Bernard Massiera
Université de Nice Sophia-Antipolis - Thèse de doctorat de 3° cycle - Sciences de l’Information et de la Communication

L’interprétation structuraliste du concept d’identité

  1. Le tourisme sportif en quête d’identité
  2. Contexte professionnel et les réalités du tourisme sportif
  3. Tourisme sportif : apparition et définition du tourisme sportif
  4. L’actualité conjoncturelle du secteur touristique français
  5. Conjoncture du tourisme n’affecte pas celle du sport
  6. Les déficiences du couplage entre le tourisme et les sports
  7. Les faiblesses organisationnelles du tourisme sportif
  8. Origine culturelle de la faiblesse du tourisme sportif
  9. La complexité organisationnelle du tourisme sportif
  10. Problèmes relationnels dans l’organisation de tourisme sportif
  11. Problèmes sociaux engendrés par l’évolution organisationnelle
  12. Investigation de l’identité sous une approche anthropologique
  13. L’interprétation structuraliste du concept d’identité
  14. La dualité du concept d’identité, Construction de l’identité
  15. Les processus d’attribution de l’identité
  16. Concept d’identité sociale dans une logique constructiviste
  17. Le cadre identitaire de la profession sportive
  18. La gestion malaisée des organisations sportives
  19. La résistance identitaire face à la logique économique
  20. La genèse de la théorisation de l’expérience managériale
  21. Emergence d’une quête identitaire des acteurs de l’organisation
  22. Organisation communique entre rationalité et réalité sociale
  23. La multi dimension du management moderne
  24. La culture, une construction de la nature humaine
  25. La culture, expression sociale de l’organisation
  26. Projet d’entreprise, vision instrumentale de la culture
  27. La revendication identitaire des acteurs du tourisme sportif
  28. La réforme culturelle du management
  29. L’intégration de la dimension culturelle dans le management
  30. L’identification des facteurs de la motivation au travail
  31. La gestion de l’organisation par ses aspects culturels
  32. La modélisation fonctionnelle de la culture d’entreprise
  33. Limites d’une approche instrumentale de la culture d’entreprise
  34. L’incohérence de la culture d’entreprise fonctionnelle
  35. Culture d’entreprise gouvernée par sa dimension identitaire
  36. Un management en équilibre entre fonctionnalité et identité
  37. Développement du tourisme sportif entre technicité et authenticité
  38. Similitudes de la communication interne, papetiers Canson Guarro
  39. L’entreprise Renault : la communication et l’organisation
  40. Quotidien de presse Ouest-France et Communication interne
  41. La compagnie EDF-GDF Services et reconnaissance identitaire
  42. Lien entre évolution organisationnelle et quête identitaire
  43. Particularisme identitaire des loisirs et du tourisme sportif
  44. Recueil des avis sur l’organisation de l’offre ludosportive
  45. Le sentiment d’une certaine déqualification professionnelle
  46. La quête identitaire d’authenticité et de particularisme
  47. Le forum Tour d’Horizon : Entretiens de courte durée
  48. La construction identitaire du tourisme sportif
  49. L’accompagnement juridique de la construction de l’identité
  50. L’identité contrarie la représentation marchande du sport
  51. Description de l’identité des organisations du tourisme sportif
  52. L’identité au cœur de la stratégie du tourisme sportif

