Dépenses en capital humain et croissance économique

Dépenses en capital humain et croissance économique

Université protestante au Congo
L2 Economie Mathématique

Mémoire de Licence Présenté
L’effet des dépenses publiques en capital humain sur la croissance économique en RDC
L’effet des dépenses publiques en capital humain sur la croissance économique en RDC

par Arnaud BILETIKA

Liste des abréviations

ADF : Augmented Dickey Fuller
AFDL : Alliance des Forces Démocratiques pour la libération
ANAPECO : Association Nationale des parents d’élève du Congo
APD : Aide Publique au Développement
ASSONEPA : Association Nationale des Ecoles Privées Agrées du Congo
BAD : Banque Africaine de Développement
BCC : Banque Centrale du Congo
CDF : Franc Congolais
CEPACO : Collectif des Ecoles Privées Agrées du Congo
DES : Diplôme d’Etudes Supérieures
EPSP : Enseignement Primaire, Secondaire et Professionnel
ESU : Enseignement Supérieur et Universitaire
FMI : Fond Monétaire International IDE : Investissement Direct Etranger
I- PPTE : Initiative des Pays Pauvres Très Endettés
ISP : Institut Supérieur Pédagogique
IST : Institut Supérieur Technique
MAS : Ministère des Affaires Sociales
MCE : Modèle à Correction d’Erreur
MCO : Moindres Carrés Ordinaires
OMD : Objectif du Millénaire pour le Développement
PA : Pédagogie Appliquée
PAS : Programme d’ajustement Structurel
PDR : Programme de Désinflation Rapide
PEG : Programme Economique du Gouvernement
PIB : Produit Intérieur Brut
PIR : Programme Intérimaire renforcé
PP : Phillips Perron
RDC : République Démocratique du Congo
RTNC : Radio Télévision Nationale Congolaise
SECOPE : Service de Contrôle et de Paie des Enseignants
TENAFEP : Test National de Fin d’étude Primaire
USD : Dollars Américains

Tables des Matières

Introduction Générale
1. Problématique 8
2. Hypothèses du travail… 11
3. Objectif de l’étude 11
4. Méthodologie du travail… 12
5. Revue de littérature 12
6. Délimitation spatio-temporelle 17
7. Subdivision du travail 17
Chapitre I. Relation Capital Humain – Croissance économique 18
I.1. Théories de la Croissance économique 18
I.1.1. Comptabilité de la Croissance 18
I.1.2. Le Modèle de SOLOW 19
I.1.2.1. Le Modèle sans progrès technique de base 20
I.1.2.2. Le Modèle de SOLOW avec progrès technique 22
I.1.2.3. Limites et dépassement du Modèle de SOLOW 24
I.2. Capital Humain et Croissance économique 26
I.2.1. Le Modèle de Mankiw, Romer et Weil… 26
I.2.2. Capital humain et progrès technique 28
Chapitre II. Aperçu de l’économie Congolaise et des dépenses éducatives de l’Etat : 1980 à 2010… 30
II.1. Développements de l’activité économique 30
II.2. Evolution des finances publiques 39
II.3. Système éducatif Congolais 43
II.3.1. Administration du système éducatif 43
II.3.2. Structure du système éducatif 44
II.3.3. Financement du système éducatif en RDC… 46
Chapitre III. Analyse empirique et interprétation des résultats 49
III.1. Spécification du modèle économétrique de croissance 49
III.2. Données, Méthodes et résultats de l’estimation 50
III.2.1. Tests de Stationnarité 52
III.2.2. Test de Cointégration 54
III.2.3. Estimation du modèle à correction d’erreur (MCE) 55
III.2.4. Commentaires des résultats et recommandations 58
Conclusion

