La première page du mémoire (avec le fichier pdf):
Université de Montréal - Faculté des études supérieures et postdoctorales
Mémoire en vue de l’obtention du grade de Maîtrise en sociologie - 2010/01/43

Les maladies chroniques et les problématiques du poids

  1. Discours des autorités de santé au Québec et la gestion du poids
  2. La prévalence de l’obésité au Québec, le poids prend du poids
  3. L’excès de poids comme facteur de risque des maladies
  4. Le poids qui dérange et les conséquences économiques
  5. Traiter ce poids? Gain et perte de poids – gestion du poids
  6. Le surpoids et l’obésité dans les sciences sociales
  7. Construction de l’identité en son sens sociologique
  8. La rationalisation de l’alimentation et le surpoids corporel
  9. La surveillance du corps : Gestion du domaine – privée et public
  10. Une crise de moralité : Pourquoi le corps et le poids?
  11. Les documents gouvernementaux et la gestion du poids au Canada
  12. Documents normatifs – la gestion du poids à la crise de l’obésité
  13. La surveillance des corps et l’intervention sur le poids
  14. Comment définit-on le poids problématique? Documents canadiens
  15. Les écrits journalistiques au Québec et la surveillance des corps
  16. En quels termes parle-t-on du poids problématique?
  17. Les écrits journalistiques au Canada et le poids problématique
  18. Comment explique-t-on le poids problématique?
  19. Quelles sont les raisons pour intervenir sur le surpoids ?
  20. De quelle nature est l’intervention pour corriger le poids?
  21. Quels sont les acteurs de l’intervention sur le poids au Canada ?
  22. Quelles sont les cibles de l’intervention de gestion du poids ?
  23. À quel moment intervient-on sur le surpoids et l’obésité?
  24. La gestion du poids et les autorités de santé du Québec
  25. La description du poids hors-norme et la norme de poids
  26. Un continuum de surveillance du poids – Virage vers le social
  27. La responsabilité de déterminer le statut de poids problématique
  28. Y a-t-il moralisation de la gestion du poids?
  29. La moralisation de la gestion du poids: Construction en marche ?
  30. La gestion du surpoids par les professionnels de la santé
  31. La prévalence de surpoids et d’obésité chez les enfants canadiens
  32. La prévalence du surpoids et de l’obésité
  33. Les maladies chroniques et les problématiques du poids
  34. La problématique du poids excédentaire et ses conséquences

