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Institut Universitaire des Sciences de l’Education
En vue de l’obtention du grade de Licencié en sciences de l’Education - Décembre 2014

L’État et le secteur privé : la construction de l’éducation Haïti

  1. Expérience de socialisation en milieu scolaire haïtien
  2. La socialisation : le monde social et l’approche individualiste
  3. L’individualisation méthodologique, la socialisation et l’éducation
  4. L’État et le secteur privé : la construction de l’éducation Haïti
  5. L’éducation nationale et la construction de l’être social haïtien
  6. Cadre de référence méthodologique, la socialisation des apprenants
  7. Résultats de l’enquête, la Socialisation en milieu scolaire Haïti
  8. Propositions de réussite de la socialisation scolaire des apprenants

L’État et le secteur privé : la construction de l’éducation Haïti

Chapitre III: Contexte de l’éducation Haïtienne

Le projet d’éducation pour la construction du citoyen haïtien, devant être en harmonie avec son environnement physique social et culturel, défini dans les constitutions, est complet, non seulement parce qu’il donne l’école gratuite, mais aussi parce qu’il vise la formation professionnelle de ces citoyens ; et il revient à l’État le droit de surveiller ou de contrôler la qualité de l’enseignement donné dans toutes les écoles, qu’elles soient publiques ou privées, de la société haïtienne .

Mais, le véritable problème se pose en rapport à la matérialisation de tout ce qui est stipulé en théorie, dans la réalité quotidienne.

Comment comprendre la réalité de l’éducation d’un peuple sans comprendre la réalité globale, c’est-à-dire socioéconomique et politique, de sa société.

Partir sans tenir compte de cet aspect incontournable de la réflexion posera un problème de lucidité, parce que les conditions d’éducation d’un peuple reflètent l’image de ses réalités économique, politique et socioculturelle.

Le niveau d’éducation constitue un indicateur majeur pour mesurer le degré de développement d’une société, on peut aussi mesurer la capacité de l’État à partir de cet indicateur.

C’est ainsi, d’un point de vue méthodologique, qu’il faut essayer de comprendre la situation de l’éducation en Haïti, en partant à la recherche de la compréhension de sa situation générale.

Personne ne peut ignorer que la société haïtienne est l’un des pays les plus précaires dans la région du caraïbe. Selon un rapport publié par le ministère de l’économie et des finances et le ministère de la planification et de la coopération externe, sur la situation de pauvreté d’Haïti, en procédant par une étude de comparaison qui permet de mesurer l’indice de pauvreté d’Haïti par rapport aux pays de la caraïbe, en faisant remarquer que: « L’incidence de la pauvreté en Haïti est trois fois plus élevée que la moyenne des pays de l’Amérique et des Caraïbes.

La proportion de la population qui vit dans des ménages extrêmement pauvres Amérique latine est de 10 pour cent selon les dernières estimations de la banque mondiale »53.

Tout cela, c’est pour dire que cette société vit une situation de sous développement critique. Comment peut-on espérer une école qui doit remplir sa fonction d’intégration et de cohésion sociale dans une société qui subit l’effet d’une crise systémique qui, à son tour, engendre une absence des normes ? Cependant, seule l’éducation peut sortir cette société dans cet état lamentable de crise : voilà le dilemme de la situation de la société haïtienne.

Entre autres, il y a deux aspects qu’il faut déceler quand on analyse l’éducation haïtienne : la faible participation de l’État dans la construction de l’éducation et la prise en charge du secteur privé.

53 Dantès, Bellegarde, (1938), La Nation Haïtienne, Port-au-Prince : Fardin, p.13.

3.1- La faible participation de l’État

Il est vrai que la situation de la société haïtienne est critique et que les autorités de ce pays sont aux prises à de graves problèmes structurels, mais la question qu’il faut se poser est-ce que cela est une condition suffisante pour que ces derniers manifestent ce manque de volonté de se donner la promotion de l’éducation comme priorité ?

En Haïti, a écrit Jean-Emmanuel Pierre, il suffit de voir le budget alloué à l’éducation pour se rendre compte que la situation est loin de s’améliorer. Le pays consacre 15% de son PIB à l’éducation. De cette somme, la part de l’Etat ne représente que 2,5%54.

Cette allocation peu signifiante montre le regard négligeant que les responsables de ce pays portent sur l’éducation. Ainsi faut-il rappeler la remarque qui précise que pendant que la demande d’éducation par la population s’accroit, la possibilité qu’offre l’État est nettement inférieure.

Aujourd’hui, l’Etat haïtien n’est toujours pas en mesure ou ne veut pas mettre l’éducation à la portée du grand nombre, et ce malgré des demandes sans cesse accrues de la part des masses prenant chaque jour conscience de l’importance d’une bonne formation académique pour leurs progénitures.

Les fonds du budget national alloués à cet effet demeurent insignifiants et l’absence d’une politique d’éducation bien structurées et tenant compte de ces demandes laisse perplexe55.

Pendant que l’État manifeste son regard d’indifférence, les initiatives privées créent des écoles avec abondance et ceci sans être sous le regard de l’État qui a le droit de contrôle sur tout ce qui passe dans le secteur de l’éducation.