Liste des Graphiques et des Tableaux

Liste des Graphiques
Graphique 1.1. Diagramme de SOLOW et fonction de production 22
Graphique 2.1. Evolution de la croissance économique et de l’inflation : 1980 – 1989 32
Graphique 2.2. PIB par habitant, taux d’inflation et PIB réel : 1990 – 2001 33
Graphique 2.3. Taux de croissance et taux d’inflation : 2002 – 2010… 36
Graphique 2.4. Contribution des branches en % du PIB en 2009 38
Graphique 2.5. Déficit budgétaire en % du PIB : 1980 – 1989 39
Graphique 2.6. Situation des finances publiques : 1990-2001… 41
Graphique 2.7. Evolution des dépenses courantes et en capital de l’éducation en % des dépenses publiques totales : 1980 – 1989 46
Graphique 2.8. Evolution des dépenses courantes et en capital de l’éducation en % des dépenses publiques totales : 1990 – 2001… 47
Graphique 2.9. Evolution des dépenses courantes et en capital de l’éducation en % des dépenses publiques totales : 2002 – 2009 48
Graphique 3.1. Structure des dépenses publiques en RDC : 1980 – 2009 60
Liste des Tableaux
Tableau 2.1. Taux de croissance en volume des différents secteurs : 1990-2001… 34
Tableau 2.2. Evolution du secteur réel congolais 35
Tableau 2.3. Taux de croissance en volume des différents secteurs : 2002-2009 37
Tableau 2.4. Déficit public et croissance de la dette extérieure : 1980-2001… 40
Tableau 2.5. Situation des finances publiques : 1990-2001… 40
Tableau 2.6. Situation des finances publiques : 2002-2010… 42
Tableau 2.7. Structure du système éducatif en RDC… 45
Tableau 3.1. Variables utilisées 51
Tableau 3.2. Résultat du test ADF… 53
Tableau 3.3. Résultat du test PP 53
Tableau 3.4. Test de cointégration de JOHANSEN 54
Tableau 3.5. Résultat de l’estimation du MCE et résumé des tests de validation 56
Tableau 3.6. Budget des investissements publics en capital humain 59

Introduction générale

1. Problematique

Lors qu’elle dispose d’énormes potentialités en termes de ressources agricoles, minières, énergétiques…, la République Démocratique du Congo(RDC) a l’une des économies les moins performantes du monde et d’Afrique. Son PIB/Habitant s’est situé à 163,27 USD en 2009 alors qu’il était de 600 USD en 1978.

Celui du Rwanda est de 506,50 USD, celui de l’Angola est de 3.733,76 USD et celui de l’Afrique du sud est de 5.798,59 USD. Cet état de choses montre que le bilan de la RDC s’est nettement soldé par un résultat négatif et sa gestion durant ces dernières années a été calamiteuse.

Pour libérer sa population de l’ornière de la pauvreté, la RDC devrait réaliser une forte croissance économique. Selon certaines estimations, il lui faudrait réaliser de manière continue et régulière des taux de croissance de deux chiffres sur une période longue.

Pour y parvenir, la RDC doit forcément améliorer son processus d’accumulation du capital : physique et humain.

En effet, mis à part l’essor du capital physique, il serait absurde au stade actuel du développement de s’attendre à une croissance économique autoentretenue sans se doter d’une main d’œuvre éduquée, formée et qualifiée; mieux à même d’assimiler des nouveaux procédés technologiques, car, aucun pays du monde est arrivé à un développement durable à l’absence des investissements massifs et efficaces en capital humain.

La littérature économique a depuis longtemps reconnu le rôle important de la qualité du facteur travail dans le processus de croissance économique. Les travaux réalisés par Théodore SCHULTZ(1961), Gary BECKER(1964), Jacob MINCER(1962) et BEN-

PORATH(1967) ont permis sous une approche microéconomique, de mettre en lumière les inégalités de salaire qui reflètent des productivités différentes des salariés; ces dernières sont également dues à une détention inégale de capital humain. Mais, la prise en compte du capital humain comme déterminant de la croissance économique remonte toutefois vers les années 80 grâce au développement de la croissance endogène.