7.3.2 Une anomie qui coule de source

Comme nous avons pu le constater dans l’analyse documentaire, les organismes gouvernementaux, les professionnels de la santé et le reflet qu’en donnent les écrits journalistiques inscrivent essentiellement la problématique du poids, tant dans son modèle explicatif que dans le modèle d’intervention disciplinaire qui en découle, dans une logique de baisse des contraintes sociales et normatives qu’il faut pallier. C’est ce que Fischler (Fischler C 1979) nomme la « gastro-anomie ». Par cette notion, Fischler cherche à illustrer le tiraillement anxieux lié notamment à l’alimentation et qui se produit au cours de la transition d’un modèle normatif vers un ou quelques modèles constitués de plusieurs discours qui se contredisent, mais cherchent néanmoins à s’imposer : hygiéniste, identitaire, hédoniste, esthétique, etc. Il résulterait de cette absence d’un cadre normatif fédérateur une créativité collective ou individuelle sans limites. Faute de véritable système de régulation, toute expérience devient possible. Or, Beck (Becks U 2003b) soutient que « le risque surgit lorsque la nature et la tradition perdent leur emprise, et que l’homme doit décider de son propre chef ».
Cette anomie apparente que les autorités sanitaires combattent en cherchant à imposer leur propre cadre normatif semble être un effet de la société de consommation valorisé par le modèle néolibéral décrit par Qvortrup. Rappelons que ce néolibéralisme, tel que défendu par le Heritage Foundation, met de l’avant des valeurs de sociétés économiquement libres où les individus sont libres de travailler, de produire, de consommer et d’investir comme bon leur semble dans un environnement sans coercition ni contrainte à moins que ce soit requis afin de protéger cette liberté. La consommation est élevée ici à un niveau identitaire.
Plusieurs auteurs, dont Levenstein (Levenstein H A 1996), Fischler (2001) et Poulain (2002) constatent que depuis la fin des années 1940, et tout au long du boom économique d’après-guerre, l’alimentation s’est modifiée. Ces produits se sont standardisés, homogénéisés et délocalisés156. Ils sont soumis à des réglementations sur l’hygiène et des processus de contrôle de la qualité. L’industrialisation de la filière agroalimentaire a donc eu notamment pour conséquence de modifier substantiellement la nature de l’aliment. Fidèle à l’explication que donnait Baudrillard du bien de consommation, l’aliment n’est plus un moyen de satisfaire ses besoins nécessaires à la vie, mais une commodité, un bien de consommation qui fait maintenant l’objet de tractations, de négociations et d’accords à l’Organisation mondiale du commerce. L’alimentation est maintenant vue comme un marché157.
Bien que l’alimentation soit reconnue comme un droit qui découle de la Déclaration universelle des droits de l’homme158, les dernières décennies ont contribué à lui conférer une dimension commerciale : l’aliment est un bien à consommer. Dans un contexte néolibéral tel que celui décrit par Qvortrup, ce bien est à consommer en toute liberté, sans contrainte ni coercition.
L’avènement de la société de consommation a profondément modifié la charge symbolique de plusieurs éléments de la vie quotidienne en Occident. L’alimentation en est un exemple. Il y a fort à parier qu’il en est de même pour ce qui est de l’activité physique. À l’instar des aliments, l’activité physique serait elle aussi devenue un bien à consommer dans un esprit de liberté, sans contrainte ni coercition.
Comme nous l’avons vu plus tôt notamment dans l’analyse des documents, cette absence de cadre normatif a été associée, comme nous l’avons vu plus tôt notamment dans l’analyse des documents, aux éléments qui menacent la pérennité de l’organisation de nos sociétés, dont font partie les maladies chroniques et les problématiques du poids excédentaire et auxquels les stratégies d’éducation et formation se veulent une réponse. Par conséquent, nous pourrions émettre l’idée que les autorités cherchent à instituer un nouveau cadre normatif fondé sur une rationalité médico-scientifique et qui met de l’avant un exercice disciplinaire.

156 Les aliments sont, selon Poulain (2002), déconnectés de leur enracinement géographique et des contraintes climatiques qui leur étaient traditionnellement associées.
157 En effet, le commerce agricole et des denrées alimentaires apparaît comme un sous domaine de la section qui traite des marchandises dans le site de l’Organisation mondiale du commerce http://www.wto.org/french/tratop_f/agric_f/agric_f.htm.
158 La résolution du 17 avril 2000 de la Commission des droits de l’homme rappelle les différents éléments sur lesquels ce droit est fondé. http://www.unhchr.ch/Huridocda/Huridoca.nsf/0/84eea47a700837d9802568ce0057b6e8?O pendocument.

En fait, la médecine n’échapperait pas à ce changement paradigmatique. Conrad affirme que le consumérisme est un des trois principaux agents de changements à l’œuvre dans le processus de médicalisation. Ce mécanisme consiste à définir une problématique en termes médicaux, l’associant généralement à une pathologie ou un désordre, afin de le traiter en ayant recours aux moyens propres à la médecine (Conrad P. 1992; 2005). Comme l’alimentation, il nous explique que les soins médicaux se sont « commodifiés », se sont segmentés, afin de mieux répondre aux besoins des consommateurs. Se faisant, la médecine alimente le cercle vicieux décrit par Crawford (2004) à savoir que l’anxiété génère du contrôle et ce contrôle produit à son tour plus d’anxiété. En d’autres mots, si l’anxiété génère du contrôle qui se traduit par l’exercice disciplinaire, c’est donc dire que ce serait l’anxiété issue de l’anomie créée par le néo-libéralisme qui déclencherait ce « réflexe » de contrôle qui à son tour produirait de l’anxiété (anxiété de réussir ce contrôle).
L’exercice disciplinaire tel que véhiculé par l’appareil médical et paramédical est présenté comme la solution, la prescription à mettre en œuvre pour corriger, pour combler l’absence de normes. Or, selon la perspective de Crawford, cet exercice disciplinaire paraît plus relever plus de la conséquence, l’effet qui découle de l’anomie.
Lire le mémoire complet ==> (Évolution des discours publics des autorités de santé au Québec en matière de gestion du poids)
Mémoire en vue de l’obtention du grade de Maîtrise en sociologie
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