La société et les cérémonies de commémoration

La participation des différentes catégories de la société aux cérémonies de commémoration – Chapitre II :

A- La participation des écoles

Les écoles qui participent aux célébrations de Hezbollah varient entre écoles attachées au parti (Al-Mahdi), écoles pro-Hezbollah comme les écoles d’Al- Moustafa99 dirigées par « l’association islamique de l’enseignement et de l’éducation », les écoles d’Al-Mabarrat de l’Ayatollah Mohammad Hussein Fadlalah et d’autres écoles privées semi-gratuites, qui participent notamment au jour de la libération sans participer aux autres célébrations.

Il faut noter que le Hezbollah interdit les entretiens avec les étudiants et les personnels de ses écoles. Cette interdiction s’applique aussi sur les écoles d’Al- Mostafa, mais une étudiante de cette école, de la branche de Nabatiyeh, appelée Zahraa, de onze ans, nous a raconté avec enthousiasme, les activités faites durant le jour de la libération à son école :

« Le jour qui précède la célébration, le proviseur vient nous donner des instructions que nous devrons suivre le lendemain, ainsi que tout ce qui concerne nos costumes, les activités planifiées, et la nécessité de respecter la discipline. Il permet aussi les activités préparées par les étudiantes sous la supervision des institutrices et qui durent une semaine ».

Elle ajoute que le jour de la célébration, après la fin des deux premières séances, elles commencent leur cérémonie en distribuant des bonbons aux autres étudiantes et à l’administration, puis en coupant un grand gâteau qu’elles ont acheté par leurs propres argents, puis en décorant la classe par des accessoires et des peintures qui montrent leur attachement à la résistance et à la patrie.

Ensuite, elles montent à la grande salle où seront regroupés tous les étudiants de leur section, le proviseur général lance un petit discours pour raconter l’histoire de ce jour et son importance dans leur vie, il raconte aussi sa souffrance vécue avec l’ennemi israélien durant l’occupation quand il était à leur âge, en leur expliquant comment il a été humilié par les soldats israéliens et leurs collaborateurs libanais, avec sa famille, ses copains, ses voisins et tous les habitants du sud.

Il finit par leur expliquer comment les combattants de la résistance qui ont sacrifié leur vie, ont quitté leur famille et leur jeunesse « pour que ce pays soit libéré de l’ennemi, pour que les prisonniers sortent de la prison du khyam et pour qu’ils puissent continuer leur vie quotidienne comme à présent ».

En plus, plusieurs films de courts métrages se projettent sur un grand écran, qui font un lien entre invasion israélienne en 1982 et le début de la résistance la même année. Les films représentent des scènes portant sur les massacres perpétrées par les troupes israéliennes comme celles de Qana et de Mansouri, durant lesquelles les israéliens n’ont pas respecté les normes internationales ni les valeurs humaines en tuant des dizaines d’enfants, des femmes et des vieillards. Ensuite, des vidéos animées se projettent pour les étudiants des petits âges, dont elles racontent de façon très simplifiée et familière « comment le soldat israélien a été chassé par la résistance du Liban ».

Toutes ces vidéos montrent ensuite « la nécessité » de la résistance pour défendre ce pays et pour y vivre avec dignité et fierté. La vidéo finale montre les scènes filmées en 2000, le jour de la libération, puis les chants de la résistance seront mis dans la salle, et qui seront accompagnés de l’applaudissement des étudiants enthousiastes qui réagissent avec cette ambiance.

Ensuite l’instructrice de « l’enseignement islamique » lancera un petit discours par lequel elle établit le lien entre la résistance islamique et l’histoire chiite (Karbala, Achoura), pour mieux expliquer aux étudiants « les secrets du succès » de cette résistance, qui se base sur les valeurs et les principes islamiques.

Le jour suivant, le proviseur entre dans la classe pour distribuer des enveloppes à tous les étudiants, pour les emmener à leurs maisons et faire des donations personnelles de leurs argents, dans le but « d’aider » la résistance. Il leur explique que cet argent a comme rôle « d’acheter des fusils nécessaires aux combattants de la résistance pour qu’ils puissent défendre notre pays ».

L’étudiant remplit les informations personnelles sur l’enveloppe, il est libre d’y mettre ou non de l’argent, mais dans un délai déterminé qui doit être respecté.

B- La participation des jeunes scouts Al-Mahdi

Les scouts Al-Mahdi (kashafat al imam al mahdi) participent de façon périodique aux célébrations du Hezbollah. Fondés en 1985, ces scouts s’insèrent « dans une tradition de scoutisme libanais à la fois numérique et fragmentée100». Les équipes al-Mahdi qui s’inscrivent en complément de l’action éducative et socialisatrice du Hezbollah, regroupent actuellement près de 45000 jeunes filles et garçons de six à dix-huit ans.