En effet, la controverse autour de la convergence absolue et la dépendance de la croissance du produit par tête à long terme d’un terme exogène [croissance bornée] dans le modèle de SOLOW(1956) ont incité certains à chercher d’autres modèles pour mieux expliquer la croissance économique à long terme ainsi que les disparités internationales [MACHEREL, 1999].

C’est ainsi qu’est née sous l’impulsion des travaux de ROMER(1986), LUCAS(1988), BARRO(1990), ROMER et REBELLO(1991), les théories de la croissance endogène; lesquelles intègrent dans la fonction de production, des variables qui tentent de fournir des réponses satisfaisantes sur les différentiels de revenu observés entre les pays riches et les pays en développement.

Parmi les facteurs de croissance endogène, il semble acquis que le capital humain est une composante importante et que ce dernier occupe une place légitime dans la fonction de production agrégée. La prise en compte du capital humain a constitué une avancée très délicate dans l’analyse économique; l’accumulation du capital humain est un facteur essentiel de croissance économique et la diffusion des connaissances permet des rendements croissants et génère des externalités positives1.

L’avènement de la théorie moderne de la croissance économique marque un tournant décisif dans la manière d’appréhender le phénomène de croissance de long terme.

Aussi, les théories de la croissance endogène apportent un nouvel éclairage sur les politiques d’intervention publique et justifient le bien fondé des investissements publics par le fait que la productivité marginale sociale du capital public est supérieure à la productivité marginale privée [BARRO, 1990]; ce qui, par voie de conséquence, incite l’Etat à investir davantage pour impulser l’économie. Les modèles de croissance avec capital humain de manière générale essayent de s’appesantir sur l’incidence de l’éducation dans la croissance économique.

Il convient tout de même de signaler que le capital humain est un concept large qui revêt des multiples facettes, et recouvre différents types d’investissement dans les ressources humaines (éducation, santé, nutrition,…).

Toutefois, l’aspect clé du capital humain a trait aux connaissances et compétences possédées par les individus et accumulées au cours de la scolarité, de la formation et des expériences et qui sont utiles pour la production des biens, des services et connaissances nouvelles [GUISO et al.,2000]2; il constitue donc un investissement productif qui augmente la richesse.

Ainsi, de par son intervention dans l’économie, l’Etat peut booster la croissance économique en investissant massivement en capital humain. Cette fin aura pour conséquence d’améliorer la productivité des individus afin qu’ils contribuent de manière efficace à la production et de déboucher sur une croissance économique durable et enrichissante; le capital humain étant source de la croissance.

Si cette vision parait conforme à l’intuition, les études empiriques sur le rôle du capital humain dans la croissance par contre fourmillent des résultats contradictoires. La littérature empirique oppose cette discordance selon deux approches : les estimations sur le modèle de convergence et celles de natures comptables qui utilisent directement la fonction de production.

L’analyse de la convergence notamment avec les études effectuées par BARRO (1991) et MANKIW, ROMER et WEIL(1992) sur la période de 1965- 1985 fait ressortir sans ambigüité une relation positive entre la production agrégée (ou la croissance) et le capital humain.

Des modifications spectaculaires interviennent lorsque les auteurs utilisent les variables des stocks pour estimer directement la fonction de production, de manière à limiter les hypothèses de proximité des économies à l’état stationnaire.

C’est le cas de BENHABIB et SPIEGEL(1994) qui utilisent les données deN+ KYRIACOU(1991) sur la période 1965-1985; ils mettent en évidence que l’effet du capital humain est non significatif. PRITCHETT(1996) estime également la spécification de la fonction de production avec les données de BARRO et LEE(1993) et de NEHRU, SWANSON et DUBEY (1995) et obtient des effets négatifs et parfois significatifs. Certains auteurs essayent d’expliquer cette contradiction des estimations par les biais d’erreurs de mesures liés aux données statistiques [GURGAND, 2000].

