Aurélie DARPEIX
École Doctorale d’Économie et Gestion de Montpellier - Centre International d’Études Supérieures en Sciences Agronomiques

Secteur des fruits français, peu aidé soumis à une forte concurrence

  1. L’agriculture familiale : salarié permanent et saisonnier
  2. Les caractéristiques du travail en agriculture familiale
  3. Qualification du travail agricole, Polyvalence et Savoir tacite
  4. Qu’est-ce que la main-d’œuvre familiale ? L’agriculture
  5. L’agriculture des pays développés: une agriculture familiale
  6. L’agriculture familiale : persistance ou performance ?
  7. Exploitation familiale comme construit politique, L’agriculture
  8. La performance de l’exploitation familiale en agriculture
  9. Les caractéristiques de la main-d’œuvre familiale
  10. L’histoire du salariat agricole en France
  11. La modernisation de l’agriculture française
  12. Le travail salarié et saisonnier, la main-d’œuvre en agriculture
  13. Le développement de la prestation de services française
  14. Les caractéristiques du salariat agricole français
  15. L’invisibilité sociale, syndicale et politique du salariat agricole
  16. Retards dans la législation issus de l’invisibilité du salariat agricole
  17. Caractéristiques du secteur des fruits et légumes français
  18. Caractéristiques des exploitations françaises de fruits et légumes
  19. Secteur des fruits français, peu aidé soumis à une forte concurrence
  20. Les mutations du secteur des fruits et légumes français
  21. La concurrence sur le coût du travail agricole en France
  22. Délocalisation multiforme du secteur des fruits et légumes français
  23. La modélisation du comportement du ménage agricole
  24. Modèle théorique du comportement du ménage agricole
  25. Résultats du modèle théorique du comportement du ménage agricole
  26. Limites du modèle théorique du comportement du ménage agricole
  27. Les décisions de travail des exploitations agricoles familiales
  28. Modélisation économétrique des décisions, Exploitations agricoles
  29. Base de données du recensement agricole de 2000 et ses limites
  30. Les exploitations familiales spécialisées en fruits et légumes
  31. Variables explicatives de la probabilité de recours au travail salarié
  32. Statistiques descriptives des exploitations agricoles familiales
  33. Effet des caractéristiques de l’exploitant agricole et de sa famille
  34. Analyse de l’effet des caractéristiques de l’exploitation agricole
  35. Effet des caractéristiques de localisation de l’exploitation agricole
  36. Flexibilité et Productivité de la main-d’œuvre en agriculture
  37. Productivité de la main-d’œuvre familiale et salariée en agriculture
  38. Composition du collectif de travail et Productivité des exploitations agricoles
  39. Impact du collectif de travail sur la productivité des exploitations agricoles
  40. Résultats économétriques, fonction de production agricole
  41. Forme de flexibilité originale de l’emploi saisonnier agricole
  42. Contrat OMI et Exploitations des fruits et légumes des Bouches
  43. Les introductions dans le département des Bouches-du-Rhône
  44. La mise en œuvre du contrat OMI dans les Bouches-du-Rhône
  45. La flexibilité du travail dans le secteur des fruits et légumes
  46. Les caractéristiques des travailleurs OMI selon les employeurs
  47. Flexibilité originale du contrat OMI et Diversité des usages
  48. Le caractère saisonnier du contrat OMI
  49. Le déséquilibre contractuel du contrat OMI
  50. L’emploi salarié et la compétitivité du secteur agricole

I.3 – Un secteur peu aidé soumis à une forte concurrence

I.3.1 L’OCM fruits et légumes

Le contexte de régulation du marché des fruits et légumes est spécifique : à l’inverse d’autres marchés agricoles, les volumes de production ne sont pas régulés et il n’existe pas de prix de soutien ni d’aides directes compensatrices. Le marché est essentiellement soumis à la loi de l’offre et de la demande. Il est cependant réglementé au niveau européen par l’Organisation Commune de Marché (OCM) des fruits et légumes, créée en 1972144 puis réformée en 1996145. Avant 1996, un système de retrait pour certains produits permettait de diminuer les quantités offertes en cas de forte baisse des prix : les producteurs recevaient alors des indemnités communautaires. Les excédents structurels ont conduit à la remise en question de cette politique dans la réforme de 1996. Entre 1997 et 2002, les volume retirés au niveau de l’Union européenne ont été divisés par trois [Jeannequin et al., 2005].

