Modèle Mankiw de capital humain et progrès technique

Modèle Mankiw de capital humain et progrès technique

I.2. Capital Humain et Croissance économique

Les implications du modèle de croissance avec capital humain sont que, toutes choses restant égales par ailleurs, une économie qui bénéficie d’un stock initial du capital humain important va s’adapter beaucoup plus vite à des nouveaux procédés technologiques et va croitre plus vite qu’une autre, qu’un niveau faible de capital humain entraine la possibilité de non développement.

Il apparaît donc que le capital humain issu de l’éducation est traité comme du capital dont l’accumulation élève le niveau de production ou comme un facteur favorisant directement les innovations et l’adaptation au changement.

Partant de cette réflexion, Mankiw, Romer Et Weil (1992) reprennent les fondements du modèle de SOLOW dans lequel ils incorporent le concept de capital humain.

I.2.1. Le Modèle de Mankiw, Romer Et Weil : Cadre Théorique

Modèle Mankiw de capital humain

Les principales critiques adressées au modèle de SOLOW(1956) par les théories de la croissance endogène ont mises à mal le cadre de la présentation néoclassique standard jusqu’à l’invalider de l’analyse du phénomène de croissance à long terme.

Cependant, Mankiw, Romer Et Weil (1992) à l’issu de leurs travaux ont conclu que la croissance économique pouvait bien être expliquée dans le modèle de croissance de base, mais éventuellement augmenter du capital humain. Ainsi, on obtient une fonction Coob- douglas de la forme suivante :

= ( ) [1.14a]

K représente le capital physique, H le capital humain, L le travail et A le progrès technique. Le travail L est supposé augmenter à un taux exogène n du fait de la croissance de la population et de l’augmentation de manière exogène de la productivité du travail.

Le progrès technique est exogène et croit au taux . Le modèle suppose aussi qu’une fraction constante de la production, est investie dans chaque type de capital. On pose que : =, = ℎ =

L’équation de production [1.14] peut également s’écrire comme suit : = ℎ [1.14b] L’évolution du capital est alors déterminée par :

≡ = − ( + + ) [1.15a]

≡ = − ( + + ) [1.15b]

Où est le taux de dépréciation du capital. Il est supposé que la même fonction de production s’applique au capital physique et au capital humain; de plus, on suppose que ces deux formes de capital se déprécient au même taux.

Le système d’équation [1.15a] et [1.15b] peut être résolu pour obtenir des valeurs à l’état stationnaire de k* et h* en substituant la fonction [1.14b] dans l’équation différentielle [1.15a] et [1.15b], on passe aux logarithmes et on résout le système linéaire. L’économie converge vers un état stationnaire définit par :

∗ = [1.16a]

∗ = [1.16b]

En substituant les équations [1.16a] et [1.16b] dans la fonction de production [1.14a] et en passant aux logarithmes, on obtient finalement l’équation :

= ( ) + − ( + + ) + + [1.17]

Il ressort de cette équation que le taux de croissance est influencé positivement par le capital humain. Supposons par exemple, que β, la part du capital humain dans la production est égale à 0,4, et que α = 0, 35. L’équation [1.17] implique qu’avec ces valeurs des paramètres, les élasticités de la production sont de 1,4 par rapport à sK, 1,6 par rapport à sH et de -3 par rapport ( + + ).

Au contraire, dans le modèle sans capital humain, une valeur de α de 0,35 implique que l’élasticité de la production par rapport à sK est de 0,54 et son élasticité par rapport à ( + + ) est de -0,54.

Par conséquent, contrairement au modèle de SOLOW-SWAN, le modèle de MANKIW-ROMER-WEIL peut potentiellement expliquer les fortes différences de revenu observées entre les pays en raison des fortes élasticités de la production par rapport à ses déterminants sous-jacents [AGENOR, 2003].

L’équation [1.17] montre que, sur le sentier de transition, la croissance du PIB par tête dépend de l’accumulation de l’éducation pendant la même période. (Le revenu par tête dépend de l’accumulation du capital physique et humain et de la croissance de la population).

Le progrès technique reste exogène et, en absence de celui-ci, pour maintenir une croissance positive à long terme, il faut toujours augmenter le niveau d’éducation de la population.

Cependant, l’un des problèmes le plus sérieux des modèles de croissance avec capital humain est qu’ils ne font jamais référence explicitement à un système éducatif public mais toujours implicitement à un système éducatif privé.

Néanmoins, la croissance endogène a su tirer profit de ses contributions, en particulier en matière de recommandation d’une intervention publique pour appuyer non le développement du secteur public d’éducation, mais un système privé soutenu par l’Etat [HERRERA, 2000].

Ainsi, l’acquisition de l’éducation est un déterminant crucial de la capacité des gains d’un individu et du stock de capital humain d’un pays. Mais, il appert que, les familles pauvres sont souvent bloquées dans une éducation faible, des faibles qualifications et dans une trappe de revenu faible : elles ne peuvent se passer de leurs revenus constants et investir dans l’éducation.

Modèle Mankiw de capital humain

Pour remédier à cette situation, certains économistes ont affirmé que dans de telles conditions, la provision d’une éducation de base gratuite (aux niveaux primaire et secondaire) pour couvrir le cout d’acquisition des compétences, pourrait accroitre le bien être [STERN, 1989]9.

La valeur sociale de cet investissement est clair : il crée des externalités positives (car elles profitent à la société dans son ensemble), augmente le taux de croissance économique à l’état stationnaire et réduit les disparités des revenus.

D’autres auteurs comme d’AUTUME et MICHEL (1994) ont soutenu qu’une subvention à l’éducation a une influence positive sur le taux de croissance économique.