Néanmoins, du point de vu analytique, il est observé que la plupart des pays développés ont également un niveau d’éducation élevé. En outre, ces pays consacrent une part importante de leurs revenus aux dépenses d’éducation.

Cet effet de seuil explique le retard de décollage des pays pauvres et concrétise le cercle vicieux de la pauvreté, dans la mesure où un faible niveau de revenu par habitant limite l’accumulation du capital humain et freine la productivité ainsi que la croissance économique.

A l’heure actuelle, les pays en développements consacrent une plus grande part de leur revenu à l’éducation qu’ils ne le faisaient en 1980, mais cette part reste quand même inferieure à ce qu’elle est dans les pays développés : 3,4% du PIB dans les pays à revenu faible et 4,4% dans les pays à revenu intermédiaire, contre 5,6% dans le pays à revenu élevé [Banque Mondiale].

Il est donc question dans ce travail de tester économétriquement la significativité des dépenses publiques d’investissement en capital humain (appréhendées par les dépenses publiques d’investissement en éducation dans le cas d’espèce) sur la croissance économique en RDC, en utilisant la spécification de la fonction de production du modèle de SOLOW augmenté de capital humain : apport de MANKIW, ROMER et WEIL(1992), laquelle consiste à intégrer le capital humain comme troisième facteur de production dans une fonction de production de type Coob-douglas.

Au regard de ce qui précède, notre problématique se résume par les questions ci-après :

  • (I) Le capital humain explique-t-il la croissance économique en RDC ?
  • (II) Les dépenses publiques en capital humain influent-elles sur la croissance économique en RDC ?

2. Hypothèse du travail

Dans un contexte post conflit, la RDC sort d’une période de mauvaise gestion économique et de guerres. Cela a eu des effets dévastateurs sur l’économie en général qui ont affecté négativement les secteurs sociaux notamment l’éducation.

En effet, la part du budget de l’Etat consacrée à l’éducation est restée faible; les dépenses publiques d’investissement en éducation n’ont jamais dépassé 1% du PIB et des dépenses publiques totales, et la moyenne de ces dépenses de 1980 à 2009 est de 0.075% du PIB.

Ce constat révèle un désengagement du gouvernement au financement du système éducatif et constitue par voie de conséquence une entrave à l’accumulation du capital humain.

A contrario, les privés financent presque toutes les dépenses d’éducation, à tous les niveaux d’enseignements : du primaire au supérieur, et plus surprenant, dans tous les types d’établissements (établissements gouvernementaux, établissements publics gérés par les églises et les établissements privés).

Les modalités uniques du financement privé adoptées en RDC ont eu des conséquences sur la scolarisation, la qualité de l’éducation et aussi bien que sur les motivations des enseignants [Banque Mondiale, 2005].

A la lumière de tout ce qui vient d’être évoqué, nous partons des hypothèses suivantes :

  • (I) Le capital humain est un facteur déterminant de la croissance économique en RDC.
  • (II) Les dépenses publiques en capital humain n’influent pas sur la croissance économique en RDC suite à sa mauvaise allocation.

3. Objectif de l’étude

En 1960, la plupart des pays d’Asie (Chine, Corée du Sud, Inde, Singapour, Thaïlande etc.) étaient pauvres et ils semblaient être prisonniers du cercle vicieux de la pauvreté. Cependant, ces pays ont réussi de manière surprenante à quitter le pool des pays pauvres grâce à l’amélioration du processus d’accumulation du capital.

Ainsi, les évidences empiriques attestent pour une large part qu’à l’exception de l’investissement en capital physique, la performance économique enregistrée par la plupart de ces pays a été conditionnée par un accroissement du niveau d’éducation de leurs populations [FOGEL, 2004]3.

Le miracle de la croissance réalisé par ces pays en accordant une attention farouche au capital humain nous a fort motivé d’évaluer l’efficacité des dépenses publiques allouées au secteur de l’éducation en RDC afin de mesurer son poids sur la croissance.

