéristiques géographiques

Sur le plan administratif, cette commune est l’une des quinze communes du département de l’Artibonite.

Elle est divisée en 6 sections communales, 129 localités et 124 habitations, et un quartier, Montrouis, qui relève de la 1ère section communale Déluge.

Selon la carte géographique, cette commune est limitée au nord par les communes de Grande-Saline et de Dessalines ; au sud, par le Golfe de la Gonâve et la commune de l’Arcahaie ; à l’est, par les communes de Verrettes et de Dessalines, et à l’ouest par le Golfe de la Gonâve.

Elle est située à 104 km de la capitale, Port-au-Prince.

Le relief dominant de la commune de Saint-Marc est le morne. Sa position géographique est côtière et elle jouit d’un climat doux (mairie de Saint-Marc, 2010).

La carte géographique de la commune de Saint-Marc ci-dessous l’illustre bien (Figure 1).

La carte géographique de la commune de Saint-Marc ci-dessous l’illustre bien (Figure 1).
Source : Document plan d’investissement de la mairie de Saint-Marc, Juillet 2011

B. Population, densité

Selon l’IHSI, en 2010 la population de cette commune était estimée à 266 642 habitants sur un territoire de 520,91 km2. Ce qui donne une densité de 512 habitants par km2, répartis entre ruraux et urbains.

La population urbaine était estimée à environ 59.36 % de la population totale et la population rurale, à 40.64 % (IHSI, 2010, date du dernier recensement en Haïti).

Cette population a augmenté après le séisme du 12 janvier 2010 et le flux migratoire causé par l’exode rural qui est à la base d’une extension anarchique de la ville en absence de plan directeur d’urbanisme.

C. Situation socioéconomique de Saint-Marc

Selon le document du plan d’investissement municipal de la mairie de cette commune, il y a 233 établissements scolaires, dont 13 de niveau préscolaire, 169 de niveau primaire et 58 de niveau secondaire.

Il n’y a pas d’établissements universitaires mais il y a 14 écoles techniques et professionnelles.

En termes d’infrastructures sanitaires, cette commune compte 35 établissements sanitaires dont 5 hôpitaux, 17 cliniques, 7 dispensaires, 2 centres de santé avec lits et 4 centres de santé sans lits.

Les établissements sanitaires de cette commune disposent d’environ 47 médecins, 16 dentistes, 57 infirmières, 53 auxiliaires, 8 techniciens de laboratoire et un radiologue.

Cette commune abrite 310 temples religieux. Parmi elles, 113 temples vodou, 67 temples (églises) de confession baptiste, 47 temples de l’Eglise de Dieu, 43 églises pentecôtistes et 19 églises catholiques.

Au niveau culturel et touristique, la commune dispose de 3 bibliothèques, une salle de théâtre, 7 salles de cinéma, 12 boîtes de nuit et 43 gaguères.

On y dénombre 15 stations de radio, 15 hôtels, 4 banques commerciales, 4 caisses populaires, 2 coopératives de commercialisation, 18 bureaux de change, 289 banques de loterie et 86 maisons d’affaires.

Le commerce y représente l’activité économique principale. Cependant l’agriculture, la culture rizicole surtout, a aussi une très grande importance dans la commune.

Les produits sont vendus dans la capitale et les autres villes par des grossistes (madan sara) et dans les villes proches par des commerçantes ambulantes.

Il y a environ 535 établissements commerciaux, parmi lesquels, 259 petites boutiques (mairie de Saint Marc, 2010).

3.2.2. Démarche utilisée

Ma démarche vise à explorer les liens existants entre les activités associatives et leur utilité dans le développement local.

Pour ce faire, j’ai surtout utilisé une démarche déductive basé sur l’hypothèse pour l’appliquer au cas d’observation, et la technique documentaire.

Les documents concernant les différents projets déjà réalisés par l’association Ensemble Pour Haïti Rhône-Alpes dans la commune de Saint-Marc en Haïti et ceux en cours.

Avant même de trouver l’orientation précise que je voulais donner à ma recherche, j’ai eu comme reflexe de lire nombre d’ouvrages, notes et liens internet qui traitent de la question de développement local et de l’utilité sociale.

Ce qui m’a permis d’élargir mon champ de connaissances quant à la littérature scientifique internationale existant dans cette voie.

Cependant un problème de documents s’est présenté, en raison d’une carence d’auteurs haïtiens ayant traité cette question.

Ce qui apparait comme un biais au niveau de notre travail de revue de littérature.

Les types de documents utilisés sont :

  • Deux (2) documents officiels publiés par la Mairie de Saint-Marc pour la réussite du développement de cette commune ;
  • Les rapports des projets réalisés par l’association Ensemble Pour Haïti Rhône-Alpes en Haïti de 2010 à 2018 ;
  • Les articles publiés sur le développement local en Haïti par journal Le Nouvelliste ;

Je cherchais à trouver des documents à tout prix sur le fonctionnement des associations en Haïti.

Lors des vacances, j’en ai donc profité pour m’entretenir avec des amis venus de la terre de Dessalines afin d’obtenir quelques livres soit par le biais de librairies ou de certains organismes disposant de certains, ou encore de connaissances ayant écrit sur les associations, le développement local et l’utilité sociale.

Dans la quatrième, j’utiliserai un entretien réalisé avec les directeurs des deux écoles financées par l’association Ensemble Pour Haïti Rhône-Alpes en Haïti, ainsi qu’avec les responsables de suivi des projets de cette association et également 10 des bénéficiaires des projets de l’EPH.

J’en ferai usage comme un outil, un guide d’entrevue.

En dernier lieu, la documentation aura une place considérable dans ce travail, considérant que tout travail scientifique requiert une dimension de documentation hautement importante.

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