Depuis la réforme de 1996, l’OCM fruits et légumes encourage l’organisation technique et économique de la filière à travers des Organisations de Producteurs (OP). L’objectif de l’OCM est de regrouper et renforcer l’offre et d’améliorer les structures de production, les pratiques culturales et la qualité des produits.

L’instrument central de l’OCM est un fond opérationnel alimenté à parité par les OP et l’Union européenne (FEOGA146). Ce fond sert à financer des programmes opérationnels pluriannuels qui doivent être proposés par les OP et correspondre à des types d’action définis (optimisation des conditions de production et de commercialisation / développement de la qualité des produits / respect de l’environnement). L’accès aux aides est donc conditionné à l’appartenance à une OP. Pourtant, en France, seul 50%-55% de la production est organisé et passe par des OP. Ces OP sont nombreuses (350) et de petite taille (moins de 10 millions d’euros de chiffre d’affaire). À titre de comparaison, 70% de la production néerlandaise est commercialisée par 14 OP dont le chiffre d’affaire est supérieur à 110 millions d’euros. Ainsi, même si l’offre française se concentre progressivement, elle reste fortement atomisée.

I.3.2 Les circuits de commercialisation

Pour les fruits et légumes frais, la grande distribution est devenue un acteur central de la filière. En effet, la logistique des grandes centrales d’achat, profitant des gains de productivité du transport de masses et des effets de réseau (aller et retour du camion plein) a considérablement réduit la part des autres circuits de distribution.

En 2003, les Grandes et Moyennes Surfaces (GMS) contrôlaient 74% des parts de marché147.

La part de la production écoulée sur les marchés s’est stabilisée autour de 17% alors que celle écoulée chez les primeurs a fortement régressée. Elle représente aujourd’hui moins de 6% de l’ensemble des achats de fruits et légumes.

Le regroupement des centrales d’achat et les fusions successives accentuent la position de monopsone de la grande distribution et « le faible pouvoir de négociation des PME dans les négociations avec les grandes surfaces » [Rey et Tirole, 2000].

Comme le souligne B. Rogaly [2008], les filières sont progressivement devenues « buyer- driven » : les distributeurs exercent leur pouvoir sur l’ensemble des acteurs via les volumes, les prix, les délais et via des concepts comme celui de « qualité » renfermant à la fois des normes phytosanitaires, des critères d’emballage, mais aussi, et surtout, faisant référence à une standardisation de plus en plus poussée des produits (taille, couleur, poids, texture…). Dans le cas des fruits et légumes transformés, la situation, quoique beaucoup plus complexe puisque regroupant un plus grand nombre d’acteurs, est très similaire : les filières d’achat sont contrôlées par des multinationales telles que Bonduelle, Nestlé ou Andros qui sont parfois en position de quasi-monopole [Jeannequin et al., 2005].

I.3.3 Le marché des fruits et légumes

Les fruits et légumes restent, dans leur grande majorité, des produits peu différenciés pour lesquels le coût de production est un facteur essentiel de compétitivité. Seul 2% du volume de fruits et légumes commercialisés l’est sous un Signe d’Identification de la Qualité et de l’Origine (SIQO) (Appellation d’Origine Contrôlée (AOC), Agriculture Biologique (AB)…)148. Malgré tout, les grandes surfaces développent leurs propres labels de qualité en imposant aux producteurs des cahiers des charges spécifiques et certaines initiatives d’innovation variétale voient le jour afin de segmenter le marché149.

La France est le troisième producteur européen de fruits et légumes après l’Italie et l’Espagne. Pour le commerce des fruits et légumes frais, les pays de l’Union européenne sont les principaux partenaires de la France.

En 2006, les exportations vers l’Union européenne représentaient 84% des exportations françaises en volume et 87% en valeur pour les fruits et légumes frais150. L’Allemagne, le Royaume-Uni, la Belgique, l’Italie et la Suisse sont les principaux clients de la France. L’Allemagne représentait en 2003 plus de 25% des exportations françaises en valeur151.