Notre étude se propose donc de montrer que la détention d’un stock des connaissances par une nation est un atout majeur pour son développement. En outre, la possession d’une main d’œuvre qualifiée permet de générer des gains de productivité qui se traduisent par la compétitivité tant sur le plan national qu’international.

Les investissements publics allant dans le sens de soutenir le capital humain influent nettement sur le rythme de croissance. Elle présentera à travers un modèle, l’incidence des dépenses publiques d’investissement en capital humain sur la croissance économique en RDC.

4. Méthodologie du travail

Pour tester l’effet des dépenses publiques en capital humain sur la croissance économique en RDC, la méthode économétrique a été utilisée. Elle s’est articulée sur l’estimation d’un modèle de croissance avec capital humain.

Eu égard aux problèmes posés, le capital humain a été décomposé en trois sous variables, à savoir : les dépenses publiques d’investissement en éducation d’une part et d’autre part, le taux de scolarisation primaire et secondaire qui sont donc les variables de la mesure du capital humain utilisé par BARRO R.J(1991), afin d’établir la relation entre ces dernières et la croissance économique.

Afin de disposer d’une base théorique solide relative à notre étude, la technique documentaire (consultation des ouvrages, des articles, rapports, condensés statistiques, etc.) nous a été largement utile.

5. Revue de la littérature

Depuis Adam SMITH(1776), la plupart des économistes reconnaissent que les compétences de la main d’œuvre d’un pays représentent un des ses atouts concurrentiels les plus importants.

Les origines de la théorie moderne du capital humain remontent toutefois aux années 60, avec SCHULTZ et BECKER qui proposaient leurs analyses théoriques et empiriques sur des liens entre l’investissement en capital humain et la rémunération.

La théorie du capital humain a en effet contribué à expliquer la croissance économique et la formation des rémunérations individuelles. Elle suppose que les individus peuvent améliorer leurs productivités par des actes volontaires d’investissement dans l’éducation ou la formation. Les écarts de revenus du travail traduisent alors le fait que les individus ne font pas le même investissement en capital humain.

MINCER(1958) a développé un modèle pour expliquer l’inégalité de revenus aux Etats Unis. Il a soutenu que la formation et la compétence en étaient les facteurs déterminants. Il a ensuite fait remarquer que comme pour le capital physique, le degré d’utilisation du capital humain varie entre le secteur d’activité.

Pour mesurer les deux sortes de formation, formelle et informelle, le modèle de MINCER contient les années d’instruction et les années d’expérience.4 Par cette analyse, MINCER a trouvé que renoncer à travailler pour s’éduquer est un acte rationnel, car le salaire renoncé dans le présent est compensé par un salaire ultérieur supérieur.

BECKER(1960) a étudié l’écart de revenu qui s’est accru chez les diplômés du supérieur aux Etats Unis; marqué par le contexte de panique, pendant la période de la guerre froide, suscitée par l’avancement considérable du côte de croissance économique ainsi qu’en matière de technologie d’armement de l’ex URSS, il a essayé de démontrer que la dépense des Etats Unis dans l’éducation supérieure n’était pas adéquate et que la qualité des étudiants pouvait être améliorée.

Comparant les salaires des diplômés de l’enseignement supérieur avec ceux des diplômés du secondaire et associant cette différence au coût associé à la poursuite des études, BECKER a calculé le rendement des études supérieures. Selon lui, il y aurait preuve de sous investissement en éducation supérieure, si le rendement associé à cet investissement était supérieur à celui d’investissement en capital physique.

Il a trouvé que le rendement de l’éducation supérieure était entre 7% et 9% tandis que le rendement d’investissement en capital physique était de 8%. Pour supporter son argument, il a conclu que le rendement de l’enseignement supérieur était sous-estimé, car on ne prenait pas en compte des importants effets indirects.

SCHULTZ(1961) a décrit le capital humain et a développé le concept d’investissement en capital humain. Pour appuyer cette idée, il a expliqué que la croissance du revenu national entre 1900 et 1956 aux Etats Unis était associée à une hausse du stock d’éducation (donc le capital humain) contenu dans la force de travail.