1.3.2 L’interprétation structuraliste du concept d’identité

L’influence des cultures sur le comportement est fortement présent dans certaines études anthropologiques de nature structuraliste qui mettent en relation les faits culturels entre eux. L’identité relève d’une dynamique adaptative : « Elle apparaît alors comme une fonction combinatoire instable et non comme une essence immuable, lieu et moment pareillement éphémères, de concours, d’échanges et de conflits auxquels participent seules, et dans une mesure chaque fois infinitésimale, les forces de la nature et de l’histoire» (Lévi-Strauss, 1958, page 19). L’un des apports attendu du projet de recherche, c’est de mettre en lumière ce caractère très particulier de l’espèce humaine : son adaptation culturelle. Dès la naissance, un bébé est totalement immergé dans un environnement culturel qui lui impose une façon de penser, de sentir et de percevoir la réalité. Son entourage lui transmet des connaissances sur le monde qui l’entoure et il développe des habiletés qui lui permettent de s’y adapter. Ainsi, tous les individus sont plongés dans un milieu culturel dès leurs premers balbutiements. Ils en sont tellement imprégnés, qu’ils croient naturelle, ou innée, une série de comportements, de croyances, de pensées et de sensations qui, en fait, sont culturelles. Ce n’est pas le bagage génétique qui permet d’avoir tel type de comportements, mais plutôt le groupe culturel d’appartenance. Il faut être entouré d’autres humains pour devenir un humain.
L’environnement professionnel concourt bien évidemment à l’établissement de ces comportements. Si chaque individu né avec des facultés intellectuelles, pour qu’elles s’expriment et se réalisent, il leur faut un contexte culturel nécessaire à leur développement. L’évolution permet le développement d’une adaptation culturelle pour chacun des groupes humains comprenant entre autre, celui du milieu professionnel. L’aspect physique, par les expériences individuelles et par les facteurs culturels, est sous influence du mode de vie du groupe social. Pour chacun, il y a une constante interaction entre l’aspect biologique et l’aspect culturel. En ce qui concerne le domaine des activités sportives, si toute personne vient au monde avec un certain potentiel de développement physique, bien des facteurs d’ordre culturel peuvent affecter la taille, la morphologie et le poids, prédisposant à la pratique de certaines activités physiques.
Au fil des années, de très nombreux auteurs cernent le concept de culture. Une définition est communément admise : « La culture est une production sociale, qui se fait par un lent et long processus de sédimentation dans la mémoire collective des actes et des messages qui ont marqués la vie sociale. En cela, elle s’oppose à la nature qui est un déjà là » (Lamizet & Silem, 1997, Page 170). Cette définition laisse ressortir le caractère universel et inhérent à l’espèce humaine, un attribut distinctif selon les mots de Claude Lévi-Strauss tout en pointant le périlleux débat entre l’inné et l’acquis.
Contrairement aux traits biologiques qui se transmettent uniquement par l’hérédité comme la couleur des yeux et le groupe sanguin ; les valeurs et les pratiques culturelles sont transmises et apprises par les individus lors des processus d’enculturation et de socialisation, soit à l’intérieur de la famille et de l’école, soit par les contacts sociaux et notamment dans l’entreprise et par l’ensemble des médias. Les traits culturels, la langue par exemple, sont légués d’une manière indépendante des traits biologiques.

L’identification de la culture :
Elle est partagée entre plusieurs membres d’un groupe,
Elle s’apprend et se transmet par des moyens extra biologiques,
Elle transcende les individus d’une génération à l’autre,
Elle est dynamique et se transforme dans le temps,
Elle est diversifiée,
Elle est le propre de l’espèce humaine.

