Contexte de la campagne électorale : Généralités et Interactions

4) Le contexte de la campagne électorale

a) Généralités

On l’a vu, la communication politique peut se définir comme l’interaction de trois acteurs que sont les femmes et hommes politiques, les médias, et l’opinion publique. On imagine aisément que ce processus est encore plus vrai dans le cas d’une campagne électorale, et notamment à l’occasion d’un scrutin national. Comment en effet s’adresser à son électorat sans passer par le filtre des médias ? Comment les convaincre et faire porter son discours sans utiliser les relais médiatiques qui vont le permettre ? J.G. Blumer a défini trois périodes depuis l’après-guerre qui montrent comment la communication politique a évolué pendant cette période et le rôle qu’y ont joué les médias, sans distinction géographique.

Il observe tout d’abord la période 1945-1960 et considère qu’elle reposait sur les partis politiques eux-mêmes. Il explique que cette époque était marquée par le fait que ceux-ci dominaient le système et jouissaient donc d’un accès facile aux médias. Puis, il pointe le rôle déterminant joué par la télévision, quand cette dernière connait un essor considérable dans les années 1970 et 1980. Enfin, il décrit le développement des supports de communication à partir de la fin des années 1980, avec, en plus, l’arrivée d’internet (Blumler, 1995).

On voit l’importance des médias dans cette description. Le rôle de la télévision semble incontournable, d’abord par le développement très important que ce média a connu. Ainsi, en France, le taux d’équipement croît effectivement très vite pendant la période décrite ci-dessus : « En 1973, 79% des ménages sont équipés de téléviseurs (14,5 millions) et en 1988 le taux dépasse 94% avec 28 millions d’appareils » (Gerstlé, 2004 : 42). Un candidat en campagne ne peut ignorer ce phénomène et doit s’y adapter : nous y reviendrons.

b) Interactions

Mais lorsque l’on parle de campagne électorale, il faut citer une autre catégorie d’acteurs : les spin doctors ou conseillers en communication. Cette appellation anglo-saxonne vient de l’adjectif anglais spin, notamment utilisé dans le jargon sportif, to put a spin on a ball, signifiant littéralement « donner de l’effet à une balle » (Robert & Collins, 1990 : 668). Les premiers spin doctors ont officié aux USA : « Si la fonction a fait son apparition dans les années 1930 et a été généralisée au cours des années 1960, l’expression ne se diffuse dans le débat public qu’à partir de l’élection présidentielle de 1984 qui a opposé R. Reagan à W. Mondale » (Riutort, 2007 : 64). Il faut rappeler que Ronald Reagan avait plutôt « perdu » ce débat face à son adversaire : ses conseillers décidèrent alors de faire campagne juste après le débat pour « faire tourner la suite » (spin this afterward), c’est à dire « faire le débat sur le débat » : « Ceci permit à Reagan, grâce à une intense campagne de spinning, d’être donné vainqueur du débat » (Salmon, 2007 : 116). En France, « à partir de l’élection au suffrage direct en 1965, les présidentiables recourent volontiers à des conseillers susceptibles de les éclairer (…) » (Riutort, 2007 : 65). Il n’est pas surprenant de constater que la profession est originaire des USA, tout comme l’est la communication politique. Par ailleurs, l’influence des communicants en politique a été plus tardive en France, même si, dans les années 2010, ils sont très présents dans le paysage politique français et présentent des profils très divers : on peut en effet y inclure les conseillers en communication appartenant à des cabinets privés, mais aussi les instituts de sondage et enfin les propres équipes de communication des partis politiques ou des candidats en campagne. Dans le cas qui nous occupera dans cette étude, le directeur de la communication du candidat François Hollande était Manuel Valls2.



Par ailleurs, une campagne électorale est un moment où se cristallisent de multiples phénomènes. Un candidat en campagne poursuit l’objectif de séduire ses électeurs potentiels. Pour arriver à ses fins, il va devoir créer en quelque sorte des « conditions d’adhésion » pour séduire son électorat. A cet égard, il semble par exemple que la symbolisation, joue un rôle déterminant dans la façon dont les politiques abordent leur stratégie : « Ceux qui aspirent au pouvoir se livrent une lutte qui passe par les représentations, les images que tous les citoyens se font, souvent inconsciemment, du passé, du présent et de l’avenir d’eux-mêmes, de leurs groupes d’appartenance et de référence et de leur collectivité nationale. C’est pourquoi, la communication des prétendants au pouvoir consiste dans les efforts pour exercer un contrôle symbolique sur la définition collective de la situation politique » (Gerstlé, 2004 : 138). En d’autres termes, la clé, pendant une campagne électorale, serait de faire émerger des mots, des images, des symboles rassembleurs et compréhensibles par tous.

Jacques Gerstlé semble confirmer ici ce qui a été dit par d’autres avant lui : « le porte-parole autorisé ne peut agir par les mots sur d’autres agents et, par l’intermédiaire de leur travail, sur les choses mêmes, que parce que sa parole concentre le capital symbolique accumulé par le groupe qui l’a mandaté et dont il est le fondé de pouvoir » (Bourdieu, 1982 : 107). Ramené au discours politique et à la volonté de conquérir le pouvoir, ce qui est propre à une campagne électorale, on peut interpréter ces propos du célèbre sociologue de la manière suivante : l’orateur, autant pour se légitimer que pour séduire son électorat, devra adjoindre à ses propos cette dimension symbolique qui serait une manière de « rendre hommage » par avance à ceux qui pourraient lui faire confiance.

2 Homme politique français, Ministre de l’Intérieur à partir de mai 2012

On peut supposer que pour « séduire », étant donné que le public est disparate, le « symbolique » apparaîtrait comme un moyen d’unifier le code, de proposer en quelque sorte une « matrice » compréhensible par tous. Les médias seraient les supports pour mettre en scène cette symbolisation, au moyen des mots, textes, images musiques… : « Il s’agit donc de construire une interprétation qui a une vocation stratégique et qui va se heurter aux interprétations rivales pour la conquête du pouvoir » (Gerstlé, 2004 : 138). On perçoit ici la double stratégie que doivent mettre en place les candidats : d’une part convaincre l’électorat, d’autre part combattre l’adversaire. C’est peut-être là que se trouve toute la différence entre le discours politique « de tous les jours » et celui utilisé en campagne électorale : quand d’un côté il faut « seulement » convaincre, de l’autre il faut, en plus, être plus fort que l’adversaire, sans pour autant déstabiliser celui qui va voter pour vous. On rejoint ici en quelque sorte la notion de « complexité » du discours politique évoquée plus haut.

Il est temps à présent de se rapprocher un peu plus de l’objet central de cette étude, la « petite phrase » en elle-même. Après en avoir dressé un cadre plutôt général, nous tenterons de voir comment elle est perçue en tant qu’objet scientifique et comment les chercheurs la définissent

Nous venons donc d’appréhender le champ de la communication politique, en percevant que celle-ci se distinguait du discours politique par la présence d’un acteur supplémentaire : les médias. Nous avons alors constaté que les recherches sur ce sujet établissaient par ailleurs un lien entre communication politique et propagande, supposant que cette dernière en serait à l’origine. Puis, nous avons évoqué la manipulation, qui, a priori, joue également un rôle dans la communication politique, avant de regarder plus précisément le cas plus précis d’une campagne électorale. Cela nous a permis d’évoquer le thème de la symbolisation, qui semble jouer un rôle important dans les discours des candidats en campagne. Puis, nous avons rappelé le rôle joué par les spin doctors, de plus en plus présents, y compris en France.

C’est désormais le moment de nous pencher avec précision sur ce qui constitue l’objet central de cette étude : la « petite phrase ».

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pendant la campagne des élections présidentielles 2012, vu à travers deux journaux de la presse écrite
Master 2 Communication Parcours : Métiers de l’information et de la communication organisationnelle
Université Européenne de Bretagne – Rennes 2 – UFR ALC

Problématique et hypothèses Tous ces éléments, soulevés par les précédentes études que nous
“… les émeutes de 2005 ne peuvent être véritablement considérées comme un mouvement
4. La méthode de la communication facilitée La méthode de la « communication facilitée » a ét