Plus précisément, ce stock d’éducation s’est accru deux fois plus vite que le stock de capital physique pendant la période considérée.

A une époque plus récente, les tenants de la nouvelle théorie de la croissance économique, auxquels sont associés le nom de ROMER (1986), BARRO (1991) et LUCAS(1988) ont ravivé l’intérêt de l’étude du capital humain comme un facteur déterminant de la croissance économique.

En effet, le point de départ des recherches sur l’apport de l’éducation à la croissance économique a été l’incapacité d’expliquer celle-ci par les facteurs de production traditionnels [le facteur capital et travail] : Cfr le modèle développé par R.SOLOW en 1956. Cette méthode laissait comme principale cause de la croissance économique un troisième facteur [progrès techniques] qui en expliquait à lui tout seul, une part considérable.

A ce stade, la théorie ne permettait de fonder aucune politique de croissance, puisque celle-ci résultait pour l’essentiel d’un facteur insaisissable.

C’est en 1962, aux Etats Unis, que DENISON a expliqué pour la première fois une bonne part du progrès technique à partir d’une fonction de production agrégée.

Il a introduit le capital humain dans la fonction de production de manière à refléter l’amélioration du facteur travail (donc la hausse de sa productivité) dans le temps et il a montré que la croissance des USA entre 1930 et 1960 est due pour 23% à l’accroissement de l’éducation5 de la force du travail.

Pour l’essentiel, l’idée que l’éducation constitue le principal investissement en capital humain et de ce fait, l’introduire dans la fonction de production permettait de tenir compte de la variation de la qualité du facteur travail.

A la suite des travaux de DENISON(1962) qui fut l’un des premiers auteurs à proposer une mesure précise de la contribution de l’éducation à la croissance économique, des études ont été réalisées dans d’autres pays pour cerner l’impact ou la relation existant entre l’éducation et la croissance économique, la productivité du travail, la santé et la fécondité.

NELSON et PHELPS(1966) montrent que le capital humain peut jouer un autre rôle. En effet, ils ont suggérés que les technologies les plus performantes sont adoptées et mises en œuvre plus rapidement par les économies les plus riches en capital humain. A c’est nouveau, c’est le niveau d’éducation qui élève le taux de croissance de l’économie, en accélérant l’assimilation du progrès technique.

LUCAS(1988) montre qu’il existe deux sources d’accumulation du capital humain : l’éducation et l’apprentissage par la pratique (Learning by doing).

Il reprend l’analyse de BECKER(1964) pour qui la croissance est essentiellement déterminée par l’accumulation du capital humain(en termes de flux).6 Son analyse rejoint ainsi celles de BARRO(1991) et de MANKIW, ROMER et WEIL(1992).

La relation capital humain – croissance économique a fait l’objet des quelques travaux en coupe transversale (étude empirique) qui conduisent à nuancer systématiquement la robustesse de cette relation. BARRO(1991)7 régresse les revenus par tête d’un échantillon des pays sur un ensemble des variables avec le taux d’inscription du cycle primaire et de l’éducation secondaire comme variable mesurant le capital humain.

Il en conclut que le niveau initial de capital humain est l’un des déterminants économiques significatifs de la croissance économique; et par conséquent, l’éducation affecte non seulement la croissance, mais qu’elle conditionne également la convergence des économies. Implicitement, il appréhende ce résultat comme invalidant le modèle de SOLOW(1956) au profit des représentations de la croissance endogène.

Toutefois, MANKIW, ROMER et WEIL(1992) remettent en cause cette vision en montrant que les différentiels de croissance observés entre les pays peuvent être appréhendés dans le cadre néoclassique standard éventuellement augmenté par le capital humain.

BENHABIB et SPIEGEL(1994) estiment une équation de croissance en différence première sur la période de 1965-1985; dans les différentes variables de stock de compétence considérées ont un coefficient qui est, soit négatif, soit non significatif.