Et par la même occasion, ZHANG (1996) a également affirmé que les subventions publiques à l’éducation privée stimulent, sans ambigüité la croissance; mais l’accès direct à l’éducation fournit par le secteur public peut en fait réduire la croissance, bien qu’elles réduisent les inégalités de revenu.

Ceci pourrait se produire si l’éducation publique est financée par une taxe distorsionnaire.

I.2.2. Capital Humain et Progrès Technique

Bien que le capital humain constitue un facteur clé de la croissance à long terme, son effet est en partie complémentaire à l’innovation technologique.

Capital Humain et Progrès Technique

C’est ainsi que certains développements de la littérature théorique sur la croissance endogène ont proposé de retirer le capital humain de la fonction de production (ou de relativiser le rôle qu’il joue) et de l’introduire directement dans la modélisation de l’accroissement du progrès technique.

C’est faire du capital humain non plus un facteur de croissance homogène au capital physique ou au travail mais une richesse à part servant à la production du savoir et à l’innovation.

C’est aussi donner une valeur économique différente à la fraction du capital humain qui est employée dans des activités de recherche et de développement et à celle qui est employée dans les activités directement productives.

Ce type de modèle est essentiellement inspiré par l’article théorique de ROMER(1990) : cet auteur suppose que le stock de capital humain employé dans les activités de recherche à un moment donné ne détermine pas le niveau du progrès technique, mais son taux de croissance, soit :

= ∅ [1.18]

Où ∅ est un paramètre de productivité. Cette relation est justifiée par l’hypothèse que les individus ont accès, pour produire un supplément des connaissances, à l’ensemble des connaissances disponibles, ce qui apparait plus clairement si on écrit la relation sous forme ∶ = ∅ .

Cela implique que l’activité de recherche est d’autant plus productive que le stock des connaissances (capital humain) accumulées est important [GURGAND, 2003]. PISSARIDES(1997) a proposé un développement du modèle de ROMER(1990) prenant en compte l’importance du processus d’imitation.

Selon cette approche, le capital humain permet l’augmentation soutenue des pays moins développés à travers le développement technologique.

Certains économistes par contre particularisent deux types de relations entre le capital humain et la technologie: il y a ceux qui utilisent le terme «skill in adoption » pour exprimer que le capital humain est un facteur important et clé pour la diffusion et l’adoption des nouvelles technologies.

D’autres utilisent le terme « skill in use » pour dire que certaines technologies sont complémentaires avec le capital humain.

En comparant ces deux sortes de relation entre le capital humain et la diffusion, on peut dire que, dans la première relation, la diffusion de n’importe quelle nouvelle technologie dépend du capital humain.

Dans la seconde, seule la diffusion de certaines technologies qui nécessite du capital humain.

Le fait de parler de l’effet du capital humain sur le processus de diffusion ou d’imitation nécessite une distinction entre l’éducation technique et l’éducation générale. L’éducation technique est considérée plus importante que l’éducation générale pour promouvoir le processus de diffusion et pour assimiler les technologies étrangères.

En plus, l’éducation technique doit avoir un effet beaucoup plus marqué et plus direct sur la production que l’éducation générale. Cependant, ceci ne diminue en rien le rôle de l’éducation générale qui reste un facteur important pour le processus global de production.

Il ne fait pas doute qu’une meilleure formation générale de la population permet de mieux assimiler les nouvelles informations technologiques et contribue à obtenir une capacité technologique plus importante pour accélérer les progrès de connaissances dans le pays.

Certains travaux comme ceux de BEN HABIB et SPIEGEL (1994) et de BARRO et XAVIER SALA-I-MARTIN (1997) ont montré que le processus de convergence pouvait être un résultat conditionnel de la diffusion technologique.

Le modèle de BEN HABIB et SPIEGEL en particulier montre que le processus de rattrapage est d’autant plus vite que le stock du capital humain est élevé [HAMROUNI, 2009].

Somme toute, la théorie du capital humain postule que c’est par le biais de l’amélioration de la productivité du facteur travail que les individus contribuent à la croissance économique.

Pour inciter à investir en capital humain, l’Etat peut favoriser l’accès à l’éducation à travers ses dépenses [JELILI, 2000]. Dans ce travail, le cadre opérationnel de la croissance économique retenu est celui du modèle de SOLOW augmenté de Capital humain.

Puisque l’étude s’inscrit dans l’approche endogène de croissance, ce modèle est modifié pour tenir compte des facteurs qui influencent le taux de croissance à travers la productivité globale des facteurs (PGF). Reprenons l’équation [1.14], soit :

= (,, ) = ( ) > 0 > 0

En divisant les deux membres par L et en appliquant la différentielle sur la forme log- linéaire, il vient : = + + [1.19]

Où représente le taux de croissance annuel du PIB, est le progrès technique, est le taux de croissance du capital physique et est le taux de croissance du capital humain. et Sont respectivement la part du capital physique et humain dans la production.

Si nous supposons que le taux de croissance du capital humain est déterminé par les variables relatives au niveau d’éducation à savoir: le taux de scolarisation primaire et secondaire noté CAH; les dépenses publiques en éducation noté DEPCAH et par la recherche et développement (R&D) appréhendée en terme de l’ouverture à l’étranger, nous obtenons un modèle économétrique de la croissance dont l’équation est la suivante :

= + + + + + [1.20]

Où t dénote le temps et représente les coefficients à estimer.

L’estimation des paramètres de cette équation permettrait d’une part d’apprécier le rôle du capital humain dans la croissance économique et d’autre part, d’évaluer l’efficacité des dépenses publiques en capital humain dans le processus de croissance économique à long terme en RDC.

__________________________
9 Cité par AGENOR, 2002

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