Au niveau des importations, les pays fournisseurs sont plus divers même si les pays européens restent des partenaires essentiels. Les principaux pays fournisseurs de légumes sont l’Espagne (39% du tonnage), la Belgique (18%), le Maroc (16%), les Pays-Bas (12%) et l’Italie (6%). Les pays fournisseurs de fruits sont plus divers du fait de l’importation de fruits exotiques et de fruits de contre-saison. Les importations de fruits proviennent entre autres d’Espagne, d’Italie, d’Afrique du Sud et de Nouvelle-Zélande.

Comme le montre le Tableau 32, le solde de la balance commerciale française de fruits et légumes est négatif (de 1 990 millions d’euros en 2006). Ce déficit s’accroît depuis 1997 pour les légumes comme pour les fruits [Jeannequin et al., 2005].

Tableau 32- Balance du commerce extérieur français en fruits et légumes en 2006

Fruits

Légumes

Total

Tonnes

Tonnes

Tonnes

Millions d’€

Production

3 062 250

5 434 024

8 496 274

7 458

Exportation

913 000

1 340 000

2 252 800

2 250

Importation

2 918 000

1 653 000

4 571 000

4 240

Sources : ONIFLHOR (SCEES et UBIFRANCE/DGDDI)

Les principaux concurrents de la production française sont l’Espagne et l’Italie. D’autres pays concurrencent également la France mais sur une gamme de produits plus restreinte : les Pays- Bas pour la tomate, le concombre et le radis, le Maroc pour la tomate et le melon, la Turquie pour les abricots et les cerises, la Chine pour les pommes.

À part les Pays-Bas, qui s’appuient sur une grande technicité, une forte capacité d’innovation et une bonne organisation économique de la filière, l’atout majeur de la plupart des concurrents de la France est le faible coût de la main-d’œuvre, comme le montre le Tableau 33. Le salaire brut moyen d’un ouvrier agricole au Maroc et en Espagne est près de deux fois inférieur à celui d’un ouvrier en France. Les charges et les durées hebdomadaires sont aussi différentes.

Tableau 33- Coûts du travail agricole (saisonnier) dans quelques pays concurrents de la France en 2002

Salaire brut moyen ouvrier agricole

saisonnie
r (€/h)

Charges patronales saisonnier court

et permanents secteur

F & L

Durée hebdo. légale ou conventionnelle du

travail agricole

Coût heures suppl.

Maroc

4,1*

nd152

nd

nd

Espagne

5,5

21%

39 heures

+ 25%

France

8,27

15%

35 heures

+ 25%

Pays-Bas

12,25

3%

38 heures

+ 35%

Sources : A. Darpeix et E. Bergeron [2009] et * B. Jeannequin et al [2005]

Ainsi, l’étude de la demande de travail salarié dans l’agriculture familiale prend tout son sens dans le secteur des fruits et légumes. En effet, d’une part, ce secteur est constitué en grande partie d’exploitations familiales dans lesquelles la part du travail salarié est extrêmement importante. D’autre part, ce secteur, relativement peu aidé, est soumis à une concurrence aiguë qui porte essentiellement sur les coûts de main-d’œuvre.

Lire le mémoire complet ==>

(Demande de travail salarié permanent et saisonnier dans l’agriculture)

Thèse présentée et soutenue publiquement pour obtenir le titre de Docteur en Sciences Économiques

MONTPELLIER SUPAGRO – Centre International d’Études Supérieures en Sciences Agronomiques

École Doctorale d’Économie et Gestion de Montpellier

______________________________________

144 Règlement CEE n°1035/72.

145 Règlement CEE n°2200/96.

146 Fonds Européens d’Orientation et de Garantie Agricoles.

147 Sources : Agreste 2001.

148 Sources : Agreste 2001.

149 Comme le cas de la variété de pomme Cripps Pink, commercialisée sous la marque Pink Lady®.

150 Sources : ONIFLHOR (SCEES et UBIFRANCE/DGDDI).

151 Sources : [Jeannequin et al., 2005] (UBIFRANCE/DGDDI).

Print Friendly, PDF & Email

Cliquez sur suivant article pour lire la suivante partie de ce mémoire:

Abonnez-vous!
Inscrivez-vous gratuitement à la Newsletter et accédez à des milliers des mémoires de fin d’études !
Publier son mémoire!
WikiMemoires - Publier son mémoire de fin d’études !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *