La première page du mémoire (avec le fichier pdf):
Université de Montréal - Faculté des études supérieures et postdoctorales
Mémoire en vue de l’obtention du grade de Maîtrise en sociologie - 2010/01/19

La surveillance du corps : Gestion du domaine – privée et public

  1. Discours des autorités de santé au Québec et la gestion du poids
  2. La prévalence de l’obésité au Québec, le poids prend du poids
  3. L’excès de poids comme facteur de risque des maladies
  4. Le poids qui dérange et les conséquences économiques
  5. Traiter ce poids? Gain et perte de poids – gestion du poids
  6. Le surpoids et l’obésité dans les sciences sociales
  7. Construction de l’identité en son sens sociologique
  8. La rationalisation de l’alimentation et le surpoids corporel
  9. La surveillance du corps : Gestion du domaine – privée et public
  10. Une crise de moralité : Pourquoi le corps et le poids?
  11. Les documents gouvernementaux et la gestion du poids au Canada
  12. Documents normatifs – la gestion du poids à la crise de l’obésité
  13. La surveillance des corps et l’intervention sur le poids
  14. Comment définit-on le poids problématique? Documents canadiens
  15. Les écrits journalistiques au Québec et la surveillance des corps
  16. En quels termes parle-t-on du poids problématique?
  17. Les écrits journalistiques au Canada et le poids problématique
  18. Comment explique-t-on le poids problématique?
  19. Quelles sont les raisons pour intervenir sur le surpoids ?
  20. De quelle nature est l’intervention pour corriger le poids?
  21. Quels sont les acteurs de l’intervention sur le poids au Canada ?
  22. Quelles sont les cibles de l’intervention de gestion du poids ?
  23. À quel moment intervient-on sur le surpoids et l’obésité?
  24. La gestion du poids et les autorités de santé du Québec
  25. La description du poids hors-norme et la norme de poids
  26. Un continuum de surveillance du poids – Virage vers le social
  27. La responsabilité de déterminer le statut de poids problématique
  28. Y a-t-il moralisation de la gestion du poids?
  29. La moralisation de la gestion du poids: Construction en marche ?
  30. La gestion du surpoids par les professionnels de la santé
  31. La prévalence de surpoids et d’obésité chez les enfants canadiens
  32. La prévalence du surpoids et de l’obésité
  33. Les maladies chroniques et les problématiques du poids
  34. La problématique du poids excédentaire et ses conséquences

3.2 La surveillance du corps : une gestion du domaine privée vers la sphère publique
Poulain (Poulain JP 2002) constate, à l’instar de plusieurs autres, qu’en Occident, le vingtième siècle s’est caractérisé par d’importantes mutations : déstructuration (notamment de la famille traditionnelle et le travail au féminin), désocialisation (montée de l’individualisme), désinstitutionalisation (dont une certaine laïcisation), désimplantation, déritualisation, délocalisation (dont un certain modèle du développement urbain), déréglementation, etc. C’est comme s’il y avait une volonté générale de défaire les idées, les institutions et les structures du passé inadapté au présent. À cela s’ajoutent la victoire du capitalisme et la globalisation des marchés.
Tout concorde à une baisse des contraintes sociales. Or, cette « liberté anomique est aussi un tiraillement anxieux » (Fichler, 1979). Cette liberté anomique renvoie à une crise du système normatif à laquelle s’ajoute une contradiction entre différents discours : hygiéniste, identitaire, hédoniste, esthétique, etc. Il résulterait de cette anomie une créativité collective ou individuelle orientée vers une expérience possible pour laquelle la conscience collective ne disposerait d’aucun concept régulateur. Or, Becks (Becks U 2003a) nous affirme que le risque surgit lorsque la nature et la tradition perdent leur emprise, et qu’on doit décider de son propre chef. La vérité n’est plus révélée ni traditionnelle, elle est construite dans l’expérience de la réalité.
Comme mentionné plus tôt, le corps et par conséquent le poids étaient jadis normés et sous la surveillance d’institutions à caractère privé, telles la religion, la communauté ou encore la famille, lesquelles sont aujourd’hui soit remises en question ou disparues. En absence de ce système normatif, se pourrait-il alors que la crise, l’épidémie d’obésité, soit perçue comme le corollaire, la conséquence de cette anomie? En tel cas et compte tenu des risques potentiels évoqués plus tôt, une action systémique, publique s’imposerait.
« The risks which are selected by society as requiring attention may therefore have no relation to ‘real’ danger but are culturally identified as important […] The imperative to do something, to remove the source of a health risk, however tenuous, impels action. » (Lupton, 1995)
Si Foucault affirme qu’il y a eu un rêve politique à la peste, c’est-à-dire de rendre possible la pénétration du règlement jusque dans les plus fins détails de l’existence, que la peste, comme forme réelle et imaginaire de désordre a eu pour corrélatif médical et politique la discipline (Foucault M. 1975), ne pourrait-on pas en dire autant de l’obésité? Le corps n’est-il pas l’ultime site du contrôle, de la surveillance et de régulation politique et idéologique? Par le corps et ses comportements (dont l’alimentation et l’activité physique), l’appareil étatique dont la médecine détermine la limite des comportements acceptables, les enregistre, punit les écarts à ces limites afin de rendre les corps utiles tant d’un point de vue politique, productif qu’économique. L’émergence de la clinique comme discipline a contribué à concevoir la maladie comme un problème politique et économique pour les sociétés. Elle n’est plus un problème individuel. La maladie requiert dorénavant des mesures de contrôles sociales. La maladie est partie du corps social au lieu du corps individuel. À ce titre, la déviance est identifiée et nécessite une forme de contrôle pour le bien et la santé de toute la population.
Lire le mémoire complet ==> (Évolution des discours publics des autorités de santé au Québec en matière de gestion du poids)
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