Tout au long de l’année, les éducateurs et les éducatrices volontaires encadrent les équipes au niveau des villes et villages, en leur offrant l’opportunité de participer aux activités diverses dans leurs locaux spécifiques ou dans les écoles islamiques sympathisantes locales.

En effet, le calendrier annuel du groupe présente, pour chaque mois, les principaux événements « dont la commémoration rythme l’année dans le scoutisme comme dans l’ensemble de la hala islamya »101 : le mois d’avril serait consacré à la commémoration du massacre de Qana de 1996, à l’hommage d’un martyr qui a fait une opération-suicide dans une caserne israélienne en 1995, durant le mois de mai ils célèbrent la libération du sud , et en septembre ils célèbrent le jour des déshérités de la terre, le début de la deuxième intifada et le martyrisme de Hadi Nassrallah…

En effet, l’année des scouts « apparaît scandée tant par la mémoire du conflit contre Israël que par les dates clés de la religion chiite sans exclusivité 102 ». Toutefois, d’autres grandes dates à dimension nationale comme celle de l’indépendance du Liban ou celle de l’assassinat de Rafic Hariri sont aussi rappelées, en addition, la fête du travail le 1er mai, ou encore la fête des mères en mars.

Mojtaba, un jeune de 17 ans, membre de l’équipe musicale du scoutisme de la section d’un village du sud, est maintenant en classe terminale et ça fait deux ans qu’il a commencé à assister aux réunions de son équipe et de participer à leurs activités périodiques.

La société et les cérémonies de commémoration

Toutefois, la participation de cette équipe musicale aux célébrations du Hezbollah a connu son apogée depuis le début de la crise syrienne, lorsque le Hezbollah a envoyé ses combattants en Syrie pour défendre ses intérêts.

Des lors, chaque période de temps (une semaine, un mois…) le parti annonce la mort de quelques combattants sur ce front, tout de suite, les membres du groupe seront informés pour se préparer à participer aux funérailles des martyrs dans leurs villages.

Mojtaba affirme qu’il aime ce genre d’activités, bien qu’il est volontaire, il reçoit des récompenses symboliques du scoutisme à la fin de chaque mois. En plus, tous les membres seront invités au déjeuner après les cérémonies, et parfois, leurs responsables leur organisent des sorties et des activités diverses comme une récompense de leurs participations.

Ils sont trente membres dans cette équipe, tous ont adhéré volontairement suite à l’acceptation expresse de leurs parents, ils participent aux cérémonies locales du Hezbollah (funérailles des martyrs, commémorations diverses…) et parfois ils participent à la célébration centrale, comme le jour de la libération.

Chaque semaine, ils assistent à des cours de musique offerts par des instructeurs professionnels venus de la capitale, ils restent prêts pour participer aux activités qui peuvent être décidées un jour avant.

Le Qaed 103 leur indique l’heure exacte et le jour du rassemblement devant un bâtiment désigné. Ils doivent respecter la discipline et les règles islamiques durant toute la journée, puis ils seront transportés par un bus à la place de la célébration.

Chacun d’eux joue sur un instrument musical, et toute l’équipe joue des morceaux musicaux selon le type de la cérémonie (hymne national, hymne de la mort, de la libération…)

C- La participation des femmes

Le rôle des femmes au sein du parti ne cesse d’augmenter depuis la naissance du Hezbollah dans les années quatre-vingt, où la conception de « la résistance des femmes » de la communauté chiite était monopolisée par le mouvement Amal, et dirigée par l’Imam Moussa El Sader, lequel a donné une place pertinente aux femmes dans les mouvements de la résistance, surtout en tout ce qui concerne les campagnes éducatives et l’instruction des enfants et des filles.

Peu à peu, le Hezbollah a remplacé le mouvement Amal, Al-Sader s’est enlevé en Lybie, et la fonction des femmes dans la société de la résistance a eu des nouvelles approches empruntées de la révolution islamique en Iran, le Hezbollah a ensuite organisé leurs mouvements en créant « les commissions féministes » (al haya’at al nisa’eyya). Il faut distinguer entre ces commissions qui représentent une section structurée au sein du parti et les rassemblements d’autres femmes qui ne sont pas adhérées au parti mais qui participent aux activités organisées par les commissions féministes.

Cependant, les années récentes ont marqué l’organisation de ces commissions après la place distincte qu’elles ont obtenue dans l’organigramme du parti.

Elles ont eu des financements importants 104, elles ont fait des conférences, des campagnes pédagogiques, des réunions, et elles ont accompli plusieurs tâches complémentaristes au travail de la résistance.

De façon principale, on peut résumer leur mission par la création des sessions pédagogiques et des séminaires durant lesquelles elles travaillent à expliquer aux autres femmes la nécessité de la résistance, et de les convaincre de l’importance du martyrisme et la place des martyrs chez Dieu, en les invitant à accepter d’envoyer leurs fils pour adhérer au parti, car il y a beaucoup de femmes qui ne sont pas convaincues de l’idée de voir leurs fils mourir aux combats.