D’après BENHABIB et SPIEGEL ce constat serait imputable à un problème de spécification de l’équation de croissance qu’ils proposent de modifier de façon à représenter explicitement l’effet des compétences sur les processus de rattrapage technologique.

Ceci les conduit finalement à ajouter un terme qui dépend conjointement du stock du capital humain et du niveau initial de technologie et qui s’avère être significatif.

TEMPLE(1998) a montré que la faiblesse des effets de l’éducation dans les équations de croissance en coupe transversale pouvait en réalité s’expliquer très simplement par l’existence de quelques points aberrants. Afin d’illustrer son propos, l’auteur reprend l’équation initiale de BENHABIB et SPIEGEL(1994) et élimine, par l’intermédiaire d’une procédure de type Trimmed Least Square, 14 observations.

De ce fait, l’échantillon est restreint à 64 pays, au lieu de 78 et TEMPLE montre que la variable liée à l’éducation est maintenant positive.

Les travaux récents sur les données de panel remettent en cause beaucoup plus systématiquement l’effet positif du capital humain sur la croissance économique à partir de 1993. BARRO et LEE(1993) et BARRO(1994) procèdent également à des estimations en panel et distinguent les niveaux de qualification selon les genres.

Ils observent alors l’effet sur la croissance économique du nombre moyen d’années d’études est positif et significatif pour les garçons mais négatif pour les filles. Les auteurs expliquent ce résultat en arguant que le différentiel de scolarisation selon les genres est probablement un indicateur indirect du retard de développement d’un pays.

PRITCHETT(1996) analyse les facteurs de la croissance sur un échantillon de quatre vingt onze(91) pays et relève que l’accumulation du capital mesurée à l’aide des données relatives à l’éducation exerce un important effet négatif et significatif sur la croissance économique.

A cet effet, il dégage trois grandes explications pour comprendre pourquoi les analyses économétriques les plus robustes ne permettent pas de conclure une relation stable positive entre le capital humain et la croissance : l’augmentation des salaires individuels peut conduire à une décroissance du pays si les nouveaux diplômés se dirigent en masse vers les secteurs improductifs tels que l’administration publique; si malgré l’augmentation de la population éduquée, le secteur privé n’a pas besoin de nouveaux travailleurs qualifiés, il s’en suivra une baisse du taux de rendement de l’éducation et enfin, la qualité de l’éducation peut être tellement faible qu’il n’y a pas des compétences requises pour aboutir à une croissance économique.

BERTHELEMY et al. (1997) viendront préciser que le capital humain peut exercer un effet positif sur la croissance, mais cet effet dépend de la capacité de l’économie à canaliser ses ressources humaines dans les activités génératrices de progrès technologique par l’innovation ou par l’imitation.

RAMON et al. (1998) analysant les liens entre l’éducation, les reformes économiques et la croissance économique, font ressortir deux facteurs explicatifs : la distribution de l’éducation et les politiques économiques mises en œuvres.

L’étude révèle qu’une distribution très inégalitaire de l’éducation entre les travailleurs tend à avoir un impact négatif sur les revenus par tête dans la plupart des pays; et que les politiques économiques qui suppriment les forces du marché tendent à réduire l’impact du capital humain sur la croissance.

Ils en déduisent que l’investissement en capital humain ne peut avoir qu’un faible effet sur la croissance à moins que l’éducation soit acquise et utilisée sur des marchés ouverts et compétitifs.

Plusieurs travaux empiriques relatifs à l’incidence du capital humain sur la croissance économique ont été réalisés dans les pays en voie de développement :

Les travaux de NADIRI(1972) sur les pays en voie de développement conduisent à une contribution de l’éducation de la force de travail à la croissance économique de l’ordre de 16% pour l’Argentine, 0,8% pour le Mexique, 3,3% pour le Brésil et 2,4% pour le Venezuela. PSACHARAPOULOS et WOODHALL(1985) en appliquant la méthode de SCHULTZ aux pays en développement, obtiennent une contribution positive de l’éducation à la croissance économique de l’ordre de 23,2% au Ghana et de 16% au Nigeria.