Chaque culture apprend à ses membres un ensemble de pratiques particulières. Elle offre un éventail de modèles pour diverses situations de la vie. Elle indique comment réagir et se comporter dans différentes circonstances, par exemple face à la naissance ou à la mort, au sein de l’école, vis-à-vis des parents ou des étrangers, au sein du groupe sportif ou face à l’autorité dans l’entreprise. Ces phénomènes présentent des effets pervers et conservateurs : « Nous connaissons bien ces groupes où règnent la plus chaude solidarité, l’amitié la plus intense, la motivation la plus forte, la volonté de vaincre ou de réussir. On les trouve aussi bien dans les cercles sportifs ou dans les institutions militantes que dans les entreprises à forte culture et de ce que l’on appelle l’esprit maison. Jusqu’ici, cet esprit de corps était considéré comme un gage à peu près certain de réussite et tout était mis en œuvre pour le renforcer et l’exalter. Aujourd’hui, on se rend compte que cet atout comporte des revers dangereux. En effet, la culture maison est génératrice de stéréotypes, d’attitudes et de valeurs d’autant plus figées que le succès et le leadership ont forgé plus solidement le consensus » (Lassoto, 1989, Page 172).
Chaque culture oriente le développement des sens et leur donne même une signification particulière. Le toucher peut ainsi être très valorisé dans certaines cultures de Méditerranée alors qu’il sera banni des comportements usuels en Europe du Nord. Dans le secteur touristique, les malentendus de cet ordre s’imaginent aisément lors de confrontations de clientèles de toute origine. Il en est de même pour la vue, l’ouïe ou l’odorat. Une odeur tenace de poisson irrite les narines des populations continentales sans gêner celles des populations maritimes. Il est généralement aisé d’observer les comportements et certains traits culturels tels l’habillement ou l’alimentation, par ce qu’ils sont visibles et identifiables. Ils ne sont pas toujours compréhensibles pour autant et peuvent donner lieu à des interprétations fausses. Que les hommes touaregs se voilent devant leurs proches semble plus acceptable que le voilement des femmes islamiques que l’on interprète comme un acte de subordination.
Aucun individu n’est totalement imprégné ou porteur de toutes les manifestations de sa culture. Chacun fait partie de différents groupes d’appartenance que sont les classes sociales, les castes, l’âge, les régions et apprend des particularités de ces ensembles culturels qui le distinguent des autres membres de sa culture. Le groupe social présente une identité commune mais également des particularités individuelles. Le concept de sous-culture permet d’appréhender les variations culturelles qui existent à l’intérieur d’une même culture. Plusieurs facteurs comme l’âge, le niveau socio-économique, le statut, la profession influencent le comportement culturel des membres d’un groupe humain. Les membres d’un groupe partagent cependant un certain nombre de comportements et de valeurs qui les lient et les identifient à celui-ci et peuvent transcender plusieurs générations : la langue ou les pratiques sportives, par exemple mais également des comportements professionnels, un jargon technique, des appellations spécifiques. Ces comportements et valeurs construisent la culture du groupe qui se modifie avec le temps pour s’adapter logiquement au contexte et aux exigences : « La relation entre culture et société est de nature dialectique : la culture évolue sur la longue durée » (Lamiez & Silem, 1997, page 170).
La transformation continuelle de la culture, ou plutôt des valeurs et des comportements, des habitudes et des perceptions, témoigne de sa vivacité et de son caractère dynamique. Les cultures ne sont figées ni dans le temps, ni dans l’espace. Elles se transforment sous l’influence de divers facteurs. Certains individus ou groupes d’individus ont une influence déterminante dans la transformation de leur culture, notamment en faisant des découvertes ou en remettant en question des valeurs ou des comportements. Ainsi le féminisme reconnaît l’apport des femmes au sein des groupes culturels.
Les groupes culturels n’ont cessé, au cours des siècles, d’avoir des échanges et des rencontres qui permettent de transformer différents aspects de leur culture. L’actualité se caractérise par l’intensification des échanges internationaux et chaque groupe culturel y participe. De nombreux groupes culturels profitent de la découverte de l’électricité, des vaccins ; de même, les Occidentaux profitent de la découverte des chiffres arabes et des découvertes en astronomie réalisée au Moyen-Orient et en Asie. Chaque culture fait des emprunts technologiques ou idéologiques qu’elle réinterprète et réorganise en fonction de son contexte. Si les Touaregs profitent des découvertes des pays industrialisés comme la radio, la télévision et les véhicules tout terrain, il n’en reste pas moins de culture Touareg. Nombreuses sont les populations qui profitent des plantes cultivées par les Amérindiens comme la pomme de terre, le maïs et le haricot. De même ; différentes plantes médicinales qui servent à mettre au point de nouveaux médicaments comme la quinine provient d’une écorce péruvienne. Ainsi, la culture des organisations du tourisme sportif s’élabore principalement à partir d’éléments empruntés à plusieurs autres groupes de toute origine dont elle s’inspire tout en les influençant en retour, celles de l’industrie du tourisme et du mouvement sportif.
Quand nos propos s’intéressent à la culture, ils cherchent à saisir la manière dont elle se construit, s’exprime et se transmet. Culture et communication sont intimement liées. «Les règles de la parenté et du mariage servent à assurer la communication entre les femmes, comme les règles économiques servent à assurer la communication des biens et des services et les règles linguistiques, la communication des messages » (Lévi-Strauss, 1958, page 95). L’exploration cherche à connaître la complexité communicationnelle de l’homme à la fois dans son passé, son présent et son avenir.
Pour cela, on projette d’explorer par approche comparative pour comprendre et situer l’objet d’étude dans le cadre général des sociétés humaines d’hier et d’aujourd’hui. La comparaison constitue un outil de travail permettant de voir ce qui se cache derrière la diversité et de mieux comprendre l’espèce humaine.
Pour appréhender l’actualité organisationnelle et communicationnelle, nos travaux se s’engagent dans une phase d’exploration bibliographique qui nous plonge dans l’histoire du management des entreprises en retraçant les principales évolutions, les ruptures et l’actualité.
Le tourisme sportif en quête d’identité
La construction identitaire dans les organisations de tourisme sportif, entre idéologies sportives et matérialité professionnelle marchande
Thèse de doctorat de 3° cycle – Sciences de l’Information et de la Communication
Université de Nice Sophia-Antipolis

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