En effet, Cette culture se propage de façon indirecte à leurs maisons, et chaque femme instaurera une génération basée sur la culture de résistance et sur l’idéologie du Hezbollah à travers l’instruction quotidienne de leurs enfants sur les leçons qu’elles leur apprennent.

Les femmes seraient par la suite les vraies fondatrices de la résistance, et le facteur principal pour sa continuation.

Les commissions envoient des invitations aux femmes du village pour assister aux réunions qui portent le plus souvent sur des questions controversées en relation avec les évènements du parti : par exemple, la légalisation de jihad chez les jeunes, mais aussi elles peuvent porter sur les problèmes sociaux ou bien sur des thèmes religieux.

Ces réunions se déroulent aux mosquées ou aux husayneyyates, où se présentent un grand nombre d’autres femmes non adhérées aux commissions, mais qui assistent après leurs invitations personnelles.

Cependant la grande participation des femmes aux travaux du Hezbollah aura lieu durant les célébrations des dates du parti. Les responsables des commissions féministes organisent pour cette fin, des activités pour les femmes à côté des célébrations principales.

À titre d’exemple, elles organisent des petits déjeuners ou des sorties, durant lesquelles elles offrent des repas préparés spécialement pour eux, mais les participantes seront invitées à payer une somme d’argent qui sera très chère pour certaines d’elles, selon une ancienne participante à ces activités.

En plus, et durant la célébration centrale du Hezbollah, les femmes participent fortement et en grands nombres. Ces femmes vêtues des vêtements islamiques légaux et qui suivent les règles de la sharia, seront transportées sur le compte des commissions du Hezbollah.

En ce qui concerne les activités de commémoration locales, les commissions visitent les tombeaux des dirigeants martyrs du Hezbollah entre le 14 et 16 février pour y mettre les couronnes des fleurs, elles organisent des cérémonies d’hommage aux martyrs de leurs villages, qui auront lieu aux husayneyyates, et dont elles comportent des chants de la résistance, accompagnées d’un discours de la responsable de ces commissions et d’un majles aza’a105 dans le but de soulager la souffrance des mères et des sœurs des martyrs, en leur racontant la souffrance de Sayada Zaynab, fille d’Ali, qui a elle-même souffert après le martyrisme de son frère Hussein.

Les femmes des combattants martyrs et leurs mères seront accueillies et soignées de façon considérable durant ces activités, on leur met des foulards jaunes sur les épaules, par une organisatrice, avec toutes les femmes présentes.

Ces femmes qui pourraient avoir un ou deux combattants morts, déclarent toujours aux médias, leur fierté d’avoir reçu « une récompense de Dieu » qui a choisi leurs fils comme des martyrs, mais d’autres seront moins fortes, leurs avis ne seront ensuite pas diffusés au grand public de la résistance, car ils peuvent influencer négativement sur les autres femmes, comme Nouhad Nahle, la mère d’un martyr qui raconte sa souffrance après le martyrisme de son fils : « il ne me quitte un instant, j’ai l’impression que ma vie s’est arrêtée et que je ne veux plus continuer la sienne »106 […] mais elle déclare qu’il reste vivant au fond d’elle.

D’autres femmes lui présentent leur solidarité comme Oum Hussein : « chaque martyr qui tombe est mon fils et celui de toute femme du sud […] il vient chez moi, victorieux, couronné de lauriers, souriant, le visage resplendissant d’une démarche royale. Il repousse les balles et les ennemis haineux et assoiffés de mort qui nous attaquent »107.

On peut Constater que le rôle joué par les femmes au sein de l’environnement du Hezbollah est très efficace et important. Supposons par exemple que la majorité des femmes d’un village ne participe pas aux réunions des commissions féministes, à qui donc organisent-elles ces réunions ? Qui va apprendre aux enfants les principes et la culture de la résistance ? Comment les femmes vont envoyer leurs fils pour adhérer au Hezbollah ? Et s’il n’y a pas de jeunes adhérents au sein du parti, comment va-t-il continuer à s’épanouir ?

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99 Même que son PDG est le vice-secrétaire général du Hezbollah Naiim Al Qassem
100 MERVIN (S), Le Hezbollah, état des lieux. Paris, Sindbad, Actes sud-Ifpo, 2008
101 Ibid.
102 Ibid.
103 Le Qu’ed est une personne responsable d’un groupe au sein du scout
104 Ce qui a causé beaucoup de critiques envers leurs bourgeoisies et leurs façons de gérer leurs financements.
105 Un récit de la bataille de Karbala qui rend hommage aux martyrs de la famille du prophète.
106 FARCHAKH (G), Le martyr du Liban, guerre de Hezbollah et Israël (juillet 2006), Témoignages de colère et d’espoir, Editions PUBLISUD, P. 248
107 Ibid.

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