54 Jean-Emmanuel, Pierre « L’éducation pour tous » tel est le slogan en Haïti. Quand est-il des enfants des milieux ruraux ? (http://ralphson. Unblog.fr / files/2008/04/éducationpourtoushaiti.pdf, (consulté le 14 mai 2012). pp. p.2

55 Éducation en Haïti: historique (http:// www.haiti-reference.com/education/index.html, consulté le 10 mai 2012)

3.2- Le secteur privé

La création des écoles privées ou individuelles n’est pas en soi mauvaise, en raison du fait que cette initiative permettra d’augmenter le nombre d’enfants scolarisés, même s’il est vrai que c’est à l’État revient la responsabilité d’offrir l’éducation à tous et de surveiller à son mode de fonctionnement ; mais celui-ci ne doit servir d’obstacle aux initiatives individuelles, car selon Durkheim, ce que nous partageons d’ailleurs :

«On peut croire que les progrès scolaires sont plus faciles et plus prompts là où une certaine marge est laissée aux initiatives individuelles ; car l’individu est plus volontiers novateur que l’État.

Mais de ce que l’État doive, dans l’intérêt public, laissé s’ouvrir d’autres écoles que celles dont il a plus directement la responsabilité, il ne suit pas qu’il doive rester étranger à ce qui s’y passe. Au contraire, l’éducation qui s’y donne doit y rester soumise à son contrôle56.»

Dans le cas de la société haïtienne, l’État ne donne pas tout simplement une certaine marge de liberté aux initiatives individuelles ou privées, mais le plus souvent celles-ci s’en chargent quasi totalement de l’éducation, parce que cet État se révèle incompétent, passif et involontaire.

Et celui-ci, faut-il le dire, n’a pas non plus de contrôle sur ces écoles privées 57. Le nombre des écoles privées58 dépasse considérablement les institutions scolaires construites par l’État. C’est ce que continue d’expliquer Jean- Emmanuel Pierre quand il a pu écrire :

«Dans tous les pays où le taux de l’analphabétisme est négligeable, notamment les pays occidentaux, l’éducation revêt de la responsabilité de l’Etat. Il est le premier garant de la formation du peuple.

Alors qu’en Haïti, on assiste à l’effet contraire, le secteur privé occupe presque totalement cette sphère. Les écoles congréganistes, internationales et privées accueillent plus d’élèves que les institutions publiques59.»

56 Durkheim, loc.cit.

57 Une critique affirme selon un rapport titré : Situation économique et sociale d’Haïti en 2005, publié par le Programme des Nations Unies pour le Développement : notons que l’État a très peu de contrôle sur le système scolaire puisqu’il n’est pas en mesure de mettre en place et de faire fonctionner la machine chargée d’effectuer la supervision des écoles et d’appliquer la régulation pour assurer la qualité de l’enseignement. Port-au-Prince : PNUD : (SD), p.17.

58, voilà ce que nous avons trouvé en termes des données chiffrées sur cette situation dans ce même rapport de PNUD : « en effet, selon les données de la direction de la Planification du Ministère de l’Éducation Nationale, il existait en 2005 un total de 17812 écoles dans le pays.

De ce nombre, on distingue seulement 1431 établissements publics, soit 8% du total, qui accueille 531974 élèves ou environ 20% de l’effectif national de 2, 672,801 élèves. En d’autres mots, 92% des établissements scolaires du pays sont des écoles non publiques.

Celles-ci sont-elles mêmes divisées en deux catégories : a) les écoles communales, les écoles presbytérales, les écoles de mission et d’ONG, que fréquentent 37% des élèves ; b) les écoles du secteur privé que fréquente 44% des élèves. » Ibid.

59 Jean-Emmanuel, Pierre. Ibid. p.3s

Cet État haïtien garant de l’éducation pour tous ne contrôle pas la qualité de formation transmise par les écoles construites selon les initiatives individuelles ou privées qui garantissent l’accès à la majorité des gens qui fréquentent déjà un établissement scolaire.

À ce niveau même si ces écoles donnent accès à un plus grand nombre d’individus, mais l’éducation n’est pas gratuite comme cela devrait être. Il faut aussi souligner la prolifération des écoles « borlettes60 » dans tous les recoins de la société.

Toutefois, les écoles congréganistes ont un souci de transmettre une éducation de qualité à leurs élèves, même si elles forment le plus souvent des déracinés, des gens qui se voient français, américain que d’être haïtiens, les écoles « borlettes » ne respectent pas les critères d’un environnement scolaire.

Par-dessus de tout cela, il y a un élément à souligner au niveau de l’analyse de réalité éducationnelle haïtienne : c’est l’apport considérable des parents.

3.4- La forte participation des parents

Si dans les autres pays l’éducation est sous la responsabilité de l’État et que celui-ci doit la démocratiser en la rendant accessible à toutes les couches sociales sans discrimination aucune, dans la réalité quotidienne haïtienne, ce sont les parents qui prennent en charge l’éducation de leurs enfants.