Une étude réalisée par LAU, JAMISON et LOUAT(1990) montre qu’une augmentation de 10% du niveau moyen d’éducation de la population active a engendrée 1,7% de croissance économique additionnelle en Amérique Latine, 1,3% en Asie de l’Est, 1% au Moyen Orient et seulement 0,3% en Afrique Subsaharienne.

La contribution de l’éducation à la croissance en Afrique Subsaharienne est ainsi 5 fois inferieure à celle des autres régions du globe.

Une autre étude réalisée par LAU, JAMISON, LUI et RIVKIN (1991) met en évidence un effet de seuil qui montre lorsque les investissements éducatifs ne sont pas suffisamment massifs, ils ne parviennent pas à enclencher un processus de croissance économique soutenu, thèse confirmée par CHARLOT(1994).

NDONGU(1998) dans ses travaux consacrés au Kenya, trouve une contribution du capital humain à la croissance du PIB de l’ordre de 2,45%. Il en conclut que les dépenses consacrées à l’éducation améliorent le capital humain et par suite la croissance économique.

Par ailleurs, d’autres études ont rejeté le lien entre le capital humain et la croissance économique dans les pays en voie de développement. SACERDOTTI, BRINSHWIG et TANG(1998) dans une étude consacrée aux pays de l’Afrique de l’ouest trouvent que l’investissement dans le capital humain n’a pas d’effet significatif sur la croissance. Ils justifient leurs résultats par le manque des reformes structurelles qui doivent accroitre le rendement social de l’éducation.

GURGAND(1993) travaille sur la Côte d’Ivoire et montre que plus d’éducation n’améliore pas l’efficacité productive et la productivité des agriculteurs par contre, les secteurs à niveau d’instruction élevé, les résultats sont moins nets que dans le secteur agricole.

Le capital humain est un capital intangible que l’on mesure par l’investissement en capital humain, sa principale composante est l’éducation. Les résultats positifs du capital humain ont privilégié l’éducation dans les politiques de croissance de tous les pays et en particulier des pays sous-développés.

C’est ainsi que les organisations internationales conseillent aux pays en développement de consacrer 5% de leurs revenus nationaux à l’enseignement [SOLONIONJANIRINA, 2007].

En ce qui nous concerne, il sera question dans cette étude de cerner la relation existant entre la part du revenu de l’Etat consacrée à l’éducation et la croissance économique en RDC.

6. Délimitation spatio-temporelle

Comme l’indique l’intitulé du travail, notre étude porte sur la RDC et couvre la période allant de 1980 à 2010. Le choix de cet horizon tient compte de la disponibilité des données statistiques et est justifié par le souci d’avoir une série assez longue nécessaire aux différents tests économétriques.

7. Subdivision du travail

Outre l’introduction et la conclusion, le travail s’organise en trois chapitres. Le premier est axé sur la relation capital humain – croissance économique, le second présente l’évolution de la situation économique du pays et des dépenses éducatives de l’Etat et enfin, au dernier chapitre il est question de faire une analyse empirique pour corroborer nos hypothèses et atteindre notre objectif.

______________________________
1 Obtenu sur ce site internet : www.google.fr
2 Cité par L.NKOUKA SAFOULANITOU (2009)
3 Cité par DJISTERA.A
4 N.SOLONIONJANIRINA, Méthode d’évaluation du Capital Humain, P.37, 2007.
5 Philippe DARREAU, croissance et politique économique, éd.de Boeck, 2003, P.151
6 ALTINOK.N, Capital Humain et Croissance, P.3, 2006.
7 Pour plus des amples détails sur la procédure d’estimation, voir Barro R.J (1991): « Economic growth in a cross section of countries », Quaterly Journal of Economics, vol.32, n°2, pp.407-443

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