D’ailleurs, les écoles publiques, étant gratuites, n’existent pas en quantité suffisante pour tous les enfants d’Haïti, ce qui fait que les écoles privées, qui exigent un paiement, viennent compenser l’insuffisance de ces écoles publiques.

Face à ce grave problème d’insuffisance, et en rapport à l’acharnement des parents de donner un morceau de pain de l’instruction à leurs enfants, afin que ceux-ci puissent accéder à un niveau social et changer de position sociale, les parents se décarcassent pour envoyer leurs enfants à l’école.

L’État et le secteur privé : la construction de l’éducation Haïti

Et puisque la majorité de ces parents n’ont pas, le plus souvent, assez de moyens pour payer les écoles congréganistes et certaines écoles qui donnent un minimum d’enseignement plus ou moins de qualité, sont obligés de les mettre dans une école, correspondant à leur niveau économique. En ce sens on peut comprendre que le niveau de possibilité financière détermine inévitablement le niveau d’enseignement en terme qualitatif. N’est- ce pas dans cette même ligne d’idées que Jean-Emmanuel Pierre a su écrire : « Dans un pays où l’école est privatisée, l’instruction est offerte selon les moyens des clients, c’est-à-dire la qualité de l’enseignement dépend de ce que peut payer un parent. Les enfants des plus pauvres qui parviennent à franchir les portes de l’école seront toujours dans des institutions qui reflètent la réalité socio/économique de leurs parents »61.

En dépit d’une formation inadéquate transmise à ces enfants, fréquentant ces écoles « borlettes », il faut voir en ces parents une volonté de donner le pain de l’instruction à leurs enfants.

Ne sommes-nous pas dans une société contre l’école, puisque ces parents travaillent très dur pour envoyer leurs enfants à l’école, tandis que l’État ne crée pas assez d’écoles ?

60 Les écoles borlettes sont des établissements scolaires qui ne répondent pas aux critères d’une bonne institution scolaire. Du point de vue physique, ces écoles sont logées dans des maisons qui n’ont pas été destinées pour cela et les salles sont surchargées d’élèves ; du point de vue de la qualité des enseignants et de l’enseignement, les enseignants sont le plus souvent des gens non qualifiés qui ne maitrisent pas les matières qu’ils enseignent et pour ce qui concerne le contenu, les programmes de l’enseignement ne sont pas définis et ne tiennent non plus compte du programme de l’éducation national.

61 Jean-Emmanuel, Pierre. Ibid. pp.5-6

3.5- Quelle école pour quelle société, la qualité d’éducation transmise aux enfants qui sont à l’école.

Nous venons de voir que la situation de l’éducation est très critique par rapport au nombre d’individus qui fréquentent l’école. Mais dans ce point, nous voulons aborder la qualité de l’enseignement que jouissent ces enfants pour devenir le citoyen de demain.

Ici nous abordons la démocratisation de l’instruction d’un point de vue qualitatif ; ce qui nous amènera à souligner de prime abord qu’il y a, d’une part, une « démocratisation quantitative62 » qui se réfère au nombre d’écoles disponibles pour tous, c’est-à-dire le nombre d’écoles créées par l’État doivent être proportionnel à la quantité des gens qui doivent être scolarisés et alphabétisés.

D’autre part, il y a une « démocratisation qualitative » qui renvoie à la qualité de l’éducation donnée dans les institutions scolaires.

Cette deuxième dimension de la démocratisation permet de poser le problème de contenu didactique, lié aux valeurs qui doivent être enseignées aux enfants qui sont appelés à devenir des citoyens utiles à leur société.

Il ne doit pas avoir de désarticulation entre ce que l’école enseigne et les valeurs dominantes, communes à tous les individus, indépendamment de leur appartenance sociale, de la société ou des valeurs jugées bonnes pour le bien être de la société.

Surveiller les éléments que l’on enseigne dans les écoles, privées ou publiques, doit être sous la responsabilité de l’État.

62 Beguens. Theus, De la politique d’éducation massive à l’éducation politique de masse. P-au-P/ 2008, p30

La démocratisation qualitative de l’éducation peut être synonyme d’une éducation de qualité pour tous. Mais, la réalité des écoles publiques et privées, et surtout les écoles dites « borlettes » qui n’est pas différente de la réalité socio-économique de la société globale laisse planer le doute sur une éducation générale réellement de qualité.

Si nous pouvons faire un minimum de confiance aux écoles congréganistes, aux écoles publiques en matière d’enseignement, et à certaines écoles privées de renom, pour les écoles « borlettes » qui ont un pourcentage plus élevé d’élèves par rapport aux autres écoles précitées, cette confiance est absente.

Le plus souvent, on trouve dans ces écoles des personnels qui n’ont pas les qualités requises pour enseigner : c’est-à-dire des gens qui n’ont aucune formation en didactique de l’enseignement.

Ce problème de qualité de l’enseignement que nous posons peut être aussi posé à un double niveau : premièrement, par rapport à l’application du programme d’éducation national dans les écoles en Haïti ; deuxièmement, par rapport à la quantité d’éléments de contenu didactique que l’élève doit apprendre et pour quelle fin : tout cela devrait amener à la construction de quelque chose utile pour la société dans laquelle fonctionne l’école.

 

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